L. Hachette, éditeur
centrer vers les organes de la génération et à prévenir les habitudes que l’excès de sensibilité de ces organes détermine trop souvent. Ni la morale, ni les menaces, ni les châtiments, ni les entraves, ne peuvent combattre ces funestes tendances. C’est dans la fatigue des membres et une violente excitation musculaire, qu’on trouve les seuls moyens de les prévenir ou de les détruire.
Dans l'âge adulte, la gymnastique est encore utile, afin de maintenir l’équilibre entre toutes les parties de l’organisation et d’éviter les concentrations vitales qui pourraient avoir lieu vers les viscères ; elle l’est surtout pour ceux qui se livrent à des occupations sédentaires, pour les hommes de lettres, de science et de cabinet.
Enfin l’exercice, un exercice modéré, convient également aux vieillards. La gymnastique alors rend le jeu des organes plus facile et sollicite l’action des fibres dont la sensibilité est émoussée.
On le voit, les avantages de l’exercice sont extrêmes, mais les abus ne le sont pas moins, et nous pensons bien faire en indiquant comment nous entendons la gymnastique et les différents modes de gymnastique qui nous paraissent devoir être adoptés, selon les diverses conditions indiquées ci-dessus.
La gymnastique n’est pas, comme on l’entend trop généralement encore, le trapèze et toujours Je trapèze; elle
ne signifie pas à l’état permanent les barres, les perches, le tremplin et quelques autres travaux qui, dans certaines imaginations, ou malveillantes ou ignorantes, la font confondre avec l’école de l’acrobate ou de l’athlète.
Il y a dans la gymnastique un peu de tout cela; mais il y a plus.
Il y a une gradation de mouvements qui procède de la science, et qui doit être le résultat de longues études et d’une saine expérience; il y a enfin une intarissable variété d’attitudes et d’exercices dont chacun doit avoir son but spécial et calculé.
L’enfant est une cire molle qu’on peut étendre en tous sens; seulement si la tension exercée était excessive, la cire se désagrégerait et le but serait désastreusement dépassé. Donc, il faut simplement s’étudier à assouplir et à développer ce corps en mettant la plus grande sobriété dans le choix des moyens qu’on emploie. Que pour rien au monde on ne songe dans ce premier âge, c’est-à-dire jusqu’à dix ou douze ans, aux travaux de force proprement dits ; la croissance pourrait s’en trouver modifiée et aussi le caractère de l’enfant. Ce qu’il faut, c’est faire et non surfaire ni défaire.
L’adolescent a besoin de toutes les initiations corporelles. Pour régulariser et étendre le jeu de ses poumons,
il lui faut la course sagement proportionnée a son organisme, et desexercices donnant à la poitrine toute l'amplification dont elle est susceptible. Pour qu’il puisse un jour échapper à tout danger matériel, pour qu’il apprenne à franchir un fossé, à se réfugier sur les branches d’un arbre, à s’élancer des hauteurs d’une maison embrasée, à combattre un incendie, à traverser un cours d eau à la nnge, à descendre d’une voiture lancée au galop, il faut qu’il cultive tous lesexercices d’élan. Il faut qu il apprenne à marcher sur les'éclielles et les poutres mobiles, à se suspendre et à grimper aux perches et aux cordes lisses, bref, qu’il se livre à tous lesexercices aptes à développer l’agilité, le courage, la confiance, le sang-froid et la résolution.
La femme, qui est un grand et admirable enfant, commande la même sollicitude et la même délicatesse que l'enfant lui-mème. Comme le frêle arbuste qui résiste à l’ouragan mieux que le chêne séculaire, il faut qu en conservant les formes et les grâces spéciales à son sexe, elle acquière toute l'énergie qui lui sera nécessaire un jour pour concevoir et enfanter sans danger. Il faut a la femme des mouvements moelleux, des inflexions douces qui rendent ses membres souples en développant sa poitrine et en fortifiant ses reins. Constituons, en un mot, un être relativement fort, fort dans la limite du possible et de ses besoins; mais gardons-nous bien de fabriquer des femmes hercules.
Pour les hommes d’âge mûr, il fautproscrire les exercices d’élan, barre fixe, cheval, sautoir, etc., et avoir recours presque exclusivement (à moins qu’on n’ait affaire à un sujet exceptionnellement svelte et nerveux) à la gymnastique d’ensemble ou mouvements raisonnes et progressifs tels qu’on les trouve à la fin de ce volume.
Donc, excepté pour les jeunes hommes de 15 à 30 ans, rien de violent, rien d’excessif. Des efforts progressifs, des instruments et des poids toujours inférieurs à la force acquise et pour but dominant l’équilibre et la santé.
On nous demande souvent ce que nous pensons de la gymnastique de chambre, c’est-à-dire de la gymnastique pratiquée chez soi, d’une façon toute instinctive et sans méthode bien arrêtée .
Voici notre réponse :
La gymnastique de chambre nous paraît, pour les gens d âge mûr, c’est à-dire pour les gens assez raisonnables pour ne rien tenter de violent ni de périlleux, un million de fois préférable à l’absence complète de la gymnastique.
Mais qu’on y prenne garde !
De même que la douche ne saurait convenir à toutes les organisations et qu’il faut savoir en modifier la forme et la durée selon chaque nature qu’ont veut améliorer, chaque affection qu’on veut guérir, de même aussi la gymnastique, si elle est pratiquée au point de vue de l’éducaion, doit être combinée d’après l’âge et le sexe. Si c’est
l'hygiène seule qui précède à son action, on doit consul-
ter d’abord ces deux points, et de plus le tempérament et les occupations de chaque individu. Si on se place au point de vue thérapeutique, on doit tenir compte de toutes ces choses, et plus particulièrement de l’état des forces du malade, de l’origine et de la nature de sa maladie.
En effet, tel exercice on 11e peut plus salutaire à un adolescent pourrait être contraire à un homme d âge mûr, et dangereux pour un valétudinaire.
C’est sur cé point précisément que doit se porter la vigilance, c’est sur la solution de cette difficulté que doivent converger tous les efforts et toutes les études du spécialiste, et c’est aussi là le motif qui nous fait envisager avec une certaine appréhension la gymnastique de chambre. Ne procédant ni par voie de raisonnement ni de comparaison, on a si vite fait de se fourvoyer et de se livrer à tel travail, tandis que c’est tel autre qu’il conviendrait d'adopter ! Cet inconvénient disparaît dans un gymnase, où chaque mouvement n’est, ou pour mieux dire, ne devrait être ordonné par le professeur qu’après une étude approfondie des conséquences qu’il doit amener, comme aussi des forces auxquelles il est emprunté.
Les muscles, les nerfs, les organes, tout dans notre économie animale est solidaire ; il est donc de la plus haute importance de ne point confondre les causes et les effets dans le service qu’on demande à chacun d’eux.
De là notre crainte de la gymnastique de chambre et notre préférence pour celle dirigée par des professeurs ex péritnentés et intelligents.
Donc, pour (pie le moral ressente la douce satisfaction qui doit, et c’est essentiel, découler de cette récréation hygiénique; pour que le physique y trouve tout le développement qui lui est nécessaire; pour que l’appauvrissement anémique de certaines constitutions se modifie au contact d’autres tempéraments plus heureusement doués; pour que
les esprits portés vers l’hypocondrie puissent enfin entrer
dans un ordre d’idées plus riantes ; pour que tout cela se
fasse et se fasse bien, nous préférons à la gymnastique
de chambre l’établissement public qui égaie, la société qui
stimule et le commandement qui entraîne; à la simplicité
des appareils privés, nous préférons la multiplicité des
appareils d’une maison spéciale. A l’espace étroit et limité,
un champ vaste et largement aéré; à la mesquinerie, le
confort, et, s’il faut tout dire enfin, à l’ignorance qui là-
tonne, le savoir qui s’affirme et sait diriger.
Il y a entre les exercices partiels fait chez soi, avec un outillage restreint, et les leçons suivies dans un bon gymnase, la différence qui existe entre l’usage des eaux thermales prises en petites doses à domicile, et la cure à la source même avec tous les accessoires.
Voulant néanmoins répondre à un désir qui nous a été souvent exprimé, nous donnons ici une méthode qui permettra à chacun de faire d’une façon utile et raisonnée des exercices de gymnastique chez soi.
Pour tout instrument, la nature d’abord, c’est-à-dire le corps lui-même qu’il s’agit de développer et d’entretenir dans un état de santé parfait, puis une paire d haltères de 3 à (5 kilos pour les enfants, de 8 à 12 kilos pour les adultes, une barre en bois et une barre à sphères du même poids.
Une simple série de mouvements ; une gradation anato inique, basée sur notre conformation et nos moyens ; une succession d’efforts à la fois doux et énergiques dont chacun a sa raison d’être, son résultat prévu. Qu’on ne s’arrête point à l’apparence insignifiante de certains mouvements; tous s’enchaînent et se complètent les uns par les autres et sont combinés de façon à développer l’enfant, à l’assouplir et à le fortifier rapidement.
Cette série graduelle de mouvements hygiéniques convient à tous les deux âges et aux deux sexes, à l’exception de quelques exercices qu’on trouvera annotés en conséquence. — Elle forme de plus une leçon, dite leçon d’ensemble, qui offre aux instituteurs et aux institutrices ce doulde avantage qu’elle permet d’exercer d’une manière effective et en peu de temps, vingt minutes environ, un grand nombre d’élèves à la fois.
C’est tout ce que nous demandons, vingt minutes de gymnastique par jour.
Est-ce trop exiger des gens qui veulent se bien porter?
Avis important :
Il n’est point indifférent de faire de la gymnastique à telle heure ou à telle autre.
Notre expérience nous permet de donner les conseils suivants :
Les gens d’àge mûr adopteront les cours du matin avant le second déjeuner, ou ceux du soir, avant le dîner.
Les personnes obèses, les goutteux, les diabétiques, celles d’un tempérament extra-sanguin, suivront de préférence les cours du matin, à jeun .
Les gens nerveux, les bilieux, les lymphatiques, les anémiques ': la leçon qui précède le dîner.
En thèse générale, ne faire de gymnastique que de telle sorte que la fin des exercices précède d’une heure environ le repas à venir, et qu’il y ait au moins trois heures d’écoulées depuis le repas précédent.
Seuls, les jeunes gens sains et vigoureux doivent s’habituer à faire de la gymnastique à toute heure, afin d’être toujours prêts à réaliser un effort quelconque et de pouvoir supporter sans défaillance les épreuves que l’avenir pourrait leur réserver.