JULIE
Monseigneur , il a déchiré mon ta-
Wier, il ma donné .des coups de pied, et je lai mis en pénitence.
LE MINISTRE
Quelle pénitence ?
JULIïT.
Cinq minutes derrière le grand fau-^ teuil.
LE MINISTRE
Cinq minutes! un enfant de quatre ans! y pensez-vous? C'est barbare! (u4u directeur quinefaisaitplus attention ).
Baron, nêtes-vous pas de mon avis?
LE DIRECTEUR. (revenant avec son rapport).
Certainement, Monseigneur ; six prisonnement.
LE MINISTRE
Qui vous parle de cela ? C'est de la pénitence d'Ernest qu'il est question. .
{A Ernest). ADons, va-t'en, mon bon ami} va faire joujou : voilà un chocolat :
238 DIX-HUXTIEME
et vous, Julie, se vous avises plus de le mettre en pénitence.- (/wàe sort avec Ernest. )
LE DIRECTEUR
Votre Excellence veut-elle , contre les douze prévenus , Temprisonnement de trois ou de six: mois ?
LE MiniSTRE (froidement).
Ni l'un ni l'autre : mettez un an.
{A lui-même). Ces maudits domestiques sont d'une brusquerie , d'une cruauté !.... Les femmes ne valent pas mieux que les hommes : elles n'ont pas la moindre sensibilité. — Cet autre rapport?
LE DIRECTEUR
C'est le travail des réformes que Votre Excellence a demandées.
LE MIIÏISTRE (Uillant).
Cgmbien m'en proposez-vous?
LE DIRECTEUR
Soixante.
LE MII7ISTRE (étendant les braf).
Ce qui fera une économie de.....
LE DIRECTEUR
État n\ 1 , 4 25,000 fr.; mais, État n*". 2 : les retraites y les traitemens tem-poraires, et les gratificatk)ns coûteront 1 50,000 fr.
LE MINISTRE
Que voulez-vous, mon cher ami! il faut paraître à la cbambre avec des réformes.
LE DIRECTEUR
Voilà quelques employés qui mériteraient des égards si Votre Excellence veut bien jeter les yeux sur la colonne d'observations.
LE MINISTRE ( regardant la peacUi!c ).
C'est que le temps se passe —
Oui, je vois bien : (Lisant). « Il fait
» vivre de ses appointemens. . . • , son
» père aveugle.»..., sa mère infirme, et » deux vieilles sœurs qui n'ont que lui » pour soutien.»
LE DIRECTEUR ( mo^raal du doigt ).
Et cet autre, surtout
LE MINISTRE (lisant et bâillant pluf fort).
« Quinze ans de service,... unefem-
» me, quatre enfans » (S'arrê-
tant y et regardant le baron ). C'est inconcevable ! tous ces malheureux -là ont des familles qui n'en finissent pas!
Ne trouvez-vous pas, baron, que la misère est prolifique? Par exemple, ne serait-il pas mieux que j'eusse cette colonie d'enfans, que votre monsieur à dix-huit c^nts fi:ancs? Eh bien! non :
je suis pair de France, et c'est tout au plus si j'ai un fils unique.
LA FEMME DU MINISTRE (entrant vivement par la porte dérobée ) .
Qu'est-ce que j'apprends donc , monsieur? Vous aviez pitomis de mettre Julie à la porte , la première fois qu'elle maltraiterait Ernest; l'occasion se présente et vous mollissez encore ?
LE MINISTRE
Ma bonne amie, tu t'emportes,
tu t'emportes Elle n'a point maltraité Ernest.
LA FEMME DU MINISTRE
Je ne sais pourquoi vous soutenez toujours cette créature-là. J'exige que vous la mettiez à la porte.
LE MINISTRE
A la porte! Y penses-tu? Est-ce
qu'on met comme cela à la p^te d'anciens serviteurs? Qqe diable! on y regarde à deux fois.