‹ Mœurs administrativesChapitre 8 sur 16 · JULIE · texte numérisé non relu

JULIE

Monseigneur , il a déchiré mon ta-

Wier, il ma donné .des coups de pied, et je lai mis en pénitence.

LE MINISTRE

Quelle pénitence ?

JULIïT.

Cinq minutes derrière le grand fau-^ teuil.

LE MINISTRE

Cinq minutes! un enfant de quatre ans! y pensez-vous? C'est barbare! (u4u directeur quinefaisaitplus attention ).

Baron, nêtes-vous pas de mon avis?

LE DIRECTEUR. (revenant avec son rapport).

Certainement, Monseigneur ; six prisonnement.

LE MINISTRE

Qui vous parle de cela ? C'est de la pénitence d'Ernest qu'il est question. .

{A Ernest). ADons, va-t'en, mon bon ami} va faire joujou : voilà un chocolat :

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et vous, Julie, se vous avises plus de le mettre en pénitence.- (/wàe sort avec Ernest. )

LE DIRECTEUR

Votre Excellence veut-elle , contre les douze prévenus , Temprisonnement de trois ou de six: mois ?

LE MiniSTRE (froidement).

Ni l'un ni l'autre : mettez un an.

{A lui-même). Ces maudits domestiques sont d'une brusquerie , d'une cruauté !.... Les femmes ne valent pas mieux que les hommes : elles n'ont pas la moindre sensibilité. — Cet autre rapport?

LE DIRECTEUR

C'est le travail des réformes que Votre Excellence a demandées.

LE MIIÏISTRE (Uillant).

Cgmbien m'en proposez-vous?

LE DIRECTEUR

Soixante.

LE MII7ISTRE (étendant les braf).

Ce qui fera une économie de.....

LE DIRECTEUR

État n\ 1 , 4 25,000 fr.; mais, État n*". 2 : les retraites y les traitemens tem-poraires, et les gratificatk)ns coûteront 1 50,000 fr.

LE MINISTRE

Que voulez-vous, mon cher ami! il faut paraître à la cbambre avec des réformes.

LE DIRECTEUR

Voilà quelques employés qui mériteraient des égards si Votre Excellence veut bien jeter les yeux sur la colonne d'observations.

LE MINISTRE ( regardant la peacUi!c ).

C'est que le temps se passe —

Oui, je vois bien : (Lisant). « Il fait

» vivre de ses appointemens. . . • , son

» père aveugle.»..., sa mère infirme, et » deux vieilles sœurs qui n'ont que lui » pour soutien.»

LE DIRECTEUR ( mo^raal du doigt ).

Et cet autre, surtout

LE MINISTRE (lisant et bâillant pluf fort).

« Quinze ans de service,... unefem-

» me, quatre enfans » (S'arrê-

tant y et regardant le baron ). C'est inconcevable ! tous ces malheureux -là ont des familles qui n'en finissent pas!

Ne trouvez-vous pas, baron, que la misère est prolifique? Par exemple, ne serait-il pas mieux que j'eusse cette colonie d'enfans, que votre monsieur à dix-huit c^nts fi:ancs? Eh bien! non :

je suis pair de France, et c'est tout au plus si j'ai un fils unique.

LA FEMME DU MINISTRE (entrant vivement par la porte dérobée ) .

Qu'est-ce que j'apprends donc , monsieur? Vous aviez pitomis de mettre Julie à la porte , la première fois qu'elle maltraiterait Ernest; l'occasion se présente et vous mollissez encore ?

LE MINISTRE

Ma bonne amie, tu t'emportes,

tu t'emportes Elle n'a point maltraité Ernest.

LA FEMME DU MINISTRE

Je ne sais pourquoi vous soutenez toujours cette créature-là. J'exige que vous la mettiez à la porte.

LE MINISTRE

A la porte! Y penses-tu? Est-ce

qu'on met comme cela à la p^te d'anciens serviteurs? Qqe diable! on y regarde à deux fois.

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