‹ Moyen infaillible de prolonger l'existence et de prévenir les maladiesChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les artisans

Quand nous demandons à liants cris l’exercice, la gymnastique, nous ne voulons pas dire par là qu on s’exerce au hasard, sans méthode.

On comprend combien peut être pernicieux, entre des mains ignorantes et malhabiles, un art qui tient à sa disposition des moyens tellement puissants, que leur influence peut se transmettre jusqu’aux parties les plus profondes de l’organisme, et que leur intensité peut varier suivant le degré le plus faible jusqu’à celui qui produit les perturbations les plus redoutables dans l’économie.

Donc si les exercices sont utiles, les abus sont mauvais ; mais c’est là une question importante que nous ne pouvons développer ici et qui trouvera sa place dans un travail spécial.

Nous nous occuperons seulement des personnes qui exercent à 1 excès et exclusivement une ou plusieurs parties de leur corps . •

Combien 11e rencontrez-vous pas de gens qui vous disent, si vous leur conseillez la gymnastique : «Du mouvement!1 Mais j en fais bien assez, Dieu merci ! mes jambes 11e s’exercent que trop. »

Mais, hommes aveugles, si vos jambes s’exercent bien, bras en sont-ils plus forts? A otre poitrine en estelle plus développée ! Les muscles de vos reins en sontils plus souples et plus résistants ? Non ! mille fois non ! Lien au contraire. Si vous voulez jeter avec moi un coup d œil rapide sur diverses prolessions qui exercent toutes beaucoup trop un des membres, ou une seule partie de l’être, vous verrez combien est grande votre erreur.

Le boucher offre un exemple remarquable d’exercices mal combinés, d’activité insuffisante. Plongé dans un milieu chaige de particules nutritives qui vont, aspirées par tous les pores de la surface, s élaborer, s’assimiler, il prend un développement considérable surtout dans les Parties moyennes et supérieures. Qu’en résulte-t-il ? Des congestions sanguines, des apoplexies pulmonaires, etc. Donnez au boucher vingt fois plus d’activité, alors il

n’est pas douteux qu’il acquerra, dans des proportions colossales, des formes et une santé normales.

Les personnes riches, bien nourries, sédentaires, qui font de la promenade en voiture un fréquent usage, subissent inévitablement les effets combinés de la trop grande alimentation du boucher et de l’incomplète activité du cocher, dont tous les viscères se développent outre mesure. Résultats : obésité, obstruction du foie, de la rate, asthme, etc.

Le maître de danse a les jambes énormes ; mais les bras sont grêles, la poitrine étroite et maladive. •'

Les maîtres d’escrime et les élèves qui fréquentent la salle avec assiduité ont la hanche droite creusée en dedans et le côté gauche beaucoup moins développé que l’autre,

Le portefaix a les bras musculeux, les épaules larges et charnues, mais les jambes sont raides, la poitrine creusée et les reins comme ankylosés. Il est également sujet a la phthisie.

Le forgeron, le serrurier sont dans le même cas : Développement anormal de l’épaule et du bras droits ; bras et épaule gauches atrophiés, — phthisie accompagnée de

varices et d’ulcères aux jambes.

On reconnaît à première vue un cordonnier, un tailleur.

Autant d’industries, autant de difformités ou de maladies,

Le relieur n’a pas les infirmités du tisserand, le tisserand n a pas celles du charpentier; mais chacun d’eux a la sienne inévitablement, et le laboureur lui-même, malgré sa vie simple, frugale, en plein air et en plein soleil, n’est pas exempt de la voussûre et, à un certain âge, de l’ankylose des reins, par suite de la position du corps constamment incliné sur la charrue.

Nous avons à notre appui un témoin qui fait autorité dans la matière : c’est la théorie militaire, qui, dans la première partie de 1 Ecole du soldat , s’exprime en ces ternies sur la tenue des campagnards :

« L’instructeur observera que la plupart des recrues ont la mauvaise habitude de baisser une épaule, de creuser un côté ou d’avancer une hanche, surtout la hanche gauche : il devra s’attacher à corriger ces défauts. »

Plus loin, en parlant de la nécessité d’effacer les épaules, la théorie, ce compendium de trois siècles d’expérience, justifie ainsi cette exigence :

« Parce que si l’homme avait les épaules en avant, le dos voûté, ce qui est le défaut ordinaire des hommes de la campagne , il ne pourrait, etc. , etc. »

Ce serait vraiment une étude curieuse que celle des maladies engendrées par chaque profession, et les médecins des hôpitaux pourraient faire sur ce sujet des observations bien intéressantes. Combien peu d'entre eux ce-

pendant ont essayé d'approfondir cette question, question si importante au point de vue de 1 hygiène t

La parfaite santé, nous ne nous lasserons pas de le dire, consiste dans l'harmonie de toutes les parties du corps, et comment cette santé subsisterait-elle si cette harmonie est rompue ? Que les forgerons, les serruriers, etc., tous les gens enfin qui font un travail manuel ne se croient donc

pas dispensés de la gymnastique.

Et ce que nous conseillons à ceux dont le travail exige des efforts musculaires considérables, nous le prescrivons de même à ceux qui se livrent h un travail sédentaire.

Qu’ils écoutent bien, ces hommes ! Sur cent tailleurs, à peine quatre atteignent un âge a a anoé.

D’ou cela vient-il ?

Nous allons vous le dire.

Courbés quatorze heures par jour sur leur ouvrage, leur respiration se fait mal, leur cage thoracique se rétrécit, les poumons s’atrophient, et ils sont conduits peu a peu à la maladie, à une maladie terrible, incurable, à la

phthisie.

Peu y échappent, et ceux qui, doués d’une constitution extraordinaire, parviennent à se soustraire aux grilles de la mort, traînent le reste de leur vie dans le marasme et la souffrance : Tous n’en meurent 'pas, mais tous en sont frappés, peut-on dire avec le fabuliste.

Nous résumons ainsi 1 impression que nons avons retirée des diverses observations qu i) nous ~a été donné de recueillir :

I lus 1 activité est localisée, plus il y a danger de maladie, et pour V organe travaillant et pour les organes en repos.

Altération des ligaments, des muscles,

altération des

os, délations, varices, tel est le bilan de la plupart des professions manuelles.

ChT>se digne de l’attention du gymnaste; les difformités du corps correspondent toujours au défaut d’égale répai t i t ion de.-, sucs nutritifs, d’ou cette conséquence claire et formelle, que le meilleur et le premier des remèdes c’est

1 exercice, mais surtout 1 exercice des parties atrophiées ou affaiblies.

Une juste répartition de la nourriture étant ainsi produite, le mal disparaîtra.

Puisque le gouvernement paraît disposé à vouloir donner aux Parisiens tout le confortable que le progrès des sciences et des arts peut nous offrir, qu’il établisse donc, dans la plus belle ville du monde civilisé, quelques grands gymnases, où les élèves des écoles communales soient admis successivement pendant toute lg journée, et les ouvriers le soir et le dimanche.

Que la jeunesse puisse entrer là comme elle a le droit d’entrer à l’église, et même sans payer les chaises.

Et les cabarets seront bientôt moins fréquentés , et la race ouvrière deviendra plus saine et plus vigou-

reuse.

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