CRUE
Elle est bien connue dans tous les processus pathologiques où il y a déshydratation : gastroentérites de l'enfance, athrepsie, vomissements incoercibles de la grossesse, sténose œsophagienne.
LAMBRET fait de l’acidose post-opératoire une conséquence de l’exhémie plasmatique; le plasma entraînant avec lui ses sels dissous, il y a baïsse de la réserve alcaline, proportionnelle à l'importance du traumatisme tissulaire.
Pour SOLANO, RAMOS et GARCIA Fox, la déshydratation est facteur d’acidose en raison de l’insuffisante dilution des réserves alcalines. Les substances tampon sont inactives en raison de leur excessive concentration, la dissociation ionique est diminuée et par suite les ions H prédominent.
Pour éviter l’acidose, ils préconisent l’ingestion de 1 à 2 litres d’eau pendant les douze heures qui précèdent l'intervention, l'application d’un goutte à goutte rectal immédiatement après l'opération et l'injection quotidienne post-opératoire d’un sérum salin quelconque.
Dans tous les cas où ils ont ainsi réalisé la réhydratation de leurs patients les R. A. étudiées selon la HE de VAN SLYKE ont été visiblement augmentées.
d) L'hyperglycémie.
De même que SOYER, nous dirons de l’hyperglycémie que c’est le seul trouble humoral qu’on ne puisse rattacher à la déshydratation.
Coïncidant avec une diminution du glycogène hépatique et selon ANNE Dras, avec de la bilirubinémie, est-elle l'indice passager d’une intoxication hépatique légère?
Est-elle, comme le pensent LAMBERT, POLONOVSKI et WAREMBOURG, la résultante d’un ensemble complexe : traumatisme sympathique, protéolyse — l'augmentation de l’urée sanguine entraînant une augmentation secondaire de la glycémie?
Est-elle la traduction d’une insuffisance passagère du pancréas endocrine? nous ne le savons.
Toujours est-il qu’elle est un trouble très secondaire et sans importance vitale pour le devenir de l’opéré.
Ainsi les deux troubles humoraux les plus importants et les mieux connus du post-opératoire peuvent trouver dans la déshydratation une cause nécessaire et suffisante.
Ce rôle de la déshydratation a été souligné par différents auteurs.
BOTTIN en premier lieu,
Et aussi AMBARD et STAHL qui en 1932 dans une communication à la Société de Biologie au sujet de deux observations de vomissements incoercibles de la grossesse, disaient : «L'élément essentiel de cette azotémie est la déshydratation si fréquemment liée à la chloropénie, et encore : « Les chloropéniques azotémiques sont d'ordinaire des sujets qui vomissent ; or, l'effet presque constant de l’administration de sel est de lever les vomissements et de permettre au sujet de se réhydrater ».
Mettre l'accent sur la déshydratation dans la genèse des troubles humoraux post-opératoires n'implique pas que l’on néglige la déminéralisation et surtout l’hypochlorémie.
Il nous apparaît qu'on ne peut dissocier l’eau du sel. Déshydratation et déminéralisation vont de pair. L'organisme ne vit pas dans l’eau mais dans l’eau salée. L'eau et le sel ne sont actifs qu'employés conjointement.
La déshydratation ne sera pas combattue avec de l’eau distillée car l’eau introduite dans l'organisme n’est susceptible d'accomplir sa mission que dans la mesure ou la pression osmotique du milieu sanguin est également restaurée.
Mais de même, ce n’est pas en combattant seulement la déminéralisation, l’hypochlorémie, ce n’est pas en fournissant du sel à l’organisme, même en solutions hypertoniques, qu’on corrige les désordres humoro-tissulaires post-opératoires.
En conclusion, la déshydratation aboutit chez l’opéré à une intoxication générale, à la fois sanguine et tissulaire.
Et nous adopterons, pour clore ce chapitre des rapports entre la déshydratation et la maladie post-opératoire, les conclusions mêmes de la thèse de SOYER.
«La maladie post-opératoire, ensemble des troubles que crée le chirurgien et par l'intervention et par le régime imposé aux opérés, nous semble le résultat d’une déshydratation brutale de l’organisme, qu’expliquent l'insuffisance des apports d’eau et l’afflux de quantités importantes de liquides au niveau des tissus traumatisés et de l'intestin parésié. »
Nous espérons avoir montré pour notre part quil v avait aussi une perte de liquides exagérée au dehors et au dedans.
Déshydratation et divers syndromes chirurgicaux.
Il y a un très grand nombre de circonstances cliniques en dehors du post-opératoire où la déshydratation est un des traits dominants du tableau clinique, en même temps qu’un facteur primordial des troubles humoraux. :
Notre intention n’est pas de les étudier en détail mais de faire ressortir la note « déshydratation » dans chacune d'elles.
Nous ne déborderons pas ainsi le cadre de notre travail, car nous espérons mettre ainsi en valeur les risques aggravés de l’intervention dans ces circonstances.
Il y a l’occlusion avant tout qui se prête, à l'évidence, à une étude de la déshydratation. Il y a les fistules digestives, les fistules biliaires, mais il y a aussi le shock traumatiques, les brûlures ; 11 y a la dilatation aiguë de l’estomac, le syndrome de la levée de garrot, le syndrome paleur hyperthermie.
On pourrait aussi discuter du rôle de la déshydratation dans les fièvres aseptiques post-opératoires.
En dehors de ces circonstances chirurgicales, nous ne ferons que mentionner certains syndromes médicaux où la déshydratation, connue de longue date, a été particulière- - ment étudiée.
10 Occlusion et déshydratation.
La déshydratation dans l’occlusion est nette, évidente, «ostentatoire ». Depuis que des travaux biologiques ont été consacrés à l’occlusion intestinale, tous les auteurs ont mis en évidence le déficit hydrique et la plupart l'ont rendu responsable de l’évolution fatale.
. C’est d’abord HARTWELL et HOGUET qui dans une série de travaux parus en 1912 et 1913 incriminent la perte d’eau à la base de l’intoxication puisqu'elle rend les échanges impossibles et empêche l'élimination des produits de déchets.
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Ce sont ensuite HADEN et ORR qui dans de très belles études expérimentales étagées entre 1925 et 1929 confirment le rôle de la déshydratation mais mettent les premiers en valeur l'importance de la déminéralisation.
En France, les travaux de GossET, BINET et PETIT- DUuTAILLIS ont eu un retentissement considérable et ont vulgarisé la rechloruration. L'hypochlorémie était pour eux le phénomène primordial mais l'importance de la déshydratation ne leur avait pas échappé.
DoGLioTTI et MAIRANO montrent que pour que la rechloruration de l'organisme soit efficace il faut y joindre la réhydratation.
BOTTIN en 1936 apporte les résultats de recherches très poussées sur les altérations entraînées par l’occlusion intestinale expérimentale au niveau du sang, des tissus, des émonctoires.
Elles objectivent :
a) D’une part la déshydratation :
Diminution de l’eau du sang.
Réduction de la masse du sang,
Les tests d’hémoconcentration étant :
Augmentation de la densité sanguine.
Augmentation de la viscosité sanguine.
Elévation de l’indice cryoscopique.
Elévation du pourcentage d’hémoglobine.
Polyglobulie sur laquelle par ailleurs BINET et LEPLANQUAIS avaient attiré l’attention ;
b) D'autre part :
La polyazotémie généralisée.
L'hypochlorémie.
L’acidose ;
c) Au niveau des tissus enfin, il montre que la plupart des tissus conservent une teneur en eau voisine de la normale, sauf le muscle la principale réserve d’eau de l'organisme, sauf la peau et le tissu cellulaire sous-cutané.
Cette déshydratation musculaire s’installe à un niveau élevé dès les premières heures après l’obstruction haute expé-
rimentale. Elle progresse par la suite dans des proportions moins accusées. BOTTIN attribue ce phénomène à la moindre capacité du sang pour la résorption, consécutive aux modifications chimiques et tensionnelles qu'il subit.
Si nous rappelons ces travaux ,c’est que l’occlusion nous apparaît comme un exemple exhaustif de la maladie postopératoire semi-tardive. Tout s’y retrouve, mais poussé au noir.
En ce sens, l'étude de l'occlusion aide à l'intelligence de la maladie post-opératoire. Fi
Il apparaît en effet que si l’anhydrémie de l’occlusion trouve son explication dans le déficit hydrique (exagération des pertes par les vomissements souvent abondants surajoutés aux autres sorties de l’eau que nous avons étudiés, diminution et même suppression presque complète des entrées, la voie orale étant inutilisable), cette explication n'est pas suffisante.
Il tombe sous le sens que la spoliation aqueuse se ‘fait dans la lumière de l’intestin occlus, intestin qui contient des quantités considérables de liquides devenus inutilisables car l'intestin a perdu son pouvoir de résorption.
La stase liquidienne constatée opératoirement ou à la suite de l'aspiration étonne d’ailleurs par son volume. Elle est disproportionnée d'avec le simple mécanisme d'arrêt des matières et des gaz.
Elle se reproduit malgré l'évacuation par la sonde de WANGENSTEEN avec une abondance déroutante. Elle est due à la spoliation sanguine.
Les travaux de WANGENSTEIN et ses élèves ABOTT et JOHNSON, ceux de SPERLING, de SCOTT qu’a rappelés récemment M. JEAN GOSSET ont montré le mécanisme de cette spoliation aqueuse du sang.
Elle est consécutive à la distension.
La distension d’une anse intestinale provoque au niveau de l'intestin une extravasation considérable de liquide qui n’est pas réabsorbée. La distension crée des troubles de la circulation pariétale tels que la stase au niveau des capillaires, est suivie d’une exhémie dans la lumière, dans les tuniques et dans le péritoine (ascite de constatation quotidienne).