‹ MoustacheChapitre 99 sur 281 · XXXIX. — DE PLUS EN PLUS FORT · texte numérisé non relu

XXXIX. — DE PLUS EN PLUS FORT

Au jour fix(! par maître Désiré Braillard, M. et rnadaiiie Cadet étaient chez lui h midi, ainsi que sa fille l'élégante Augusiu.

— lili bien, eh bien, cher frère?

— Clier petit père?

— Que savez-vous?

— Est-il riche, oui ou non?

L'avocat, sans se presser, et avec ce calme que l'homme de loi conserve dans les affaires, fait asseoir ses auditeurs et prend la parole :

— J'ai pris des renseignements sur ce M. Cottentin, demeurant rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel, ils sont loin de lui être favorables : c'est, dit-on, un grippe-sou, un de ces faiseurs d'allaires qui, pour un peu d'argent, font tout ce qu'on veut, et joueraient le soir un rôle de figurant sur un théiïtrc du boulevard, si cela leur rapportait de quoi souper. Il serait donc bien surprenant que l'on eût chargé ce monsieur de payer une somme de vingt-quatre mille cinq cents francs, c'eût été une grande imprudence... Cependant cela n'est pas absolument impossible... Voilà pour le monsieur au sac.

Les fronts se rembrunissent; les doutes reviennent, et on attend avec impatience la suite. L'avocat reprend :

— Maintenant, venons à l'auteur de la fameuse lettre de Bordeau.x. J'ai dans cette ville un confrère qui m'est tout dévoué et qui connaît sur le bout de son doigt tous les banquiers, négociants et marchands de Bordeaux; je l'ai prié de me renseigner sur un M. HirscbiefJierzberg, de me dire quelle était sa solvabilité... Voici la réponse de mon ami, elle m'est parvenue ce matin... Ecoutez :

« Tu me demandes si je connais à Bordeaux M. Hirschiefherzberg!... Ah! mon Dieu, quel nom... j'ai eu bien de la peine à l'écrire. Eh! mon ami, qui diable veux-tu qui s'appelle ainsi! on ne trouve de ces choses-là que dans des parodies de mélodrames!... c'est un nom fait à plaisir. Cependant, pour t'Otre agréable, j'ai demandé par toute la ville : Connaissez-vSs un M. Hirschiefherzberg, qui doit faire l'épicerie en gros, puisqu'il achète pour cinq cent mille francs de cacao, vanille et café? Partout on m'a ri au nez. Ainsi, mon cher ami, pas plus de Hirschiefherzberg à Bordeaux que de crocodiles dans la Seine; c'est une farce qu'on a voulu te jouer. Ton bien dévoué, etc., etc. »

Celle fois les auditeurs sont tout à fait abattus, et de gros soupirs se font entendre.

— Il n'est donc pas riche! dit Augusta. Ah! c'est dommage!...

— Il nous a encore trompes! s'écrie madame Cadet.

— Au contraire, répond l'avocat, il ne nous a pas trompés, il nous a dit qu'il était pauvre, et il parait que c'est la vérité.

— Mais enfin ces bayadères, ce sac... cette lettre timbrée de Bordeaux... c'était donc une comédie pour se moquer de nous...

— Quant à cela, je vous avoue que je n'y comprends rien.

— .Ah! grand Dieu I que je suis fichée d'avoir presque rompu avec les Montrognon... mais il est peut-être encore temps de renouer... ils voulaient que leur fille fût fiancée pour ses élrennes, nous ne sommes encore qu'au 25 décembre... Monsieur Cadet, vous irez demain à Livry... vous engagerez les Montrognon à venir diner le !«' janvier et nous renouerons ce mariage...

— Mais tu sais bien, Do.xie, que mon fils a positivement déclaré qu'il refusait mademoiselle Arthéraise et ne voulait pour femme que sa cousine Péroline!

— Et votre autorité, monsieur!... nous verrons si on se moquera de ma volonté... Ah! ce Gaspard!... qui veut faire croire qu'il est millionnaire... c'est indigne. ..Adieu, beau-frère... adieu, belle-nièce... Ah! que nous avons bien fait de ne point héberger ce mange-tout !

Madame Cadet emmène son mari. Madame Hogille quitte aussi son père, en regrettant ses espérances perdues, et l'avocat se remet à travailler, en se disant :

— Voilà la seule manière d'acquérir une fortune honorable. Depuis les ren^i'ignenienls obtenus par maître Désiré Braillard,

Isidore est de nouveau l'objet de la sévérité et des railleries de sa belle-mère, qui lui dit :

— Monsieur, si vous comptez encore épouser votre cousine Péroline, vous êtes dans l'erreur, nous n'y consentirons jamais, à moins que votre oncle Gaspard, le faux millionnaire, ne lui fasse un magnifique cadeau de noces.

Le pauvre amoureux va conter ça à celle qu'il aime, et Péroline lui répond : — Vous voyez, mon ami, que j'avais raison de vous dire que votre belle-mère voudrait des preuves de la fortune do mon oncle... et que nous n'étions pas encore mariés.

Sainsonnac est tout aussi désolé que les deux amants ; il est de plus trùs-vexé do voir que tout ce qu'il a imaginé n'a servi à rien, et que madameCadet n'est point tombée dans les pièges ([u'il lui avait tendus.

Quant à l'oncle Gaspard, il irpèle sduvent :

— Cornes du diable !... je suis dans mon tort de ne pas ôtre revenu les mains pleines.

Le jour de l'an est arrivé. Gaspard est descendu plus tôt pour embrasser ses nièces et son petit neveu. Puis, après le déjouiler, il sort pour aller voir les boutiques.

Péroline, qui a beaucoup travaillé la veille pour terminer un ouvrage pressé, se hUte de faire sa toilette pour courir à son ma^'asin,

tout en disant à sa petite sœur : Je vais me dépêcher, je ne serai p>a< longtemps, car Isidore va venir nous souhaiter la bonne année... faille allenilre s'il vient avant mon retour.

— Sois tranquille, répond Rosinette,il nes'en ira pasraos t'avoirrue. Les deux enfanls Font restés seuls gardiens de la niaifon.

— C'est pourtant aujourd'hui le jour de lan! dit Itosiuette. Ab! Q y a des enfants qui sont bien heureux ce jour-là... qui reçoivent da bien beaux cadeaux !

— Et nous, on ne nous a encore rien donné ! répond le p<;til Léopold d'un air boudeur.

— Mais ma sœur nous a bien embrassés en nous souhaitant tout plein de bonheur.

— Oui, et moi je lui ai dit : Je souhaite que tu ne sois plus jamaii malade 1

— Moi aussi, je lui ai dit tout cela...

— Mais ça n'est pas des bonbons, ça?

— Oh! lie te désole pas, Popol, je suis bien sûre que notre oncle Gaspard le rapportera quelque chose...

— Et à toi aussi, ma sœur...

— Dame ! il ne pourra pas nous donner de belles choses... ce n'est pas sa faute s'il n'est pas riche... il prendra encore sur son tabac, s'il nous donne des étrennes... Pauvre oncle... si j'avais de l'argent, moi, je lui ferais cadeau d'un beau paletot en drap bleu !... et toi, Popol...

— Moi, je m'achèterais un grand cheval en bois sur lequel on peut monter et ça remue...

— Et puis je donnerais à ma sœur un burnous gris avec un beau gland... Comme cela lui irait bien... et toi. Popol?...

— Moi, je m'achèterais de la pâte de guimauve...

— Petit gourmand qui ne pense qu'à lui !

— Oh I mais je vous en donnerais.

Deux coups frappés à la porte interrompent la conversalJOD dea deux enfants.

— Entrez, crie Rosinette, la clef est à la porte.

On ouvre, un commissionnaire médaillé parait et dit :

— Est-ce bien ici que demeure mademoiselle Péroline Braillard, ouvrière fleuriste?

— Oui, monsieur, c'est ici... mais elle n'y est pas pour le moment.

— Oh ! cela ne fait rien.

Et le commissionnaire, prenant dans ses bras un grand carton qu'il avait déposé à la porte, entre dans la chambre et va poser sur une table le carton qui parait être fort lourd et qui a la forme haute et ronde de ceux dans lesquels les marchandes de modes envoient leur» chapeaux.

— Qu'est-ce que c'est que cela, monsieur? demande Rosinette au commissionnaire, en lui montrant le carton.

— Mademoiselle, j'ignore ce qu'il y a là-dedans, mais tout ce que je sais c'est qu'il pèse fièrement lourd ce carton-là... on s'en aperçoit quand on monte cinq étages avec lui?...

— Mais, de quelle part venez-vous... qui esl-ce qui vous envoie t

— Je n'en sais rien, mademoiselle, on m'a pris à la porte Saint- Denis, on m'a donné cela à porter, on est même venu avec moi jusqu'à la porte pour être certain, sans doute, que je ne me irompa'i pas d'adresse.

— Et que devez-vous dire à ma sœur Péroline ?

— Rien du tout, mademoiselle; on m'a dit : Vous remetirei le carton et puis vous vous en irez... Mais probablement que la personne à qui cela est adressé verra, on ouvrant le carton, de quelle part cela lui vient... Voilà ma commission faite, bien le bonjour, mademciisellc.

— Vous êtes donc payé?

— Oui, oui, oh! je suis très-bien payé mémo... Je vous salue, la compagnie.

Le commissionnaire est parti. Rosinette examine avec curiosité le carton, qui est beaucoup nlus élégant que ceux employés ordinairement par les modistes; elle s'aperçoit alors que le couvercle on est hermétiquement fermé par du papier collé tout autour. Outre cela. de larges rubans roses sont noués par-dessus.

— • Ohl le beau carton I dit la petite fille en courant autour de la table pour le regarder de tous les eûtes. Mon Dieu, qu'est-ce qu'il peut donc y avoir là-dedans ?

— C'est peut-être des bonbons pour nos étrennes! dit Lcopold. Ouvre-le donc, Rosinette, nous verrons ce qu'il y a dedans.

— Oh ! non, je ne veux pas l'ouvrir... il est pour ma sœur... Tu ne sais pas encore "lire, toi, mais moi, je siiis lire; il y a écrit en grosses lettres là-dessus : Pour niademoisollc Porolino Braillard. Ah! si «e pouvait ôtre des étrennes pour elle...

— Si ce sont des dragées, elle nous en donnera...

— H ne peut pas y a\oir plein ce carton de dragées... ce ne peut pas Cire des fleurs de son magasin; d'ailleurs on ne lui ojivoio j.iui.M» d'ouvrage, elle va le elierchor... Oh! que jo voudriiis voir arrixor Porolino, pour savoir ce qu'il y a là-dedans...

— Péroline ne sera pas fàelioe si tu l'ouvres...

— Taisez- vous, monsieur, ie ue veux pas faire comme ma tante \ Cadet, qui ouvre les lettres adressées à sou beau-frère... ça n'est jm» ' bien ça... et puis lu prouve qu'on ne veut pas que tout lo monde voie ce que ce carton reuferme, c'est qu'où a collé du papier tout autour

LA FAMILLE BRAILLARD

du couvercle... Ah! que ma sœur lurdo ii venir! Ah! on moule l'escalier... c'est ma sinur...

Ce n'est pas Péroliiie, c'est Isidore qui entre, tenant d'une main un pclil inouiin uvcci^on ftnedont il l'ail cadeau uu petit ^'ar<;on, puis il présentée Uosineltc un livre cartonné en lui disant : — Tiens, ma himne amie, tu m'as dit, toi, que tu aimais mieux les livre» que les joujoux, Voilà dus contes de fées avec des images coloriées.

— Oh ! merci, mou cousin, tu es bien bon, embrasse-moi.

— Mon cousin, je te souhaite une bonne année, dit Léopold en allant embrasser Isidore.

— Merci, mon ami.

— Tiens, vois-tu, vois-tu, Rosinelle, mon moulin tourne cl mon une remue la tùte...

— Ahl que c'est gentil...

— Teni'z, voilà aussi quelques bonbons, car un jour de l'an ne peut point se passer sans bonbons...

— Oh! merci, cousin...

— Où donc est Péroline?...

— Elle est allée bien vite reporter une commande pressée... elle ne sera pas longtemps, elle te prie de l'attendre.

— Oh I certainement, je l'attendrai ! Mais qu'est-ce que c'est donc que ce carton?...

— On vient de l'apporter tout à l'heure... un commissionnaire qui a demandé ma sœur... Vois-tu, il y a sur le carton : Pour mademoiselle Péroline Braillard...

— En efl'et, et qui est-ce qui envoie cela?

— Le comuiissioniiaire a dit qu'il n'en s.ivait rien.

— Voilà qui est singulier, et U n'avait pas autre chose à dire, à remettre?...

— Rien du tout, il a dit : « Je dois remettre ce carton, voilà tout, ma commission est bien payée! » et il s'est sauvé...

— Il est fort élégant ce carton... des rubans roses .. fermé avec du papier doré...

— Soulève-le donc un peu, mon cousin, le commissionnaire a dit qu'il était fort lourd.

Isidore prend le carton dans ses bras et le repose sur la table en disant : — Oui, c'est très-lourd... quelque chose me dit qu'il y a làdedans des élrennes pour ma cousine...

— Oh ! c'est ce que j'ai pensé aussi, moi.

— En l'ouvrant elle saura peut-être de qui cela vient. Elle va bientôt revenir, n'est-ce pas?

— Ahl voilà Isidore qui est aussi curieu.^ que nous de savoir ce qu'il y a dans ce carton... Mais cette fois j'entends ma sœur !

Péroline sourit en apercevant son cousin, qui court à elle et profite naturellement de l'occasion que lui ofl're le nouvel an pour embrasser sa cousine et la presser tendrement dans ses bras. Ensuite tirant de sa pocha quelque chose enveloppé soigneusement dans du papier, il le lui présente en disant :

— Voulez-vous me permettre, chère Péroline, de vous offrir ce modeste cadeau?... Vous savi'z que ce n'est pas ma faute si je ne vous apporte pas un beau présent...

— Ahl mon ami, le plus simple don venu de vous me sera toujours précieux... Voyons ce qu'il y a dans ce papier... un col brodé!... Ah ! qu'il est joli... ah! Rosinelle, vois donc quel charmant dessin... Merci, cher cousin, je suis bien contente!

— Et moi, j'ai un beau livre!

— Et moi, un âne qui traîne un moulin 1

— Isidore, vous vous êtes ruiné pour nous I

— Ah ! ma cousine, je suis bien heureux si j'ai pu vous offrir quelque chose à votre goût... Mais je crains que mon cadeau ne pâlisse terriblement devant ce que renferme ce carton qu'on a envoyé ici pour vous...

La jeune fille, tout au plaisir de se faire souhaiter la bonne année par Isidore, n'avait pas remarqué le carton posé sur une table. Elle l'examine avec surprise en disant ■.

— ïlon Dieu, le beau carton! Qui est-ce qui envoie cela?

— Nous n'en savons rien, ma sœur, un commissionnaire l'a apporté, on l'avait pris à la porte Saint-Denis et amené jusqu'à notre maison en lui disant de monter cela ici, c'est pour toi, à ton adresse...

I — C'est singulier...

; — Ma cousine, ouvrez donc ce carton, je suis bien curieux de savoir ce qu'il renferme...

— Moi aussi, mon cousin... voyons... voilà les rubans défaits... mais il tient toujours...

— Je crois bien, il y a un papier collé sur les bords du couvercle... il paraît que ce qui est là-dedans est précieux, il faut déchirer ce papier.

— Ah! quel dommage! un beau papier dorél

— A moins de ne point ouvrir le carton... — ; Oh! déchirez, mon cousin, déchirez.

Isidore a brisé tous les obsUicles, le dessus du carton est enlevé, l'intérieur est rempli jusqu'en haut, car tout à l'entrée sont d'abord de larges feuilles de papier blanc satiné. Péroline les enlève et demeure toute saisie en apercevant un superbe châle.

— Ah! mon Dieu, voyez donc que c'est beau! s'écrie la jeune fille émerveillée, et Rosinelle se met à sauter dans la chambre en disant :

— Un beau châle pour ma sœur... Ah! quel bonheur...

— C'est un véritable cachemire, dil Isidore ca touchant le tissu.

— Un cachemire... ob! mais alors on s'est trompé... ce n'est pa» pour moil U n'est pas possible que co soit pour uioi!

— Alt ndoz! ma cousine, attendez, eidcvuns d'aliord ce cachemire, car ce carlou est plein et il doit renfermer beauoiup de cliosen...

Le premier objet est enlevé, on trouve dessous un autre châle à palmeltes et d'une couleur diiïérente.

— Encori' un châle! s'écrie Péroline.

— Kl qui est magnifique aussi I...

— Il me semble que je rêve...

— Eidevons encore cela...

— 01)1 mon Dieu! une pièce de velours bleu magnifique... une pièce de soie... une autre brochée, une autre eu damas... une autre en mérinos I

Uosineltc court dans la chambre en criant :

— Pour fainj des robes... Ohl ma sœur aura de belles robes, ma sœur sera bien belle 1

— Mais ce h'est pa-s possible... toul cela n'est pas pour moi., n'est-ce pas, mon cousin ?

— Cependant, ma cousine, il y a bien votre nom sur le carton., mais attendez, nous ne sonuiies pas au fond... ôlons d'abord touleal ces pièces d'étoiles... Ah! voilà encore du papier blanc qui couvre ce] qui est dessoun... il y a quelque chose d'écrit...

— Voyons... voyons...

— Pour la petite sœur Rosinelle.

La petite fille ne fait qu'un boud du milieu de la chambre jusqu'au!

carton, en disant : • I

— Pour moi! pour moi... Oh! alors Péroline, tu vois bien qu'on! ne s'est pas trompé et que tout cela est bien pour nous... Isidore, Ole donc ce papier... bien vite... bien vite!...

Le papier est enlevé, et l'on trouve dessous plusieurs pièces d'étoffes charmautes, mais moins riches que celles pour la sœur aînée, puis un joli petit manteau on velours, puis un burnous en drap. RuEinctte est comme une petite folle, elle veut absolument qu'on lui mette toul de suite le burnous qui va parfaitemeut à sa taille. Sous les prcscnl^ adressésà la petite sœur est encore un papier blanc sur lequel est en i

— Pour le petil frère Léopuld.

— On n'a oublié personne! dit Isidore, c'est bien, celai et il relire le papier sous lequel on trouve un vêlement complet de petit garçon, la tunique, le gilet, la jaquette ; le tout en fin mérinos gris-perle et bordé de velours violet. Il y a jusqu'à une charmante petite toque écossaise.

Monsieur Popol ouvre de grands yeux lorsqu'on lui montre les vêtements qu'on lui envoie.

— Seras-tu beau avec tout celai s'écrie Rosinelle. Mon cousin, êtcs-vous arrivé au fond.

— Oui, ma bonne amie!

— Mais il me semble qu'en voilà bien assez! dit Péroline, c'est superbe tout cela... Je ne puis encore en croiic mes yeux...

— Cependant, ma cousine, il n'y a pas maintenant à douter qu'on se soit trompé d'adresse... mais je vois encore quelque chose au fond de ce carton... c'est enveloppé dans du papier... je n'avais pas aperçu d'abord... Tenez, ma cousine, voyez ce que c'est...

Isidore relire du carton un objet qui doit être de petite dimension et qui est soigneusement enveloppé dans du papier Joseph. Il le présente à Péroline, qui le prend presqu'en tremblant tant elle est émue par ce qui lui arrive.

— Oh! ma sœur, défais donc le papier! dit Rosinelle, il doit y avoir quelque chose de joli là-dedans I

— Mon Dieu... mes mains tremblent... tout cela est si extraordinaire... Isidore, ôtez ce papier... je ne sais pas m'y prendre...

— Donnez, ma cousine... c'est enveloppé avec soin...

Isidore a enfin enlevé toul le papier Joseph, et on trouve un élégant petit portefeuille en cuir de Russie et tout cerclé en or. Sur une petite plaque du même métal est gravé le chiffre de Péroline, puis sur un carré de papier placé sur le portefeuille on lit : Pour acheter des bonbons au petit frère et à la jeutie sreitr.

— Qu'est-ce que cela veut dire? murmure Péroline en regardant son cousin. Ce ravissant portefeuille est pour que j'achète des bonbons?

— Ouvrez-le, ma cousine, et j'ai dans l'idée que vous trouverez l'explication de cela.

La jeune fille ouvre le portefeuille et aperçoit dedans plusieurs papiers serrés les uns contre les autres, elle les retire doucement en disant : — Qu'est-ce que c'est que cela, Isidore?

— Ça, ma cousine, mais ce sont des billets de banque...

— Des billets de banque!...

— Oh ! voyons... voyons!... s'écrie Rosinelle, c'est la première fois que nous en voyons, nous !,

— Qu'est-ce que cela vaut, mon cousin?...

— Attendez... ce sont des billeis de mille francs .. un... deux... quatre... six... huit... dixl il y a là dix mille francs, ma cousine.

— Dix mille francs, s'écrie Péroline.

— Dix mille francs! répète Rosinelle. Quant au petit garçon, qui ne sait pas ce que dix mille francs représentent, il n'est occupé que de sa jaquette et de sa toque.

Les deux amoureux se regardent quelques iuslanls sans pouvoir

LA FAMILLE BRAILLARD

pai kr, ce qu'ils éprouvent lus suffoque, car leur joie est mêlée d'un pI praud élorinenient qu'ils ne savent pas encore s'ils doivent s'y abaudoiiiicr. Mais Uosinclte ne sait pas se contenir, elle saute par la chambre eu criant :

— Nous sommes riches... quel bonheur... ma sœur ne travaillera iihis toute la journée... elle ne rc rendra pas malade à force de veiller. Dix mille francs! c'est une fortuLC celai n'est-ce pas Isidore?

— l'as tout ii fait, ma bonne amie, mais c'est toujours un coinmeu- :(Miicntl...

— Mais enfin, mon cousin, dit Pétoline, qui peut me faire... nous faire un si magnifique cadeau? ce n'cit itas votre père, n'est-ce pas?

— Util non, ma cousine; je voudrais bien que tout cela vint de lui, c 'la me rendrait tout lier I... Mais malheureusement, s'il avait le désir di; vous faire un tel cadeau, sa femme saurait bien l'eu empêcher...

— Ce ne peut pas être non plus mcxi oncle l'avocat I

— Ce n'est pas supposable, j'ai eiicndu dire plusieurs fois à ma liclle-mère que sa fille le ruinait, qu':lle le réduirait à la pauvreté...

— Mais alors qui peut donc nous euvo^er celte somme... ces riches (iicsents... à moins que...

— A moins que?... Tenez, ma cousine, j'ai dans l'idée que nous avons la même pensée I...

— C'est bien probable, mon cousin. ..voyons. ..qui soupçonnez-vous?

— Moi aussi, je gage que j'ai deviaé do qui nous vient le carton, il il Rosinellc en essayant son petit manteau de velours qu'elle veut Mi'llrt' par-dessus son burnous.

— Et qui soupçonnes-tu, Rosinette?

Avant que la petite fille ait répondu, la porte du carré est ouverte brusquement, et Samsonnac paraît.

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