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(165 2- 167 7). Quelque peu apparentée par sa mère à la famille magnifique des Médicis, habituée au luxe d'une cour italienne, Adélaïde-Henriette voulut retrouver à Munich les splendeurs, parfois l'image même de Turin. Mais le Piémont subissait alors déjà l'influence du goût français : nous
Marienplatz. La colonne de Marie (balustrade et socle),
verrons donc avec Adélaïde-Henriette le goût italien pénétrer à Munich, mais l'art français s'en approcher.
Naturellement — pour ne point parler ici du château de N3^mphenbourg, encore que très voisin de Munich — le passage d'Adélaïde-Henriette sur le trône se marquera par des embellissements dans la Résidence. L'incendie de 1674 n'en a respecté que les anciens « appartements italiens », connus aujourd'hui sous le nom de « chambres papales »
{P'âpstliche Zimuier), depuis le séjour qu'y fit en 1782 le pape Pie VI. Les dimensions de ces salles sont restreintes, leur éclairage faible ; leur ornementation, où le marbre imité par le plâtre et le stuc joue un grand rôle, est sombre, riche, lourde.
Un opéra italien, construit pour le divertissement de la princesse, de 1658 à 1659, derrière 1 église du Sauveur, a disparu au début du xix^ siècle.
Résidence. Antichambre des « appartements du pape »,
Mais le monument de Munich qui nous parle le mieux d' Adélaïde- Henriette, est l'église consacrée à saint Gaétan de Thiene (1480 (?)-i547), fondateur de Tordre des Théatins. L'histoire de cette église rappelle un peu Thistoire de Saint-Michel au siècle précédent ; comme Saint-Michel, réglise de Saint-Gaëtan célèbre la faveur insigne dont jouissait, auprès du trône, une puissante congrégation. Le père Stefano Pepe, confesseur de rélectrice, ayant été mandé à Munich en 1661 pour y prêcher le Carême, les Théatins s'y installèrent après lui dans un vaste couvent situé entre la porte de Schwabing et Téglise du Sauveur. Adélaïde- Henriette ne pouvait moins faire pour ces moines de son pays, que naguère Guillaume V
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pour les Jésuites : la construction d*une église des Théatins fut donc décidée. Pour complaire à TAltesse étrangère, et tromper sa princière nostalgie, l'architecte Agostino Barelli, Bolonais^ dut imiter une église italienne, celle de Saint-André délia Valle de Rome ; il fit agréer son plan le 7 octobre 1662, et la première pierre fut posée le 26 avril 1663. Sous sa forme primitive, Téglise ne ressemblait pas de tout point à celle que nous voyons aujourd'hui : le plan original ne comportait pas les deux tours latérales qui décorent la façade, et qui furent ajoutées, Barelli s'étant retiré
Uéglise des Théatins et la FeldhennhalU (à gauche, angle du Fesîsaalbau de la Résidence).
en 1669, par son successeur Zuccali, lequel dut aussi refaire la coupole, menacée de ruine. La façade elle-même fut remaniée un siècle plus tard, de 1765 à 1768, par le Français Cuvillier qui l'orna de détails assez frivoles, mieux faits pour le Residenz-Theater que pour l'entrée d'une église. En outre, l'inévitable badigeon qui couvre cette façade n'a pas subi les seules injures du temps : les pigeons innombrables qui élisent domicile dans ses niches et corniches la souillent de la plus fâcheuse manière. Pourtant l'aspect de cette église, dont la façade est bien dégagée depuis que la Fcldhcrnihaîle a remplacé en 1844 l'ancienne auberge du Bauerngirglj est un des éléments les plus essentiels, les plus agréables aussi, qui constituent la physionomie de Munich. L'élan de ses deux tours, avec le profil frisé des volutes qui soulèvent leurs deux coupoles vertes, et, en
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arrière, la coupole également verte, mais plus massive, de son dôme, s'enlèvent sur le ciel bleu avec une pimpante allégresse. Enfin, le couvent des Théatins, sécularisé comme celui des Jésuites, abrite aujourd'hui le ministère de l'Intérieur, dont on peut traverser le jardin. Plus d'un étran-
Église des Théatins. Détail de la façade.
ger — plus d'un Munichois peut-être — ignore ce passage, qui permet de voir surgir le dôme et les tours de Saint-Gaëtan, non plus au-dessus des façades environnantes, mais d'un berceau de verdure plus avenant. C'est l'aspect « régulier » d'une église congréganiste et princière, dont la façade nous offrait l'aspect « séculier «.
Il s'en faut que l'intérieur de l'église flatte autant le regard. Le plan forme une croix voûtée, avec une coupole surmontant la croisée ; la nef,
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flanquée de chapelles qui communiquent entre elles, compte cinq travées dont la première et la dernière sont plus étroites que les autres ; le transept dépasse un peu le niveau des chapelles. Malheureusement, une ornementation prétentieuse encombre l'édifice, en alourdit les lignes, en affaiblit l'efifet. Ce ne sont que colonnes torses, avec leurs spirales déclamatoires, chapiteaux historiés, tympans surchargés; déplus, toute cette
Église des Théaiins. Vue intérieure.
décoration est exécutée en stuc, matière à la fois lourde et fragile, qui n'admet pas le mordant et le fouillé dont s'accommodent le bois, la pierre ou le métal, et où toute fantaisie s'énerve, où toute élégance prend le caractère de poncif.
AvecrélecteurMax-Emmanuel(i679-i726) allié politique de LouisXIV, beau-frère du dauphin de France, hôte de Versailles pendant de longues années, gouverneur des Pays-Bas et restant à Bruxelles en contact avec le goût français, ce sont en effet le goût français, le style français, les
artistes français qui vont prendre possession de Munich. On y appelle des artistes de Paris, Antoine Motte, François Honard, Charles Dubut, plus tard François Cuvillier ou Cuvilliés, natif duHainaut, page de Max-Emmanuel à Bruxelles, élève en 1720 de notre Robert de Cotte, et qui, dès 1728. partagera à Munich la faveur du prince avec ce Joseph EfFner, un Allemand, lui, fils d'un simple jardinier de Dachau, mais que, dès ses pre-
Cliché de M. Paul Sacbi.
Église des Théatins (vue prise dans le jardin du ministère de l'Intérieur).
mières promesses de talent, on a envoyé à Paris, travailler avec Robert de Cotte et François Blondel.
De 1684 à 1704 Max-Emmanuel avait poursuivi, à la Résidence, la décoration des Reichc Zinirncr entreprise par son père, et dans le goût encore italianisant de celui-ci : ces « riches appartements » ont été détruits par l'incendie de 1729. Max-Emmanuel revint de Versailles à Munich en 17 15 : on peut dater de cette année-là l'époque où le goût français suppléa décidément l'italianisme à Munich et y régna presque sans partage, jusqu'à la fin du xviil" siècle, sous Carl-Albert (i 726-1 745) et Max-Joseph III (i 745-1 777). C'est l'âge du rococo, qui a modifié entièrement l'aspect de Munich, tant par son architecture religieuse que par son architecture princière et privée.