DON JUAN
Maquette du décor du 4e acte, 2e tableau (Le Cimetière.) (Archives de l'Opéra.)
Test par l'esprit et le comique; elle Test encore par le prestige de la féerie et du mystère, par les voiles bleus et le diadème d'étoiles de la reine de la nuit. L'Allemagne ici peut regarder et reconnaître plus d'une Allemagne : celle qui croit, qui pense, qui rêve, aussi bien, peut-être encore mieux que celle qui plaisante et qui rit. Elle trouvera dans le duo des hommes d'armes l'austère souvenir du vieux Bach. Ailleurs, elle croira presque surprendre un pressentiment et déjà comme un soupir de Schumann. Wagner enfin — et le Wagner de Parsifal même — n'est-il pas annoncé, promis à sa patrie par une œuvre dont le sujet véritable, et symbolique, n'est autre que l'idée de la bonté, de la sainteté libératrice, et du progrès ou de l'ascension de l'âme, à travers des rites qui purifient, vers la lumière et l'amour?
« OEuvre inaugurale », a-t-on dit de la Flûte enchantée. Le mot est de M. Tiersot et vraiment on ne saurait mieux dire. Les maîtres dont elle inaugura l'idéal ne s'y sont pas trompés. Beethoven chérissait d'une tendresse particulière l'ouvrage où Mozart « pour la première fois s'était manifesté comme le maître allemand ». Quant à Wagner, également sensible à la double beauté de Mozart, également charmé par l'un et l'autre visage de ce Janus jeune et mélodieux, il a dit : « En vérité le génie a fait ici un pas de géant, presque trop grand. Car, tout en créant l'opéra allemand, il en présenta en même temps le type le plus accompli, de telle sorte que non seulement il ne pût être égalé, mais même qu'en ce genre il n'y eût plus à faire de progrès. »
Musicien italo-allemand, Mozart offre encore un trait particulier et peut-être unique. Il a pareillement excellé dans toutes les formes et tous les genres de son art, lesquels peuvent se ramener à deux : la musique de chant et de théâtre et la musique de chambre et de concert; autrement dit la musique pure et la musique en quelque sorte appliquée. Et voilà ce que Ton appellerait volontiers, si Ton ne craignait de paraître jouer sur les mots, la seconde harmonie de Mozart.
Je ne sais pas un grand maître — je pense aux plus grands : aux Bach, aux Beethoven, aux Wagner — dont l'œuvre se partage comme l'œuvre de Mozart en deux moitiés également belles, et qui, par la qualité comme par la nature, se répondent et se ressemblent davantage. Le Mozart de Don Juan et de la Flûte enchantée ne diffère et surtout ne dégénère en rien du Mozart des sonates, des quatuors, des concertos et des symphonies, du quintette avec clarinette et de la fantaisie en nt mineur pour piano. Ils ne sont l'un et F autre qu'un même, un seul Mozart, et voilà pourquoi, dans une élude aussi brève que la noire, il nous a paru possible, en ne parlant guère que du musicien de théâtre, de parler cependant du musicien tout entier.
Grillparzer un jour, dans l'excès de son amour pour la musique, comparait le fait seul d'y ajouter des paroles, au sacrilège des anges du Seigneur s'unissant aux filles
de la terre. Mozart a sanctifié Falliance et conjuré l'anathème. Son génie musical était si grand et si pur, qu'il a pu, sans trouble et sans perte, se mêler non seulement à la poésie, mais à Faction, au drame, au théâtre enfin, et prendre notre voix, notre figure, notre nature humaine tout entière, sans rien sacrifier de sa divinité.
Il a voulu, ce génie musical entre tous, il a même chéri cette incarnation verbale et dramatique. Elle répondait à l'idéal qu'il se faisait de son art. Épris de beauté, la beauté qu'il aimait n'était point une beauté vaine, égoïste, qui se complaît en elle-même, se regardant comme son objet unique et sa propre fin. La musique sans doute a ses droits, ou plutôt ses devoirs envers soi-même, et sous aucun prétexte elle ne saurait y manquer : « Les passions, écrit Mozart, qu'elles soient violentes ou non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et la musique, même dans la situation la plus terrible, ne doit jamais offenser l'oreille, mais, là encore, la charmer, enfin rester toujours de la musique ».
Oui, mais à la condition qu'elle demeurera toujours de la musique expressive, de celle que Mozart, quelques lignes plus bas, dans la même lettre et à propos du même ouvrage [Y Enlèvement au sérail), s'attache à définir : « Savez-vous comment j'ai rendu l'air de Belmont : 0 wie dngstlich, o wie feurig ! l Le cœur qui bat est déjà annoncé d'avance parles violons en octaves. C'est l'air favori de tous ceux qui l'ont entendu... et de