XV. — MADAME CADET
Le jeune hoimnc, profitant de l'invitation que la pelitfi fil!'; vient «Je lui jeter cil courant, prend une chaise et se rapproclic do la grande table on disant :
Voulez-vous me permettre, mademoiselle, de me reposer un moment, pourvu que cela ne vous dérange pas et n'interrompe point voire travail.
Pérùlinc sonilde embarrassée, il lui pavait peu convenable d'accepter aussi prompteinciit la coiii|)Hf;nic (le ([iicl(]n'un qu'elle ne connaît que depuis quelques minutes, liiilin elle répond :
— monsieur, il ne l'aut pas faire attcniion à ce que dit ma petite foein-, elle ne sent pas encore la valeur de ses paroles; elle s'est permis de vous dire de l'attendre, elle ne sonpc pas que vous avez vos ali'alres, que vous vous êtes bien assez dérangé pour elle, et qu'aucune raison ne vous oblige davantage à rester iei.
Pendant que la jeune fleuriste parlait, Samsonnac la contemplait et il ne se lassait pas d'admirer ses tiaits doux et fins et la beauté de ses yeux bien fendus, pas trop ouverts, mais dont s'échapiiaient des regards d'une expression ravissante. Duis son extase, en admirant la jeune fille il oublie de l'écouter, si bien qu'elle a fini de parler et qu'il ne lui répond rien. Péroline, étonnée, est obligée de lui répéter :
— Je disais, monsieur, qu'aucune raison ne vous oblige à rester plus longtemps ici, et qu'il ne faut pas faire attention ii ce que ma petite sœur vous a dit en sortant. *
Samsonnac secoue sa belle crinière, puis s'assied en disant :
— Pardon, niadcnioiscllo, je suis un pou distrait. Je sais bien que je ne suis nullement obligé de rester... mais si cela ne vous importune pas trop, je no m'en irai pas sans avoir revu cette aimable Itosinette, pour laquelle j'éprouve déjà une très-vive affeeiion... car moi, mademoiselle, il ne me faut qu'un coup d'œil, qu'une parole pour être subjugué... cela tient sans doute au climat sous lequel je suis né. L'amitié que je ressens pour cette aimable enfant, je crois qu'elle s'étendra facilement sur toute la famille... voilà un petit garçon fort intéressant, il a une figure de chérubig... seulement il ne me paraît pas fortement constitué... Oîi avons-nous bobo, mon jeune ami?
— Moi, je ne suis pas malade, dit le petit garçon en cherchant à faire une grosse voix... ce sont mes sœurs qui disent toujours cela pour m'obliger ù manger tout avec du lait ; moi ça m'ennuie, je voudrais toujours de la viande... du fromage d'Italie... ah! c'est cela ç|ui est bon ! Rosiuette est si contente quand elle a du fromage d'Italie étalé sur son iiain... et on ne veut jamais m'en donner ;i moi...
La jeune ûeurisle quitte son ouvrage et va embrasser le petit garçon en lui disant :
— Taisez-vous, Léopold, et soyez plus raisonnable... Ce que nous faisons, c'est pour votre bien, cest pour votre santé... le médecin nous l'a bien recommandé, il est de mon devoir de suivre ses prescriptions... Encore un peu de patience, cher enfant, lu te portes déjfi beaucoup mieux depuis quelque temps, tu tousses bien moins... j'en suis bien sûie, car je comptais combien de fois tu avais toussé dans un quart d'heure... cela me faisait tant de mal det'entendre tousser!,.. Grâce au ciel, cela diminue... Ainsi donc, encore quelques mois au régime du lait et tu seras guéri entièrement.
— Et lu me donneras du fromage d'Italie comme à Rosinette?
— Tout ce que tu voudras, mon ami !...
Eu ce moment, la petite tille revient avec sa boite au lail, qu'elle présente fièrement à sa sœur en disant :
— Oh I cette fuis, je n'en ai pas perdu une goutte I... Puis se tournant vers Samsonnac, elle s'éerie ;
— - Ah I vous m'avez attendue... c'est gentil cela... Dame ! vous êtes mon proleelcur et j'aurais été lAehée si je no vous avais pas retrouvé pour vous dire adieu... mon ami... J'ai oublié votre nom... mais il l'st là et je sais déjà bien lire... vous allez voir...
La petite tille va prendre une des nombreuses adresses que le joune honmie avait l.iissécs sur l'établi, et lit avec queUpie diffiouito :
— Mel...cbior...
— Prononcez Melkiorl dit Samsonnac.
— Ab I pourquoi donc cela?
— Mais... parée ipie c'est ainsi que cela se prononce.
— Vous no m'avez jias dit pourquoi?
— Dame... je ne vous l'ai jias dit parce que je no le sais pas moimôme, il y a comme cela dans la langue fruieaise une foule do règles qui ne sont pas expliquées, mais on vou- dit": C'est la règle, cl cela suffit.
— Mel...luor... AIi bien 1 alors j'y pense, Péroline, lu me fais lire l'histoire de la monarchie française... c'est monarkic qu'il faut dire...
— iN'on, jeune Rosiuette, non, c'est monarchie; prononcez ici comme c'est écrit.
— C'est bien embrouillant tout ça... cndii, c'est égal, je vais finir vos noms .. Melchi... Mclkior Samson...nac! Ahl quel drOdc de nom.
— En cil'et, il est assez original ; mais à Bordeaux il est trèsrépandu 1
"— Hais c'est nous qui avons un nom de famille bien farce... vous ! 0 le savez pas?
— Je n'ai pas encore cet honneur.
— Eh bien , monsieur, nous nommes de la famille des Bmilhrd 1... Ah! c'est cela un nom ri^ilde...
Pendant que sa [x;tite sœur parlait. Pérolioe lui faisait des signes
pour l'engager à te taire i! '■ • '■'"• '^ •■" •'■■■■i' n ' " '• i ■ ■'■<■
partir ce uioubieur, qui ét.i/ mademoi'.elle Uosinctte ne I les comprendre et continuait n â:i ■: -jh u j;m.
Cependant, en entendant prononcer le nom de Draillard, Samsonnae s'écrie :
— Braillard! Braillard!... je crois qu'il ^ en : ' ' T ' ' et derniériMnenl je suis allé offrir mes vins ;i
Braillard... boulevard de Stra.sbûurg... près de !• < un de vos parents?
— Je crois bien, dit Rosinette, c'est notre oncîel...
— C'est un de nos oncles, reprend Péroline en rc;rarJanl Sam- ,=onnac avec plus de eonfi.incc; car nous avo: - "les... Ah! vous avez été chez .M. Cadet Braillard... y .;-•-
— Mais non, mademoiselle... quinze jours ton' ; r'senlais de la part de la maison Aigrelet et c
maison, dont les vins sont très-rén;m'lus en Frn
des chara|iagnes délicieux... ce qu on pfut ■'■' ■ ■'
Je me présente donc chez M. Cadet Br.ii
un fort beau salon où je trouve un grand i
d'années, enveloppé dans une superbe rob-.- o. -^.i .!:..-■■ ... i ■• . .j
belle robe de chambre... tout velours et soie!... j'en ai été ébloui,
mais je me suis dit en moi-même : Dn monsieur qui porie de si belles
robes de ebarnbre dnit nécessairement être irès-coulanl sur le prit
des vins et tenir à avoir une cave bien montée...
— M. Braillard était-il seul?
— Oui, mademoiselle, lorsque je suis entré il était seul... J'ai pu aussi admirer sa perruque... qui est blonde et toute bouclée depuis le sommet jusqu'à la base... on croirait voir un pain tout chaud, couvert de chinchilla... Mais pardon, mademoiselle, j'oublie que je parle de monsieur votre oncle... j'ai pu me tromper, ce sont peut-être ses cheveux...
— Non! non, c'est une perruque! s'écrie la petite fille. Oh! nous la connaissons bien, et moi je ne peux pas la regarder sans rire...
— Rosinette, voulez-vous vous taire...
— Dame! monsieur a dit la vérité... mais il y a encore des choses bien plus drôles (hez mon oncle Cadel... Si vous aviez vu le Deuzmille et la BùilC'tmT-letlres...
Un regard Irès-sévère de sa sœur fait taire la petite ûlle, tandis que Samsonnac murmure :
— Le Den.x-mille... la Boîte-aux-lellres... je n'y suis pas du tout...
— De grâce, monsieur, ne faites plus attention à ce que dit celle petite bavarde ! reprend Péroline ; enfin avcz-vous été satisfait de voire visite chez mon oncle ?
— Mademoiselle, cela ne commençait pas mal : j'avais faiJ goûter plusieurs de mes échantillons à M. Braillard, qui du reste ne me semble pas très-forl... sur l'article des vins... mes Champagne? l'avaient séduit, d'excellent Sillery à quatre francs cinquanlo... cest nour rien! je crois que nous allions terminer une afl'aire de cinquante bonteillcs, lorsqu'une dame est cnlrée tout à coup dans l'apparlemnit. A son costume... elle était en peignoir tout garni de dentelles, à la manière dégagée dont elle adressa la parole à M. Braillard, je vis sur-le-ohamp que j'avais devant moi la maîtresse de la maison... c'est un- j<muc femme qui ne m'irait pas à l'épaule, et avec cola une corpulcuce énorme... cITravante ! ce n'est plus une femme, cest une boule; au lieu de la promener, on pourrait la faire rouler.
— Oui, oui, c'est le fromage de lUlande... murmure Rosinette, ais do faeon, celte fois, à ce que sa sœur ne puisse l'ei.îendro.
:i-i de-
puisse 1 Cl
— Cette' boule... u.irdon, je veux dire eetic dame, qui passer la einquantanie, a pu être assez bien de figure: : que la douceur ait jamais été peinte sur ses trails; cns\.. maintenant elle prise beaucoup, cl sou nez un \<:-\
voir deux narines tellement bourrées de t.ibac >
ait introduit deux marrons pour empêcher l'air a
— C'est notre tante Eudoxie, dit Péroline, c'e:i -
notre oncle. . , ,. , , .. , .
— Je comprends. Celle dame, qui avait un négligé du ra.itiu r^rl coquet, s'écria en m'apereevant : « Ouel est monsieur? - ' " •
logis, qui dans notre culri lien avait (■iiiscr\c un air .:
alors les allures d'un mouton, il repondit avec une \
n'avait pas encore cni|doyce avec moi, et dit : o Monsi ui >> .
Mcl 'hior Samsouuae, il est couiticr en vins. — Après, que fail-il . ; '
— Ma foi, Doxie, je suis onlraiu do faire un ach it pour l<\re;,.^ ;.
tu aimes le vin de Champagne, je le s.iis, cVsl ton vin favori; i '
monsieur m'en propose de fort bon, du Celery. — Non, mor.-i
n'csl pas Celery, mais Sillery. — C'o>t ce que je v.r-.Vv;
EIi bien, Doxie, j'allais aehcier du Celery .. do ce ■
monsieur. — .M.iis d'abord, monsieur, je ne sais ii.is
voulez .lehcler du Champagne nuiiulonai. t. Dieu incri'i, ii
e,aons pas... j'en ai compte encore trois boutcilos à la cac... — Tu
crois, Doxie, qu'il v en encore trois bouteilles à la cave? -- Je ne le
crois pas, j'en suis'svirc; vous devez «avoir, monsieur Cadet, que jo
lA FAMII.LK nRAII.LMîD.
n'ai pas l'iiabilude de me Ironiper sur ce qui concerne noire maison ; je suis tout... di-|iuis le coui|)le di'S assiettes et des houleilles jusqu'à celui do l'argenterie; aussi lursiiu'uue bonne casse quelque cliuse, il n'y a pas moyen de uic le cacher a uioil »
En disant cela, celte grosse dame me regardait d'un air qui semblait dire : « Et vous ne me tromperez pas non plus, vous, monsieur, je vous en délie I » Mais comme je n'étais pas venu dans l'iulenlioii de tromper personne, comme le viu que j'espérais vendre est excellent et que je n'en ai jamais rctju que des compliments, l'air de déli de madame votre taule ne ni'lnlmiida nullement, cl je lui dis :
— Madame, je suis eerlain, lui/i, que monsieur votre mari ne se serait pas repenti du maiclié qu'il all.iit conclure, et d'ailleurs ceci n'était pas une grande aUaire: eiiiquunle bouteilles de Champagne sont bientôt bues dans une maison où Ion reçoit. Mais je n'eus pas plutôt prononcé le chiffre cinquante, que madame Eudoxio Braillard lit un bond comme si elle voulait sauler îi la corde, en s'éeriant :
— Cinquante bouteilles! qu'est-ce que j'entends là! cinquante bouteilles! y pensez-vous, monsieur Cadet?... Que vouliez-vous donc faire de cet énorme accaparement de Champagne?... est-ce que vous aviez un deparlement à grifer?
Monsieur votre oncle semblait confus et tâchait de se cacher sous les boucles blondes de sa belle perruque, tout en balbutiant :
— Mais, en effet... je n'avais pas réûéchi... j'avais mal compté... Madame re|irit presque aussitôt :
— El à quel prix monsieur vous vendait-il ce merveilleux cliampagne?
— A quatre francs cinquante, Doxie...
Ici la grosse dame devint rouge, écarlale, violette, je crus qu'elle allait me sauter aux yeux, eu s'éeriant :
— Quatre francs dix sous la bouteille!... quelle horreur! Et voilà ce que vous osez nous offrir comme un bon marché, lorsqu'on a pour quarante sous du chanqiagne excellent'...
— Pardon, madame, lui dis-je, mais il est impossible d'avoir de vrai l'hami'ague pour deux francs...
— Couimeut, monsieur, impossible!... J'en ai donc menti... On n'en boit pas d'autre chez noire ami Thomassar... il m'a offert de m'en faire avoir qu^uid j'en voudrai...
— Ce n'est pas du Champagne, madame !
— Comment! ce n'est pas du Champagne! C'est de la bière peutêtre?... J'en ai bu, monsieur, il est très-bon, c'est sucré et ça mousse, et le bouchon part en faisant boum!... Qu'est-ce que vous voulez de plus?
— Madame, il y a aussi du cidre qui mousse et qui part; si ce n'est que cela qu'il vous faut, on vous fera avec du sureau et du sucre candi des boissons mousseuses qui ne vous coûteront même pas deux fiv.ncs; si vous le voulez, je me fais fort de vous avoir de ce faux Champagne à trente sous!...
Mais madame Eudoxie était tellement courroucée contre moi qu'elle ne voulait plus rien entendre. D'un geste très-vif, et qui ressemblait beaucoup à celui des cantonniers de chemin de fer quand ils indiquent que la voie est libre, elle me montra la porte en me disant :
— Monsieur, j'espère que vous ne viendrez plus nous offrir de vos vins !
— Et ma foi je trouvai cette dame si impertinente, que je ne pus m'empêcher de lui répondre :
— Non, madame, car je vois bien que vous ne vous y connaissez pas. Là-dessus je sortis, laissant monsieur Cadet très-occupé à se' moucher et madame son épouse qui, je crois, me montrait le poing. Voilà, mademoiselle, quel a été le résultat de ma visite chez M. Braillard; je vous prie de croire que je n'ai pas envie de la renouveler.
La petite Rosinette rit aux éclats en disant :
— Ahl la lanle Eudoxie... le fromage de Hollande... Ah! oui, monsieur, elle est bien méchante, allez... nous en savons quelque chose... elle ne nous fait que du chagrin, à nous!...
Péroline interrompt sa sœur :
— Taisez- vous, Rosinette, vous ne devez pas dire du mal de notre tante!...
— Ce n'est pas notre tante, puisque c'est seulement la femme de notre oncle, et sa seconde femme môme; on dit que la première était aussi bonne que celle-ci est mauvaise... Mon oncle Cadet aurait bien dû ne pas se marier deux fois... Moi, quand je serai grande, je ne veux pas me marier deux fois.
— Àlaintenant, mademoiselle, reprend Samsonnac, permettez-moi de vous communiquer la réflexion que j'ai faite, j'espère qu'elle ne vous offensera pas... Comment se fait-il que ce monsieur Cadet lîraillard, votre oncle, qui doit être fort à son aise, à en juger par le beau logement qu'il occupe au premier sur le boulevard de Strasbourg, par la richesse de l'ameublement, par sa robe de chambre et sa perruque, laisse une de ses nièces, jeune comme vous l'êtes, chargée seule de subvenir à l'existence de son frère et de sa sœur, deux enfants qui ne peuvent encore lui être d'aucun secours?... Il y a là-dedans quelque chose qui révolte, qui blesse le cœur , quelque chose qui doit faire penser fort peu de bien de monsieur Cadet Braillard.
Péroline se recueille un moment, puis dit à Samsonnac :
— Pour que vous compreniez cela, monsieur, je crois qu'il est nécessaire que vous connaissiez l'histoire de mes parents... Puisque
vous connaissez déjà une partie de noire famille, autant vaut que vous la connaissiez tout entière, et si cel.i ne vous ennuie pas, en quelques mots je vai.s vous la dire.
— Dieu loin de in'ennuyer, mademoiselle, je voua prie de croire (pie je vous écoulerai avec le plus vif in'éivt, et que je me trouve honoré de la marque de confiance que vous voulez bien me donner
— C'est cela! dit mademoiselle Rosinette, conte noire bittoirc à monsieur mon !uni... Pendant ce temps-là, moi, je vais allumer du feu dans le petit fourneau pour faire la soupe à mon petit frère Popcl... Ah! vous allez vuir, monsieur, comme je sais bien allumer du feu... et vous ne direz plus, comme tout à l'heure, que je ne. puia ôlre d'aucun secours à ma sœur.
XVL — LA FAMILLE UltAILLARD.
Le jeune Bordelais a secoué sa volumineuse ciinière; la petite Rosinelte, qui a disposé de la braise dans un fourneau en terre qu'elh' place dans la cheminée, se met à quatre pattes devant et fait jouer un vieux soufflet, et la jolie Péroline, sans cesser de confectionner des fleurs, commence son récit :
— Notre père, Adrien Braillard, était graveur; j'ai toujours entendu dire qu'il avait beaucoup de talent; au reste, vous pourrez vous-même en juger, car les deux gravures que vous voyez ici sont de lui, c'est son ouvrage, je n'ai pas besoin de vous dire combien elles nous sont précieuses t
— Aussi, dit la petite Rosinette, nous n'avons jamais voulu les vendre, et pourtant le marchand qui a acheté la glace qui était sur la cheminée nous en a offert beaucoup d'argent, n'est-ce pas, ma sœur?
— -Mon Dieu, Rosine, que vous êtes insuppoi table avec votre bavardage ! et qu'avez-vous besoin de dire tout cela à monsieur?
— Dame... est-ce que c'est mal cela?... Mon petit Popol était malade, il fiillait bien vendre la glace pour payer le médecin... Mou Dieu, après tout, on se voit aussi bien dans un tout petit miroir que dans une grande glace; j'aime mieux cela, je ne suis pas encore assez grande pour me voir au-dessus de la cheminée, mais le petit miroir je peux le prendre et me regarder à mon aise.
— Mademoiselle, dit Samsonnac, ne grondez pas votre petite sœur, elle ne dira jamais des choses dont vous auriez à rougir... bien au contraire; ces deux gravures me semblent en effet fort belles; je ne suis pas sans avoir quelques connaissances dans les arts ; j'ai appris le dessin assez longtemps... il m'en est resté quelque teinture; je n'ai [las appris la gravure, mais il suffit d'avoir des yeux et du goût pour admirer celles-ci.
— Notre père était donc graveur, reprend Péroline, en remerciant par un sourire celui qui vient de faire l'éloge des ouvrages de scn père, c'était un véritable artiste, tant par le talent que par le caractère; je veux dire par là qu'il lui aurait été impossible d'être marchand ou commis dans un bureau.
— Comme moi, tout comme moi, dit Melchior ; il me faut de l'air, du mouvement, de la liberté! Je suis courtier en vins, c'est vrai, mais je n'exerce qu'à ma fantaisie... aussi très-souvent je n'exerce pas... Pardon, continuez, s'il vous plait.
— Mon père avait trois frères : l'un. Désiré Braillard, c'est l'ainé, se fit avocat; le second. Cadet Braillard, c'est celui chez qui vous avez été, entra chez un pharmacien; mon père était le troisième; euQu le plus jeune, Gaspard Braillard, voulut faire promplement fortune, et pour cela il se lança dans les affaires de bourse...
— Tiens! je M'ai pas encore songé à m'y lancer... moi! murmure Samsonnac, je suis cependant bien certain de n'y rien perdre... Mais patience, je saisirai un bon moment, une occasion favorable.
— Mon oncle l'avocat fit rapidement son chemin; il avait fait un beau mariage, enfin la fortune lui fut constamment favorable. .Mon oncle le pharmacien se maria aussi, et acheta le fonds de son patron. Il fit de bonnes affaires. Après avoir perdu sa femme, dont il avait eu un fils, il épousa mademoiselle Gorgibus, fille d'un plâtrier fort riche, ce qui lui permit de donner encore plus d'étendue à sou commerce. Quant à mon père, il avait fait un mariage d'amour; ma mère n'avait aucune fortune, mais il l'adorait, et jamais il ne se lepentit de son choix. Ses frères se moquaient souvent de lui, ils lui disaient : Avec ton talent tu aurais pu trouver un excellent parti, une femme riche; cela t aurait ouvert les salons du grand monde, on aurait bien plus parlé de toi, tes ouvrages se seraient vendus beaucoup plus cher ! Mais à tout cela mon père se contentait de répondre : « Je suis très-heureux comme me voilà; j'ai une femme qui m'aime, qui met son bonheur à élever ses enfants, à chérir son mari, et je ne la changerais pas contre les vôtres, quoiqu'elle ne m'ait point apporté de fortune. Ces réponses et l'humeur tout à fait artistique de mon père, qui ne s'accordait aucunement avec celle de ses frères, amena bientôt une grande froideur dans leurs relations, et ils ne se voyaient que très-rarement. Ce fut surtout la seconde femme de mon oncle Cadet qui mit de la brouille entre les frères. Celte dame, comme vous avez pu en juger, n'a pas reçu beaucoup d'éducation, et si elle a eu beaucoup déçus pour dot, en revanche elle a apporté à son mari des niaiiicres communes et un langage qui n'est pas celui de la bonne compagnie. Mon père, auquel on reprochait souvent la pauvreté de sa femme, eut une fois le malheur de dire à sa belle-sœur qu'il aimait
LA FAMILLE URAILLAHD.
mieux une ♦'ommc sans argent, mais que l'on jiouvail mener dans le inonde, que celles qui, tout en se couvrant de diamants, n'ouvraient >a houche ;ue pour se faire moquer d'elles. Madame Cadet ne lui pardonna jamais cela, et depuis ce temps elle défendit à eon mari de revoir ion fière Adrien.
— Pardon, mademoiselle, si je vous interroni[is, mais vous ne me parlez plus du dernier frère, le plus jeune, G.is[iur(l Braillard, cl qui s'(''tail lancé à la bourse pour faire promptement fortune; que devint-il, celui-là?
— Ilélas I monsieur, ses espérances ne se réalisèrent point, en peu de temps il perdit tout ce qu'il pos.sédait. Alors il fit ses adieux à sa famille, et partit pour la Californie en disant (]u'il reviendrait en France millionnaire, ou qu'on ne le reverrait jamais.
— Alil diuldc... et il y a longtemps de cela?
— Seize ans passés, monsieur.
— Et depuis ce temps a-t-il donné de ses nouvelles?
— Jamais, monsieur, on n'a plus entendu parler de lui.
— Ah I la Californie ne tient pas tout ce qu'elle promet! Pourquoi faul-il aller si loin chercher des mines d'or?... pourquoi n'y en a-t-il pas en France?... Cela manque à notre beau pays... Nous avons des truffes, mais nous n'avons pas de piacc/'S.'... Excusez-moi de vous avoir interrompu... je vous écoute.
— Mon père gagnait suffisamment d'argent pour que nous fussions heureux, mais il avait cette insouciance des artistes qui ne s'occupent pas toujours de l'avenir. 11 aimait à nous procurer mille plaisirs, à faire de jolis présents à sa femme, mais nullement à économiser. Il était jeune encore, ii pensait pouvoir braver l'adversité; mais, à la naissance de mon frère, un grand malheur vint nous frapper : ma mère mourut, et avec elle mon père perdit et son boidieur, et le courage, et l'ardeur au'il mettait au travail. En proie au plus sombre chagrin, il passait souvent des journées entières seul dans son atelier; mais il ne travaillait pas, il pleurait. Cependant nos caresses parvinrent <\ calmer un peu sa douleur... nous étions bien aus.^i désolées que lui, mais nous lui cachions nos larmes pour ne pas faire couler les siennes. Mon |ière se dit ([u'il se devait à ses enfants, il se remit au travail avec trop d'ardeur peut-être, car souvent il veillait, il passait les nuits à son ouvrage. Près de deux années s'écoulèrent ainsi ; puis mon père tomba malade, d'excès de travail peut-être; une fièvre typhoïde se déclara... et malgré nos soins... ceux du médecin... il y a dix-huit mois, nous perdîmes notre pauvre père I...
Ici, la jeune iille s'arrête pour essuyer ses yeux, et la petite Rosinette cesse de souifier son feu... elle pleurait aussi.
Au bout de quelques instants d'un silence que Samsonnac ne se serait pas permis d'interrompre, Péroline reprend :
— Nous restions seuls... trois enfants... mon frère avait deux ans, ma sœur cinq ans et demi, et moi un peu plus de seize ans... Je compris que je devais avoir soin des autres...
— Comment, mademoiselle, à la mort de votre père ses frères ne s'empressèrent pas de venir vous voir, vous consoler, vous prodiguer leurs soins!...
— Non, monsieur, hélas! Ce qui est le plus mal, ils ne vinrent même pas au convoi de leur frère!... je crois que mon oncle l'avocat n'était pas à Paris... sans cela... je pense bien qu'il y serait venu; mais mon oncle Cadet... ohl... sa femme l'en aura empêché... C'est bien vilain cela... Mais son fils est venu... mon cousin Isidore... car il aimait bien mon père, lui!...
— Et il nous aime bien aussi, nous, mon cousin Isidore, s'écrie la petite Rosinette; il vient nous voir quelquefois, sans que mon oncle Cadet le sache, cl il nous conte toulcs les mécbancclés (|ue lui fait sa belle-mère, qui ne peut |ias le ^oulTrir et qui n'a des yeux que pour ses deux enfants à elle... le Deux-mille et la Boîle-aux-lettres...
— Rosinette! vous allez encore recommencer...
— Mou Dieu! ma sœur, je peux bien dire ce que dit mon cousin Isidore... Il n'est pas bête, mon cousin... il ne lient pas de son père...
— Rosinelle, je vais me fâcher!...
-- Pardon, mademoiselle, dit Samsonnac, mais voilà deux fois que j'entends prononcer des mots que je ne comprends pas... Auriezvousla bonté de me dire ce que c'est que le Deux-mille et la Roiteaux-cttros?
— lOui, monsieur! s'écrie la petite fille, je m'en vais vous l'expliquer, moi : madame Cadet a eu de son mariage deux enfants, un garçon et une fille... et qui sont vilains... Abl vous ne pouvez )ias vous imaginer comme ils sonl laidsl Exupère, qui a onze <ins, ressemble :\ un Aslèque, il est tout petit, tout jaune; mais il a surtout une bouche... c'est elïrayaut de grandeur! Si bien ([u'un jour, en le voyant manger, un ami d'Isidore s'est écrié :
« Ali! mon Dieu! ce n'est pas une bouche, cela! c'est celte ouverture en cuivre dans laquelle on vise quand ou joue au tonneau... c'est le deux-mille... » On a trouvé cela si vrai, que lors(iu'on iiarle d'Exuiièro ;i l'insu de ses parents, on ne l'appelle nlus que le Deuxmille. Quant il sa sœur, mailcmoisolle Aurore, elle n'ouvre pas la bouche d'une façon aussi elïrayanle i]ue son frère, niais elle en a une qui lui va jiistpi'aux on'illi'S, (pii lui I'imuI toute la figure; alors eelle-l.'i, mon eonsin l'a noniniéc la Hoîle-au\-lellres.
Sanisonnac rit beaucoup des sobriquets appliqués aux enfants de madame Cadet ; puis il reprend :
— Cela n'empèchc pas la conduite de vos oncles d'être iubumaipe: car enfin, en mourant, votre père ne vous laissait sans doute que biec peu d'argent?
— Il'-iasl monsieur, il n'y en avait plus du tout à la maisoD, et déjà nous avions été obliges de faire quelqiie» d"-!»'-'. Miiis nous avions un beau mobilier : j'en vendis une parli'-
tombe à notre bon père. Puis je compris qu il I
notre joli logement et en prendre un bien mo .
bon marché. Des amis de notre père firent, j'-
près de uos oncles; elles furent inutiles. Notre
méchant, et, s'il était le maître, je suis bien pei-
occupé de nous; mais il est entièrement sous li il'.ii]i: .l'i n :■ -i
ft'mrae. Celle-ci nous déteste comme elle dcteslaii noire père, ei 'IIl
aura bien positivement défendu à son mari de rien (.liie yinr nou«.
Quant à mon oncle Désiré Braillard, l'aine de la familk', il n'a \Mai
un mauvais cœur; on assure rnème qu'il est Irès-obliL'pant. Mais ses
aU'eclions sont concentrées sur une seule personne, sa tille...
— La grande duchesse! murmure Rosinette, tout en allant porter la soupe au lait à son frère.
— Mon oncle l'avocat est veuf depuis longtemps, continue Pt-r" ii,'de son mariage il n'a qu'un enfant, une fille; cette fille a louj'ijr- • '■■ l'objet de son adoration. Elle est jolie, elle a de l'esprit ; mai.- h .1 tuée dès son enfance à èlre gâtée, adulée, Hattée. à ne (aire al- -1 ment que ce qui lui plaisait, elle se croit une nrincesse: elle ne c mprendrait pas que l'on osât contrarier un seul de ses désirs: elle «si extrêmement coquette, altière, impérieuse, et souvent fort imr>ertinente... C'est peut-être mal à moi de vous faire un tel portrait de ma cousine; mais il faut bien que vous connaissiez les motifs delà conduite de cet oncle-là...
— Tu n'en dis pw encore assezl murmure Rosinette, qui ajoute bien vite ■
— Monsieur Popol, il faut soufller, car elle est bien chaude.
— Augusla, notre cousine, n'a pas un mauvais rœur, j<^ le crois du moins; mais elle a un caractère si difficile... une humeur si fant.isque! D'abord, monsieur, elle sut prendre un grand empire sur son père; cela ne lui fui pas difficile : il en est fou. Il ne songeait qu'à contente: ses caprices, et elle en avait beaucoup. Augusta adore le plaisir. Tous les jours elle voulait aller au bal, au spcciacle nu au concert; son père quittait tout pour èlre agréable à sa fille. Elle voulut apprendre à faire des armes, à monter à cheval; mon oncle lui acheta un joli cheval et mit à ses ordres un groom pour l'accompagner dans ses promenades. Enfin, à dix-sept ans, fatiguée de plaisirs, ou plutôt m; sachant plus quel désir former, Augusla voulut se marier... elle était cependant bien heureuse près de son père... Mais elle était trop heureuse, et c'est ce qui l'ennuyait sans doute, car on dit qu'il n'y a rien qui lasse plus vile que le bonheur.
Mon oncle l'avocat dit aussitôt à sa fille :
« As-tu fait un choix ? aimes-tu quelqu'un f fais-moi connaître la personne et je te m.uierai; car tu as trop d'esprit, trop de discernement pour ne point bien choisir... »
Mais ma cousine lui répondit :
« Non, je n'ai pas encore fait un choix, mais je vais m'en i^.'uper. Nous allons beaucoup dans le monde, nous recevons chez nous une nombreu.'îe compagnie : avant huit jours je me serai décidée, j'aurai toit un choix. »
En elTet, quelques jours après, ma cousine disait à son père :
— J'ai choisi, je veux épouser M. Rogille.
Mon oncle fut un peu étonné du choix Je sa fille ; car ce monsieur Rogille n'était ni un jeune fashionable, ni un très-joli g.trçon. Celai: un homme de trente-trois ans, porteur d'une figure assez, insignifiante, qui riait toujours, mais assez bêlement; enfin on n'aurait jamais pensé qu'il put inspirer une passion, et surtout à Augusla; mais elle ne l'aimait pas non plus : elle voulait .seulement se marier et prendre un homme avec qui elle serait la maîtresse; de ce ciMe. elle a>ail parfaileiiient trouve ce qu'elle voulait. Du reste, ce monsieur Rogille avait une position qui semblait très-a\an'.ageuse; il elail à l.i léle d'une maison desconiple, de banque; enfin il gagnait environ vingtcinq mille francs par année et comptait que plus lard ses bénefii-c; seraient plus considérables. Tout cela avait aussi séduit ma cousine, qui voulait briller et avoir un grand train de maison. Mon oncle i!onn.> soixante mille francs de dot à sa tille; c'était beaucoup pour lui qui n'a (pi'une fortune modeste. Kn'in Augusla dexiiil madame llogille. Mais à peine trois années s'i taienl écoulées depuis que ce marijge était fait, et M. Rogille avait t.iil faillite : il était ruine; la dot de sa femme y avait même passé. On prétendit que la condnilc de ma cousine avait amené «et événement; elle liiisail des déj>oi>scs folles; il lui a\ait fallu voilure, livrée, loge aux Il.ilitns... Puis chaque jour on allait dans le monde, puis on n>cevait. on donnait des lèles, des diuers magnifiques ! Enfin, je ne sais pas au juste à qui ccôl la faute; mais ma cousine revint alors trouver son père, non pas pour habiter de noineau avec lui. — cela ne lui conven.iil plus, elle aimait liop sa liberté, — mais pour obtenir de lui de l'.irgenl piHir satisfaire encore à ses caprices, Mon oncle a déjà fait de gramfc s.irr:fices pour sa Iille, nue partie de sa fortune v a passe; ensuite 'I re peut plus plaider par suite dune extinction de \oix. cl puis il i. est plus jeune : il a pré* de huit ans de plus que M. C.ulcl. Maigre cela,
L\ FAMILLE BRAILLARD
quand ea lille vient lui demanJor quelque clmsu, il no suit jainaiii lo lui refuser. Alors, ninnsieiir, vous coiir^-vez hicn qu'il uq peul pas s'occuper (les eiiraiits do son frère Adrien... sa IJllo nu lui en lais-c pas le laiftir. Cupciidaut uno fuin mu cousine est venue nous voir... Je suis bien sùro que c'est hon pire qui l'en avuit priée. Elle était mise avec une exirtme elo^'am e. A puino enlrce, elle nous a parlé de buis, des concerts où elle allait, des cavaltiidcs dont elle faisait partie, des toilettes qu'elle avait portées, des fôtes (|u'on lui doniiaii.
— Et elle n'a pas seulement apporté un petit yitoau à l'opoll dit Uosinelto.
— [îiifln, monsieur, elle ne s'est pas informée une seule fois de noire position. Seulement, en se levant et avant de partir, elle nous ditsoelieniont: «Avcz-vous besoin de (juclque clio.sc'? » Ah Imonsieur, à une demande faite do la sorte par quelqu'un qui semblait vouloir nous humilier par son luxe, vous devinez bien ce que j'ai dû répondre !..,
— Oui, oui, je conçois ; mais cela ne fait rien, mademoiselle, dit Sarasonnae, cetonclc-l;1 est aussi très-blàmable! Qu'il aime sa lille, je le veux bienl... mais qu'il ne fasse rien pour les orphelins que son ft-ère M laissés si jeunes sans soutien... c'est mail c'est fort mail. ..Car cnlin vous vous tuez au travail! et il est impossilile que le peu que vous gagnez puisse sulfiro A votre existence et à celle de ces enfants... Et si vous tombiez ni.iliide, liél;isl
— Lieu ne le pirmcilra pas, monsieur; il doit surtout veiller sur ceux qui n'ont plus leur péro, ni leur mère; il doit leur eu tenir lieu!...
— Et puis, s'écrie la petite Rosinetio, nous avons des ressources!... nous avons de l'ar^'enlerie que nous ont laissée nos parcutsi... l'éroîine a liéjh été obligée de vendre plusieurs couverts, mais nous en avons encore liuitl...
Pérolinc jette un regard do reproche à sa petite sœur; mais Samsonnac s'écrie :
— Vous vojreï bien, mademoiselle, que j'ai raison. Votre travail n'est pas toujours suffisant pour subvenir aux besoins de votre famille; vous avez eneore des ressources, c'est fort bien ; mais à la longue ces ressources viendront à vous manquer... Alors vous seriez fort à plaindre; il ne faut pas attendre cela... U faut forcer d'indignes parents à rem|)lir leur devoir envers vous...
— Alil monsieur, je ne veux rien demander à mes oncles... Les enfants de leur frère ne voudraient pas recevoir d'eux ce qui ne serait qu'une charité!
— Je comprends votre fierté, je l'admire môme! Aussi ce n'est pas vous qui demanderez rien; mais, sans que vous vous en mêliez, on peut faire comprendre à vos oncles tout ce qu'il y a de coupable dans leur conduite à votre égard. Enfin, mademoiselle, vous m'avez donné une grande marque de coufiauce eu me racontant votre histoire, celle de votre famille... Je veux m'en rendre digne en faisant tous mes efforts pour vous être de quelque utilité. i. jusqu'à présent j'ai passé une grande partie de mou temps à flâner, à musarder ou à faire des folies! Si je pouvais employer mes loisirs à vous rendre service, il me semble que je ne pourrais aussi qu'y gagner. Ne me refusez pas, mademoiselle, au nom de ce petit frère qui a bei^oiu Ue tant de soin, de cette gentille Rosinettequi fait ce qu'elle peut pour vous aider, mais qui ne peut pas encore beaucoup. Permettez-moi de faire quelque démarche, afin de tàcl.cr d'améliorer votre position.
— Jlouî-ieur, répond L'éroliue avec un doux sourire, je vois que nous avons trouvé eu vous un ami, et c'est déjà quelque chose, car mon père me répétait souvent que les vrais amis sont encore plus rares que les beaux jo'jrs!
— Oui, madcraoiseili', oui, je serai votre ami tout dévoué! Et, à ce titre, j'espère que vous voudrez bien me permettre de venir quelquefois savoir de vos nouvelles et de celles de ces chers enfants?
— Oui, monsieur, car vous me permettrez, vous, de ne point quitter mon travail pour vous recevoir.
— Par exemple!... Mais si j'avais de l'ouvrage, moi, je serais trop heureux de m'en occuper près de vous... mais je n'ai rien àfairc. Adieu donc, mademoiselle Péroline, ou plutôt, puisque vous le permettez, au revoir !
Samsonnac s'est levé : il salue la jolie fleuriste, va embrasser le petit garçon, puis donne une poignée de main à Rosinette, qui lui dit:
— Adieu I notre ami, ne soyez pas longtemps sans revenir, parce que moi j'aime bien quand il nous vient de la société; car ma sœur
)est triste quelquefois, et toute seule je ne peux pas toujours l'égayer.
I Le jeune homme est parti, le cœur encore tout ému par tout ce qu'il venait de voir et d entendre; car avec son caractère léger et son humeur inconstante, Samsonnac n'était pointdépourvu de sensibililé... On peut être très-sensible, quoique fils d'un huissier. Ensuite la jeune fleuriste avait une figure bien intéressante, des yeux qui vous charmaicat tout naturellement et sans y mettre d'intention.
Aussi, lorsqu'il se retrouve dans la rue, Samsonnac secoue son épaisse crinière en se disant :
— Je crois que je suis amoureux de cette jeune fille... SI je ne le suis pas encore, cela ne tardera pas ! Ah 1 que l'on serait heureux d'inspirer de l'amour à une si cbarmaate créature !... Si j'avais de la for-
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Braillai'd! quel beau nom pour un a\oc.itl Jo
celui-ci a fait sou chemin.