Tome II
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au-devant de toutes les mesures propres à adoucir les rigueurs de la captivité, rend compte y chaque mois, au ministre de l'intérieur, de l'état des divers établissemens et des améliorations qu'il pourrait être utile d'entreprendre ; mais les arrêtés du conseil sont exécutés par les soins du préfet de police et par les agens ordinaires de son administration.
Au nombr.e des attributions de ces magistrats , il en est une qui doit in* quiéter leurs sentimens religieux : ils président au tirage de la loterie. Voilà comme l'administration est quelquefois habile à donner une apparence honorable aux actes que réprouvent la morale et l'humanité. Un des apôtres de l'Évangile aurait dit : Ils président à la ruine des familles. Le tirage de la loterie ne manque point d'une certaine pompe, d'un certain luxe de formalités qui en font une cérémonie im*
posante; mdis derrière cet appareil , qui livre au dieu du hasard les destinées de cent mille pauvres familles , quels pleurs et quel désespoir! Le premier numéro que la fatale roue fait briller aux yeux de M. le préfet ravit à rindigence un pain vers lequel elle tendra des mains suppliantes; le second numéro qu'il proclame d'une voix élevée ne laissera à des milliers d'infortunés que la criminelle ressource du vol et du vagab(»idage; le troisième, trompant de derni^s espérances , armera contre eux-mêmes une multitude d'insensés, les poussera au suicide, et si les prisons sont un moment désertes , le prochain tirage se chargera de les recruter. La religion a de quoi pleurer sur ces tristes tableaux. Qu'un pré^ fet de police préside donc au titrage de la loterie , puisque cette présidence est dans ses attributions; mais qu'aux rap-
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ports que lui vienBeat faire ftss^âon^iKt ses mille ageos^ U ajoitiitie, par *paâéy uue coloime qu il iati^tidefa ; désastres cajusés parla k>term.. Uimf^ctioii journalière des &iibQurgSy deà marchés^ des halles ^ fournis^ de quoi la jr^^mpltr ; qu'il la Ifldsse ^node, vaste; qcie sa préyqyaïioe iti^»e y joâgw *uhe leuiUe de suj)^lémefit. , Jtà;, il rassemblera, à la fia de l'année , les élénae*s d'un méxaoke qui pour^ trouver sen^Ue k cceuf d'uj» -ministre; et les î^çewt de quelques députés 9 appuyas sur ce grand registre des infc»:*tunas popd^ res, nous délivreront peut-^é^i^ d^ quatre-vingt-dix percepteurs dont M. le préfet a la pl^ésidence.
Coizusae toutes le& administrations , lapolîpede Pacisra wxseortM^riatngénéml composé de trois :bu,rea»x. iehm^ de (Coté celui des archiva x>ù que^q^^ Dulanre futur trouv^ade quoiajowter
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de curieux vcdume& à rhistoii?e de Paris. Mai^ cQiïÈineut pasaer sous silence le premier bureait? Que ne nous estnl permis de nous j introduire clandestin^ëment en véritable Diable Boiteux ^ seulement pour quel<}ues heures ! Là , nous apprendrions ce qu'on entend par affaires mixt^ qui n'ont point de département fixe ; nous lirions à la dérobée le rapport ^néral sur les évàiemens qui inliressent la sûreté publique, et nous mieSurerions Timmensilé du éadre que la souplesse de ce» deux mots ouvrent aux rapporteurs; nous recevrions les déclarations faites directement h la préfecture de police et les prestations de sermens, si nous en avions le temps:. Nous examinerions le personnel de l'administration où nous serions peut-être fort surpris de rencontrer , accolés à certains emplois , bïJauQOup de noms de connaissance qui
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passent pour indépendans. Enfin ( et ceci ne serait pas le moins curieux) nous assisterions à la confection des baux et marchés, surtout à l'ouverture des soumissions cachetées de l'adjudication de la ferme des jeux, au nombre desquelles se trouverait peut-être celle d'un des plus riches banquiers de la capitale.
Mais ce que, sans nul doute, dévorerait notre curiosité, ce sont les comptes et les états de situation du deuxième bureau du secrétariat -général. Avec quelle avidité n'y chercherais-je point les noms attachés à la délivrance des ordonnances et mandats de paiement sur le trésor royal et sur la caisse municipale pour l'emploi des fonds géné- , raux et communaux aflFectés aux dépenses de l'administration? avec quel esprit d'investigation n'étudierais-je point la formation du compte annuel et celle
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du budget ! La ville publie ses comptes et son budget ; la police les garde secrets, et cela donne une terrible envie de voir son budget. J'en ferais bien un de fabtaisie ; mais je craindrais qu il ne fût au-dessous de la vérité. Ah ! qu'un budget de la police doit être curieux !
Après le secrétariat -général, nos moeurs administratives devraient ménager une vaste place aXix bureaux de la première division. Le premier de ces bureaux n'est pourtant point riche en attributions ; il a simplement la surveillance de la maison de refuge et de tout ce qui peut être relatif aux affaires secrètes des familles i mais il faut que vous sachiez que les bureaux les plus occupés ne sont pas ceux qui comptent le plus d'attributions; une seule donne quelquefois plus de travail que mille autres ensemble. Or, je ne sais pourquoi je m'imagine que le détail de
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tout ce qui est relatif dux affaires secrètes des familtes doit être imtneiise.
Quelle famiUe n% pas des affaires se^ crêtes ? Quels soins y quelles ruses ^ quels artifices ne £atut-il pas employer pit>ur SKurptendre ces secrets de famÛle ? Estce la misiion de simples agens qui , sbus des masques grossiers , parvenant à s'introduire dans votre intérieur , subtilise^ ront votre crédulité et ferontla conquête de votre confiance? Non, on les reconnaît à leur démarche éqmvoqi^ ^ et à leurs regards angulsâres, à leurs redingotes que le soleil et la pluie ont insultéesy à la canne de joiie que leurs main»
koateuses ont dépopularisée^ enfiaèr une allure générale qui imprime à toutes les épaules le cachet de la profession ^ et à laquelle les manières les plus ooUe»
ne sauraient échapper. Ce soin est-il réservé à votre portier qui reçoit avant vous vos visites et vos lettres , qui , peut-
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être^ cause mec ceUes-^i et décachette celle84à; ou à v0tre£smmede chambre qm lit vos réponses et , à traverg la porte , guette et recueille vos conversations ?
Cda ne se peut, car enfin on compte dans la capitale vingtrhuit mille maisons çt presq[ue vingt-huit mdlle portiers, environ soixante ou quatre-vingt mille domestiques , et la pensée , comme les forces ^ se refusent à la possibilité de recevoir et de lire cent mille rapports pour se tenir au Êiil de tout ce qui est relatif aux affaires secrètes des ^milles.
La police a apparemment ses sylphes et ses gnomes qui s'introduisent dans nos poches et dans nos goussets. Au moment où j'écris , je crois en apercevoir un qui, perché sur ma plume, prend à ma barbe copie de cette lettre qu'il aura fait connaître avant qu'elle ait vu le jour.
Dans cette première division , mon
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attention s'arrête sur la bizarre diversité des attributions du troisième bureau.
Il faut, sans contredit, à sa tête, un génie bien souple et d'une aptitude bien variée. J'y trouve l'exécution de lois relatives aux cultes; puis les tràvestissemens et les déguisemens ; les suicides et les chanteurs , les morts accidentelles et les baladins, les cimetières et les saltimbanques; viennent ensuite les enfans morts-nés et les théâtres , les sépultures particulières et les feux d'ar- ^ tifice ; enfin les inhumations et les maisons de jeux. Ces deux dernières attributions me semblent seules oflfrir quelque analogie. Nul assurément ne mérite mieux que le chef de ce bureau cette apostrophe du législateur du Parnasse :
Heureux quL sait d*une yoix légère
Passer du graye au doux , du plaisant au sévère.
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La deu^tième division est chargée des événemens funestes , des désastres et des grandes catastrophes de la capitale ; c'est la partie dramatique de la police* La méthode a prévalu de récompenser quelques hommes de lettres par des places de chef de division et de bureau ; c'est assurément par les auteurs bien pensans du boulevart, par ceux dont les conceptions mélodramatiques nous épouvantent périodiquement sur les scènes criminelles de l'Ambigu et de la Gaîté, aue je ferais diriger la deuxième division. Quelles inspirations ne puiseraient-ils pas dans les vols et les assassinats, les incendies à dessein prémédité, les empoisonnemens , les rixes , voies de fait et escroqueries ; dans les rogneurs et altérateurs de monnaies! Quelles situations pathétiques ne rencontreraientils pas parmi les furieux trouvés sur la voie publique , les évadés des prisons
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et les libérés des fisrs! Si ces Tietimes de galères laissaient stérife; k moisson dra^ matiqifê, ils trouveraient sans^ donte k glaner , à la sttite du deuxième bureau , dans lestran^remensdes prisonnifers, les. extractions et le départ des chaînes.
Il me resterait à vous faire parcourir les bureaux de la troisième division de la police; mais i^ craindriez-vous pas de risquer votre robe blanche à travers le balayage et le nettoiement des rtres?
Seriez -vous de force à tenir tête aux porteurs d'eau , aux ramoneuj^^ , aux charretiers , aux porte-faix et aux cochers de fiacre? Auriez-vous le courage de me suivre dans les amphithéâtres de dissections et dans les abattoirs, ayant pour monture les chevaux morveux ou autres quadrupèdes attaqués de maladies contagieuses ? Je vous en ferai grâce ainsi que de la Morgue, des halles et marchés , des vacheries, des porcheries ,
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et de beièiacoixf d autres détaik qui aont du 4oni»ne ^etd^sjS de la police.
Ce tAhan abrégé des Mi^ïimtiam d'une administraftictn qui doit être gérée dans l'intérêt d'un million d'individ»», suffit pour vous mettre à même de juger de la complication d'ordre et de surveillance à établir sur tous les points , et de l'énormité du personnel chargé d y concourir* Le mérite du chef consisterait à rendre inaperçue la puissance d'action qui est à sa disposition par l'emploi sage et modéré de ses moyens de répression et d'espionnage , et à faire en sorte qu îîs secondassent au lieu .de contraindre le mouvement général.
C'est probablement dans ce sens qu'un ministre de ce département s'est rendu grotesquement célèbre, en comparant la police à une goutte d'huile; heiBLUcoup de gens s'obstinèrent à chercher
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dans la comparaison une signification bien plus ordinaire, et à ne voir dans (îette goutte d'huile que la vertu d'imprimer, là où elle tombe, une vaste et large tache.
N\ XVI. — 27 novembre 1 824.
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