‹ MoustacheChapitre 98 sur 281 · XXXVIII. — t\ LETTKK DE DOnDEADX · texte numérisé non relu

XXXVIII. — t\ LETTKK DE DOnDEADX

Mais qufl(|ties jouis après la iloniarclie de M. Cadet près de son .rère Gaspard, une Icllre airrancliii! d portant le tiiiibn; de Bordeaux arrive à ladrcsse de M. Cadet Braillard, avec cette addition : l'uur Temellre à M. Gaspard Braillard.

C'est, eoinmc de coiilumo, ;\ madame Cadet que la concierge remet la lettre. La grosse dame se lii\te de se renfermer avec son mari, et lui montre ce qu'elle vient de recevoir, en lui disant:

— C'est pour remettre à votre frère... elle est uffruncliie, sans quoi je l'aurais refusée... elle vient de Bordeaux.

— Ah! diablel cela annoncerait que Gaspard connaît du monde à Bordeaux!...

— C'est aussi de là que l'homme au sac lui apportait vingt-quatre tnillc francs...

— En effet... je l'avais oublié... mais tu as une superbe mémoire, toi, Doxie!

— Oh! moi, jo reliens tout, je fai"? attention à tout, et lorsqu'il s'agit de choses de celle importance, il mi; semble que c'est très-nécessaire.

Madame Cadet examine, lâtc, pèfe la lettre et reprend :

— Je voudrais bien savoir ce qu'il y a là-dedans. . .

— Il est certain que si nous le savions... nous serions plus éclairés...

— C'est-à-dire que cela nous renseignerait beaucoup plus positivement sur la situation de votre frère Gaspard... Si nous prenions connaissance de cette lettre?

- Ah! Doxiel... tu sais bien que cela ne se fait pas... une Icltre est cachetée pour qu'on ne puisse pas lire ce qu'il y a dedans, à moins de briser le cachet. . .

— Comme c'est malin, ce que vous me dites làl... je sais parfaitement que je ne lirai pas à travers l'enveloppe... car ce n'est qu'une enveloppe qui contient la lettre pour votre frère... elle n'est même fermée que (lar un pain à cacheter assez petit... et vous comprenez. . . si on urisait ce faible cachet, il serait facile, en le refeiinant avec beaucoup de cire, d'empêcher que l'on ne vît qu'il a déjà été ouvert...

— Hom, . . c'est toujours une chose qui ne se fait pas. , .

— Eh! monsieur!... combien ne fait-on pas de choses qu'on ne devrait pas faire!... D'ailleurs, j'y songe, cette lettre nous est adressée... il y a bien ensuite sur l'adresse : Pour remettre à monsieur Gaspard Braillard, mais les trois quarts du temps, quand on me monte des lettres, je commence par les ouvrir sans môme regarder l'adresse... pourquoi n'aurais-je pas fait de même pour celle-ci... c'est une erreur involontaire, voilà tout!... et quand on voit qu'on s'est trompé, on la recachette et on l'envoie à celui pour qui elle est... s'il n'est pas content, il n'a qu'à ne pas se faire adresser ses lettres chez nous. . .

— Je t'assure, Doxie, que mon opinion, à moi. . .

— Je m'en fiche pas mal de votre opinion I... il s'agit de l'avenir de mes enfants. . . jo ne balance plusl

La grosse dame déchire le papier autour du pain à cacheter, en y mettant le plus do soin possible. Elle tire ensuite de l'enveloppe la lettre qui est simplement pliéo en quatre, et lit :

« Mon cher monsieur Gaspard Braillard, je suis charmé d'apprendre votre retour en France, et de savoir que votre séjour en Californie a été fructueux. Vous attendez un bâtiment qui est frété par vous et dans lequel, m'avez-vous dit, vous avez pour doux à trois cent mille francs de cacao, et autant en vanille et en café. Je vous prendrai tout cela, et je tiens d'avance cinq cent mille francs à votre disposition; vous pouvez tirer sur moi pour la valeur de cette somme, ou m'écrire comment je dois vous la faire parvenir.

0 Votre tout dévoué,

a HlHSCHIEFHEnZDERG. »

Après avoir lu ce billet, madame Cadet regard* son mari et lui serre fortement le bras, eu lui disant d'un air pénétré :

— Cinq cent mille francs qui^ l'on tient à la disposition de votre ftère Gaspardl... uvoz-vous entendu, monsieur?

— Très-bien... ceci annoncerait qu'il est riche!

— S'il est riche!... et songez donc quo ceci n'est qu'une partie des marcliandises que contient son vaisseau... il doit y on avoir pour |ilus d'un million.

— C'est bien probable... et cola est signé quel nom?

— Ah! un nom bien difficile à prononcer.,, et puis celte signature n'ost pas très-lisible... attendez... cola fait... oui, Hirschiefherzbcrg...

— Ce doit Cire un banquier extrêmement Allemand!...

— Je vais d'abord écrire ce nom diflioile sur du papier, do crainte de l'oublier... et maintenant refermer avec soin cette enveloppe, après avoir replacé la lettre dedans... jo vais mellro beaucoup de cire... un énorme caoliet en cire... il sera impossible de voir que le premier a été brisé.

— Tu n'appliqueras pas mon cachet sur la oirel...

— Vous me oroyo» donc bien bftto?

— Oneliinefois... une distraction...

— Je vais appliquer dessus un bouton do métal, cela ne peut pas Boui compromettre, cl tantôt aous donnerons cette lettre à Isidore.

pour qu'il la rcmetteà son oncle... Ah! ru la rirconFt.irir.- ]| i/ ^r-ait peiit-<-ir'' p.r- mal de lui faire eiilen'Jre que nous n'' -s

plus à ce ipj'il fasse la cour à sa cousine Féroline... <:■:■ e

frère aime tant cette demoiselle... en la donnant pour ;■...,...•. u. ..,;re lils, vous faites plaisir à mon beau-frère... cette uuioif peut étr« un moyen de se réconcilier.

— Puisque jo te répète qu'il m'a dit qu'il ne m'en voulait plu«...

— Il s'agit bien de vous! il m'en veut toujours h moi... et mes en» fants sont enveloppés dans ce ressentiment!... il faut d-^rc t)» je le force à changer de sentiment à mon égard, en fai?aiii ' ui lui soient a^rréablcs... cela me coulera beaucoup, je i r.e pas, mais avec un homme qui a des millions, il faut : s pouces... Quand il ne donnerait que cent mille franc? a h\i:;,'rp <•! autant à sa sœur, cela vaudrait bien la peine de cajoler un peu sa Péroline... hein?

— C'est mon opinion.

Le soir même, madame Cadet remet la lettre à Isidore, en loi disant :

— Voici wi.i est pour mon bfau-frère Gaspard; quoiqu'il ne veuille [dus venir ici, il parait qu'il s'y fait toujours adresier ses lettres; mais dili!.s-lui bien que cela ne nous contrarie en rien, que nous le.s recevrons quand même elles ne seraient pas affranchies, et que nous sommes heureux de pouvoir lui être bons à quelque chose.

Jamais Isidore n'avait vu sa belle-mère aussi aimable avec lui ; mais en regardant le paquet de cire qui sert de cacliet, il se doute bien que la ruse de Samsonnac a réussi. Pour achever de l'en convaincre, son père lui dit à l'oreille :

— Fais la cour à ta cousine Péroline... ma femme ne s'y ojriftwî plus... je crois même qu'elle consentira à ce mariape, si celapeui '•ire agréable à mon frère Gaspard... si cela le raccommode avec elle. Tant pis pour mademoiselle Montrognon...elle en trouvera un autre que toi.

Le jeune amoureus s'empresse d'alier rapporter tout cela à Péroline, qui lui répond :

— Mais lorsqu'ils sauront qu'on les a trompés?

— (Ju'importe! s'ils ne le savent qu'après que nous serons mariés.

— Ahl mon ami, votre belle-mère est bien fine, et pour qu'elle consente à ce que je sois votre femme, je crois qu'il faudrait qu'elle fût bien certaine que mon oncle Gaspard est vraiment riche... et malheureusement ses conjectures ne se changeront jamais en réalités.

La jolie cou.^ine avait bien lu dans la pensée de madame Cadet. Celle-ci, le lendemain delà réception de la fameuse lettre timbrée de Bordeaux, dit à .son mari :

— Monsieur, il ne s'agit pas à présent de nous endormir sur le rOli ! ...

— Comment? quel rôti, Doxie? répond M. Cadet.

— Vous ne comprenez jamais I... je dis qu'il faut absolument savoir à quoi nous en tenir au sujet de la situation financière de vnire frère Gaspard... et d'abord il me semble que nous ne ferons pas mal d'aller causer de tout cela avec votre frère l'avocat... les avocats doivent s'entendre aux affaires, il trouvera un moyen pour forcer son frère Gaspard à divulguer l'état de sa fortune. . .

— Tu crois qu'il trouvera un moyen. . .

— J'avais d'abord envie de lui cacher tout cela, mais j'ai réfléchi qu'il le saurait toujours. Après tout, votre frère Gaspard vous a dit qu'il trouvait madame Rogille très-coquette... d'où je conclus qu'elle lui plaît peu, et qu'en tous cas elle aura peu de part à ses dons. Mettez voire habit, et rendons-nous chez votre frère Désiré.

L'avocat Braillard était dans son cabinet, écoutant les doléances de sa fille Auguste. Celle-ci, qui avait toujours besoin d'argent, venait encore en demander à son père, qu'elle était en train de ruiner comme elle avait déjà ruiné son imbécile de mari, cl peut-être d'autres personnes encore. L'avocat se promettait en vain d'être ferme et do résister une bonne fois aux prières de sa fille, qui l'obligeait par ses folles dépenses à entamer, à réduire son revenu déjàlrès-roJuit, mais les gens faibles lo seront toujours; il en est do cela comme de la poltronnerie, c'csl un dofaul dont on ne se corrige pas.

Ce qui depuis quelque temps rendait madame Rogille encore plus dépensière, c'est que le bel .\rchibald devenait pour elle moins galant, moins empressé, moins aimable; il n'e menait plus que rarement sa calèche et sesclievaux à sa disposition, elle était quelquefois plusieurs jours sans recevoir sa visite; en vain M. Uogille so mettait eu course pour savoir ce que devenait son ami intime, celui-ci était souvent iiiii'ouvable; et lorsqu'une femme sent qu'une conquête va lui éc}ta|>per, elle met en œuvre toutes les resaources de la coquetterie pour retenir un volage, pour lo ramener à ses piels. C'est pourquoi il fallait chaque jour à Augusta unchapo.iu, ime robe, une garniture noiivollo; dès qu'une mode paraissait, elle voulait la porter; elle n'avait pas d'argent, mais elle faisait des dettes, et quand les fournisseurs devenaioiuirop pressants, ellccotiraitprier, cajoler embrasser son {H'iitpère.

C'est dans un de ces moinonis-là quo M. Cadet Br,\illard ei sa foiniiio pénèlrenl dans le cabinet de l'avocat, qui s'ecric en les voy.iut ;

— Tiens... mon fK're cl sa femme... voilà une aimable surpris»-. . .

— Mon oncle et ma belle tanlel dit madamo Rogille, qui fais,iit toujours l'aimable avec ses parents riches, et va sur-le-champ lesembr>isser.

— Oui, c'est nous, dit madame Cadet, nous venons causer avec maiirc Désiré d'une affaire imporlaute, nous avons bosoiu de ses lumières...

LA FAMILLE BRAILLARD.'

— Vous avez un procès, mes amis?

— Nom, il ne s'agit point de procès, mais de votre frère Gaspard, revenu récemment de luCalirornic. . .

— Ahl ce monsieur si viluln, si mal mis et qui sent la pipe d'une lieue! s'tcrie Augusta, je l'ai assez vu d'une fois cet oncle-là, qui revient d'Amérique sans avoir eu l'esprit de s'y enriclilr!... il a l'air d'un calfat!. . ,

Madame Cadet laisse parler la jeune femme, elle éprouve un secret plaisir ;\ l'entendre dire du mal de son oncle. Mais l'avocat interrompt sa tille, en lui disant :

— AuRusta... tii as tort de traiter ainsi mon frère Gaspard, d'abord c'est ton oncle, ensuite ce n'est pas sa faute s'il n'a pas fait fortune.

— Non, dit M. Cadet, s'il n'a pas fait fortune... cane peut pas être exprès.

— Mais si, au contraire, il avait réellement fait fortune! reprend madame Cadet, s'il revenait millionnaire!... s'il n'avait feint d'être pauvre que pour nous éprouver?. . .

— Tiens! ce serait comme dans tous les vaudevilles, dit Augusta, j'aimerais beaucoup cette pièce-là ailleurs qu'au tliéàlre.

— Moi, j'en serai» enchanté pour Gaspard ! dit l'avocat.

— Pour lui et pour nous aussi, mon père, mais pourquoi nous dites-vous cela, belle tante ?

— Pourquoi, ma chère nièce ? parce qu'une foule de découvertes se réunissent pour nous faire penser qu'en effet M. Gaspard est immensément riche !

— Ah ! mon Dieu... contez-nous cela, ma tante.. ,

— Comme apparemment il comptait lo^er chez nous, il avait donné notre adresse à ceux qui pouvaient avoir besoin de lui écrire ou de le voir.

— En effet, il avait su votre adresse au Havre, il nous l'a dit.

— Or, voilà qu'un matin est arrivée une dame qui demandait M. Gaspard Braillard ; naturellement je lui ai demandé ce qu'elle lui voulait, elle m'a dit que M. Gaspard attendait d'Amérique un bâtiment frété par lui et renfermant, outre beaucoup de marchandises, des danseuses de l'Inde, des bayadères, et que, étant correspondante de théâtres, elle désirait engager ces danseuses pour le Grand-Théâtre de Bordeaux, mais il fallait pour cela que le propriétaire des bayadères y consentit !

Maître Désiré regarde sa fille, celle-ci secoue la tête d'un air de doute en murmurant :

— Hum I... mon oncle Gaspard aurait ramené des bayadères...

— Et une grande quantité de marchandises...

— C'est égal... voilà une drôle d'histoire... Comment s'appelle cette dame?

— Eh I mon Dieu... je n'ai pas pensé à lui demander son nom et son adresse !

— Si vous n'avez que cette preuve-là de la fortune de M. Gaspard!... cela me semble bien douteux... n'est-ce pas, petit père?

— Oui, je me demande pourquoi Gaspard aurait ramené ces bayadères !

— Attendez I attendez I ce n'est pas tout. Quelques jours après la visite de cette dame, est venu un monsieur, demandant aussi le beaufrère. Ce monsieur était porteur d'un gros sac d'argent. Il nous dit qu'il avait à remettre la somme de vingt-quatre mille cinq cents francs à M. Gaspard Braillard, revenant de la Californie, que c'était un banquier de Bordeaux qui l'avait chargé de faire ce payement qu'il Tenait effectuer, son sac renfermant vingt-trois mille francs en or et le reste en argent.

— Ah I mon Dieu ! mais c'est une grosse somme cela... l'a-t-il comptée devant vous î

— Non... nous lui avons offert de la toucher pour M. Gaspard, en lui donnant un reçu, mais il ne voulait payer qu'à mon beau-frère en personne...

— Ceci est plus fort... Qu'en pensez-vous, petit père ?

— Avez-vous pris le nom et l'adresse de ce monsieur ?

— Oui, oh! pour celui-là nous n'y avons pas manqué; c'est un homme d'affaires, 11 se nomme Cottentin et demeure rue Saint-Hyaclnte-Saint-Michel.

— On pourra s'informer. Est-ce tout ?

— Non, vraiment! une lettre timbrée de Bordeaux nous est arrivée hier... portant sous notre adresse : Pour remettre à monsieur Gaspard Braillard.

— Eh bien ?

Ici madame Cadet est embarrassée, elle n'ose pas avouer à l'avocat qu'elle s'est permis de décacheter la lettre qui n'était pas pour elle ; elle tergiverse, regarde son mari et murmure enfin :

— Cette lettre était sous enveloppe... et l'enveloppe était si mal cachetée qu'elle tenait à peine... n'est-il pas vrai, monsieur Cadet ?

M. Cadet, troublé par les gros yeux que lui fait sa femme, balbutie :

— Ah !... oui... l'enveloppe, c'était un pain à cacheter... tu as mis de la cire par-dessus...

— Mais vous savez bien qu'elle s'est d'abord ouverte toute seule lorsque je voulais la mieux cacheter...

— Belle tante, ne vous arrêtez pas à ces petits détails ! dites-nous tout de suite ce qu'il y avait dans la lettre...

-^ Eh bien 1 ellq était d'un négociaet de Bordeaux qui écrivait i

Toiro oncle Gaspard : « Vous attendez par votre vaisseau qui va arriver au Havre du cacao, de la vanille et du café, je vous prendrai tout cela et j(? tiens cinq cent mille francs à voire disposition... »

— Cinq cent mille francs!... oh I mais c'est superbe... et celle lettre était signée ?

— llirschieflierzberg. . . Oh I j'ai eu soin de l'écrire à part, de crainte de l'oublier...

— Cinq cent raille francs! s'écrie de nouveau madame Rogilleen ballant des mains, et ce n'est pas là toute sa fortune... mais alors mon oncle Gasi)ard est véritablement millionnaire... Ah I mon Dieu I que je suis ilonc ficiiée de lui avoir parlé si légèrement... de ne pas l'avoir fait déjeuner avec nous I...

— Ah ! ma belle nièce, je vous avoue que, moi aussi, je suisfAché<^ de ne point l'avoir gardé chez nous, de ne point l'avoir logé... par exemple nous lui avons donné à déjeuner... un excellent déjeuner... une terrine de Nérac, du bordeaux médoc, dont II a bu presque deux bouteilles à lui seul... mais ensuite... pour quelques mots en l'air, nous nous sommes fâchés et il est parti.

— Et où est-il allé, il faudrait le savoir?

— Oh ! nous le savons parfaitement, il est chez les enfants d'Adrien, il y loge, il y mange, il n'en bouge presque pas...

— Chez Péroline ! s'écrie Augusta, mais oîi peut-elle coucher l'oncle Gaspard !

— Dans une espèce de grenier qui est au-dessus de leur chambre...

— L'oncle millioimaire loge dans un grenier !

— Il prétend qu'il est fort bien... il a refusé de revenir demeurer chez nous... car vous pensez bien que nous le lui avons fait offrir...

— Ah! oui, depuis que vous savez qu'il est riche...

— 11 s'obstine à toujours vouloir paraître pauvre... mais il parait que votre cousine Péroline s'est emparée de son esprit... il ne voit que par ses yeux... et il a positivement dit à mon mari, qui a été il y a quelques jours l'engager à dîner, invitation qu'il n'a pas acceptée!... c qui est bien extraordinaire de la part d'un homme qui aime tant le médoc...

— Ce qui prouverait, s'écrie Augusta, qu'il n'a pas besoin d'aller chez vous pour en boire... Mais achevez donc, qu'a-t-ilditàmon oncle Cadet?...

— Que sa nièce Péroline avait toutes les vertus et qu'elle en serait récompensée.

— Ah ciel ! il va lui donner ses millions...

— Moi, je vais marier mon fils à sa cousine...

— Cela ne nous rendra pas plus riches, mon oncle, moi qui aurais tant besoin de cent mille francs! avec cela je trouverais une place à Rogille... je l'enverrais en Algérie.

— Ma belle nièce, vous n'avez pas d'enfant, par conséquent vous n'avez que vous à penser... mais, moi, j'ai un garçon et une fille...

— Il me semble qu'ils sont à moi aussi, s'écrie M. Cadet.

— Qui est-ce qui vous dit le contraire, monsieur?...

— Et puis encore un fils I

— Ne parlons pas de celui-là; s'il épouse Péroline, il sera plus riche que les autres... Mais mon Exupère, ma petite Aurore... c'est pour eux que je veux regagner l'amilié de M. Gaspard !...

— Mais vous êtes déjà riche, vous, belle tante !

— On ne l'est jamais assez, ma nièce... d'ailleurs nous ne sommes pas millionnaires, nous !

— Voyons, petit père, dis-nous donc ton avis, que nous conseillestu de faire pour que ton frère Gaspard soit bien gentil avec nous ?

L'avocat sourit et répond :

— Je vous conseille de ne point faire de projets qui peuvent ne reposer que sur une chimère... Plusieurs faits semblent, il est vrai, dénoter que mon frère Gaspard est revenu d'Amérique avec de la fortune, cependant cela ne nous est pas absolument prouvé. S'ifest, en effet, riche, pourquoi s'obstiner à faire toujours le pauvre... Qu'il ait eu cette idée un moment, en arrivant, afin de nous tromper, je le veux bien; mais continuer à loger dans un grenier... dans quel but à présent que son épreuve est faite ?

— C'est très-logique, dit M. Cadet en caressant sa perruque, mon frère parle comme tout le Barreau en bloc...

— Mais alors, cher beau-frère, comment connaître la vérité, car enfin notre situation est bien épineuse... nous avons à peu près rompu avec les Montrognon... je voulais que leur fille épousât Isidore... et si je consens à ce qu'il épouse cette demoiselle Péroline, c'est uniquement dans l'espoir que cela me raccommodera avec M. Gaspard...

— Voyons, petit père, trouve donc un moyen pour que nous sachions à quoi nous en tenir...

— Donnez-moi l'adresse de ce M. Cottentin qui apportait le sac, puis le négociant de Bordeaux qui a écrit la lettre...

— Voilà, dit madame Cadet, tout cela est sur ce papier.

— Fort bien. Revenez dans cinq jours... j'aurai une réponse de Bordeaux et je saurai ce que c'est que ce M. Cottentin.

— Bravo I voilà qui est parler... Je vous l'avais bien dit, monsieur Cadet, que votre frère l'avocat trouverait des moyens pour que nous sachions sur quel pied danser. Au revoir, cher beau-frère, dans cinq jours, nous serons exacts au rendez-vous.

— Oh I et moi aussi j'y serai, s'écrie Augusta. Un oncle million- > naire I ce serait si commode t

LA. FAMILLE BRAILLARD

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