‹ Moyen infaillible de prolonger l'existence et de prévenir les maladiesChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les hommes de lettres

Il est une autre classe de travailleurs qui, à plus d’un titre, mérite une attention particulière. Ce sont les hommes de lettres.

Chez eux surtout, c’est sur le système nerveux que doit s’exercer l’action gymnastique.

« On peut, dit le D' Michel Lévy, combattre les prédominances variées du système nerveux par l’exercice. En effet, d’après les phrénologistes, les exercices actifs musculaires laissent dans le repos les parties du cerveau qui correspondent aux facultés intellectuelles. »

Une des lois principales de notre organisme, la loi qui veut l’harmonie entre le repos et le mouvement, se trouve par là satisfaite.

« Il en résulte, ajoute le savant hygiéniste, qu’un exer-

cice convenable ranime la faculté de perception, perfectionne les sécrétions, réveille l’imagination engourdie et rend à la pensée sa force et son élan. »

Les anciens, comme nous avons pu le constater, beaucoup plus sages en ceci que nous, Français du dix-neuvième siècle, tenaient grand compte de ce. principe.

Cicéron vante la facilité avec laquelle on travaille après un exercice convenable.

Les péripatéticiens donnaient leurs leçons en se promenant. Nos modernes ont pris le contre-pied des anciens.

Pascal, un grand génie pourtant, prétendait qu’on ne pouvait être à la fois d’un esprit distingué et d’un corps robuste.

L’exercice de chaque jour est là pour démentir cette idée étrange.

Simple question :

Messieurs les écrivains, messieurs les bureaucrates, vous tous qui vous livrez à des travaux sédentaires, comment vivez-vous ?

Vous déjeunez le plus souvent à midi et dînez à six heures. Dans l’intervalle, aucun exercice !

El vous voulez que votre corps puisse loger ces deux repas ?

Mais vous demandez l'impossible f

L intendant de l’hôtel dira à tous les voyageurs qui se présenteront : Passez outre, je n’ai pas une seule chambre, un seul petit cabinet vide.

Persistez- vous, malgré les sages avis de votre intendant, a entériner dans votre demeure plus de locataires que vous ne pouvez en loger ? Prenez garde.

La place n’étant pas assez grande, on se heurte, on se pousse, on s'étouffe. Les factionnaires qui veillent à chaque porte dans l’intérieur de votre palais ne peuvent plus exécuter la consigne. Le malaise, le désordre sont partout.

Vous envoyez chercher le médecin. Le médecin envoie

tr

chercher une purgation, un vomitif, etc. C’est absolument comme pour une dispute de cabaret. Le commissaire de police arrive avec la garde, et l’on entraîne de force et les anciens et les nouveaux locataires : ceux qui ont raison et ceux qui ont tort.

Si les locataires et les piliers de cabarets sortaient sans

taire de dégâts, le mal serait peut-être supportable, mais quels ravages ! Voyez ce qui arrive :

L’un, obstiné, pour se retenir, casse les vitres; l’autre, dans sa colère, arrache avec ses ongles les papiers des murs. Un troisième renverse tout ce qui se trouve sur son passage. Dans huit jours le mal ne sera pas réparé. Pourquoi tout ce dégât ?

C’est parce que vous n’avez pas voulu suivre les conseils delà sagesse; vous n’avez pas voulu faire l'exercice néces-

sa ire pour vous débarrasser des locataires que les lois de Dieu avaient mis à la réforme.

Nous ne saurions trop le répéter, l’exercice facilite 1 élaboration et l’assimilation des aliments; il chasse loin de nous les molécules vieillies, ces éléments éternels des maladies; il donne un libre passage au sang nouveau chargé de réparer les pertes que la nature nous fait subir incessamment; il ramène, en un mol, aux lois de la vie normale les actes assimilateurs, sécréteurs et excréteurs qui ne peuvent déroger à ces lois qu au détriment de la santé.

Agissez donc, suez à grosses gouttes s’il le faut, forcez les ennemis de votre santé, de votre gaîté, à déguerpir, et vous aurez de la place pour loger les nouveaux venus, qui ne peuvent se caser que lorsque les autres seront partis.

En agissant ainsi, vous trouverez délicieux tous les mets qu’on vous servira, et comme les enfants, ces chers petits êtres qui digèrent sans s’en douter, et s’endorment en souriant, vous ferez un bon dîner et passerez une excellente nuit.

Dans un de nos précédents ouvrages (1), nous avons longuement parlé de la merveilleuse influence de l’exer-

(i) La Gymnastique obligatoire . L. Hachette, éditeur.

cice physique sur l’intelligence et le moral des enfants.

Cette influence se manifeste d’une façon tout aussi remarquable chez l’homme fait.

Examinez attentivement un orateur à la tribune, un avocat à la barre, un officier à la tète de son peloton, un artiste à sa besogne, un écrivain au travail, un négociant à ses affaires. Si vous les voyez le corps dispos, l’œil vif, l’allure vaillante, . le geste assuré, respirant aisément, agissant avec entrain, ne se lassant pas et supportant sans défaillance un long effort, une tension d’esprit soutenue, une lutte d’énergie et d’activité, soyez assuré qu’une gymnastique intelligente a préparé et entretient cet heureux épanouissement de la pensée et de la santé.

« C’est par les exercices gymniques, dit Plutarque, « que Cicéron, qui était né avec une poitrine faible cl « maladive, se fortifia et devint capable de ces grands et « nombreux combats qui l’illustrèrent à la tribune. » Donc, à mérite égal, le gymnaste triomphera en tout et partout, et dans ce sens on peut dire justement :

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Il est facile de constater que les personnes adonnées, par profession ou par goût, à un exercice exigeant une dépense régulière de force et de souplesse, sont exemples jusqu’à leur extrême vieillesse des infirmités et des malaises si communs dans le cours d’une vie sédentaire. Les écuyers, les chasseurs et la plupart des professeurs ou amateurs de gymnastique peuvent, sans fatigue, con-

tinuer à pratiquer leurs exercices habituels bien après l 'âge où les fonctionnaires civils et militaires, les titulaires de charges et les négociants sont dans l’obligation de prendre leur retraite. On les cite pour leur bonne humeur, leur appétit soutenu, leur bonté d’âme et leur empressement à rendre service.

Tout cela est parfaitement logique ; l’homme inquiet devient égoïste et insupportable. Or, de toutes les inquiétudes, celle qu’inspire une santé chancelante est la pluspernicieuse. Se bien porter est donc la première condition pour être heureux ici-bas et aussi pour contenter les autres.

Qui de nous n’a été frappé de la quantités de maladies nerveuses sévissant sur les gens de lettres et sur les personnes que leurs occupations astreignent au travail, assis dans leur cabinet ou dans un bureau? L’inaction du corps, jointe à la contention de l’esprit et à l’air vicié de la pièce dans laquelle on est constamment enfermé, produit dans tout le système nerveux une surexcitation douloureuse qui confine infailliblement au ramollissement ou à l'apoplexie. La plupart de ces victimes de l'immobilité peuvent dire comme le chien de la fable :

Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause.

Il est certain que l absence du mouvement et la surexcitation du cerveau, lorsqu’elles ne sont pas compensées

par des bains de grand air .largement administrés, prédisposent à tous les accidents névralgiques. Aussi les mieux avisés se logent le plus loin possible du lieu où les appelle leur besogne quotidienne, alîn de s’imposer matin et soir une promenade salutaire.

Mais cette précaution n’est qu'un demi-moyen; qu ils

consultent le bon sens, l’expérience et leur médecin,

ils reconnaîtront qu’une demi-heure de gymnastique suivie d’une friction ou d’une douche bien administrée, avant ou après le travail quotidien, les garantirait de toute atteinte morbide, presque toutes les maladies chroniques provenant du manque d’équilibre entre le cerveau et les organes appelés à le servir.

Ne séparons pas la culture de l’esprit de celle du corps; car elles se prêtent une mutuelle assistance. JJn savant débile est au meme titre incomplet qu’un ignorant hercule.

Depuis plusieurs années, nous nous occupons avec une conviction profonde, une foi que rien ne saurait ébranler, de la propagation de la gymnastique en France. Le tempérament essentiellement nerveux des Français, l’existence fiévreuse des habitants de nos grandes villes, et particulièrement celle des Parisiens, nous paraissent dans un temps plus proche qu’on ne pourrait le croire, devoir trouver leur seul contre-poids dans la pratique des exercices hygiéniques. En Allemagne, en Suisse, en Suède, cette pratique est universelle. En Angleterre et en Belgi-

que on y arrive et à grands pas. Pourquoi resterionsnous en arrière, nous qui en avons le plus grand besoin ?

Certes, et pourquoi ne l’ avouerions-nous pas? Nous avons rencontré souvent bien de l'indifférence, presque du dédain pour cet art que nous croyons si utile au bonheur de nos semblables. Bien des gens préfèrent encore l'étude du sport équestre à celle du sport humain. Il est vrai que l’un déforme les chevaux, tandis que l’autre a pour but de restaurer les hommes.

Nous ne nous sommes pas découragé, et nous avons bien fait. Des adhésions, des encouragements dont nous pourrions nous enorgueillir nous sont arrivés de toutes parts, et nous ne savons si nous nous abusons, mais il nous semble que, sur ce point comme sur tant d’autres, on revient à la haute sagesse de l’antiquité, mouvement timide et partiel, mais qui tend incessamment à se compléter et à se généraliser.

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