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CHAPITRE II

LA RENAISSANCE

Tardive à Munich : passage du gothique à ritalianisme. Influences religieuses ; la Contre-Réforination, les Jésuites. L'Eglise et le Collège Saint-Michel ; THerzog- Maxburg ; reconstruction et agrandissements de la Résidence.

Depuis le moyen âge jusqu'aux dernières années du xviir siècle, la configuration extérieure de Munich variera peu; pendant près de cinq cents ans la .seconde enceinte, celle de 1 301-1 320, limitera l'extension de la ville. Pour loger une population chaque jour plus dense, ce seront toujours les mêmes rues tortueuses, les mêmes carrefours étroits, les mêmes maisons pressées l'une contre l'autre. Trois âges successifs, Renaissance, w baroque » et « rococo » enrichiront la ville de monuments isolés, sans que sa figure soit essentiellement modifiée.

Non pas sa figure, mais bien son caractère. Place de guerre et de négoce, l'une protégeant l'autre, tel est, nous l'avons vu, le Munich du moyen âge. Ni ses princes ne sont encore des Mécènes, ni ses bourgeois des amateurs : la nudité de la Frciiicnkirchc, la simplicité du Rathaus, ce que nous pouvons imaginer do l'ancienne Résidence, la rareté même des monuments privés de cette époque en sont un irrécusable témoignage. Dans

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cette ville encore si fruste, la Renaissance va importerie goût de la belle architecture, des riches décorations, des tableaux, des statues. Importation, disons-nous, car tout, modèles et artistes, viendra d'abord d'Italie et plus tard de France. D'Italie, d'abord. En Allemagne, Munich est une ville méridionale : soixante lieues à peine la séparent de la plaine lombardovénitienne où penche l'autre versant des montagnes qui, encore que lointaines, bornent son horizon. Pour tout Allemand du nord-ouest qui réalise son rêve d'aller se réchauffer aux rayons du soleil welche, Munich est la première étape, et donne un avant-goût des délices promises. Si la rigueur de ses hivers est bien de la Germanie, l'ardeur de ses étés torrides est italienne déjà. Aussi, lorsque la politique des ducs de Bavière cherchera son point d'appui à Rome, Munich adoptera- t-il avec une facilité particulière les modes de l'architecture romaine. L'acclimatation, à vrai dire, restera imparfaite; malgré tout, à Munich, les églises ou palais italiens grelottent : leur teint, qui là-bas se hâle, ici se crevasse. Lorsque Gœthe partit, par la route de Brenner, pour son immortel voyage en Italie, il traversa Muni:h, le 6 septembre 1786 : il y rencontra, dans la rue, une femme qui vendait des figues. Étant les premières, elles lui parurent d'abord excellentes ; il remarqua cependant que « pour le quarantehuitième degré » les fruits ne valaient pas grand'chose. Les monuments italiens de Munich rappellent d'une manière invincible les figues dont Gœthe fut à la fois charmé et déçu

La Renaissance a été plus tardive à Munich qu'ailleurs. Jusqu'au milieu du xvr siècle, c'est encore une ville gothique. Le duc Guillaume IV. afin d'abriter son pays contre l'esprit de la Réforme, le défendait sévèrement contre l'humanisme qui, en d'autres lieux, avait modifié le goût plus qu'il ne menaçait la foi. Ce prince avait même appelé en Bavière, dès 1542, quelques jésuites qui ont contribué à y maintenir le catholicisme, et dont nous verrons la puissance s'affirmer à Munich un demi-siècle plus tard, par la construction du collège et de l'église Saint-Michel. Dans l'histoire de Munich on peut dater la Renaissance de l'année 1550, où Albert V succéda à son père Guillaume IV.

Esprit personnel et orné, Albert V avait accompli en 1546, après son mariage avec Anna, fille de l'empereur Ferdinand I", un voyage en Italie d'où il avait rapporté le goût des belles choses et l'ambition de les favoriser. Plus d'un monument subsiste encore à Munich, qui émane de lui, et presque toutes les collections dont Munich est si justement fier, lui doivent leur origine. Le catalogue de ses trésors, dressé par Fickler en 1598, ne comprend pas moins de 3 407 numéros, tableaux, dessins, gra-

vures sur cuivre et sur bois, monnaies, ivoires, armes, verres. SMl agrandit sa résidence, ce fut précisément pour y loger ses collections et la bibliothèque — premier germe de la Bibliothèque royale actuelle — qu'il avait fondée en achetant des collections de manuscrits. La longue galerie voûtée de VAntiquarium, avec ses pilastres, ses niches, ses voûtes, ses

Résidence. Cabinet d'antiquités.

arcades décorées, nous montre à Munich le premier effort, en somme assez heureux, pour adapter le cadre d'un musée aux richesses qu'il doit renfermer : il témoigne ainsi de ce raffinement divers qui constitue, à l'époque de la Renaissance, l'humanisme véritable. On doit aussi à Albert V la décoration du château de Dachau,dont deux plafonds ont pris place aujourd'hui au Musée National de Munich. Une autre de ses constructions, à l'intérieur de la Résidence, la salle Saint-Georges avec la chapelle consacrée au même saint, a disparu dans le funeste incendie de 1 750 ; l'image nous en est

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seule conservée par les miniatures de Hans Mùelich qui ornent les Psaumes de la Pénitence d^Orlande de Lassus à la Bibliothèque royale de Munich. Un pavillon de plaisance, construit à la place où s'élève aujourd'hui la caserne Max-Joseph, a disparu aussi au profit de ce nouvel édifice. Mais il semble qu'on doive à Albert V la plantation du jardin de la Cour, et son

La Cour de la Monnaie.

règne a vu s'élever un des monuments les plus pittoresques de Munich, un de ceux qu'ont le moins défigurés les restaurations, un de ceux que les touristes connaissent le moins, la Cour des Tournois, enclavée depuis 1809 dans les bâtiments de la Monnaie royale, et désignée maintenant sous le nom de Cour de la Monnaie (Miinzhof). Cette cour forme un faux rectangle, dont un des grands côtés serait quelque peu oblique ; son rez-de-chaussée et les deux étages qui le surmontent se divisent en arcades, neuf dans le sens de la longueur, trois dans la largeur. Les épaisses colonnes du rez-de-chaussée, élevées sur une base ronde, portent sur un

puissant chapiteau ionique les arcades en plein cintre au-dessus desquelles court la balustrade pleine du premier étage. Plus trapues sont les colonnes corinthiennes, et plus basses les arcades de ce premier étage, que surmonte unebalustrade à jour, d'où partent des colonnes plus minces, dénuées d'ornements, et soutenant des arcades plus élancées. L'ensemble présente

Résidence. Cour de la Fontaine.

une harmonie un peu pesante, mais robuste et franche malgré la déviation du plan. La diversité des colonnes, des arcades, des balustrades varie avec beaucoup de bonheur la symétrie des étages. Tel est bien le décor où nous nous plaisons à imaginerdes chevaliers, revêtus de lourdes armures, caracolant sur des chevaux caparaçonnés et bardés.

Mais, la modicité de ses moyens ne permettant pas au duc d'être un grand bâtisseur, il favorisa surtout les arts plastiques, la peinture, la gravure et les arts mineurs. De son règne date le plan, exécuté ou achevé plus tard, pour ce monument de l'empereur Louis que nous avons trouvé dans

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la Frauenkirchc ; il a aussi projeté Tune des plus célèbres fontaines de Munich, « la fontaine des Wittelsbach » dans le Brunnenhof de la Résidence, et qui a été sous Maximilien P' enrichie de diverses additions. Dans son état actuel, cette œuvre composite et disparate, mais ingénieuse, offre une statue en pied d'Otto de Wittelsbach, dressée au milieu d'un bassin. Sur les bords de ce bassin quatre statues couchées figurent les fleuves bavarois, rinn, leLech, Tlsar et le Danube, tandis que, debout, se dressent les images de Neptune, Vulcain, Junon et Cérès, sans compter de jeunes tri-

Résidence. La fontaine des Wittelsbach (Cour de la Fontaine).

tons, en lutte avec des monstres marins. Pour des raisons de perspective, ou pour toute autre raison, la figure d*Otto dépasse sensiblement en proportion celles des êtres allégoriques ou des dieux qui lui font cortège, et cela nous gène un peu de voir Neptune réduit à Tétat de chétif comparse d'un roitelet. Mais l'ensemble a de la grâce, de la variété, et apporte dans la cour silencieuse une aimable animation.

Albert V occupa, notamment pour décorer la grande salle de la Neitvcsic — aujourd'hui détruite — un certain nombre de peintres : les renseignements et reproductions qui nous sont parvenus ne nous permettent pas de nous faire une idée très précise de leur talent. Mais nous pouvons juger en connaissance de cause les travaux que graveurs et miniaturistes

accomplirent sur Tordre de ce prince. Sous ses auspices fut publiée en 1554 rédition latine abrégée de l'histoire de Bavière, que le moine Joannes Aventinus avait écrite, de 15 17 à 1521, pour les ducs Wilhelm et Ludwig, et l'ouvrage fut orné de gravures sur bois par Hans Sebald Lautensack ; il faut citer aussi la carte de Bavière, de Philippe Appian, avec les armes de trente-quatre villes de Bavière, puis en 1 568 la description par Hans Wagner des fêtes célébrées pour le mariage du duc héritier Guillaume avec Renée de Lorraine, monument comparable à la Pompe funèbre de Charles III, qu'on admire à Nancy. Enfin la Bibliothèque royale de Munich doit à Albert V un des trésors les plus rares qui ornent sa grande salle publique d'exposition, la décoration en miniatures des Motets de Cyprien de Rore, et des Psaumes de la Pénitence 6! OrldiXiàe de Lassus. En commandantà Hans Mùelich cette œuvre capitale, Albert V témoignait de son goût également vif pour la musique — on sait qu'il entretenait une chapelle importante sous la direction de Lassus — et pour les arts de la couleur. Hans Mùelich (1513- 1573) était un de ces artistes bien doués — tel que, plus tard, Peter Candid — aptes à rendre tous les services, exercés dans toutes les branches de Tart, pour n'être supérieurs dans aucune. De 1540 à 1545 il avait peint des portraits (la Pinacothèque de Munich en conserve deux qui sont corrects et solides). Vers 1545 il s'adonna à la miniature, puis dessina des bijoux. Depuis 1557 il illustra des livres (il termina en 1559 le premier tome des Motets) et son dernier ouvrage fut, en 1572, le maître-autel de Notre-Dame d'Ingolstadt. Dans les Motets de de Rore et dans le premier volume des Psaumes^ Mùelich avait su maintenir un équilibre harmonieux entre les décorations et les figures. Mais le second volume des Psaumes semble nous dire que l'âge delà miniature est décidément passé : l'artiste s'affranchit ou s'abandonne; le peintre l'emporte sur le miniaturiste; il compose des tableaux indépendants et — peut-être sous l'influence d'Altdorfer — des batailles compliquées. L'esprit de virtuosité brillante qui caractérise la Renaissance, a vaincu la pieuse patience de Tâge gothique.

Avec Guillaume V (1576-1597), successeur d'Albert V, cette Renaissance allait prendre à Munich un nouveau caractère dont la marque est encore imprimée en traits puissants dans la physionomie de la ville. Très dévoué à l'Eglise catholique, Albert V avait pourtant manifesté à son égard quelques velléités d'indépendance, vite réprimées : par exemple, estimant, à tort ou à raison, qu'on pouvait combattre la Réforme avec plus d'efficacité par quelques concessions que par une résistance intransigeante, il avait proposé au Concile de Trente le mariage des prêtres. Il s'était d'ailleurs incliné, en fils soumis, devant le refus de Rome dont il ne son-

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geait pas à méconnaître Tautorité. Guillaume V, poussant plus loin cette soumission, mérita le surnom de Guillaume le Pieux, et grâce à lui Munich put être appelé, du point de vue religieux d*abord et ensuite du point

Église Saint-Michel (façade) et profil de Tancienne église des Augustins.

de vue artistique, la Rome de TAUemagne. Guillaume eut pour premier soin de mettre un terme aux dépenses que son prédécesseur consacrait aux arts profanes. Disciple fervent des Jésuites, il employa tout son zèle et toutes ses ressources à leur construire, à Munich, un collège et une église ; puis, après un incendie de la Résidence en 1580, il se bâtit, dans le voisinage des Pères, un palais qui communiquait avec leur domaine. Ce sont

Téglise Saint-Michel avec les bâtiments qui abritent aujourd'hui TAcadémie des Sciences, et le palais connu sous le nom <ï Her^og-Maxburg ou Maxburg , occupé aujourd'hui par le Mon t-de- Piété et l'administration de la dette publique.

Le dessein de construire un collège et une église pour les Jésuites remonte d'ailleurs au règne d'Albert V. Dès 1559 quatre pères de l'illustre compagnie, appartenant au collège d'Ingolstadt, s'étaient établis à Munich dans une dépendance du couvent des Augustins. L'année suivante, ils inauguraient une école; celle-ci ayant prospéré, Albert V acheta, pour en construire une plus vaste, un terrain au coin de Neuhausergasse et de Rohresbeckergasse. Guillaume V, à peine sur le trône, essaya de déposséder purement et simplement au profit des Jésuites les Augustins. Devant la résistance de ces derniers, soutenus par le pape, on revint au projet d'une construction nouvelle ; les assemblées du pays, comme la ville elle-même, refusant leur contribution pécuniaire, Guillaume V, à peine aidé par quelques couvents, en assuma les frais. Le 15 juin. 1582 on entama, pour faire place nette au nouvel édifice, la démolition d^une vieille chapelle consacrée à saint Nicolas et élevée dès le xiii* siècle par les moines de Schâftlarn. Les fondations furent aussitôt entreprises, la première pierre de l'église posée le 18 avril 1583, celle du collège le 10 janvier 1585. Les travaux avancèrent d'abord sans encombre et avec rapidité : la voûte, commencée le 2 mai 1587, s'achevait en 1589. Fixée d'abord au 21 octobre 1589, l'inauguration, retardée une première fois jusqu'à l'été de 1590, fut encore ajournée. En effet la tour qui s'élevait alors au-dessus du transept actuel ne tarda pas à menacer ruine. Une commissioQ, nommée le 2 mai 1590 pour prendre les mesures nécessaires, ne sut que se réunir, cinq jours plus tard : elle recueillit l'avis d'un architecte français, de passage à Munich, et qui présagea la ruine prochaine de la tour. Le recteur des Jésuites écarta son témoignage, weil er nit katholisrJi^ M parce qu'il n'était point catholique ». Trois jours plus tard, la tour s'écroulait néanmoins. Elle devait être reconstruite postérieurement, derrière l'église, un peu à l'écart, et s'élève aujourd'hui au coin de l'Ettstrasse et de l'Herzog-Maxburgstrasse. Cet accident amena un arrêt dans les travaux ; il fallut clore la nef par une cloison provisoire pour l'inauguration de l'église (29 septembre 1590) dont la consécration solennelle eut lieu sept ans plus tard, le 6 juillet 1597. Le 15 octobre de la même année, Guillaume V, voyant achevée avec l'église des Jésuites l'œuvre de son règne, abdiquait en faveur de son fils Maximilien, régent depuis 1593, et auquel il transmit ses pouvoirs le 4 février 1598. Il se retira dans ce collège des

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Jésuites dont la construction avait fait la grande, presque la seule affaire de sa vie; il y vécut encore vingt-huit ans et à sa mort (7 février 1626) fut enterré dans l'église Saint-Michel avec sa femme Renée de Lorraine, morte dès 1602.

Collège et église forment un ensemble imposant dont la façade occupe une grande partie de la Neuhauserstrasse, une des voies les plus animées de Munich, celle qui, en passant sous le Karlstor, rejoint la gare à THôtel

Église Saint-Michel. Vue intérieure.

de Ville. Salie par l'âge, la façade de l'ancien collège est fort sobre : le rez-de-chaussée s'orne à peine de bossages ; un fronton triangulaire surbaissé décore les fenêtres du premier étage ; une simple corniche surmonte celles du second et c'est à peine si les lucarnes de l'étage supérieur présentent des frontons coupés qui montrent un peu de recherche.

La façade de l'église elle-même, est, sinon éloquente, du moins très parlante. Attenante au couvent, elle est, pour ainsi parler, le « pignon sur rue » d'une puissante congrégation ; elle en dit à la fois l'importance et l'austérité, célébrant par surcroît les vertus religieuses des Wittelsbach ; triple enseignement pour le peuple ([ui passe à ses pieds. Cette

façade se divise en trois étages aie hauteur décroissante, surmontés, dans: toute l'a largeur, d'un fronton historié. Au rez-de-chaussée s'ouvrent deux portails encadrés de pilastres, et que surmontent deux frontons brisés, pour ménager la place de deux fenêtres. Entre les deux portails, une niche abrite la statue de saint Michel terrassant le Dragon, œuvre robuste et vive qui fut modelée- par Hubert Gerhardt d'après un dessin de Christophe Schwarz. Huit autres pilastres, s*élevant jusqu'à la première corniche, et dont quatre seulement se continuent au premier étage, ornent ce rez-de-chaussée. Le premier étage est percé de trois hautes fenêtres en plein cintre; une énorme lucarne ronde troue malheureusement, depuis 1697, le milieu du second étage. Mais le principal ornement de la façade entière sont les statues, libres ou nichées, qui en font un véritable Columbarium. Nous avons déjà remarqué, au rez-de-chaussée, le groupe de saint Michel et du Dragon ; sur la même ligne verticale, mais à la pointe extrême du fronton s'élève la statue du Christ. Et, entre eux, c'est toute une hiérarchie de princes bavarois ou allemands : au-dessous du Christ, Otto, duc de Bavière, et à la base du fronton, libres sur leurs piédestaux, Theodovvald et Theodo ; au second étage, de gauche à droite, les ducs de Bavière Tassilo et Otto, Charlemagne, Christophe, roi de Danemark, Albert IV le Sage et l'empereur Rodolphe le Palatin. Au-dessous d'eux les empereurs Maximilien P' et Louis IV le Bavarois, les ducs Albert V et Guillaume V — ce dernier appuyé sur le modèle de l'église Saint-Michel, sa fondation — les empereurs Charles-Quint et Ferdinand. On n'est du reste pas très fixé sur l'identité de toutes ces statues : la dénomination de quelques-unes a varié ; leur mérite, à en juger par celles des étages inférieurs, les autres étant trop haut perchées pour être appréciées, leur mérite est modeste et elles étaient parvenues à un état de délabrement d'où l'on peut espérer que les aura fait sortir la grande « restauration » de 1907. Grâce à ce peuple de princes, la façade de Saint-Michel s'anime d'une vie instructive : elle a voulu proclamer en son temps l'alliance de la Maison de Bavière avec l'Église en général et le Gésu en particulier. Elle s'orne aussi — homo homini liipus^ 7nonacus monaco lupissimus — de la décrépitude où sont, en face d'elle, tombés le collège et l'église de ces pauvres Augustins que les Jésuites avaient d'abord voulu déposséder, et qu'ils ont supplantés. Une rue étroite sépare la massive et riche église de Saint-Michel et celle des Augustins ; elles se profilent, perpendiculairement l'une à l'autre, sur le même alignement. Mais l'église des Augustins est aujourd'hui une halle d'emballage : elle s'encombre de caisses, de planches, de paille. Les murs se crevassent, s'ef-

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fritent, se couvrent d'affiches criardes; son toit édenté semble près de crouler, et les cours de Tancien couvent aboutissent à des passages secrets et puants. Voisinage symbolique qui perpétue le souvenir de la rivalité où les Jésuites triomphèrent des Augustins, comme Taffirme la large, la royale façade de Saint- Michel.

Église Saint-Michel. Stalles du Chœur.

L'éjarlise elle-même est, avec la vieille église de Notre-Dame et la jeune église de Sainte- Anne, chef-d'œuvre de M. Gabriel von Seidl, la plus remarquable de Munich. Deux architectes ont coopéré à sa construction, sans qu'il soit aisé de déterminer avec exactitude quelle part revient à chacun d'eux ; ce sont Wendel Dietrich et Friedrich Sustris. Dietrich, né en 1535, avait déjà travaillé pour plusieurs souverains, Philippe II d'Espagne, l'empereur Rodolphe II, avant d'entrer vers 1575 au service du duc Guillaume. Sustris, né en 1526 à Amsterdam, avait vécu depuis 1560 en Italie, travaillant à Florence avec Vasari, à Venise, à Padoue,

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