‹ Mœurs administrativesChapitre 4 sur 16 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

qS treizième

mérariat et promettent à la circulaire des soutiens, aux règlemens des défenseurs. Dès que les décès , les réformes ou les destitutions ouvrent la file , vite un cousin s'y glisse. Là, comme le général au champ de bataille , le népotisme crie continuellement : Serrez les rarig^.

Vous dirai-je à queUe exagération un sous-dief, enhardi par l'exemple, osa pousser l'amour de la famille ? Il était de Sàint-Flour, franche Auvergne, et seul, de ses parens laboureurs, avait reçu cette éducation élémentaire dont s'accommodent les bureaux. Tous , lui exicepté, ne parlaient que ce lourd patois dontquelquefoissonteflBrayées vos oreilles quand un vigoureux porteur d'eau vient emplir vos foi^taines épuisées. Cet excellent sous-chef était estimé de son directeur : il retranchait de ses quatre mille francs de traitement une petite

.somme qu'il faisait régulièrement passer à ses quatre frères de Saint-Flour, Guillaume, François, Nicolas et Jérôme; deux cousins même, dont les noms m'échappent, levaient encore sur ce sacrifice annuel un petit impôt, et l'on buvait à la santé du bon frère de Paris. Un projet de loi passe qui ajoute au ministère une nouvelle branche de service; le directeur fait appeler» notre sous-chef. — Tai confiance en vous , lui dit-il , je. vous fais chef du bureau à créer, et vous charge de. faire choix , vous-même de vos employés. -

^Le croirez-vous ? Ce digne sous-chef qui , jusque-là , av^it été un exemple de naodération , poussé tout à coup par le démon du népotisme , conçoit le téméraire projet d'appeler à Pari§ ses quatre frères , ses deux <;ousins , et de les présenter au directeur. Il fera de Guiflaume, son sous -chef; François

ÎOO TREIZIÈME

sera le commis principal, Nicolas le second employé, Jérôme l'expéditionnaire, et les deux cousins passeront comme garçons de bureau. Aucun ne sait écrire ; mais il travaillera pour tous.

Le directeur pourra les faire appeler ; il se condamnera à être toujours là , et se présentera pour eux. Le directeur les questionnera , et ils ne parlent que le patois ; qu'importe : il leur prescrira de se taire , et répondra pour tous.

Une lettre part pour Saint - Flour ; elle porte aux quatre frères et aux deux cousins l'invitation de se rendre à Paris en toute hâte. Ils y arrivent dans l'épe^sseur du costume auvergnat, et glorieusement chargés de la cornemuse et de la vielle nationales. Le sous-chef leur développe, en patois, les destinées auxquelles ils sont appelés, et dérobe leur allure montagnarde sous une demi-douzaine d'habits noirs qui leur ont impro-

visé des tourni;ii»é.\adx^|nîstatrOTe5/. ^ présente ces figures rubicondes au directeur ; celui-ci en est satisfait et ne s etonne que légèrement de l'air de famille dont toutes sont empreintes. Les voilà installés et à la besogne ; elle était facile : pour occupation unique, les frères auvergnats avaient Tordre de feuilleter continuellement de gros registres.

Quelques séances se jyussent ainsi pendant lesqueUes notre ancien sous^ chef se multiplie , se porte aux points vulnérables, fait face à tout, répond à tout : il rédige pour Guillaume, il expédie pour Nicolas ; mais le ministre le fait demander , et le voilà forcé de laisser ses pauvres frères seuls et peut-être en butte à une visite du directeur. H entre en effet pour dicter un travail pressé.

Guillaume , qui ne comprend point, se met à feuilleter son registre avec une activité nouvelle. Le directeur s^adresse

102 ' • TRÎfrZlEME

4 .F^aîiçtrife./ d "Miciâas^/à Jérôme, et , impatienté de leur silence, les force enfin à éclater tous les quatre en phrases de pur patois auxquelles , à son tour, il ne peut rien entendre. C'est au milieu de ces cris que se présente Tex-sous-chef.

Terrifié d'une si prompte et si rude catastrophe^ honteux et confiis, il n'a d'autre ressource que d'avouer ingénument tout g^ qui s'est passé , et de se mettre à la discrétion de son directeur, qui était homme de sens. « Vous avez » fait une grande faute, lui dit-il; j) vous en porterez la peine. Ces mes- » sieurs ne sont point en état de tra- » vailler ; mais ils peuvent apprendre^ » Qu'une moitié de vos appointemens » soit employée à leur donner des maî- » très ; en six mois de temps ils doivent » certainement en savoir assez pour ad- )) ministrer. Jusque-là vous ferez seul )ï la besogne de tous et, après le sé-

» oiestre expiré, si vos frères ne sont » pas bons sous-chefs et bons employés, » je les renvoie à Saint^-Flour. » — Ces gaillards-là se mirent à l'ouvrage avec des cœurs d'Auvergnats. Notre chef tenait bureau le matin et, le soir, école d'enseignement mutuel. En moins de six mois , il fit de ses frères d'excellens administrateurs. On m'assure aujourT d'hui que tous quatre sont arrivés à de hauts emplois.

If*, xrv. -^ 30 octobre 1824. •

B898a>e99t89ee888 a 9a9ee# 6c e9Cftees8S9e99g88e9 6 eeee<

A MADAME

Minitlrequiarriir*. — On Ini demanci* de Ik veligron et dei^ placer. — De la morale et des indemnités. — Biographie de Son Excellence. — Scène d'une section du conseil d'ëtat. — Correspondance au crayon. — Quel est son entourage ? .— lïettoiement général.— Visite de Thôtel. — Le chef du bureau de Tintérieur. — Articles 6,7 et 8« — Point de speoialitë.— Pains à cacheter convertis en glaces.— Apprentissage d'une semaine — Le secrétaire-général mis k la porte. — Réception des 1>uveaux. — >* Éloquence ministérielle. — Certainement, Monseigneur. — Les revenaos.

J'apprends que^ dans plusieurs salons, on ne dédaigne pas de s'instruire et de s'égayer au petit cours d'adminis* tration que nous avons ouvert. Certains

administrateurs qui n'aiment point à rire verraient avec plaisir qu'on nous le fît fermer; mais b^ucoup d'administrés battent des mains à nos critiques légères : ils trouvent, lancés d'une main sûre, les traits que nous avons décoché»

à la paperasserie, à l'importance et au népotisme de quelques titulaires du budget. Laissons en paix aujourd'hui les directeurs et les secrétaires-généraux que nous avons trop Inquiétés i ne mé»

Ions pas d'amertume aux douceurs de cette fin de mois : au moment où j'écris, les huissiers et les garçons de bureaux traversent les corridors, portant à la signature les états d'appointemens.

Chacun taille sa plume pour y apposer son nom ; et les fouirons des ministères, réunis dans les cours de M. de ViUèle , plient déjà sous des milliers de sacs de mille francs qui vont aller tout à l'heure féconder la place Vendôme et

io6 quatorzième:

les bienheureuses rues des Capucines >

de Grenelle et de Varennes.

Je vous ai fait assister aux scènes larmoyantes qui se passent dans l'hôtel du ministre qu'une ordonnance vient de rendre aux loisirs de la vie civile. Rien de plus triste que les tableaux dont l'observateur trouve environné le ministre qui s^en va ; il n'en est pas au contraire de plus animés , de plus gais que ceux dont est entouré le ministre qui arrii^e. Essayons de les esquisser :

si j'en crois le bruit qui circule, ils auront le mérite de l'à-propos.

Le Moniteur vient de paraître qui confie à un autre homme d'état les rênes de l'administration générale. Tous les intérêts , toutes les ambitions interrogent l'avenir que leur prépare le nouveau maître. Durant toute la journée son nom voltige sur les lèvres des politiques des Tuileries, du Palais-RovaJ;

les salons du faubourg Saint-Germain lui demandent déjà de la religion et des places, de la morale et des indemnités; ceux de la Chaussée-d'Antin des projets de finances , des emprunts et des remboursemens. Les malle-postes de M. de Vaulchier vont répandre la nouvelle dans les départemens; elle atteindra, au milieu de la nuit , une foule d'autorités qui en consacreront le reste à rédiger des lettres de félicitation.

Le personnel de l'administration centrale , dans l'attente de son nouveau chef, ne fera plus rien pendant huit jours : les séances seront dépensées en pourparlers sur la personne du ministre ; c'est à qui fera sa biographie : chacun devient pour lui , depuis le suisse jusqu'au directeur, un petit Ghaudon ou un petit Michaud qui le prend à sa naissance , le met en nourrice, en pension , fait plus ou moins bien son édu^

Io8 QUATORZIÈME

cation , le lance dans les affaires, }o porte à la chambre des députés y à celle des pairs, et le pousse enfin au ministère que lui attribue l'ordonnance qui vient de paraître.

Ces biographies improvisées daclS Tépanchement du cabinet 9 dans les rencontres de corridors ou d'antichambres^ tantôt rembrunies, tantôt ornées par des craintes ou des espérances personnelles, offrent quelquefois des peintures vives et originales du nouveau ministre.

On l'examine aux époques suivantes :

Avant la révolution;

Pendant la révolution ;

Sous le consulat et l'empire;

En 1814;

Durant les cent jours;

Depuis les cent jours.

Rarement les panégyristes bureau* crates parviennent à faire passer la réputation de Son Excellence à travers^

LETTRE. log

cette demi-douzaine de terribles épreuves, sans j trouver une des larges taches dont les révolutions ont éclaboussé les habits brodés. Est-il brusque, est-il emporté , esUîl/éseur? Voilà des questions accoutumées. Beaucoup qui, à Texemple de Sosie, chantent quand ils ont peur, se vantent très-haut de connaître ou dWoir connu son oncle, son neveu , son cousin , sa marraine et jusqu'à sa nourrice. Fera-t-il une organisation ? se demande-t<^n de toutes parts.

Point de doute, réplique-t-on de tous cotés; et les quatre cents bureaucrates, désertant le ministère , se mettent en course à la recherche de recommandations et de protections.

Je tiens d'un conseiller dr'état le récit dune scène à laquelle il assista dans une circonstance semJilable : elle est bien propre à donner une idée de la

IIO QUATORZIEME

fièvre d'intrigue qui, dans ces momens, agite les esprits.

La scène se passait dans une section du conseil d'état attachée au ministère qui venait de s'ouvrir pour un nouvel élu. A ce comité , où l'on discutait un projet important laissé par le prédécesseur , étaient présens quatre conseillers d'état, le secrétaire-général maître des requêtes , et un secondmaître des requêtes fort ambitieux, fort remuant , qui était impatient de savoir par où il pourrait s'accrocher au char du nouveau ministre. Ce dernier maître des requêtes était un de ces fonctionnaires hermaphrodites , que d'illustres protecteurs couvrent de deux habits, afin de les employer militairement, civilement, judiciairement, etqui,conmie la chauve-souris de La Fontaine , peuvent, lorsqu'on les accuse d'être un petit animal rongeur , s'écrier : Je suis

oiseau, voyez mes ailes. Les quatre conseillers d'état délibéraient gravement ; mais l'un d'eux observa du coin de l'oeil les fréquens échanges d'une correspondance au crayon , qui s'était éta* blie entre le secrétaire-général et le maître des requêtes. On lève la séance à laquelle ces deux messieurs n'avaient pris aucune part. Mon conseiller d'état, resté seul et curieux de sa nature , s'empare de leur correspondance au crayon, et y lit ce qui suit :

Le maître des requêtes. — D. Quel bonmae est le nouveau ministre?

Le secrétaire-général. — R. Bon homme.

D. Quelle est son opinion ?

R. Il n'en a pas.

D. Ses habitudes?

R. Bourgeoises.

D. Son caractère?

R. Têtu.

tm QUATORZIEME

D. A- t-il quelque passion?

R. La paresse.

D. Ses talens?

R. Nuls.

D. Ses goûts«

R. Le tabac«

D. Quel est son entourage?

R. Je vous di^ai ça.

Le cligne conseiller- d état , qui a conservé cette correspondance au crayon comme un monument de nos mœurs administratives y est homme de sens, de modération, d'expérience, remarquable surtout par une vieille habitude des aflfaires , et un' tact délicat des convenances. (H ne fait plus partie du conseil d'état. ) Ce qui l'indignait dans ces questions, le croiriez -vous? c'était la dernière : Quel est son entourage ? Il conmientait avec indignation la bassesse et l'ignominie de cette expression entourage, échappée à un maître des

LETTRE^ t\3

requêtes^ H y trouvait le' cactet de l'esprit d'intrigue, un emprunt fait au dictionnaire de Ja valetaille, une intrépide résolution d'arriver, par toutes les voies, quelque impures qu'elles pussent être. Quand je yeux me donner de la satisfaction, je replace sur ce texte les loisirs de la retraite de mon vieux con^ seiller d'état*

• Voilà les soins dont sont occupés, sous mille formes, tous les ambitieux du royaume , à la nouvelle du changement de ministre.

Cependant le prédécesseur a fui avec mystère, redoutant jusqu'aux sifflets de ses commis. Le secrétaire-général, qui épie leseflSets du contre-coup, demeure encore. On attend demain le nouveau ministre, sa femme, ses enfans et ses laquais. Le chef du bureau de l'intérieur commande une escpuâde de balayeurs , ordonne un nettoiement gé-

Il4 QUATORZIÈME

néral dé l'hôtel, et préside, de sa personne, à cette épuration. Là, tout ce qui reste du prédécesseur et de sa famille, papier, plumes, almanachs, est impitoyablement trailé comme ordure. Le balai implacable destitue , réforme dans tous les coins et recoins des appartemens, sans demander de notes ni de renseignemens, comme ferait un Directeur. La pétulance du plumeau f l'activité de la brosse , chassent jusqu'auxdernières traces de la puissance déchue.

La porte même qui protège le craintif secrétaire - général , est ébranlée par l'impétuosité des balais, dont le choc épouvante ses oreilles ; il tremble qu'elle ne s'ouvre, et, dans une pareille extrémité, n'ose prévoir jusqu'où pourrait se porter le délire de la propreté.

Les murs , les plafonds , les parquets ont repris leur lustre ; l'hôtel est désinfecté. On attend le nouveau ministre.

LETTRE. Il5

Le pied de ses chevaux a fait étinceler le pavé de la cour; le chasseur vient d*abattre le marche -pied de la vaste berline; le ministre s'en élance, et est reçu par l'ancien secrétaire-général et le chef du bureau de l'intérieur qui sont à la portière. Ce sont eux qui l'accompagnent dans la visite de l'hôtel; quelque commode qu'il soit, rien ne va aux nécessités, aux habitudes de Son Excellence et de sa famille. Les papiers , les tenture^ ne conviendront pas au goût de la comtesse. Ce mobilier a vieilli, et il le faudrait renouveler. Cet instant est un triomphe pour le chef du bureau de l'intérieur ! Il tient à la main le chapitre du budget intitulé : Dépenses du service administratif du ministère. Ce chapitre s'élève à 6,085,000 fr., et se compo*se de huit articles. A toutes les demandes que forme Son Excellence , le chef du bureau de l'intérieur répond :

1X6 QUATORZIEMïT

Rien de plus facile : nous prendrons cela sur les articles 6, 7 et 8. — Mais dies glaces plus majestueuses ? — Articles 6 , 7 et 8. — Des tapis? — Articles 6,7 et 8. — Des garnitures de cheminées?

— Articles 6, 7 et 8. — ^Qu'est-ce donc que vos articles 6, 7 et 8?

Les voici :

Art. 6. Fournitures de bureau , papiers, registres, reliure, encre, cire et pains à cacheter. 250,000 fr.

Art. 7. Bois et lumières, chauffage , éclairage et frais .

extraordinaires d'illuminations. 1 35,000 fr.

Art. 8. Entretien et réparation du mobilier, et du bâtiment occupé par les bureaux du ministère. 60,000 fr .

Total... 445,000 fr.

Le ministre objecte que chacune de ces allocations doit recevoir sa destination. — Non, monseigneur; nous n'avons pas de spécialité, Dieu merci; cela ne nous laisserait pas le jeu nécessaire.

Il est bien plus commode de faire un bloc de ces 445,000 francs, pour en disposer selon les besoins et les circonstances. — Il faut cependant que les fournitures de bureau soient faites. — Votre Excellence sent bien qu'il faudrait faire une grande consommation de pains à cacheter pour dépenser 250,000 francs.

Or , nous sommes parfaitement libres de convertir les pains à cacheter en meubles , le chauffage en garnitures de cheminées, de changer la cire en tapis, et les illuminations extraordinaires en glaces majestueuses, pourvu qu'au bout du compte nous respections le chiffre sacramentel de 445,000 francs.

Voilà comme en' peu de jours l'hôtel ,

ttB QUA.TOUZIÈME

le mobilier et le lAinistre , tout est remis à neuf.

Celui-ci pourtant vient de prendre possession : il est installé , et s'occupe pendant vingt- quatre heures d'inventorier les richesses de sa colonie. Il né veut point en passer en revue les esclaves avant de savoir quelle est la nature des travaux auxquels ils sont condamnés. Une semaine est employée par Son Excellence à cet apprentissage quelle fait dans l'ombre et le mystère. Le secrétaire-général, qu'elle doit incessamment mettre à la porte , devient son précepteur; il est dans la nature de cet excellent fonctionnaire de vivre tx>ujours d'espérance ; c'est pour lui surtout qu'est cruellement exacte cette allégorie qui ï*eprésente la déesse conduisantl'homme au t;ombeau. Il se flatte qu'une petite direction ou une petite division sera le prix des leçons qu'il donnera à Son

Excellenceavecunzèlevraimenllouable.

11 lui apprend quelles sont les attributions des bureaux, les projets à naître, ceux qui sont en cours d'exécution ; il présente à sa signature les portefeuilles, lui fait connaître les noms, les capacités, les prétentions. Pendant cette semaine d'apprentissage, le ministre va, conduit a la lisière , par le secrétaire - général ; après quoi, il prend ses ébats et marche tout seul. Le premier usage qu'il fait de ses jambes est de chasser ce pauvre précepteur et de le remplacer par un secrétaire général qui, ordinairement , a été le compagnon de sa vie politique.

Alors l'heure a sonné de jouir des vanités de ce monde , et d'entendre résonner le titre de monseigneur. Son Excellence fixe le jour où elle recevra les bureaux. C'est le premier acte des fonctions du nouveau secrétaire-général qui prépare un ordre ainsi rédigé :

« Messieurs les directe«rs sont pre- » venus que Son Excellence les recevra , » ainsi cjue MM. leurs chefs et sous- » chefs de bureau, le à heu-

w res , etc. »

Cet ordre est porté dans toutes les pièces par des huissiers. Chaque directeur y ajoute l'invitation à MM. ses chefs et sous-chefs , de se réunir chez lui pour partir avec ordre et ensemble.

Eln un instant y quatre cents épaules^ accoutumées à cette cérémonie, ont endossé deux cents habits noirs. Le cortège se dirige vers Thôtel dont on encombre les antichambres ; dans sa mar-* che , des solliciteurs novices le prennent pour un convoi. Il y aura bien en effet quelques morts à la suite de cette présentation, qui n'est que le prélude de prochaines réformes.

C'est un spectacle curieux que de voir, dans^les antichambres, tout ce

persomiel des bureaux, attendant qu'un huissier appelle : La première direc^ tion !^La seconde direction ! Le moindre des membres de cette grave députation se persuade qu'il est un personnage important, une grosse molécule du pouvoir sur laquelle Son Excellence arrêtera ses regards : on ne ^'avisera pas de prendre la parole , mais on passe en revue la foule de questions probables q«e le ministre pourra faire, et l'on cherche à s'y tenir préparé, d'est à qui relèvera sa cravate, à qui prendra une attitude droite, une encolure pensante.

Les deux battans s'ouvrent pour admettre une direction dont les membres s'introduisent pressés, foulés, heurtés , à la manière des moutons. C'est bien à tort qu'ils s'inquiétaient des improvi sations à faire. Le ministre n'est pas moins embarrassé devant toutes ces figures bizarres , que toutes ces figures Tome II. 6

bizarres ne le sont devant lui. Soa £&«cellence essaie pourtant d eii^er qud^ ques phrases hortatoires où elle prend pour texte , et cela sans s'en doutai , le fameux nil actum reputans si quid su-^ peresset agendum ; à quoi le directeur, répondant pour tout le monde , réplique par un gros : Certainement ^^ Mon^ seigneur. Chacun se retire alors, comme il est arrivé^ disant place à une deu« xième direction, qui £siit elle-même place à une troisième et à une quatrième direction.

Tout cela est si vain , si essentielle* ment inutile; le ministre fait si peu d'attention aux pyhsionorafes (dont quelques-unes^ pourtant sont assee bsH roques pour mériter d'être exsmûnées ) , qu'on pourrait hardiment lui présenter à la place de tous ces employés , un ba« taillon d'infanterie vêtu de noir. U y aurait plus d'ensemble dans les manœu*

LETTRE, I23i

vtc» f et Son Excellence resterait égale* tùBtA persuadée qu'elle a vu ses chefs et sous^^eliefs.

Une vieâk expérience m'a appris un £ii€ qpiie je consignerai ici pour Tinstructiondes burea«icrates ; c'est que lorsque , dans ce» {^és«ntations , Son Excellence prend la peise d'affirmer qu'il n'y aura prâit de réibrmes , c'est mi signe certaiii qu'dk ne manq^iera pas d'en faire , ta»t ÏÏ y a de bonne foi et de sincérité dan^ les coeurs ministériels !

A cette petke comédie d'intérieur , sueeèdei^ àès signes d'un ordre plus élevé : le mmis^e reçoit les fonctionnaires et les agens extérieurs qui ap-* partiennent à son ministère. S'agit-il de Sa Grandeur le ministre de la justice -.

tous les remises et tous les fiacres y nris en réquisition et centralisés au palais de justice, emballent les cours royales 9 de cassation et de première

124 QUATOKZIEME

instance ; juges , huissiers , grefllers et procureurs du roi , couverts du bonnet carré, noircissent la place Vendôme, et la balayent de leurs longues robes. Le nouveau ministre est-il appelé à présider aux destinées de l'armée : les officiers de la garnison, ceux de la garde royale, de la gendarmerie, les députations des écoles polytechnique , du corps royal d'état-major , les ingénieur^ géographes et le corps mên^e des sapeurs-pompiers font, en grand upiforme, le siège des rues de GreneUe et de l'Université. Les félicitations s'adressentrcUes au ministre des finances : tout ce qu'il y a, à Paris, de receveurs-gér néraux, de payeurs, d'inspecteurs du trésor; les agens du domaine, de l'en^ registrement , des douanes , des tabacs, des sels, de la loterie et des droits-réuT nis, nombreux cortège représentait un milliard de revenu , envahit les ac.T

tETTRE* 125

eès des rues de Richelieu , barre le passage de la rue Neuve-des-Petits-ChampsJ, et se presse dans les antichambres de Son Excellence pour lui donner Tassu-* rance de la même activité dans les som*mations y de la même ardeur dans les contraintes, et du même dévouement dans l'emploi des garnisaires.

A l'aspect de cet immense personnel, brodé pai* devant , par derrière, et souvent sur toutes les coutures, une idée subite et spontanée vient ordinairement frapper le cerveau de Son Excellence :

c'est d'agiter ce personnel à son profit et dans ses intérêts. De si nombreux et de si brillans états-majors lui donnent de sa puissance une opinion exagérée , du haut de laquelle rien ne lui paraît im*^ possible. Avant de recevoir, elle était disposée à écouter, à apprendre , à administrer; a-t-elle reçu : elle dispose, elle ordonne , elle désorganise.

Cedt un bien beali moment pour le$ intrigans et pour les rêve-ereux, que l'arrivée d'un nouveau ministre! Il y a toujours à la suite d'un ministère une tourbe de solliciteurs que l'on peut ^ viser en deux classes : ceux qui deman^ dent des places, et ceux qui colportent des projets dont les uns doivent procui^r à Tétat des milliards sans imposer personne , les autres une formidable armée qui ne coûtera pas un sou. Quand un ministre a été en e;xercice pendant un certain temps , ses bureaux l'ont plus ou moins éclairé sur ces solliciteurs d'emplois, dontquelques*un$, toujours victimes apparentes des révolutions , ne sont en réalité que des fripons, des espions ou des r6pri^ de justice ; quelques autres des fous incurables, on d'intrépides ignorans qui prétendent je^ ter à trav^s l'administration une théorie à laquelle ne manquent que 1^ sens

comman et les moyens d'exécution.

L'ancien ministre a frappé juste sur ces malotrus et ces maniaques ; mais à l'arrivée de la nouvelle Excellence , ils repreiment force et vigueur , et reparaissent poussant des cris d'injustice et tendant des bras chargés de pétitions et de mémoires.

Ces gens-là que, pendant vingt ans, j'ai vus attachés à la poursuite de la même marotte, je les appelais les reve^ nans; et en effet ^ à peine un ministre venait-il de tomber , que JQ les voyais se repromener comme des ombres dans nos longs corridors. Leur réapparition m'a souvent appris plus tôt que le Moniteur la chute de Son Excellence.

Le nouveau ministre , trop pressé de mettre en jeu tous les ressorts qui sont à sa disposition , prête souvent l'oreille aux plaintes de ces intrigans et aux promesses de ces aliénés. Il est quel-

quefois assez mal inspiré pour accorder des places à ceux-ci, et demander des rapports sur \esfactum de ceux-4à. On trouverait dans les cartons de tous les ministères tel projet qui, présenté à rassemblée constituante, reproduit par son infatigable auteur à la convention , au directoire, au consulat, à l'empire, n'a cessé de harceler la restauration , a occupé, sous M. Decaze, de nombreuses commissions, forcé M. de ViUèle à nommer des comités d'examen , et obligera très - prochainement son successeur à convoquer le conseil d'état en assemblée générale.

n'. XV. — 13 novembre 182^.

C0e»8 a 9ae6Ce9<8ae C 8Cft9aC88 ft 8e89a98 88889 8 988989888»

A MADAME

La police. — Ce qu'elle est. — Ce qu'elle devrait être. — — Mécènes la dirigea à Rome. — De dos jours, il aurait donné sa de'mission. — L'œillet rouge. — Purificalioos espagnoles.-^Haine d*un prince français pour la police. —Traité de M. de La Mare.-^Livre à réimprimer. — Subdivision de la Bastille. — Présidence du tirage de la loterie. — Affaires mixtes. — Budget de la police. — Affaires secrètes des fa-^ jnilles. — Sylphes et gnomes. — Encans morts-nés et tUé&* très. — Sépultures et feux d'artifices. — Partie dramatique de la police; — Goutte d'huile.

Vous étiez loin de croire que chaque ministère renfermât un personnel aussi nombreux , aussi varié que celui dont je vous ai fait lenumération. Que direz^ vous donc quand vous apprendrez qu'in-

l3o QUINZIEME

dépeudamment de ces cadres si bien remplis , il n est pas de ministère , quelque petit qu'il soit , qui n'ait érigé en directions spéciales plusieurs branches de ses attributions. Chacune de ces directions forme seule un nouveau ministère où chaque administré est obligé de présenter sa supplique; elle n'arrivera à Son Excellence que lorsqu'elle aura franchi les obstacles que lui opposent les règlemens et les instructions inventés par trois ou quatre directeurs. Un ministre est ainsi enveloppé de plusieurs sous-ministères , que les réclamations sont contraintes à traverser pour pénétrer jusque dans son hôtel. C'est le Styx se repliant neuf fois sur lui-même autour du palais de Pluton.

Mon projet n'est pas de vous prendre par la main et de vous conduire dans ces directions spéciales. Vous n'y

LETTRE. ï3l

trouveriez probablement que la parodie des scènes où je vous ai fait assister.

Je veux aujourd'hui vous donner une idée de V administration de la police en ce qui ooncerne la capitale. Cest une des attributions du ministère de Tinté* rieur qui a long-temps mérité , à raison des développemens qu'on lui a donnés , de faire , à elle seule , département. Des temps meilleurs .ont permis de la resserrer dans des limites plus étroites dont notre liberté jalouse trouve encore la circonscription beaucoup trop étendue.

Le mot police , dans sa véritable acception 9 ne méritait pas les sentimens de mépris et le dégoût dont l'opinion l'a flétri : il vient du mot grec iroXt^ et signifie i^ille. I«es lois qui régissaient les grandes réunions d'hommes, et l'ordre à y établir pour la sûreté individuelle de tous, voilà ce que les

i^2 QUINZIEME

anciens entendaient "par police; c'était chez eux la science entière du gouver-»

nement. Chez nous c'est une branche d'administration toute spéciale qui s'est formée d'un horrible mélange de sur^ veillance politique et de mesures par-^ ticulières adaptées aux mouvemens variables des progrès du commerce, de l'industrie et de la civilisation.

Vous avez lu, surtout dans ces derniers temps , d'éloquentes diatribes coir tre la police. Ces catilinaires s'adressaient à la police politique y c'est-àdire à celle qui s'immisce dans les consciences et prétend surveiller les opinions par les mêmes moyens que les rues et les égoûts. Cette police-là est immorale , irréligieuse, attentatoire aux lois civiles et politiques ; mais la police qui se renferme dans l'action d'ordre et de vigilance qui lui est propre , est une bienveillante création

consacrée par l'iBxemple de tous les peuples civilisés. Cette sorte de police s établit dans les plus petites comme dans les plus grandes réunions. Elle est si utile , si nécessaire , qu elle s'organise d'elle-même pour l'état de famille, et s'improvise au profit des moindres associations. C'est ainsi qu'on se lève chez vous à sept heures du matin, qu'on y travaille jusqu'à quatre, que votre porte n'est ouverte que pour vos amis , que tout votre monde doit être rentré à minuit, et que, passé dix heures du soir, il est interdit à Dubois, votre domestique, de faire crier son violon dont les aigres sops incommoderaient vos voisi^; c'egt ainsi que , dans les banquets mén^e où Momus prend ses ébats , }a modération et la décence instituent soudainement un ' commissaire du repas, et un inspecteur de la chanson. Etendez, par

ï34 QUINZIÈME

la peasée , cette pat^nelle vigilanace, k une réunion de quarante millions d'àmes, ou, en particulier, à une ville qui en contient huit à neuf cent milieu appliquez-la aux mo&urs^ à la santé ^ arux vivre», à la tranquillité y à la propreté , aU'GonMnerce ^ aux domestiquas, aux manœuvres et aux pauvres y et vous vous formerez une juste idée de ce que doit être la police.

Gest à cette action salutaire qu'elle fot rair^née à Roime sous le règne d'Auguste : il isola la police de tout concours aux cboses politiques, judi<^ ciaiires ou civiles ; il la confia à un préfet de la ville auquel H adjoigmt des inspectëqpfs, curatores urina j qui veillaient uniquement k la sûreté et aux plaisirs des Rompons. Cette chaire, ainsi dégagée de déla^NXi et d'espion-^ nage des conscience , mérita d'être x^onfiée au gendre d^ Auguste, puis à

LETTRE. l35

Mécènes qui ^ de nos^ jocirs y aurait probablranait donué sa démiâsion ; mais, sons ce règne ^ les inspecteurs de la ville ne se fttssent point avisés de £iire un rapport sur les doctrines d'Horace et les opkiions de Virgile '. Auguste n'eût point attendu pom* letnr ouvrir les pOTtes de V Académie ; les circulaires d'un conunissaire du lit du Tibre et des cloaques.

Si je voulais vous montrer la policé violente, ennemie du repos des ci<^ tojens , et violatrice du secret des &«• miUes , je la pr oduiraôs à vos yeux , tdk qu'un parti tenta de la i^organiser en \ 81 5. S'il est permis (le se ressouvenir d'un trait comique lorsque la pensée est refoulée vers des époques si sont^ bres, je vous raconterais celui dont mon bumUe domicile fut un jour le tbéâtre.

C'était ma fête y et quelques amis m'a^* vaienC apporté, aivec un pot de j^smia

ï36 QUINZIEME

acheté à peu de frais sur le quai aux fleurs^ les éléméns d'un modeste repas qui fut joyeusement consommé. L'un d'eux se croyait poëte , et il fut décidé, ce jour-là , que la chanson qu'il m'avait faite, ajoutait une fleur à sa couronne anacréontique. A quelque distance delà le jasmin , oublia comme la chanson, fut relégué sur une des croisées de l'astrologique ermitage, d'où il menaçait la tête des passans, et, à ce titre, une police veillant pour leur sûreté eût peut-être ordonné de l'en exiler. Telle n'était pas la nature des soins qui l'occupaient. Un curator urbis y ou, si vous l'aimez mieux , un inspecteur des boues, entra chez moi en me déclarant que j'étais dénoncé comme ayant habituellement sur ma fenêtre un œillet rouge y et comme chantant à tue-tête des refrains séditieux. C'est à grand'peine que je me ressouvins de la Saint-

Jacques. J'ouvris ma croisée et produisis mou jasmin dont une fleur pâle tenait encore à la tige comme pour me servir de témoin. Quant à la chanson séditieuse je répétai à l'inspecteur, sans lui en épargner un seul, les dix couplets de l'amitié , me croyant assez puni par mes eflForts de mémoire et par ce second hommage forcément rendu à la ' poésie du cœur. Vous dirai-je que ma première destitution suivit de près cette visite inespérée? Est-ce à elle que ma reconnaissance doit adresser des actions de grâce?

Voilà des soins qui, aux jours detroubles et de persécutions politiques , chargent de nouveaux traits les mœurs des agens de police; mais la délation et l'espionnage transforment les mouchards en hommes d'état lorsque les gouvernemens , doutant de leur existence, arrivent à suspecter toute la

l38 QUINZIEME

population, el à livrer à ses sbires la conscience de la généralité deis citoyens.

Quelle ne dévient point leur affreuse importance, leur importance dans ïé^ tat, lorsqu'on le leur abandonne par une ordonnance qui prescrit publique-ment de dresser des listes d'hommes , et des listes de femmes? d'inscrire sur ces listes tous les individus qui méri* tent quelqu'une des notes suivantes :

Attaché au système constitutionnel;

Volontaire national de cavalerie ou d'infanterie;

Individu de compagnie ou bateillon sacré;

Réputé pour maçon;

CJonnu pour communero ;

Tenu pour libéral exalté ou ma-' dé ré;

Acquéreur de biens nationaux ;

Sécularisé.

Voyez-vous à quel prix seroi]it nai»,

LÊTTÏIÊ. i3g

par les gens de police , ces mots réputé , connu ou tenu pour ? Quel impôt ils mettront sur Yexcdtation ou la modération^ Combien de réaux distingue* ront les nuances délicates qui peuvent exister entre libéral et attaché au sj^ sterne constitutionnel , entre maçon et comrmmero ? Voilà leur commerce en pleine activité : fls négocieront avec le siurintendant-général de la police votre liberté , votre existence même; et, dans cet horrible trafic, ce sont vos ennemis qui, faisant office de courtiers, prélèveront, sur le prix stipulé, les droits arbitraires que fixeront la haine et la vengeance.

Qu'il est doux d'avoir à opposer à ce système d'universelle inquisition la noble et généreuse confiance d'un prince dont les actes pleins de sagesse et de magnanimité appelaient l'Espagne à de meilleures destinées l Nous tenons le

l4o QUINZIEME

fait suivant d'un officier supérieur, dont il se laissait souvent approcher à la fa-^ vem» de cet abandon , de cette familia-^ rite qui, à la guerre, effacent les plus grandes distances.

La police , lorsqu'elle borne son action aux soins qui la concernent, est utile partout ; il en faut une parmi les hom-?

mes armés que l'indiscipline rendrait plus dangereux que les autres citoyens :

^elle prend alors le nom de police militaire. Il la fallut établir à Madrid , lorsqu'une partie de l'armée française y tint garnison; mais tel est, dit-on , l'éloignement du prince, telle est son averr sion naturelle pour tout ce qui se rattacbe aux moyens et aux œuvres des surveillances secrètes, qu'il repoussait avec dégoût les projets d'organisation de police militaire que présentaient à son approbation les officiers-généraux.

Ils ne purent vaincre cette répulsion du

LETTKE l4l

prince, pour l'emploi même utile de»

voies ténébreuses de la police, qiien développant à sa loyauté et à sa fraijchise chevaleresques les impérieux argumens de la nécessité. Il s'en montra plus affligé que convaincu , et ne donna qu'à regret une approbation dont il s'appliquait à tempérer l'usage. Pendant toute la durée de son séjour à Madrid, il témoigna la même aversion pour les notes mystérieuses et les rapports secrets. C'était une témérité que 4 en hasarder devant lui une lecture, que sa royale confiance saisissait toutes les occasions d'interrompre ou d'abréger. Ne trouvez-vous pas là, pour la France, l'espoir de voir quelque jour la police réduite à sa plus simple expression, et le doux avenir d'une liberté illimitée de placer sur votre croisée de^ bataillons d'œillets blancs ou rouges ?

Mais à l'état de repos et de tranquil-

5 OU npus vivons , vous ne sauriez ^^

►ire quelles sommes sont consacrées f

t pratiques de la police; quelle est i

omensité, la variété de ses attribuns, le bizarre amalgame qu en a fait » :re les chefs, le caprice des organi- ^

ions de bureaux ; enfin combien d'in- *

?cteurs , de suppôts , d'exempts et /

rchers sont par elle mis en mouve- *,

int et lancés à travers la capitale pour onter , comme la renommée, ce qu'ils ent et ce qu'ils ne savent pas.

applaudissons- nous toutefois de la ision sage qui a séparé , pour la preère fois , de la police , la juridiction ile contentieuse. Cest à Louis XIV B nous devons d'avoir mis fin à cette rrible confusion de l'action civile et police qui avait affligé les règnes îcédens. Ce fut en 1667 que ce mo- :que créa deux offices de lieutenant prévôt de Paris, dont l'un fut qua-

dbyGoOg

Kfié (le conseiller cml de ce prévôt , et l'autre de lieutenant du mètne prévôt pour la police. Ce dernier office échut à ce même président de la Reynie , dont la mémoire n'aurait pas eu d'autre titre pour parvenir jusqu'à nous, si le»

boulevards n'avaient imaginé de le reproduire à nos yeux dans Cardillac ^ comme un personnage de mélodrame^ seul et digne hommage auquel puissent prétendre le» chefs de. la police moderne.

Oui, madame , c'est Louis XIV qui, le premier, a créé et mis au monde le lieutenant de police* Il n'est pas convenable que nos préfets aclbels ignorent cela , et je suis bien aise de corroborer de toute la force de c^souvenir l'ardent dévouement qu'ils professent pour la dynastie de nos anciens rois.

Je n'ai pas le dessein d'énumérer ici toutes les attributions des préfets de

l44 QUINZIÈME

police; elles sont innombrables et telles qu'elles ont mérité de faire la matière d'un savant Traité qu'on mettrait avec fruit dans les mains de MM. les quarante-huit commissaires des douze arrondissemens de la capitale. Le vieux livre de M * de la Mare est véritablement , de nos jours, digne de réimpression , et je m'étonne qu'un libraire spéculateur n'ait point encore imaginé d'en publier une édition. C'est une entreprise pour laquelle il aurait peut-être reçu une indemnité sur les 1 90,000 francs annuellement accordés comme encouragemens aux lettres , aux sciences et aux beauxarts. •

Cependant , vous vous formerez une juste idée de l'étendue des attributions delà police de Paris, en jetant un coup d'œil sur son organisation et les parts réservées à chacun de ses bureaux.

L'autorité du préfet de police s'étend

sur «tout le département de la Seine et sur les commanes de Samt-Qoud , Sèvpe$ et Meudoo ; il est xnembre des cimseâls des hospices et du Mont-de-Piété, et toutes les|arisoAs sont soumisefià son adminifitxdtion. Ces prisons sont désignées par une a0reuse variété de noms que Tariûtraire'et jb siéo^sité ont créés :

il y a maisan de dépôt, maison darr rét, maison de justice 9 maison de force y maison de correction, mai^n de détention et maison de répression. A cette longue énumération, ne croiraiton pas que la Bastille a subi la loi comxmme de la division des propriétés, et que c'^t le partage de son grand château qui a fourni les sept manoirs que je TÎ^ns de vous désigner?

Twtes ces prisoinis sont surveillées

par un conseil composé de pairs de

Fjnasce^^n quiJa philanthropie est une

vertu héréditaire. Ce conwil, qui court

Page 1