LES FEMMES
Les femmes
Nous avons, aussi clairement et aussi simplement que nous l’avons pu, fait connaître la constitution du corps humain. Nous avons indiqué le vice de notre éducation, nous avons dit aussi le remède. Qu’on nous permette maintenant de jeter un coup d’œil sur les classes principales de la société et de les examiner rapidement au point de vue de la gymnastique.
A tout seigneur, tout honneur. — Commençons par les femmes.
Ne sont-ce pas à elles, en effet , qu’est dévolue cette grande mission de reproduire notre espèce, et n’est-ce pas en elles surtout que nous devons chercher le secret de la régénération du genre humain?
Qui, d’entre nous, n’a senti son cœur ému d’une don-
. loureuse pitié en voyant ces légions de jeunes ouvrières à l’aspect maladif, aux formes chétives et déviées, qui se rendent, le matin, dans ces casernes de femmes, pour n’en sortir que le soir bien après le coucher du soleil, à la fois brisées et atrophiées par douze ou quatorze heures de travail immobile ou, ce qui est pire encore, de travail composé de mouvements contraires à leur santé.
Les maladies du sang, la constipation, la phthisie scrofuleuse, les palpitations, etc., sont la suite nécessaire, inévitable d’un tel genre de vie.
Les femmes qui travaillent dans les mines, dans les usines et les manufactures, sont plus souvent et plus gravement. atteintes que celles qui travaillent dans de simples ateliers ou chez elles.
La fille Ju riche est-elle plus heureuse? A la pension, où elle reste courbée des heures entières sur ses livres, et chez elle où, pendant des journées, elle est assise à son piano ou s’occupe de couture, de broderie, fait-elle plus de mouvement? Pendant les récréations même, peut-elle s’ébattre en liberté, jouer et bondir tout à son aise ?
Non, cela n’est pas convenable ! ! !
Devenues dames, entendent-elles mieux l’hygène du corps? Elles sortent , il est vrai, elles vont dans le monde, mais les promenades, les danses, la voiture, le théâtre, constituent-ils une somme de mouvement suffisante pour
entretenir la santé et calmer les nerveuses surexcitations de la vie parisienne?
Aussi prenez la femme des villes aux deux extrémités de l'échelle sociale.
Examinez-la attentivement et vous constaterez neuf fois sur dix les symptômes morbides suivants :
Affaiblissement et altération des muscles, surexcitation de la vie sensitive, teint livide ou plombé, migraines, spasmes, évanouissements, oppressions, etc., etc.
Semblables à des plantes de serre chaude qui languissent et deviennent, par étiolement ou maturation artificielle , incapables d’un développemant complet, elles meurent, pour la plupart, avant de s’être épanouies au soleil de la vie.
Fait digne de remarque ! Le chiffre de la mortalité parmi les femmes est beaucoup plus élevé proportionnellement que parmi les hommes, et ce qui est plus étonnant encore, c’est qu’on n’ait pas recherché plus sérieusement les causes d’un tel état de choses.
Le peu de mouvement, selon nous, doit en être considéré comme la raison principale.
Déjà, en 1780, le docteur Franck s’élevait contre l’éducation absurde de nos dames du monde.
« La femme, dit-il, élevée d’après ce que l’on appelle
le bon goût, est une créature misérable et digne de pitié en comparaison de celle qu’élève la nature sans notre secours. La moindre chose lui cause des palpitations, de 1 asthme, la fatigue et l’anéantit.
« Continuellement assise, sans mouvement par conséquent, la circulation ne se fait qu’aux endroits où le cœur fatigué veut la faire parvenir.
« La couleur cadavérique, que dans la ville on a décoré du nom de couleur distinguée, en est le résultat le plus immédiat. »
Le mal est plus grand qu’on ne le pense ; car ce n’est pas à elle seule que nuit la femme élevée ainsi, ses enfants en ont à souffrir autant qu’elle-même.
Femmes, faites de la gymnastique, non pour vous, mais- pour nous, disait Jean-Jacques Rousseau.
Faites de la gymnastique pour vous et pour nous, leur dirons-nous à notre tour.
La quantité de mouvements que se donnent les femmes ne suffit pas pour activer leur circulation, leur nutrition, de façon qu’elles puissent nourrir convenablement leurs enfants.
Ce sang anémique, échauffé par des méthodes factices, pourrait-il donner une constitution convenable à ce petit être qui doit tenir tout de sa mère ?
Loin de comprendre cela, nos femmes font leur possible pour réduire à rien la somme de mouvements auxquels elles sont, pour ainsi dire, obligées de se livrer.
i Cependant toutes veulent la santé du corps } mais elles ne savent donc pas que vouloir la santé sans exercice, c’est vouloir la vie sans air, le jour sans lumière, 1 impossible enfin.
Les Grecs, encore en cela nos maîtres, l’avaient bien compris. A Sparte, les femmes se IL raient, dans les gymnases, aux mêmes exercices que les hommes.
C’est la gymnastique qui a créé cette race de femmes vaillantes qui disaient à leurs fils en les armant du bouclier : Reviens dessus ou dessous. Les Romains des premiers temps suivaient une méthode identique.
L’Allemagne, la Suisse, ^Angleterre surtout, se sont inspirées de ces exemples :
Mon enfant ne croît qu’une fois, disent les Anglaises, elle a tout le temps d’apprendre.
Elles lui défendent, par conséquent, ces positions contre nature que prennent nos filles, elles 'en font des femmes et non pas des poupées.
Aussi quelle différence entre les jeunes filles élevées d’après le système anglais et nos jeunes Parisiennes.
Ici maladie, là-bas force et santé.
Et où sont les plus instruites! Aux lectrices de décider.
Le mouvement, la gymnastique, une gymnastique douce, s’entend, proportionnée à ses forces et à ses besoins,
est aussi
ciel.
nécessaire a la femme que
l’air à l’oiseau du
Sa constitution éminemment nerveuse réclame impérieusement ce régime. Jusque vers l’âge de dix ans, la jeune fille pourra suivre les mêmes exercices que les
garçons. A cette époque, les sexes se distinguent davantage.
Les formes de la femme sont, à l’exception des hanches et. des seins, plus petites, plus tendres, plus molles que les formes masculines; les os sont moins gros et moins durs et le squelette présente beaucoup moins de rugosités.
La plus grande largeur, pour l’homme, se présente dans la région des épaules ; pour la femme c’est dans celle du bassin. Chez elle prédomine la forme ronde; chez l'homme c’est la forme angulaire.
Regardez le bras, comme il est plus arrondi, plus lisse, plus uni ! La jambe aussi est plus ronde et plus épaisse que celle de l’homme.
La colonne vertébrale est plus courbée que dans l’autre sexe. Le dos présente d’ordinaire une légère rondeur et n est pas aussi large que celui de 1 homme. Les muscles sont moins rouges, moins compacts que les nôtres, excepté dans la région du bassin, où se trouvent des muscles puissants, vigoureux, virils, pour ainsi dire.
Nous n’avons pas l’intention de pousuivre ici davantage cette étude. 11 nous faudrait un volume pour parler
convenablement de ce sujet. Mais nous croyons en avoir assez dit pour faire comprendre que les femmes ont besoin d’une gymnastique tant soit peu différente de celle des hommes.
Répétons-le une fois encore ; on peut être femme du monde sans avoir une constitution de papier màclié ! On peut être femme d’esprit sans être frêle et maladive; on peut être belle sans avoir la pâlenr morbide d’une poitrinaire.
Epouse et mère : telles sont les destinées de la femme. Destinées nobles et pour lesquelles elle doit savoir faire les plus grands sacrifices.
Quelque répugnance qu’elles aient en général pour les exercices corporels, il laut donc que les femmes mettent une bonne fois de côté ces préjugés ridicules.
Faites de l’exercice, mesdames, faites de l’exercice, dans l’intérêt de votre beauté et de votre grâce, autant au moins que dans celui de votre santé et de la beauté de votre race.
Vous aurez beau résister, vous ferez de la gymnastique! Peut-être pas aujourd’hui, peut-être pas demain, ni dans huit jours, ni dans un mois, mais vous en terez, car 1 avenir de l’humanité en dépend, et le jour n’est pas éloigné où les législateurs l’imposeront obligatoirement à vos filles comme ils l’ont imposée à vos garçons.