CHAPITRE IL CHACUN SON TOUR
BeTirement politique de Mettemich.
Au mois de janvier 1815, après le traité du 3 qui met fin à Pisolement de TAutriche et oppose à la coalition prusso-russe Talliance anglo-austro-française, Mettemich respire enfin : il n^a plus à craindre de voir TAutriche prise entre deux feux, attaquée au sud par les Italiens conduits par Murât, au nord par les Prussiens et les Russes guidés par Alexandre. Au moment où elle trouve des alliés, et par là même, elle perd ses ennemis: la Prusse et la Russie reculent. Deux fois plus forte qu'avant le 3 janvier, l'Autriche n'aura rien de plus pressé que d'écraser cet ennemi inattendu, dont, pour la première fois, elle vient de sentir le danger; ses craintes seront une leçon pour elle: elle domptera l'Italie pour n'avoir plus à la redouter.
Dans les derniers jours de décembre, elle est assurée de l'alliance anglo- française et tranquille pour sa frontière du nord :
MTJRAT ET LA QUESTION DE L'tJNlTÉ ITALIENNE EN 1816. 95
son attitude vis-à-vis de Naples se modifie aussitôt. La note de Campo Chiaro et de Cariati à Gastlereagh, en date du 29 décembre (1), s^en plaint vivement: les armements de Murât que Metternich invoque pour masquer son évolution s'expliquent par l'attitude hostile de la France, de la Sicile et de l'Espagne ; car, maigre les assurances d'Aberdeen, Ferdinand IV n'a pas renoncé; l'occupation des Marches, dont le ministre autrichien se plaint aussi, est également une mesure de sûreté nécessaire jusqu'à la paix générale: Murât est prêt, du reste, à les abandonner, pourvu qu'il laisse une garnison à Ancône.
Après le 3 janvier, l'Autriche est certaine d'avoir deux alliés et de conserver la paix au nord: aussi le 21 du même mois a-t-elle résolument consommé la perte de son ennemi. Le 21, en effet, par le traité de Paris, elle promet à la France de rendre Naples à Ferdinand, moyennant 25 millions de francs (il est entendu que Ferdinand remboursera la France) (2); et elle dirige aussitôt 60,000 hommes sur l'Italie. Au même moment, le 25 Janvier, Gastlereagh déclare à Vienne au duc de Campo Chiaro que l'Angleterre ne se considère nullement comme engagée vis-à-vis de Murât (3).
On a bientôt trouvé les prétextes à mettre en avant. On reprend la question des Marches. Comme Murât, un peu effrayé, fait mine de céder, Consalvi, sûr d'être soutenu, y mêle la question de Bénévent et de Pontecorvo dont il exige la restitution. C'est aller trop vite et Metternich le rappelle à l'ordre, mais en se démasquant de plus en plus clairement. Gallo essaye en vain de se prévaloir de sa qualité i'allié de l'Autriche (qualité reconnue par le traité du 11 janvier 1814), afin d'être en droit d'invoquer le traité du 30 mai 1814, établissant *^ paix et amitié
(1) Gallo, Memorie, p. 388.
(2) Gallo, Memorie, p. 390. — Sohœll, Hist abrég., III, 436.
(3) Der Krieg in Italien in 1816.
S6 MU&AT ST LA aT7£9TIOV DE L'DITITÉ ITALIEEnrS ES 1815.
entre Sa Majesté TËHiperear d'Autriche et ses alliés d*«ne part et Sa Majesté le Roi de France de Tautre; et aussi la décla- TAtÎM de Louis ÎVIII du 4 juin 1814 disant qu'il », faJt la paix avec rAutricfae et ses aUiés. Talleyrand r^liq»e qu^îl »e oo«mait pas Talliaiice de Joachim «yec la cour deVieBiie; ^lais, vof ant Tempressesient inattendu que met rAutriche à se 4e^ tovasser de ce voisin dangereux, il bat e» retraite, et déclara q«e« SMS reconnaître officiellement Murât, en raison des tiens de parenté qui unissent les deux cours de Paris et de Païenne, il est prêt à yiurre en bonne amitié av^ec Nsfdes (1),
Ce changement de la part de la France est e^trême«ient enrjeux: il souligne l'altitude agressive de l'Autriche qui se dessWe f\aB nettement chaque jour. Par une lettre datée de Yiame, 10 février 1815, le duc de Campo Chiaro prévient Metternich que Joadiim a désigné comme son chargé d'affaires en Russie le chevalier Pescara, de la famille des ducs de Calvû&anno^ «t an Prusse le chevalier Schinina, marquis de S. Elia; il lui demande de s'entremettre pour les faire agréer, fin vertu de l'article 2 du traité secret du 11 janvier 1814; il ajoute que ceci sera d'autant plus aisé que la Russie a accédé au traité du 11., qu'elle a confié au général de Balascheff une mission ei&traordinaire et qu^elle a accrédité iComme ministre à i^iTapIes le baron Thujl.
A cette avance de Gampo Chiaro, Metternich répond par la «ote du 26 février, dans laquelle il se plaint des perpétuels anuements de Joachim, il déclare qu'il les oosisidère «onune dirigés contre lui; et il fait savoir en même temps dans les salons napolitains que la perte de * l'usurpateur ^ est résolue (2). — î>u 16 décembre au 26 février, on voit quel chemin a par-
Ci) Galle, M^moriA, p. 891-892.
(2) Diario napoletano, 2 févrieor, 18, 23, 1815, ^t Bianchi, I, 429.
M0BÂT m! LA atfsstioisr tm xJvmtÈ rr ALiKsrKft bk 1815. 37
covnrn TÂutriehe: elle marche à une déelarafcion de gnefte^ à Naples.
Le 10 avril, dans une longue note adressée à cette cour,. Metfernich récapitule tous les griefs quMl a contre elle: ^inaction prolongée des Napolitains après le 11 janvier 1814; la politiqtie napolitaine réglée sur les événements, non sur les principes ; les t^ons offices de TÂutricIie rendus inutiles par cette poIiti<}u6 fourbe; les dangers de Toccupation des Marches; Metternich ne renonce pas à inviter le roi à adopter une ligne de eonduite pins conforme à ses véritables intérêts; il n'en rappelle pas nK»ns son ministre à Naples en envoyant leitts passeports aux envoyés napolitains.
Mais cette note est datée du 10 avril; et, le SO mars^l^ Napolitains ont passé la frontière. Au 26 février, cVst PÂutri€he qui semble vouloir prendre l'initiative de l'attaque; le 30 mars, c^est Naples qui commence la guerre.
Entre le 26 février et le 30 mars, que s*est-il donc passé? — Le retour de Tile d'Elbe.
RevlreMéBt poUtf^iie de MHrat
L'événement dei 1**^ mars provoqua l'ouverture immédiate de la crise italientte. Bien qu'il n'eut pas obtenu de l'Angleterre un traité solennel, malgré la demande qu'en avait faîte officiel* lement CampoCbiaro à Gastelreagh le 29 décembre 1814, sialgré la lettre secrète qu'il avait adressée lui-même au régent le 18 janvier 1815, malgré l'offre d'un traité de eommeree faite an mois de février de cette année, Joachim se flattait d'obtenir la neutralité bienveillante du cabinet britannique; il avait longuement, et, croyait-il, efficacenMint travaillé à coâquéiiir son amitié: celiti
qui rêvait de constituer à son profit un royaume dUtalie entrevoyait déjà très nettement quelle devait être la grande alliée du nouveau royaume.
Le traité du 30 mai était à peine signé, la tranquillité à peine rétablie que les riches Anglais, sevrés depuis dix ans, depuis vingt ans pourrait-on dire, des voluptés de la vie italienne s'abattaient sur la côte aux villes blanches, S. Giovanni, Portici, Castellamare, Vico, Sorrente et Massa. A leur tète était arrivée la princesse de Galles, dont on remarquait Tardeur (1) et, il faut le dire aussi, les toilettes de mauvais goût. Et les bals et les fêtes succédaient aux fêtes et aux bals: le Diario Napoletano conservé à la Società di storia patria di Napoli nous en a gardé le souvenir (2).
En même temps que, par Taccueil quMl fait dans son royaume à Télite de la société anglaise. Murât tâche de se concilier son appui, il s*e£Force de ranger dans ses intérêts les gros négociants de Londres. Ceux-ci " encouragés et cajolés s'engagent dans des spéculations énormes avec Naples „, ainsi que le rapporte le comte de Narbonne à Talleyrand le 30 mars 1815; on les allèche encore par roJBTre faite en février d'un traité de commerce très favorable à leurs intérêts.
Murât ne s'en tient pas là ; il essaye de rallier à sa cause le monde politique anglais. Certaines brochures, fort habilement rédigées, peut-être par le roi lui-même (3), et certainement d'après les notes fournies par le duc de Gallo (on peut s'en convaincre, en comparant, comme je l'ai fait, certaines pages des Mémoires du duc résumant les notes diplomatiques à certains
(1) Diario napoletano, V, 8 février 1815.
(2) Diario napoletano, V, janvier, février 1815. — Esame del,., Colletta, p. 94.
(3) « On y trouve des expressions qui appartiennent à sa conversation habituelle». Considérations sur les rapports de la France avec Naples, 4 janvier 1815 (Aff. Etr. Corresp. Naples, 140).
passages des brochures que je cite) développent les diverses raisons qui doivent décider PEurope à le maintenir sur le trône : telles les Observations sur un écrit intitulé Des Bourbons de Naples publiées à Paris en 1814 (in-12): on y invoque le témoignage de tous ces voyageurs qui ont visité le royaume pour attester que Murât est aimé de ses sujets (1); telles les Bé' flexions d*un Napolitain: l'Angleterre a des devoirs sacrés envers Murât (2); Murât a déclaré à TÂutriche, avant de signer le traité du 11 janvier, qu'il voulait traiter avec l'Angleterre (3) ; ^ Gastlereagh ne crut pas devoir laisser le roi sans une garantie formelle. Il fut dit, dès les premiers jours d'avril, et nous avons lieu de croire pour certain, que lord Bentinck avait remis une note officielle par laquelle il déclarait que le ^gouvernement anglais adhérait entièrement au traité conclu entre PAutriche •et Naples. . . » (4). — Bien plus, le ministère napolitain s'abouche avec Sir Honrer, député aux Communes. Celui-ci montre à qui veut l'entendre que '^ la paix avec l'Italie, avec l'Italie unie et indépendante est clairement l'intérêt de l'Angleterre , (5) — ainsi que Ta montré le duc de Gallo dans sa note d'avril 1814, datée de Bologne — et que Joachim doit être ce souverain de Naples, également indépendant 'de la France et de l'Espagne, que la diplomatie britannique, au dire du ministre sarde à Berlin Gastellefer, cherchait en septembre 1814. Il montre à qui veut l'entendre que, dans la campagne de 1814, Murât a rempli ses
(1) Observations sur un écrit intitulé etc, p. 88.
(2) Réflexions d'un Napolitain, p. 64.
(3) Réflexions d'un Napolitain, p. 55. Ces brochnres réfutaient des brochures bourboniennes, telles que : di Boooa, Discorso sulla nécessita di rendere a Ferdinando IV U regno di Napoli (Paris, 1814); Sarrazin, Défense des Bourbons de Naples (Paris, 1815, inS),
(4) Dans sa note datée de Bologne, avril 1814, et adressée à Castlereagh, Galle s'inspire de cette idée (Gallo, Memorie, p. 876).
(5) Réflexions d*un Napolitain, p. 59.
40 )1VB«T Wt U» 40B8Tim BB L'BBITÊ nAUBNHB EN 1815.
dsToira envets les irfMa; q«e c'est gr&M »liii qu'Eagène a éti baUs ef qae lês pajtters Bupolitiinie saisia ae eontienneiit, ainsi cpe Va^iii«ei^icitementWelhB{(ton àBlaeaslfl 4 janvier 1815, * MMone prrave contre loi ^ : les lettres qn'on allègne afin d'établir ie contraire ont éïk faleifiéea par l'abbé Fieuriel, secrétaire èé conte de Lille et da comte de Blacae, depuis âis-nettf ans
JoBehin se reposait sur tes prenres d'amitié qa'îl STui données à l'Angleterre^ il avait eonfiance dana l'efSeacité de la lioHtiepK qa'il avait ssivia à sob éfçard } il se croyait arrivé an ■raBWttb d'e» recueillir la bénéfice. Il laisse croire qw c'est avec )e eonseateraent de l'Angleterre que son glorietix beatr^frère s'est «tâm de 1'^ jl'Ëibe : est-il admissible qne, suis la eonpiicité d« Csnpbellf Nap»léoB se soit écbappé ? Et la prineesse de Galles «8 g^Be-fc-eil« beaaeoBp pom nmniieeter bfmtemeBt la joie qu'elle prouve il 1« neavelle des soeeè» de l'En^rear? De fait, Joaefaim ssBge » envaliir la Sicile, tant il m «oit assuré, eioos du goBtetneneirt da €aetl«reagb, do noins dei l'opinion anglaise. Le ê OHir» ifildt il éorft a« général Deerrcimois (2), conmMidaot so*
(1) Sut cette CBrienaa Kfiaire, eonsalter, dans les jonrnatix anglais, le coilipte.iVi)^ de la Bëanoa du 2 mai ISIÊ à la Chambre des CoAiBMea; ta traâtHHkm «ttfea a âevnée Âlph. M BeattdMWp (CarMotraphe de Mnrtd, p. 79), tiii passage da mâme oavrage, page 56, une longne note da Moniteur univerael du 10 mai 1816, page 528. — Caat- Mreagb all^e : 1" nSe ietue de Napoléon h la reine d« Kaples, datée de Nangîs, 17 février 1814: Homer vent la dater de Fontaineblean, 26 Janvier 1814; 2" nne lettre de Napoléon k Murât dn 7 mars 1814. Homer prétend qn'ette dtfH Ètté datée de Cotapièifs^ 30 août 1811. Homer Contait: iNone soritnea MridfMe k déclarer qd'an moatrera k tont Anglais d« distiactien qai se tronvem k Pafis) 1° lee minuteB M^Mdetf êM lettffl» ib l'Empereitr; 2° lee miaittee dea Aêmes l«t~ MM frisiSées M ftofilSB de la saam de t'abM Heoriri* pcKir enlraitier les paiaeaBces eentra MuraU— Je n'ai pa eomalte* les ninMee orlgisidaft de Me kiHfea.
(9) iMt Mémoifêg du Généfal Bttran DegvenuHê (Êj^tM, Na- Jes), paraîtront eons pen 4» j0ni« k la libraérie Pioât
WmAT ifr LA QUâèTiGK BB L'eifflTÉ iTALiemm EK 1815. éi
périear des Calabre^^ la lettre suirante: ^ Quant à Yêvénemtittt de rile d^Elbe, un courrier a porté en Angleterre Fassuranee que le» réstiUats, qàek^ qnMk soient, ne changent en rien ma politique envei^s^ le gouvernement anglais. . . Si les Anglais ne s'y opposent pas formellement,- Ferdinand ne serar pas longtemps aiwt so» trône; il ne saurait faire le bonheur des Siciliens: sa mauFvaise administration, le mauvais état surtout de ses financés sont le présage assuré de sa chute.
^ Si quelques régiments napolitains de Sicile demandaient à qinîfSter cette île et à renti^er à mon service, procurez leur tous les moyens de transport; demander même s^il le faut des moyens dé irctnspotf aux Anglais, gw , fose te Croire, ne se refuseront pas à vous rendre ce service.
if Inondez la Seilo de vos agents (1). Faites insurger Farmée nfapoMiâine,' prenez en mon nom rengagement d'aligner lent Boifde' le jour qn'ils arriveront à Naples. Il vous sera facile cfo les décider à prendre cette détermination, puisque, après la sup^ pression: des subsides anglais^ il nfe lenr reste plus Pespoit d'être irs^és par ter gonvemeineni sieilien. -^ Adfresse^moî tons les ^«rs^ dies rap'p^f s téiégrittpMqnes s»r ce qui i^ior p«sse en SScile. . . Je donné Tordre au ministre^ de kv l^olké O^éYslé de vou!S Dsii're paiyef^ tous Vos fraiis de pelieé secrète ».
On voM j«isqu*à quel poii^t JôatMm se fté^ à I^Ângletetre : mdis la^ sécurité' ^'A éprouve à son endroit^ s) efle le laissé libre de tenter Tattaque du 30 mars, n'explique pas le choix qiu'iï fait de Pheure de Fattaque. Pourquoi assaillir F Autriche santM» «ttendre 1» FraHàce^ qui ser» pr^ dans quetqu«!» semain'es ? Fôtffquôî choisit' pouf l'effort (fécisif ï'heure indécise où nul ne
(1) lié 10 féyrîei^ 1815,^ mssvemois afv*i« éKs«ri1^é tiin& p^m^ de 6^ fraMTS à^ setf agents mttfMîstéS en* l^llé', à ^ëpéS éê 1» s«iâie d'an cbnir^Ai^^r sieîlién «Il BeVo» (ï)bsvéi?noi9, ê&uf?énirêi p74Bj [lié. d<€r Lefis-le^'^tolnîef}).
sait si TEurope acceptera comme la France le coup d^audace de Cannes?
Quoi qu^il dise à l'Autriche et à T Angle terre, Joacbim est d'accord avec Napoléon et connaît ses desseins (1) : la princesse Pauline a réconcilié les deux beaux-frères ; chacun d'eux compte sur l'autre, celui-ci pour recouvrer sa couronne, celui-là pour doubler ses états. Lorsque l'Empereur quitte Pile d'Elbe (2), il envoie Simon Colonna, ancien intendant d'Aquila, prévenir le roi de Naples; et celui-ci fait aussitôt partir le comte de Bauffremont pour la France, oii il le représentera auprès de l'Empereur, et le général Franceschetti pour Porto-Ferrajo d'où Madame Mère doit venir attendre auprès de sa fille Caroline les résultats de l'aventureuse expédition.
Mais la confiance n'a pas reparu entre Napoléon et Murât. Il y a péril, aux yeux des unitaires, à attendre que l'Empereur, parvenu à Paris, ait restauré sa puissance. Dès maintenant, avant que Metternich eflfaré soit revenu de sa surprise, on peut envahir les pays du nord, proclamer, accomplir la révolution italienne : un coup d'audace, une pointe hardie à travers les corps autrichiens dispersés dans les Légations, et l'Italie se soulève à la voix de Joacbim, l'Italie est libre et une. Attendre que Napoléon soit redevenu assez fort pour aider les Napolitains, c'est retomber sous sa main de fer ; c'est compromettre l'œuvre nationale. Maître de la France, il verra un danger pour la France
(1) L'Angleterre a toujours craint et soupçonné cette entente: ce qui explique qu'elle n'ait pas maintenu Murât à Naples. — Dès le début de 1815, celui-ci connaissait sans doute le projet de l'Empereur : aussi demande-t-il à Metternich, en février, d'acheminer des troupes à travers la haute Italie ; il prétend attaquer les Bourbons ; il espère occuper les pays qu'il traverse, pour se trouver au moment de la -crise qu'il sait tonte proche en excellente posture. Beati possidentes !
(2) Sur les rapports de Napoléon avec les unitaires italiens en .1815, consulter A. Lumbroso, Miscellanea Napoleonica, série III-IV, Eome, Modes et Mendel, 1898. Préface, p. xvi, note 2 (très complet).
dans Tunification de la péninsule; comme François de Neufchâteau à Bastadt déclarait que la république unitaire est aussi contraire aux intérêts français qu'aux intérêts autrichiens (1), il repoussait dédaigneusement les offres que lui faisait Joachim dès 1813, touchant le partage de la péninsule suivant la ligne du Pô; aussi bien que Metternich il entend que l'Italie reste divisée. Le moment est favorable ; puisque la France et TÂutriche se sont toujours entendues aux dépens de l'Italie, c'est lorsqu'elles sont en hostilité latente, à la veille d'une guerre ouverte, qu'il faut tenter de les en expulser l'une et l'autre ; leur brouille assure leur défaite; elle présage le succès de l'entreprise nationale : Pepe, Ambrosio, Carascosa le répètent chaque jour à Joachim. Le roi cède peu à peu; il est vaincu par la force de leurs raisons. ^ Je sais que sa tête travaille beaucoup, ^crit en parlant de lui le comté de Mier, au lendemain du jour où Murât a écrit à Desvernois, le 9 mars; ...je sais qu'il a envoyé de tout côté des émissaires secrets . . • Cet événement au lieu de faire ajourner son voyage projeté pour les Marches parait l'avoir accéléré. Ses chevaux de selle et quelques épuipages de campagne sont partis lundi dernier pour les Marches... Son départ peut avoir lieu d'un moment à l'autre. Son humeur, ses propos annoncent qu'il a des projets en vue, mais que ses idées ne sont pas encore fixées et qu'il attend les premiers résultats de l'entreprise de Napoléon. S'il restait à Naples, entouré de la Reine et de quelques personnes sensées, qui, sans le flatter, ont le courage de lui dire la vérité, on pourrait compter qu'il ne sera pas entraîné à quelques fausses démarches; mais à
(1) Hûffer, Geschichte des Rastadt-Congress doc. L-LVI, p. 186.
— Eeumont, Federico Manfredini {Arch, Stor, ItaL, L. III ; XXVI,
267. — Meizi, Memorie, I, 460). — La Eéveillère-Lépeaux à Bonaparte: 11 octobre 1796 (Franchetti, DeUa Uniih italiana nell799.— Nuàva Antologia, 1890, p. 426427).
44 MUBAT ST LA QtTBSTIOH DE L'UKITÉ ITALIENNE EN 1815.
Ânc6ne, rendu à lui-méiBe, entouré de tètes échauffées, on ne peut répondre de rien ^ (1).
Hier ne se trompe pas; dés ce moment, la guerre est <{éci^e; Kejperg envoyé par le Congrès de Vienne, ne modifie pas les dispositions de la cour; les armements de Naples redoublent. Hier s*en plaint le 12 mars (2) et Galle répond le 14 en invoquant les aifakes de France. 11 savait sans doute que, la veille, le 13, les deux divisions des Marches (3) avaient reçu Tordre de resserrer leurs cantonnements et de se tenir prêtes à marcher au premier signal; le 17, il apprend officiellement à Tambassadeur autrichien que son maître a quitté Naples.
Le 17 mars, en effet, malgré sa femme qui, tremblant pour sa couronne, Ta deux fois retenu (4), Murât abandonne sa capi" taie; il se flatte d^étre soutenu par la France et par TÂngle* terre (5), et, séduit par ces ^ iêtes chaudes „ que redoute le mi" nistre autrichien, il court appeler Tltalie à Tindépendance et à Punité.