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LE XVII' ET LE XVIII" SIÈCLE

La Résidence maximilienne : les arts plastiques à Munich; Peter Candid. — L'influence italienne et le style baroque : l'église des Théatins. Importation du style français par Max-Kmmanuel ; le rococo : architecture religieuse, princière et privée; Kffner, Cuvillier, les frères Asam.

Un règne fort long (i 597-1 651) précédé par une régence de quatre ans (1593-1597) a permis à Maximilien I" de concevoir et d'exécuter, pour l'ornement de son palais et de sa ville, de vastes desseins. En 1580, notre Montaigne, passant par Munich — il ne fit i^ue le traverser les 20 et 21 octobre, pouvait encore lui consacrer quelques lignes à peine, dans son Journal de Voyage : « Grande ville environ come Bourdeaus, principale du duché de Bavières, où ils ont leur maistresse demure sur la rivière d'Yser, Ister. A un beau château et les plus belles écuieries que j'aye jamais veues en France ny Italie, voûtées, à loger deus cens che-

vaus. C'est une ville fort catholicque, i>euplée, belle et marchande. » Grâce à Maximilien I", Munich allait connaître un âge de haute prospérité artistique, au moment même où la guerre de Trente ans vint compromettre pour si longtemps les destinées de Tart allemand.

L'œuvre qui caractérise le règne de Maximilien I" c*est, avant tout, la reconstruction delà Résidence. Un incendie, en 1580, l'avait à ce point endommagée que, sur le plan de Munich par Volckmer ( 1 6 1 3) . elle est encore figurée par un espace vide. Les bâtiments nouveaux occupèrent à peu près le même emplacement que les anciens, mais reçurent une orientation différente : la façade fut reportée de Test à l'ouest, et c'est celle qui existe encore le long de la rue de la Résidence, entre les deux ailes ajoutées au xix* siècle par Louis I'', le Kônigsbau et le Festsaalbau, Les plans furent faits dès 1596 ; les travaux commencèrent l'année suivante pour se terminer seulement en 1619, bien que poussés avec une extrême activité : on n'y chômait ni dimanches ni fêtes, et des soldats furent réquisitionnés pour les hâter. La somme de 1.2 5 2. 401 florins, énorme pour l'époque, dit assez leur importance. Il paraît certain que les plans émanent d'une collaboration où nous retrouvons les noms déjà connus de Wendel Dietrich et de Friedrich Sustris, avec celui du Flamand Peter Candid, dont la carrière à Munich devait être si féconde et si variée. Ce Pieter de Witte (i 548-1628), né à Bruges, a^^ant émigré avec ses parents de Flandre à Florence, y avait italianisé son goût et jusqu'à son nom qui devint P/V/ro Candido avant que la tradition allemande en fît plus tard Peter Candid, On le rencontre pour la première fois en 1572 comme aide de Vasari, sans pouvoir préciser la nature de ses travaux ; on sait d'une manière aussi certaine et aussi vague qu'il fut en relations avec le duc François de Toscane et membre de l'Académie florentine. Il quitta l'Italie en 1586 pour entrer au service de Guillaume V à Munich. La variété autant que l'éclat de ses talents lui valaient les appointements élevés de 360 florins, plus 24 florins pour son loyer, alors qu'un Wendel Dietrich n'en touchait que 300 et un Sustris 200. Dès son arrivée, il avait, pour la Résidence, dessiné la cour plantée dite Cour de la Grotte et décoré plusieurs chapelles aujourd'hui détruites. Mais le nombre et la diversité de ses œuvres deviennent surtout remarquables sous le règne de Maximilien I". Non content de travailler aux plans des nouvelles constructions, il en exécute l'ornementation : ses motifs ont de la grâce, se composent avec élégance; son dessin est souple et sa couleur aimable. Il peuple aussi les églises de tableaux : une Annonciation (1587^ , une Sainte Ursule (1588^, un Martyre de Saint André en collaboration avec Christophe Schwarz, pour Saint-Michel; une Adoration 1602),

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pour la chapelle des Franciscains; plus tard, après la bataille de la Montagne-Blanche, et pour rendre grâce au ciel de sa victoire (8 novembre i62o)Maximilien lui commandera pour le maître-autel de la Frauenkirche un immense tableau, une Assomption haute de 90 pieds et dont des frag-

Tardin de la Cour : Bavaria.

ments seuls subsistent à Theure actuelle. Ce peintre abondant, saps être sculpteur lui-même, fournit aux sculpteurs des esquisses dont il surveille à tout le moins la réalisation plastique : en 1604 il décore ainsi à la FraiienkirchcXe jubé de Saint-Benno. On lui doit le groupe élégant de Persée tenant la tête de Méduse, qui orne dans la Résidence le jardinet du Grottenhofet rappelle le fameux Cellini de la, Loggia dci Lan^iyk Florence. Elle fut aussi dessinée par Peter Candid, l'aimable Bavaria^ exé-

cutée par Krumper, qui surmonte aujourd'hui la rotonde du Jardin de la

Cour. Coiffée d\in casque, le corps presque nu à peine drapé par une peau de cerf, cette jolie déesse, dont la main gauche tient un andouiller, pourrait passer pour une Diane, si sa main droite n'avait reçu un peu plus tard la boule surmontée d'une croix, symbole de la dignité électorale qui fut conférée en 1623 aux ducs de Bavière. La statue étant de petite dimension, gagnerait à être placée moins haut : elle garde malgré tout une grâce souple et avenante, proche de la mièvrerie, qui distingue Tart de Candid. Il essaye de donner la gracilité des silhouettes italiennes aux formes plus pleines, plus charnues, de la Flandre où il est né, de l'Allemagne où il travaille. C'est à lui aussi que reviennent les figures ornementales placées aux deux portails ouest de la Résidence, en 1614, et peut-être les figures des quatre éléments qui sont sur la fontaine du Brunnenhof, Nous retrouverons encore Candid travaillant avec Krumper au mausolée de l'empereur Louis V dans la Frauenkirche, et dessinant les quatre hommes d'armes qui en ornent les quatre coins. Enfin cet artiste vraiment encyclopédique, ayant déjà dessiné des tapis pour le duc de Toscane, en composa pour Maximilien de Bavière un grand nombre, exécutés ordinairement en Flandre et représentant soit des allégories des mois, soit des scènes de l'Histoire Sainte et ancienne, soit des scènes de l'histoire de Bavière.

Résidence (façade sur la Residenzstrasse).

Maria Palrona Boiaria,

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Le nom de Peter Candid, artiste plus adroit peut-être que génial, mais d'un goût délicat, instruit, et d'une imagination fertile, domine et caractérise toute une période dans l'histoire artistique de Munich et ses œuvres, originales ou indirectes, entrent pour beaucoup dans la physionomie de la ville.

Les plans de la nouvelle Résidence une fois discutés et approuvés par le duc, furent entrepris aussitôt sous la direction de Hans Reiffenstuel

Résidence. Vestibule de l'escalier impérial.

de 1 596 à 1 608, et de Heinrich Schœn depuis 1 608. Ils comprennent tous les bâtiments que nous voyons s'élever aujourd'hui autour des cours impériale [KaiserhoPj, de la chapelle [Kapellenhot ), de la fontaine [BrunnenhoJ) et de la grotte [Grottcnhof], avec la façade sur la rue de la Résidence, cours ouvertes et publiques, comme notre cour du Louvre, mais obliques, retirées, silencieuses et discrètes. Le plan manque assurément de grandeur et de liberté : on y sent la contrainte causée à la fois par la subsistance de quelques restes anciens et par la difficulté de gagner du large dans une ville étroite, entre des rues peuplées et des fortifications. Ces fortifications toutefois, refaites de 1619 à 1638, s'étaient quelque peu étendues à la place du Jardin de la Cour.

La Résidence maximilienne est construite en briques recouvertes, selon une tradition munichoise déjà vieille alors, d'un enduit assez maussade qui, restauré il y a peu d'années, voudrait imiter — sans les remplacer — les articulations naturelles de la pierre. Cette couleur terne déconcerte le premier regard et semble accroître la monotonie de la longue

Résidence. Voûte de l'escalier impérial.

façade à deux étages, aux fenêtres nues, et qui prend sur une rue étroite un recul et un éclairage également insuffisants. Deux portails d3 marbre rouge l'ornent, dont l'un ouvre sur la Kaiscrhof, l'autre sur le Kapellenhof. Chacun s'élève jusqu'au second étage dont il encadre une fenêtre dans son fronton coupé : une haute arcade en plein cintre, ménagée pour le passage des voitures et des chevaux, est flanquée de deux petites portes, destinées aux piétons. Sur les deux arêtes des deux frontons qui reposent sur des pilastres ornés de bossages, des statues de femmes

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à demi couchées représentent Prudentiûy Justifia, Fortitudo et Tcmperantia. Le tout est couronné par les monogrammes entrelacés de Maximilien I" et d'Elisabeth de Lorraine, sa femme, tandis qu'au-dessus des petites portes deux lions soutiennent les armes de Bavière, et deux griffons celles de Lorraine. Devant le portail, deux lions assis, maintenant

Résidence. Les appartements « de Trêves ».

d'une patte l'écusson bavarois, semblent monter la garde. Entre les deux portails une niche abrite, selon l'usage national des plus humbles demeures, la statue de Maria Patrona Boiariac, couronnée d'étoiles, portant sur le bras droit l'enfant Jésus, tenant un sceptre de la main gauche et le pied droit posé sur un croissant ; figure de tendresse et de bienveillance qu'a modelée Ilans Krumper et au-dessous de laquelle, dans une élégante lanterne sculptée, brûle en l'honneur de la Vierge une flamme perpétuelle.

Des incendies successifs et des restaurations diverses ont altéré l'éco-

nomie des bâtiments construits par Maximilien I", et le mobilier, souvent même la décoration de ces appartements, est postérieur à leur construction. Les parties les mieux conservées sont Tescalier impérial, avec sa riche voûte ornée d^allégories et de motifs décoratifs par Peter Candid, les « appartements de pierre » [Stein^immer] ainsi nommés en raison de

Résidence. La Riche Chapelle.

leurs portes et cheminées encadrées de marbre, les « appartements de Trêves » {Triercr\immcr) désignés ainsi depuis le séjour de Clément- Joseph, évêque de Trêves. L'escalier, avec sa voûte robuste, ses sobres et vigoureux piliers, l'harmonieuse richesse et la variété de la décoration, offre une ampleur et une majesté qui en font une des parties les plus intéressantes de la Résidence. Les Stcin\hnmer et Trierer\immer sont de vastes pièces d'une décoration large et sévère, avec leurs plafonds cais-

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sonnés et peints, leurs tapisseries. Mais il y règne, somme toute, un éclectisme quelque peu banal, qu'un mobilier renouvelé depuis lors ne vient qu'aggraver. De même l'ornementation luxuriante de la Riche Chapelle Ta soustraite aujourd'hui aux usages du culte pour en faire un cabinet d'objets précieux, parmi lesquels le retable doré, dit « autel d'Eichstàtt », de l'orfèvre Georg Seld (1492).

Le Retable Seld (1492), dans la Riche Chapelle de la Résidence.

Nous avons vu Maximilien P' favoriser à Munich Tart du bronze, et orner sa résidence de statues et de fontaines : la plus pittoresque est la « grotte de coquillages » du Grottenhof, avec ses demi-figures de femmes, dont les seins laissent jaillir l'eau dans des vasques tourmentées. En dehors de laRésidence, Télecteur, pour remercierle ciel d'avoir épargné à Munich, en 1632, les vengeances de Gustave Adolphe, décida qu'une statue de la Vierge, destinée d'abord à la Frauenkirche, s'élèverait, au-dessus d'une colonne sur la place la plus centrale de Munich. — alors Schrannefiplal;,

aujourd'hui Marienphit — en souvenir de la bataille de la Montagne- Blanche. La statue de la Vierge, avec le sceptre dans la main droite, portant sur le bras gauche l'enfant Jésus qui bénit le monde et porte le globe dans ses mains, est d'uns inspiration élégante qui rappelle la Patrona Boiariae élevée vingt ans plus tôt sur la façade ds la Résidence. Le socle s'orne aux quatre coins de quatre chérubins ailés, mais aussi cuirassés et

Résidence (Cour de la Grotte). Fontaine des Coquillages.

casqués, luttant contre des serpents, des basilics, des dragons qui figurent la guerre, la faim, la peste et l'hérésie. Une balustrade de marbre décorée d'une lanterne à chaque coin, entoure ce socle. L'ensemble du monument, au milieu de la place la plus populaire de Munich, était d'un effet aimable et gracieux : la construction du nouvel Hôtel de Ville (1905) avec sa façade trop blanche — qui noircira — , et sa tour trop haute — qui ne s'abaissera pas — Ta éteint et écrasé, comme l'ensemble de la place.

Au point de vue artistique, le règne de l'électeur Ferdinand-Maria (1651-1679' fut surtout celui de son épouse, Adélaïde-Henriette de Savoie

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