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re, un air commun, ne laissait pas d'avoir de l'instruction et une tournure d'esprit très-philosophique. Il comptait aussi d'anciens services et n'avait jamais voulu , quoique fort capable de mieux faire, s'employer à autre chose qu'à copier ce que rédigeaient les chefs. De toute la séance, il ne soufflait pas mot ; mais , en copiant, il lui échappait souvent un rire sardonique qui ne se ma-r nifestait que par une légère extension de l'angle de la lèvre ; puis il faisait sur sa pancarte une des croix que vous voyez-là. — Comment, mais toute cette première page est couverte de croix ?
— Sans doute; voyez la seconde. — ^ Encore des croix? — Tournez, et observez la troisième? — Toujours des croix ? — Voici le mot de l'énigme :
chaque page est consacrée à un minisr tère. Tant que durait celui-là ^ le vieij
expéditionnaire notait soigneasement, par une croix tracée sur la même page , la décision contradictoire qu'on donnait sur une même question. Le ministre venait-il à changer ? Il ouvrait aux contradictions un nouveau compte , et vous voyez qu'il en a tenu jusqu'à vingtquatre. Pendant vingt ans , cette manie des croix l'a fait passer dans le ministère pour un ga rçon extrêmement pieux .
Je crois qu'il l'était en effet ; mais son aptitude spéciale était de mettre le doigt sur les contradictions qu'il observait en silence avec une évidente satisfaction; la contradiction eût-elle été grosse comme une montagne , jamais le vieil expéditionnaire ne se serait avisé d'aller la signaler à l'auteur. Il riait ; voilà tout le prix qu'il retirait de sa sagacité.
Vous pouvez remarquer, dans les
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croix , quelques nuances qu'expriment la grosseur ou le délié du trait. Je crois qu il distinguait ainsi les grosses contradictions y des contradictions plus petites. Quand la croix est énorme , cela vous indique qu'on avait décidé le lendemain absolument le contraire de ce qu on avait décidé la veille. Cette pancarte donne une idée très-précise du mérite de chacun des ministres , dont vous voudriez bien que je vous fisse connaître les noms ! Vous ne les saurez pas. Qu'il vous suffise d'apprendre que celui pour lequel s'est emplie la 7*. page a été le plus capable : elle ne contient que cinq cents croix.
Je ne vous traduis de mes pancartea que les choses qui peuvent se dire ; eUes $ont bien plus élémentaires pour moi que pour tous les autres yeux; mais vous voyez avec .quel soin je les con-
serve : elles rempliront un jour leu rs hautes destinées. Souffrez que je les remette où je les ai prises, dans ce vaste carton que j'ai étiqueté : matériaux pour V histoire.
N\ XIII. — 12 octobre 1824.
À MADAME
Nouvelle espèce d^egoïsme. -—«Singulière tendresse. — Népotisme. — Il envahit les colonnes officielles du Moniteur. — Traita d'assurances mutuelles entre les parens. — Tontine de protection. — Tarif de ce que valent un gendre, un neveu, etc. — Engeance des cousins.— Ce qu'ils coûtent au budget. — Dupré de Suréne. — Dupré d'Asnières. — Duprrf d'Auteuil. — Dupré de Chaillot. — Histoire du frère administrateur et du frère purijcateur. — Ministre prévoyant. — Ministre à vue courte. — Je suis Ibomme de confiance de Son Excellence. — Et moi je suis son cousin. Serres les rangs. — Les trois frères d'Auvergne,
Je vous ai dit, dans ma dernière lettre, que nous nous mettrions trèsincessamment au travail , que nous
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emplirions les porte-feuilles , et qu'admis dans le cabinet du ministre, nous irions discuter des rapports et arracher des signatures; mais, dans l'intervalle d'une lettre à l'autre, une foule de souvenirsetd'observationsviennentassiéger ma mémoire, et me signaler de^ lacunes dans les notions générales que je vous ai données.
Il est impossible que je passe outre sans vous entretenir d^une nouvelle espèce d'égoïsme auquel ont donné naissance les mœurs administratives, égoïsme que les moralistes n'avaient point encore connu, et qu'ils n'ont pu caractériser.
Cette puissance d'intérêt personnel qui fait qu'en toutes choses on pense d'abord à soi , a trouvé à se développer au sein de l'administration. Le hasard ou la faveur vous ont-ils mis en possession d'un emploi? A peine vous avez
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signé deux fois les états d appointement , que vous jetez tendrement les yeux autour de vos parens pour voii* si quelque memlwre de la petite famille ne»pourrait pas être admis à prendre sa part du budget de 1 état. C'est en eflfet un moyen de 4oubler, de tripler le revenu que vous y prélevez. Le bugdet vous fait dix mille francs de rente, c'est fort joli; mais vous avez un frère qui est disponible; -qui, comme yous, est présentable, et ne recevrait pas avec moins de grâce dix mille francs de traitement.
Yous avez un père qui a occupé des emplois avant ou pendant la révolution ; un oncle , un cousin qui viennent souvent dîner chez vous, et vous calculez que ai le frère toudiait à votre exemple dix mille francs, le père mille écus, l'cHicle et le cousin quatre mille francs, vous exerceriez sur le budget un petit mouvement d'attraction éçal à vingt-
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sept mille livres de rente ; la piété filiale , l'amour fraternel , la tendresse avunculaire et la bienveillance cousinale, dissimulent à vos propres yeux ce qu'un pareil calcul peut avoir de vénal; dès lors tous les impôts, quelque lourde qu'ils soient, vous semblent justes : les rigueurs de la contribution foncière s'évanouissent devant l'enthousiasme de famille ; l'inhumanité des impots indirects et la barbarie de l'octroi vous semblent des mots vides de sens quand il s'agit des intérêts de votre vieux père , et de l'ami que la nature vous a donné.
Dans ce délire d'affection pour votre sang, vous vous mettez en campagne, et vous êtes sans repos jusqu'à ce que vous ayez classé tous vos bons parens dans quelque coin du budget.
Cette tendance des salariés à intercaler leur famille dans un chapitre des dépenses générales de l'état, ne pou-
vait, de nos jours, échapper à l'observateur. Elle méritait de recevoir une dénomination que l'usage a déjà popularisée, et a laquelle le Dictionnaire de l'Académie accordera un jour des lettres de naturalisation : on l'appelle Net potisme.
Le Moniteur vous a fourni d'illustres^ exemplesdece nouveau genred'égoïsme- Ses colonnes sontconstamment ouvertes aux invasions du népotisme auquel appartient la nomination d'un grand nombre d'emplois. L'usage a légitimé le droit d'usurpation de ce monstre, et nous pourrions compter ici des familles dont tous les membres, jusqu'aux arrièrepetits-cousins , portent en poche: des brevets qu'ils ne doivent qu'à la consanguinité ministérielle. Cette disposition des fonctionnaires à placer leurs parens , a déjà fondé, parmi nous , des aristocraties budgétaires , dont les ramifications
S étendent à toutes les parties de Tadmiuistratiqn. Le même nom de famille se pratique à la fois un vaste gîte dans les finances 9 dans la guerre, dans la marine , dans 1 église , dans le barreau et dans les préfectures. Je vous défie de spéculer , de vous battre, de naviguer, de plaider ou de prier , sans vous heurter k un même nom qui , se subdivisant en frères, en neveux et en cousins, propose la loi comme ministre, en soutient la discussion comme conseiller d'état, la discute et la vote comme député, l'amende comme pair de France , l'exécute comme directeur ou préfet, et n'en est responsable à aucun titre.
Ces conquêtes de la consanguinité pour lesquelles les pères, les oncles , les neveux et les gendres sont aujourd'hui autorisés à s'armer comme jadis on se levait en masse pour occuper la Terre Sainte, mériteraient bien d'être dispu-
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tées par un gouyernement vigilant. Bfen que je ne sois pas disposé à faire un usage immodéré de l'article de la Charte qui prononce mon admissibilité à tous les emplois 9 j éprouve une sorte de bienaise à me savoir cette aptitude , et pense comme Montaigne qui^ sachant de reste qu'il n irait jamais à Pékin, se serait cependant trouvé l'homme du monde le plus misérable , si une ordonnance royale lui avait interdit cette résidence. G>mment donc voir sans effroi une douzaine de familles, dont chacune , ayant à sa tête un chef armé de pied en cap , fait militairement la guerre aux places, manoeuvre dans les salons, tiraille dans les audiences, et bat en retraite dans les antichambres?
Vous ne sauriez croire avec quelle adresse et quelle ténacité l'aristocratie budgétaire s'attache à la poursuite des emplois. Dès qu'un chef de famille a
placé tous les siens dans Tadministra^ tion y on passe entre tous les parens uù tmité d'aàsurances mutuelles dont le^ conditions sont prévues et réglées d'avance comme celleade^nos compagnies contre l'incendie et les ravages de là grêle. Tous les membres de cette famille, épars dans les divers domaine»
de l'administration , conviennent des secours qu'il se prêteront selon la nature de leurs fonctions et le degré de la parenté. Il est arrêté que les petite cousins feront l'éloge des talens du chef de famille ; les cousins issus de germains prôneront son dévouement , et les oncles à la mode de Bretagne, sa probité et sa délicatesse.^ Celui-ci leur rend la monnaie de cet encens en lettres de recommandation et en demander d'avancement. Il est d'obligation que, dèis que l'un tombe, vite les autres volent à son secours et le relèvent. Sont-
ils trente ? il y en a toujours vingt-neuf qui tendent leurs cinquante -huit bras salariés au parent chancelant, et, bon gré malgré , le reportent en triomphe au poste d'où il était débusqué. Il se forme entre eux un contrat de faveurs réciproques, une sorte de tontine de protection. Le chef de famille , semblable au chêne de la for^t, projette au loin dans le terrain de l'administration ses nombreuses racines, et, s'il en est arraché, laisse encore sous le sol de vigoureux rejetons qui défieront la bêche de la destitution.
I^e népotisme, ainsi conY^rti en système , a disposé sies tarifs et réglé les degrés de ses droits aux revenus de l'état. Si vous fréquentiez les salpns du faubourg Saint-Germain, vous y apprendriez, à livres, sous et deniers, ce que valent un gendre , un neveu , un oncle et un grand-père ; mais ce qui
pullule par-dessus tout', c'est l'eDgeance des cousins : il y eu a aux douanes , aux tabacs, aux sels, à la loterie, dans les jeux et à la police. Les cousins s4ntroduisent partout; si j'étais ministre des finances, je n'oserais me faire rendre compte de ce que les cousins coûtent au budget.
Vous me disiez un jour , qu'égarée dans les bureaux, vous n'aviez entendu que ces mots articulés de cabinet en cabinet et de porte en porte : Mon frère I mon oncle ! mon neveu ! mon cousin ! et vous me demandiez l'explication de ce phénpmène. J'imagine que vous en apercevez maintenant la cause.
Ces invasions d'emplois par les memr bres d'une même famille ont produit un résultat comique , dont il nous est du moins permis de rire. Beaucoup de frères, portant le même nom, se sont fréquemment trouvés confondus, mêlés
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dans la notoriété d'hommages et d'honneurs qui escortent leurs places lucratives. Dans cette présence continuelle du même nom à tous les actes du pouvoir, à toutes les solennités et à toutes les récompenses, il arrive à la curiosité publique de commettre les plus grossiers quiproquo; de faire honneur au frère Paul du superbe discours du frère Philippe ; et au neveu Jérôme du prudent arrêté de l'oncle GarguilJe. Les familles budgétaires ont découvert un moyen de remettre l'ordre dans tout cela, et de s'a&anchir de cette communauté de biens et de maux : il consiste à ajouter un nom de village au nom souche de Emilie. Ainsi soit donnée la famille Dupré , dont un frère est directeur , l'autre secrétaire général, un troisième conseiller d'état , et un quatrième receveur des finances;; on a Dupré de Suréne, Dupré d'Asnières, Dupré d'Au-
teuil etDupré de Ghaillot. Voila comme, en administration , de bonnes têtes évitent le désordre ; c'est sans doute une de celks-là que M. tle Villèle aurait souhaitée à là direction des vivres de l'Espagne.
Mais les têtes qui portent panaches sont, comme vous le savez, sujettes à dés revers de fortune , et si les frères élevés aif pouvoir, partagent quelquefois les honneurs d'un quiproquo, il leur arrive souvent d'avoir à partager les périls de certaines méprises. Telle fut celle dont, en 1 81 5, se chargèrent mes tablettes. Deux frëres occupaient dans une même administration , l'un le poste de secrétaire , l'autre celui de directeur gé-« néral. Le secrétaire général était l'homr me modéré , conciliateur, qui jetait au feu les paquets de délations, proclamait hautement qu'on pouvait être bon employé sans dénoncer ses camarades, et
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fidèle sujet sans avoir été à Gand. Le directeur, au contraire, avait des cartons toujours ouverts, étiquetés des viçgtquatre lettres dfe Talphabet , pour recevoir et classer les notes anonymes. Il consultait ces impurs matériaux pour pratiquer des épurations et des purifications. Au nombre de ses victimes se trouva un brave et digne fonctionnaire qui pensa fort à tort que, dans une pareille confusion, le droit naturel per; mettait de se faire justice soi-même. Il arrive à Paris dans cette résolution; ignorant que , sous le toit de la même administration et sous le même nom , existassent à la fois un frère administrateur et un frère purificateur. C«st à ce dernier qu'il en voulait, et son ressentiment , dédaignant de s'armer d'une pétition , se pourvoit de ce mâle rejeton des forêts, avec lequel les cadis ont coutume de rendre la justice.Quatre
heures sonnent : le frère purificateur purifiait encore ; hélas ! et le frère administrateur quittait paisiblement les bureaux , s'applaudissant du bien qu'il venait de faire , lorsqu'il est abordé par mon malheureux purifié,qui, d'une main vigoureuse , acquitte sur ses épaules innocentes la dette de la vengeance, en s ecriant , à la manière d'Oreste : Tiens , tiens. y voilà le prix des épurations 1 Arrêtez! vous vous méprenez; je suis Dupré de ChaiUot. C'est mon frère qui purifie y c'est moi qui administre. Il n'était plus temps : le népotisme avait produit son effet.
Des ministres qui exercent envers leur famille l'industrie du népotisme , îes-uns , habiles lecteurs ai^ grand livre de l'avenir, prévoient les désastres d'une disgrâce; les autres, conîîans jusqu'à l'excès , ne jettent pas les yeux parw- delà le fauteuil où s'asseoit leur rotondité ;
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ceux-là placent leurs parens à lexté-rieur ; ceux-ci à Tintérieur. J'ai connu un ministre prévoyant , aujourd'hui disgracié, qui a placé les siens dans des postés où ils sont invulnérables : il donna à son frère une ambassade , à son gendre une recette générale , à son fils aîné une préfecture , à son fils cadet un consulat , à son neveu une recette d'arrondissement 5 à tous ses cousins des perceptions de commune , et à leurs femmes des bureaux de papier timbré. Tout cela est debout, tout cela administre encore, et gruge annuellement un petit million au grand râtelier du budget.
Un ministre à vue courte , qui ne voit pas plus loin que son nez, place au contraire tous ses parens autour de lui, il répartit entre ses frères et ses gendres les quatre directions qui sont sous sa main; il fait d'un fils aîné son secrétaire-général , et son secrétaire inti-
me du cadet qu'il faut former. Ses neveux sont nommés chefs de bureaux ; ses cousins deviennetit commis , et ses petits-cousins expéditionnaires. Rien n est plus mal entendu que ce népotisme de concentration. Les chambres sont convoquées ; il est démontré que le ministre a perdu la rnajorité; une ordonnance royale le lui prouve , il est congédié. Qu arrive-t-il ? Toute cette famille dont les membres étaient juchés les uns sur les autres', disparait du budget comme la décoration qu'enlève un coup de sifflet. On a vu un ministère semblable entièrement désorganisé par la retraite du ministre.
Un seul employé qui, pour faire valoir une ombre de consanguinité avec Son Excellence , aurait été obligé de remon.
ter jusqu'au père Adam , resta debout au milieu de tant de ruines. Le succès* seur tenta bien de le chicaner; on
commençait à lui trouver des airs de ressemblance avec le ministre déchu ; il parvint fort heureusement à justifier, par pièces, qu'il n était pas de la famille.
Il arrive souvent que le grand nombre des parens d'un ministre est hors de toute proportion avec les prévisions du budget. J'ai vu de ces cas extrêmes où la philosophie de Son Excellence était contrainte de donner à un parent éloigné la plus humble des positions.
En voici un exemple :
Tout était placé : les ascendans et les descendans en ligne directe, ceux des branches collatérales, soit du côté du mari , soit du côté de la femme , avaient obtenu des emplois. Un pourtant de ces derniers , qu'on ne soupçonnait guère , est tout à coup vomi par les Cévennes à Paris, où il descend, encore vêtu de l'habit de porteur de contrain-
te ; avec la longue habitude qu'il avait de s'établir en garnisaire , c'était un solliciteur tenace, et qu'une vague promesse n'aurait point satisfait. Il se réclame du titre de cousin ; à quoi Son Excellence répond qu'il lui sort des cousins de dessous terré ; qu'il ne pourrait décemment leur oflBrir des places de garçon de bureau, et que c'est pourtant tout ce qu'il a en ce moment. Le cousin, très-peu fier, prend le ministre au mot , et accepte. On lui fait sentir l'inconvenance de cette situation; il persiste; le brevet de garçon de bureau lui est délivré, mais on lui impose la dure condition de changer de nom , et de garder le plus profond silence sur la parenté ; il s'y soumet : trois mois s'écoulent, durant lesquels le cousin , religieusement discret, répond sous son nouveau nom à la sonnette d'un chef de division pétulant et capable, dont
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Son Excellenee faisait grand cas. Pourtant le mystère commençait à 1 étouffer ; il éprouvait de ce long silence une sorte de suflfocation, lorsqu'un jour il néglige de répondre aux tintemens réitérés delà sonnette. « Qu'est-ce donc que ce drôle-là ? dit le chef de division.
— Je ne suis point un drôle, Monsieur. — Vous êtes un drôle , et de plus un inscdent que je ferai mettre à la porte. — A la porte , moi? Non, non , réplique le garçon de bureau enflé de colère, et déjà hOTS de son rôle; vous n'avez pas ce pouvoir. — Maraud, je n'ai pas ce pouvoir ! apprends que je suis l'homme de confiance du ministre.
— Et moi. Monsieur (en frappant du pied), je suis son cousin ! » Cette réplique pétrifia l'imprudent chef de division, qui demeura long-temps immobile. Le cousin, revenu à lui-mênœ , le supplia , le conjura de garder le si^
fence ; mais l'homme de cour eut depuis ce moment, pour son garçon de bureau, des attentions et des égards qui ne tardèrent point à apprendre à tout le ministère le secret que chacun avait ignoré , et la bassesse dévoila ce que la vanité avait su taire.
Cette naakdie du népotisme qui tient tous les gros fonctionnaires est, <îomme toutes celles de l'administration, essentiellement contagieuse. Sa maligne influence gagne toutes les hiérarchies, descend jusque dans les derniers grades. Un chef de bureau destine à son'fils ou à son neveu une vacance espérée, oiï une fJlace à naître, La miême ambition s'empare du père de famille, sous-chef, ou employé.
Chacun traîne après soi, dès neuf heures du matin, d'imberbes administrateurs qui, furtivement introduits dans les bureaux , préludent au surnu-