CHAPITEE L LA QUESTION ITALIENNE AU CONGRÈS DE TIENNE
Cette ancienne et persistante influence du royaume de Naples, cette transformation récente de l'Italie, si profonde quoique si peu apparente encore, c'est ce que se rappelaient, c'est ce que devinaient plus on moins précisément, tous les acteurs du drame de 1815; c'est le champion présumé et redouté de l'unité et de l'indépendance italiennes que Metternich ménage d'abord, c'est lui qu'il combat ensuite au Congrès de Vienne dans la personne du roi Joachim (2).
(1) Affaires Etrangères. Correspondance. Naples, 140. — Cf. une très curieuse lettre de Savary à Canlaincourt du 18 janvier 1814 sur la Ligue italienne, id., id. — Cf. aussi Beauohamp, La catastrophe de Murât, p. 17.
(2) On admet généralement que Metternich a défendu Murât contre Talleyrand, protecteur des Bourbons de Naples, alliés naturels des
Hetternich ménage Marat: les engagements qui le lient.
San Marzano, envoyé du roi de Sardaigne au Congrès, écrivait à Victor Emmanuel que TEmpereur et Metternich lui vivaient exprimé Taversion très vive qu'ils ressentaient pour Murât: ^ Je donnerais le monde entier, lui disait Metternich le 20 octobre 1814, pour la nouvelle que le roi Ferdinand a été rétabli sur le trône de NapleS;,. Et TEmpereur disait: '^ J'espère que le roi de Naples sera l'artisan de sa propre ruine ,(1). [Lettre à Victor Emmanuel du 29 juillet 1814].
S'il désirait si vivement la chute de Murât et la restauration de Ferdinand, si, cependant, il résistait à Talleyrand qui demandait au Congrès de renverser celui-là pour rétablir celui-ci, c'est quMl se sentait quelque peu gêné pour rompre brusquement les engagements solennels qui le liaient à la cour de
Boarbons de Paris; qu'il Ta abandonné, quand Talleyrand Py a contraint — Nous pensons que Metternich a seulement ménagé Murât, chef probable de l'Italie indépendante de rautriche, allié possible de la coalition prnsso-rnsse (octobre «novembre 1814); et qu'il l'a attaqué aussitôt qu'il lui a été possible de l'écraser (seconde quinzaine de décembre-janvier 1815). Tont récemment (premier fascicule du tome X de V Histoire générale de Lavisse et Eambaud, Paris, Colin), M. A. Sorel a émis l'opinion que Metternich a défendu Murât, aussi longtemps qu'il a cru devoir à cette politique l'annexion des Légations ; qu'il a consenti h V abandonner lorsque la restauration du Pape, exigée par le système de Talleyrand, a rendu impossible l'annexion de ces pro* vinces; qu'il a insidieusement sollicité Murât à se perdre lui-même {op. cit., p. 6, 22, 26-26, 46).
(1) Bianchi, Storia délia diplomazia italiana, I, 4, cité par Tivaroni, Italia durante il dominio francese, II, 284.
24 Mt)BATn-LA4DEBTI0BDEI.'U>ITÉITALIËKHBEK 1815. Naples, alors qu'une imprudence de celle-ci pouvait, d'ao moment à l'autre, lui fournir un prétexte et lui rendre sa liberté c'est aussi qu'il ne croyait pas prudent d'attaquer Joachim alors que l'Italie pouvait se soulever à son appel et accroître encore la force de la coalition prusso-russe (1).
Les négociations de Naptes avec la coalition, entamées en avril 1813 par le Prince de Cariali à Vienne et le duc de Campo Chiaro à Fonza (2), reprises après la campagne du printemps par Scbinina à Ponza et Neyperg à Kaples, avaient abouti malgré les efforts de Fouché, envoyé par Napoléon afin de maintenir Murât dans son alliance, à la conclusion d'au traité solennel entre les deux cours, le H janvier 1814. L'AutricIie garantissait à Joachim [et à ses héritiers] la souveraineté pleine et entière des états de terre ferme, promettait d'employer ses bons offices pour le faire reconnaître de l'Europe et s'engageait à envoyer 60,000 hommes en Italie pourvu que Naples en équipât 30,000. Des articles secrets stipulaient la cession de 400,000 âmes au royaume de Naples et la renonciation solennelle de Ferdinand à cette couronne moyennant la renonciation solennelle de Murât au trône de Sicile. — Les diplomates autrichiens avaient ajouté à ce traité écrit l'asiinrance verbale que la renonciation de Ferdinand était un fait déjà accompli et que l'acte solennel qui en faisait foi était aux mains de lord Âberdeen, ministre anglais à Vienne. Les mêmes assurances, an dire
(1) Cf. Pope, I, 137. — Esame del... CoUelta, II, A6. — Der Krieg in Italien tn den Jakren 1813, tSté und 1815, p. 156. — Gioacchino Murât, p. lis.— Memorie del duca di GaUo,XlV (Arch...napotet., XIII, a, anno 1888, p. 205). Mareaca (id. arno 1881, p. 732. Mvrat e U CongTMso di Vienna). — Dearernois, Mémoires inédit», p. 3G0, 377. — IHario napoht., 1798-1825, tome IV, juillet 1813-1814. — Décret 366 du 11 noY. 1813, ouvrant Iqb porta aux Anglais, âckos le MonUore
Sicilie, 1813, III, 11, 15, 17 dov.
elfert, Kdnigin Karolina von Ntaptl, p. 520. — O. de Castro.
MUBAT ET LA QUESTION DE l'DKITÊ ITALIENNE EN 1815. 25
du duc de Gallo (1), furent renouvelées à Cariati par Métiernich et par Âberdeen lui-même. — Le traité secret additionnel de Ghaumont, conclu le 3 mars 1814 entre Mettemich, d'un côté, Campo Gbiaro et Gariati de Fautre, étendait aux biens des Farnèse à Rome et à leurs domaines allodiaux situés dans le royaume de Naples les garanties données à Joachim.
Avant de signer le traité du 11, comme celui-ci avait déclaré qu'il n^en verrait pas un bomme au secours des Autricbiens tant qu^il n'aurait pas l'assurance positive que les Anglais ne tenteraient aucune entreprise contre les côtes napolitaines, l'Autricbe s'était entremise entre les deux états. Le 25 janvier 1814, une convention était signée à Naples par le général Bertbemy, aide de camp du roi, et le général Grabam, aide de camp de lord Bentinck, sur l'ordre envoyé à celui-ci par Gastlereagb dans une lettre datée de Baie, 22 janvier: cette convention suspendait immédiatement les bostilités. — Elle était ratifiée par une autre, conclue le 3 février par Bentinck et Gallo (l'article 3 stipulait qu'une trêve de trois mois devait suivre la dénonciation de la convention). — Elle était confirmée par la note de Bentinck au gouvernement de Naples (2)^ en date du 1^*^ avril 1814. On y lisait ces mots: '^ Si le gouvernement anglais se refuse à signer un traité in limine^ cela provient uniquement des sentiments de délicatesse et d'bonneur qui s'opposent à ce que les états béréditaires d'un ancien allié soient sacrifiés sans une indemnité „.
Au début de mars 1814, était arrivé à Bologne le lieutenant général de Balascbeff (3), porteur d'une lettre flatteuse d'Alexandre pour Murât, en date du 25 février: Alexandre se déclarait résolu à adhérer au traité du 11 janvier et envoyait
(1) Op. cit, p. 371.
(2) Gallo, Memorie, p. 875.
(8) Gallo, Memorie, p. 878.
26 HITEAT ET LA QUB8T10K DE L'UKITÊ 1TÂL1ENHE EN 1815.
Balascheff pour traiter. Quelque temps après, survenait le baron Thuyl, chargé de représenter officiellement le cabinet de S. Pétersbourg auprès de la cour de Naples (1).
On Yoifc que Murât pouvait invoquer des pactes solennels conclus avec plusieurs puissances alliées. Sans doute, il ne conte pas beaucoup plus aux diplomates de déchirer que de signer un traité; encore faut-il qu^ils trouvent un prétexte plausible ponr masquer leurs raisons secrètes, surtout lorsque d'autres puissances, dont Tattitude est au moins incertaine, sont liées par des engagements analogues avec Tétat dont on se sépare.
11 était donc naturel que TAutriche hésitât lorsque Talleyrand demandait le renversement de Joachim. Louis XVIII écrivait à son ministre le 13 octobre 1814 (2): '^ Les rois de Naples et de Saxe sont mes parents au même degré; la justice réclame également en faveur de tous deux; mais je ne saurais prendre
pour eux un égal intérêt: le royaume de Naples possédé par un descendant de Louis XIV augmente la puissance de la France ; en restant à an individu de la famille du Corse, flagitio addit damnum ^ ; et Talleyrand reproduisait les doléances de son maître, poursuivait l'intérêt politique qu'invoquait celui-ci, en prétextant les exigences logiques du principe de légitimité. Metternich s'opposait à ses demandes, sensible à la crainte de voir un jour les Bourbons rétablis à Naples suivre docilement les ordres venus de Paris; retenu surtout par la difficulté de rompre les engagements solennels que nous avons rappelés plus haut et par le danger précis qu'il y avait à le faire. * A Vienne, écrit le marquis de Saint- Marsan, le 7 février 1815, on ne verrait pas
(1) Au moment de la reddition de Dantzick, 1500 Napolitains qui faisaient partie de la garnison napoléonienne, avaient ètè, à TKorn, séparés des Français expédiés en Bussie, et, reças partout avec les plus grands honneurs, renvoyés chez eux avec armes et bagages (Défense de Dantzick en 1813. Journal de siège, p. 265).
(2) Pallain, Corresp. de Louis XVIII et de Talleyrand, p. 38.
volontiers le royaume de Naples dans les mains de la maison de Bonrbon et l'on craint que, dans ce moment, le roi Joachim «oit le plus fort sur l'opinion en Italie «. [Bianchi, I, 408].
Mettemieli ménage Marat: les craintes qn'il éproure.
II est clair, en effet, que Metternich craignait une attaque de Murât. Il craignait que l'armée napolitaine vigoureusement conduite et bien accueillie par les Italiens ne donnât fort à faire à l'armée autrichienne, au moment précis oii la Russie et la Prusse menaçaient de Passaillir, à propos de la question Saxe- Pologne.
Il ne rentre pas dans notre sujet d^étudier ici cette affaire délicate; il suffira de rappeler au lecteur que le partage de nos dépouilles avait divisé les Alliés ; que, sous prétexte de punir la Saxe infidèle, la Prusse voulait l'annexer toute entière, bordant ainsi les monts de Bohème; et que, sous prétexte de se conformer, en Pologne, au principe des nationalités, la Russie voulait annexer le Grand Duché de Varsovie. L'Autriche, doublement lésée en Pologne et en Allemagne, était beaucoup trop faible pour lutter contre la coalition prusso-russe qui, l'attaquant immédiatement, l'aurait infailliblement écrasée. Elle n'avait avec elle que l'Angleterre, dont les lentes armées ne pourraient arriver en Prusse qu'après son irréparable défaite; et la France vaincue, aux armées en poussière, et qu'elle ne pouvait même contenter, en abandonnant Joachim. Abandonner Joachim, en effet, n'était-ce pas fournir aux deux cours du Nord un puissant allié dans le Sud? Alexandre n'avait-il pas toujours manifesté son admiration pour l'intrépide bravoure du héros de la Mos-
28 MUBAT ET LA QUESTION DE L'uKITÉ ITALIENNE EN 1815.
kowa? la mission de Balatscheff ne témoignait-elle pas de la persistance de sa bonne volonté? Tintérèt rosse, dans les affaires, européennes en général et méditerranéennes en particulier, n^exigeait-il pas, comme Alexandre le déclarait lui-même un jour (1) qu^il y eût en Italie une puissance forte qui ne fût sous Tinfluence ni de la France ni de TÂutriche? Il ajoutait alors que, ^ comme cette puissance ne peut être que Naples, il faut que Naples ne soit pas aux Bourbons^.
Aussi longtemps qu*il craignit de se trouver seul, exposé en Bohème et en Galicie aux coups de la coalition du Nord, Met* ternich devait redouter que Murât se tournât contre lui. Il le redouta d'autant plus que Tarmée napolitaine était loin de lui paraître quantité négligeable.
Le 24 février 1815, Talleyrand écrit à Louis XVIII (2): ^ Le grand prétexte de TAutriche pour ajourner l'affaire de Naples était qu'elle n'était pas en mesure et qu'elle devait craindre que Murât ne mît V Italie en révolution „. Le 26 février (3), il écrivait encore: * On a craint de lui (Joachim) fournir un prétexte pour tenter un coup d'audace, les Autrichiens n'étant pas en nombre en Italie... „. Et, dans la même lettre, il ajoute un peu plus loin: ''Ils y auront 150,000 hommes et 50,000 autres en réserve en Oarinthie, ce qui suflSra pour tenir en respect Murât et rendre vaines ses entreprises^. Ainsi, l'Autriche estime qu'il faut 200,000 hommes, non pour écraser Murât, mais pour le tenir en respect. Le fameux mémoire de Gentz du 12 février 1815 atteste encore la crainte qu'il inspire: ''Un ennemi comme Murât qui se défendrait certainement jusqu'au bout serait
(1) Pallain, op. cit, p. 288, note, 27 février 1816.
(2) Pallaio, op. cit., p. 296. — J'ai dû me servir d'un texte italien : d'où les variantes de style qu'on relèvera, sans doute, dans la version que je donne de la lettre de Talleyrand.
(3) Pallain, op. cit, p. 300.
HUBAT ET LA QUESTION DE l'UNITÉ ITALIENNE EN 1815. 29
l>eaacoup plus dangereux pour rAutriche que tout autre puis- •sance y, (1). Et tous ces témoignages sont confirmés de la façon la plus décisive par ce que déclare et par ce que fait Metternich «n octobre 1814. Le 3, Talleyrand a proposé Tajoumement du Congrès; le 9 il a apporté un projet fixant les conditions nécessaires pour y être admis: bien entendu, elles sont telles que Joachim est exclu. Metternich refuse de souscrire à ce projet, de * crainte de pousser à quelque excès celui qui règne à Naples, son plénipotentiaire se trouvant écarté , (2). Et comme Talleyrand insiste au nom des principes, Metternich répond nettement : '^ Murât, voyant son plénipotentiaire exclu, croira son affaire décidée; et on ignore ce que sa tête peut lui faire faire: û est prêt en Italie et nous ne le sommes pas ^ (3).
Le fait est clair: rAutriche craint Tarmée de Murât. Si Ton songe à la précision de ces craintes, si souvent alléguées, si Ton se rappelle le chiffre de 200,000 hommes cité par Talleyrand et qu'on le rapproche des faibles effectifs de Parmée napolitaine, on en conclura sans doute que les Autrichiens craignaient qu*elle ne fût renforcée par des volontaires italiens : ils redoutaient un soulèvement de l'Italie à son approche.
Metternich ménage Kurat:
il craint nn soulèvement national italien.
L'attitude qu'avait gardée Joachim en 1814, les tendances de son entourage à cette date, avertissaient Metternich de ce que tenterait son adversaire au moment de la lutte suprême.
(1) Maresca, op. cU,, p. 744.
(2; Talleyrand à Louis XVIII : 9 octobre 1814 (Pallain, p. 31).
(8) Pallain, p. 88.
8 MUBAT ET LA QUESTION DE L'UXITÉ ITAUEirNE EN 1815.
Les Anglais lui avaient appris, sans doufce, que, dès 1813, ^peo ayant de quitter Naples pour Dresde, Joachim avait décidé, par un traité concla avec eux, de proclamer V indépendance italienne, dans le cas où ils lui auraient donné le secours de 20,000 hommes et de beaucoup d'argent «; la ratification du traité était arrivée à Naples après le départ du roi (1). — Sans doute, aussi, Metternich savait par Talleyrand qu^ '^ il existait en Italie comme en Allemagne une secte d'unitaires, (c^est-à-dire de gens qui aspirent à faire de Tltalie un seul et unique état)...., avec qui Murât était en bonne intelligence „ (2).
Il savait sans doute encore, par son allié le Pape, que Tarnbassade napolitaine à Rome était une officine d'espions et le rendez-vous des ^ unitaires „ (3). Il savait sans doute, enfin, ce qui se disait par toute PEurope: ** On a voulu faire en Italie un infusorium d*états. Mais Pinstinct de ce peuple a été plus puissant que le nôtre: heureusement on lui a laissé une tête (Joachim). Tôt ou tard, réunis sous cet homme, tous les peuples, depuis la Calabre jusqu'aux Alpes, ne formeront qu'un seul et même état; bientôt il tendra la main à son ami au-delà des Alpes (4) ,.
Il savait certainement que, dans la campagne de 1814, comme les préfets de Macerata et de Fermo demandaient un acte public au général napolitain Pepe, pour être déchargés de la respon-
(1) Pepe, Memorie, I, 186. — Macirone, Mémoire, p. 141-142. — Archives Aff. Étr. Corresp. Naples, 140. Lettres de Manhès à Joachim: 5 janvier; de Joachim à Miollis: 10 janvier; de Foachè àSassano: 12 janvier.
(2) Talleyrand à Louis XVIII: 28 décembre 1814 (Pallain, p. 204).
(3) Diario nap,, 1798-1826, tome V, nouvelle du 2 janvier 1815, relatée le 29.
(4) Extrait du Morning Chronicle, cité par le Moniteur Universel du 4 mai 1815, page 504. C'est ainsi ce que pensent les hommes d'état sardes: S. Marsan à Vallaise : 28 décembre 1814. Vienne. (Bianchi, Storia documentata, I, 406).
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sabilité des deniers publies, dont on leur avait confié et dont on leur enlevait le dépôt, ce général avait satisfait à leur demande par un écrit assez court, qui fut imprimé et qui invoquait V indipendenza itàliana,, (1).
Il savait certainement que, le 7 février 1814, le lieutenant général Millet de Villeneuve, chef d'état-major général de Parmée napolitaine, avait chargé Pepe, au nom du roi, d'organiser une légion italienne, à Rome ou à Florence, à son choix (2).
Il savait encore que quelques généraux s'étaient mis en tète de réunir toute l'Italie sous la domination du roi de Naples, qu'ils en avaient longuement parlé au roi lui-même et que c'était sur leurs conseils et à cette fin que Murât avait à nouveau lié des pourparlers avec le prince Eugène (3).
11 savait en outre que, tandis que le feld-maréchal Bellegarde, par sa proclamation de Vérone, publiée le 5 avril 1814, promettait aux Italiens la restauration de leur indépendance et le retour de leurs souverains, le général napolitain Carascosa qui occupait Reggio et Modène et le procureur Poerio à Âncône lançaient des proclamations tout autres et promettaient aux Italiens l'unité et l'indépendance sous leur propre roi (4).
Il savait plus certainement encore que Joachim espérait ranger sous son sceptre toute l'Italie jusqu'au Pô: sa déclaration du 11 avril 1815 l'affirme explicitement et la lettre du baron Durand au duc de Vicence en date du 9 janvier 1814 nous donne de cette déclaration, un très suggestif commentaire. ' On sait, à n'en pas douter, qu'il y a eu des discussions assez vives entre M. de Gallo et le négociateur autrichien. Le roi lui-même
(1) Pepe, Memorîe, I, 140.
(2) Pepe, Memorie, I, 149-lEO.
(3) Mier à Metternich, de Bologne, 6 avril 1814.
(4) Helfert, trad. CnsaQi Confalonieri, La caduta délia dominazione francese nelVaîia Italia, Bologne, Zanichelli, 1894, p. 12-13.
esfc entré en pourparlers et il me parut difficile que M. de Neyperg n*ait pas promptement aperçu totU ce qu'il y a d^incohérent et d'illimité dans les vues ultérieures du roi,,. Au reboars de celui-ci, comme le raconte, d*aprèâ Metternicfa, le marqnis de S^ Marsan au comte de Yallaise dans sa lettre du 30 juillet 1814, le plan de Tempereur d'Autriche *^ est de chercher à éteindre Vesprit de réunion italienne en une seule puissance et les idées de constitution; cette considération Ta détourné du projet de prendre le titre de roi d'Italie et lui a fait prendre la résolution de désorganiser Tarmée d^Italie et d'abolir tous les établissements qui annoncent dans ce pays le projet ou Texisteiice d'un grand royaume.
Les " vues du roi „ n'étaient pas plus '^ limitées ^ en 1815 qu'en 1814; le * projet d'un grand royaume . hantait toujours sa pensée. Joachim a entretenu d'obscurs rapports avec les conspirateurs de Milan; c'est à ces relations louches que Metternich fait allusion peut- être lorsqu'il déclare que, après la paix, ^ au lieu de songer à sa conservation, le roi Joachim forma secrètement de vastes plans pour l'avenir „. L'ambition démesurée qui le travaille, le livre presque sans défense aux hommes qui vivent à ses côtés, l'assiégeant de leurs flatteries, lui insinuant leurs espérances, lui communiquant leur ivresse. Des carbonari qui prêchent le déisme et réclament une constitution, vrais héritiers des philosophes du siècle passé, des généraux qui veulent continuer les traditions militaires de Bitonto et de Yelletri et qui demandent la guerre contre l'Autriche, voilà les deux groupes qui se partagent, qui se disputent parfois sa confiance et ses faveurs. Guglielmo Pepe et ses deux amis, Salfi (1) et Perticari, Ambrosio, Carascosa, et les 17 officiers signataires de l'adresse d'Ancône, d'une part; — Pellegrino Bossi, le prince
(1) Cf. François Salfi, par Eenzi, PariS; 1868, in-8.
MUitAT ET LA <UTG8TK»r 96 L'UNWÉ «*AXA»»£ WX 1€16. M
Ercolani, Oicognara le ^^arbooAro et i^oo, A^Matee f)ar!t;, ^ojlà les cliefis des deux groupes alliés o» râ^aiax. £ki 1814, ils mit essayé, en ^n, d'4>Uei>ir par la forée «ae oonatitutieH (i); qt/i eaifc ai, en 1815, ^outr psendre tevur reFan(^, îls se tenteseiMi pas d*<rf)toMr pour leur {)atrie Tiadépeiidanee ek Tunité? ee qaî est s&T, c'est qu'ils «im^it Murât, et qjiiie Murât les «îme, «et qu'ils l'entourent à la ¥iUa An Belvedeiie au Yeinero(2); l'ei»bassadeur d'Autriche, comte de Mier, et sa fidèle auxiliaire (3), la reine, ont grand peine à lutter contre eux tandis que le ministre <3allo observe les deux camps pour se joindre a» plus fort.
Mettemich a donc lieu de craindre que Murât ne déchaine une guerre italienne (4). "Talleyra»4 connaît ces craintes lorsqu'il lui dit le 1" novembre: " Il faut organiser l'Italie: alors Murât n'aura plus aucune prise sur V esprit des peuples et il ne sera plus pour V Italie qu^un brigand „ (5). Et Metternich laisse deviner la peur qu'il éprouve de voir Naples commencer la révolu tioja «latioitaie: il ve«t à tout prix «écarter la guerre de la péninsule; il veut en éloigner les troupes dont le paseage pourrait surexciter le sentiment popul^e et il veut en même temps rassurer Murât. S'il l'empècbe d'envahir les états du Pape .qui ne l'a pas reconnu, il lui permet d^occuper les Marches '[novembre 1814] ; il accueille avec bienveillance la note de Campo Cbiaro du 7 décembre montrant que Naples, elliée de l'Aotriche, peut iavoquer le bén^ce du traité du
(1) Sur cette oariens^e conspiration, cf. Orlof, II, 281, 285. -r- Pignatelli, I, 176 et 187. — Pepe, I, 137, 139, 167, 160 suiv. — Coppî, Annaii, YI, 100.
(2) Pepe, I, 162.
(3) Pignatelli, Memorie, I, 96.
(4^ Aussi lui prodigne-t-il les assnrances de dévouement. Metternich écrit à Mier le 6 novembre : « Nous avons soutenu Murât contre la France; qu'il reste calme» (Helfert, Joachim Murât, ^,10^). — Le 29 novembre: «Que Murât se tienne tranquille et nous le sauverons».
(5) € nov. 1814. — PaUain, p. 101.
30 mai ; et quand, obéissant à la lettre de Louis XVIII reprenant son ^ Deïenda Carthago «, Talleyrand redemande avec force la chute de Murât, Mettemich, par sa note du 13 décembre, refuse d^y travailler et, prévoyant la guerre entre France et Naples, déclare quMl ne permettra jamais à des troupes, soit napolitaines, soit françaises, de traverser Tltalie: il craint que leur passage ne provoque une guerre nationale.