Pardon
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puérilités. Peut être n'aura-t-il point réfléchi assez avant de sourire. Ainsi , ce singulier reproche : < « Vous avez l'infamie de porter une casquette que ne portait pas notre Seigneur Jésus-Christ , » tient précisément à ce qui donne aux mœurs orientales le plus de grandeur et de dignité. Dans ce pays de traditions antiques , rien n'a changé : les fils tiennent à honneur d'être vêtus comme leurs pères. Cette bizarre tyrannie de la mode, que les plus sérieux esprits sont obligés de subir chez nous , est là-bas chose complètement inconnue. Les habits , comme les usages, sont sous la protection de la religion, et tirent de cette loi auguste une gravité particulière. Ce qu'il y a de ridicule dans notre accoutrement a certainement été un des obstacles les plus puissants placés entre les mœurs arabes et l'influence européenne.
Laissant de côté les considérations générales sur la race chrétienne, je demandai au Chambi ce qui lui avait paru digne d'éloge en France , et voici ce que j'obtins de lui :
« Il y a dans votre pays un commandement sévère. Un homme peut y voyager jour et nuit sans inquiétude. Vos constructions sont belles , votre éclairage est admirable, vos voitures sont commodes, vos bateaux à fumée et vos chemins de feu n'ont rien qui leur soit comparable dans le monde. On trouve chez vous des aliments et des plaisirs
pour tous les âges et pour toutes les bourses. Vous avez une armée organisée comme des degrés, celui-ci au-dessus de celui-là. Aucune de vos villes ne manque de fantassins ; vos fantassins sont les remparts de votre pays. Votre cavalerie est mal montée, mais merveilleusement équipée. Le fer de vos soldats brille comme de l'argent. Vous avez de l'eau et des ponts en abondance. Vos cultures sont bien entendues ; vous en avez pour chaque saison. L'œil ne se lasse pas plus de voir vos légumes et vos fruits que votre sol ne se lasse de les fournir. Nous avons trouvé dans votre jardin du Bmjlic (le jardin des Plantes) , en animaux, en plantes et en arbres, ce dont nos anciens eux-mêmes n'avaient jamais entendu parler. Vous avez de quoi contenter l'univers entier en soie, en velours, en étoffes précieuses et en pierreries. Enfin, ce qui nous étonne le plus, c'est la promptitude avec laquelle vous savez ce qui se passe sur les points les plus éloignés. » Voilà assurément un bel éloge de notre civilisation. Il senîble que nous devrions exercer une grande action sur un peuple qui apprécie aussi vivement toutes les découvertes et toutes les ressources de notre esprit ; malheureusement , les Arabes mettent dans les jugements qu'ils portent sur eux-mêmes une intelligence aussi élevée que dans les jugements qu'ils portent sur nous. Ce ne sont pas des sauvages menant pai' la seule impul-
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sion de la nécessité et de riiahitiide une vie dont ils ne comprennent point la grandeur. Ce qu'il v a de charme profond , de saisissant attrait dans leur libre et périlleuse existence , ils le connaissent mieux que nous. Qu'on en juge par cette apologie de l'Afrique, dont le Clîaml)i- fit suivre son éloge de notre pays :
« Tandis que votre ciel est sans cesse brumeux, que votre soleil est celui d'un jour ou deux, point davantage , nous avons un soleil constant et un magnitique climat. Si, par hasard, le ciel vient fi s'ouvrir sur nous, un instant après il se referme, le beau temps reparaît, et la chaleur nous est rendue. Tandis que vous êtes fixés au sol par ces maisons que vous aimez et que nous détestons, tous les deux ou trois jours nous voyons un pays nouveau. Dans ces migrations, nous avons pour cortège la guerre , la chasse , les jeunes filles qui poussent des. cris de joie, les troupeaux de chamelles et de moutons, qui sont le bien de Dieu, se promenant sous nos regards, les juments suivies de leurs poulains qui bondissent autour de nous.
< Vous travaillez comme des malheureux, nous ne faisons rien. Notre vie est remplie par la prière, la guerre, l'amour, l'hospitaMté que nous donnons ou que nous recevons. Quant aux travaux grossiers de la terre, c'est l'œuvre des esclaves. Nos troupeaux, qui sont notre fortune, vivent sur
le domaine de Dieu ; nous n'avons besoin ni de piocher, ni de cultiver, ni de récolter, ni de dépiquer les grains. Quand nous le jugeons nécessaire, nous vendons des chameaux, des moutons, des chevaux ou de la laine ; puis nous achetons et les grains que réclame notre subsistance et les plus riches de ces marchandises que les chrétiens prennent tant de peine à fabriquer. Nos femmes , quand elles nous aiment, sellent elles-mêmes nos chevaux , et , quand nous montons à cheval , elles viennent nous dire, en nous présentant notre fusil : « monseigneur ! s'il plaît à Dieu , tu pars avec « le bien , tu reviendras avec le bien. »
« Notre pays , en printemps , en hiver , dans toutes les saisons , i-essemble à un lapis de fleurs d'oîi s'exhalent les plus douces odeurs. Nous avons des truffes et le danoum qui vaut les navets ; le drin nous fournit un aliment précieux. Nous chassons la gazelle , l'autruche , le lynx , le lièvre , le lapin , le dol , le rennrd , le chacal , le begeur-elouhach (l'antilope). Personne ne nous fait payer d'impôts ; aucun sultan ne nous commande.
« Chez vous , on donne l'hospitalité pour de l'argent. Chez nous, quand tu as dit : « Je suis un in- « vite de Dieu , » on te répond : « Rassasie ton « ventre , » et l'on se précipite pour te servir, »
Si la civilisation recevait des éloges tout à l'heure , voilà le désert qui est bien autrement
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exalté. Je désire que cette série de paroles , traduites avec une fidélité scrupuleuse, fasse réfléchir un peu les gens qui s'indignent de ce que la race européenne et la race indigène ne forment point déjà , en Algérie , un même peuple , gouverné par les mêmes lois.
Qu'on médite sur chacune de ces phrases, et l'on verra que le travail de notre conquête est tout simplement de réunir les éléments les plus opposés. Tandis que le génie de l'Europe est l'industrie, le génie de l'Orient est l'oisiveté. Tandis que l'esprit moderne poursuit la pensée chimérique peut-être des dominations pacifiques, l'esprit des temps anciens se conserve chez les populations primitives de l'Afrique , qui demeurent éprises de la guerre. Je ne désespère pas , certainement , du hut que nous nous proposons ; mais , pour atteindre ce but , même avec plus de rapidité et de sûreté, il est bon de ne cacher aucun des obstacles qui nous en séparent.
On trouvera que ce sont là peut-être de bien sérieuses considérations à propos des discours du (]hambi. Les gens qui n'aiment pas à faire peser sur leur esprit le poids des sérieuses pensées préféreront sans aucun doute à ce qui précède ce qui me reste encore à dire. Je conclus, d'après certaines de ces paroles, que mon visiteur était un moraliste , et il y a un chapitre que les moralistes
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(le tous les temps aiment particulièrement à traiter, c'est celui des femmes. Je n'eus pas à me repentir d'avoir mis le Cbambi sur cette matièi'e. Le philosophe de Ouergla mit dans son traité sur ce qui occupera toujours le plus les fous et les sages de tous les pays et de tous les temps une verve malicieuse digne de Rabelais et de Montaigne. Ce fut d'abord une suite de dictons. <• Chez vous et chez nous , dit-il , la ruse des femmes est sans pareille. »
Elles se ceinturent avec des vipères
Et s'épinglent avec des scorpions.
I>e marctié des femmes est comme celui des faucons;
Celui qui s'y rend doit se méfier d'elles :
Elles lui feront oublier ses travaux ,
Elles détruiront sa renommée,
Elles lui mangeront son bipn ,
Elles lui donneront une latte pour linceul.
Après ces dictons que je pourrais multipher, sorte de proverbes rimes où s'accouplent singulièrement le bon sens et la poésie , le Chambi nous fit un tableau complet de mœurs que je veux essayer de rendre. Ce qu'il y a de profondément original fera excuser ce qu'il y a peut-être d'un peu offensant pour certaines idées de notre civilisation et de notre pays.
« Chez nous, dit notre Arabe, les femmes aiment (ju'un homme soit toujours recherché dans ses vêlements, frappe bien la poudre, ait une main
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conlinuellenient ouverte , mène hardiment un cheval et sache garder un secret. Voilà qui regarde l'amant; quant à l'époux, il faut qu'il n'oublie pas un seul jour les devoirs du mariag:e ; sans cela , sa femme va trouver le cadi, et , du plus loin qu'elle l'aperçoit, elle se met à crier : « nioriseigneur , « il n'y a pas de honte quand on obéit à sa reli- « gion ; eh bien ! je viens au nom de ma religion « accuser mon mari. Ce n'est pas un houime, il ne « me regarde pas ; pourquoi rcsterais-je avec lui ? •>
«« Le cadi lui répond : « ma fille , de quoi te « plains-tu? Il te nourrit bien, il t'habille bien, tu « as tout ce que tu veux.
« — Non, monseigneur, reprend-elle, je ne suis « ni nourrie ni vêtue; s'il n'accomplit pas ce que « lui prescrit notre seigneur Mohammed, je veux « divorcer avec lui. »
" Le cadi alors s'écrie : « Tu as raison, la religion " des femmes, c'est l'amour. » Et presque toujours le divorce est prononcé. »
Beaucoup de gens s'en vont disant que les femmes sont malheureuses dans la société musulmane. Je n'ai pas posé cette question au Chainbi ; mais , si je lui avais dit : << Crois-tu que vos femmes voudraient vivre sous notre loi ? « il m'aurait répondu , j'en suis sûr : « Elles regretteraient l'autorité protectrice du cadi. »
J'étendrais sans fin un sujet dont le principal
iU LE TELL.
mérite doit être la brièveté, si je voulais rapporter ce que l'habitant du désert me débita encore d'obseiTations, de maximes, de poésies. Parmi l'amas de paroles et de pensées mêlées comme de capricieuses arabesques dans ce long entretien, je remarquai cependant une sentence en vers que je veux à toute force citer, car elle porte l'empreinte de cet orgueil , trait distinctif du caractère arabe , que ne peut méconnaître sans danger quiconque est appelé à traiter avec les populations musulmanes.
Souviens-toi qu'une once d'honneur Vaut mieux qu'un quintal d'or.
Ne te laisse prendre pour jouet par personne. Le pays où souffre ton orgueil , Quitte-le, quand ses murailles seraient bâlies avec des rubis.
L'auteur du Cid aurait aimé, je crois, cette poésie. N'est-elle pas empreinte d'une grandeur qui rappelle cette fierté que le sang castillan a tirée , sans aucun doute , des veines africaines ? Mon Cliambi allait devenir pour moi un Abencérage, quand je le congédiai en lui donnant un douro. L'Arabe qui a déjà tiré des leçons de Paris se montra tout entier alors. Il prit la pièce entre ses doigts, et, rélevant au-dessus de sa tète :
« Voici ton père, s'écria-t-il , le mien et celui de tout le monde. »
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Je raconte ce que j'ai entendu. Quant au soin de tirer des conclusions, je le laisse à ceux qui aiment à débrouiller l'énigme bizarre de l'esprit humain.
La Métidja , chant des Arabes sur la fertilité de cette plaine et sa dévastation en octobre 1839.
Aii\ portes d'Alger s'étend, sur un arc de cercle de trente lieues, du Chenoua (à l'ouest) au Corso (à l'est), une plaine qui sépare le Sahel de l'Atlas ; celte plaine est la Métidja, que les Arabes ont appefée la 31ére du pauvre.
En 1839, les tribus qui occupaient cette plaine en turent expulsées par la force des armes, lors de l'envabissenienl et de l'incendie de la Métidja par les kalifas d'Abd-el-Kader.
Le cbant populaire qui va suivre fut composé à cette occasion ; c'est l'adieu adressé avec larmes à cette Mère du pauvre, à cette ennemie de la faim.
Nous ne donnons pas le chant tout entier, nous faisons seulement un extrait des strophes qui se rai)i)oi'lent particulièicmenl à la fécondité de cette terre bénie de Dieu , au dire de ses anciens possess.'urs, et que quelques honnnes pourtant ont maudite.
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C'est un cloaque et non un jardin , c'esl l'empire où iègne la fièvre, a-t-on écrit; la fatalité nous y pousse, non pour y vivre, mais pour y végéter, bien mieux, pour y mourir ! Après les millions dépensés pour les dessèchements, viendront les niillions pour les plantations, et puis, en lin de compte, le sacrifice d'une génération entière.
A ces accusations vont répondre les stances désolées des malheureux exilés ; mais à l'appui de l'éloquence du désespoir vient aussi l'éloquence des chiffres : en 1822, nous devrions le savoir, la Mélidja approvisionnait Alger et nourrissait cent cinquante mille laboureurs; et nous ne comptons pas le surcroît périodique de population qu'amenaient à certaines époques les émigrations des Sahariens dans le Tell pour les achats de grains.
Ce chiffre de cent cinquante mille était réduit à quatre-vingt mille quand nous arrivâmes ; mais quelle était la cause de cette réduction ? Etait-ce la stérilité subite de la terre qui avait chassé le laboureur ? Était-ce la transformation de plaines arrosées en marais miasmatiques, en foyers de pestilence? Nullement : c'était le fisc épuisant des Turcs. Comme toujours, l'œuvre de Dieu fût restée bientaisante et nourricière , si l'homme ne l'avait desséchée et tarie. Aux impôts on avait ajouté les impôts, et les plus pauvivs des enfants de celte ennemie de la faim avaient gagné la montagne : le blé
y est plus rare, mais celui qui l'a semé peut du moins en nourrir sa fomille.
Certes , ce n'est pas à une plaine fétide , ce n'est pas à des marais Pontins qu'on adresse en partant ces plaintes et ces lamentations, ce dulcia linquimus arva.
Déjà d'ailleurs, la vraisemblance de la tradition arabe sur le chiffre de la population et sur la fertilité de la terre est confirmée par des faits actuels; plusieurs de nos clablissemcnts, en tète desquels je placerai Boufarik, Beni-Mered, l'Arba des Beni- Moussa, Rovigo, le Fondouch si décrié naguère, le village du Fort- de-l'eau , et dix autres que je pourrais nommer, tous ces centres, maintenant prospères, protestent contre les accusations des ennemis de la colonie. Peut-être un jour aussi la poésie du nouveau peuple viendra-t-elle continuer la poésie des habitants primilifs, et à l'élégie arabe répondra l'égiogue d'un poète français qui prendra pour épigraphe : Deus nobls hsec otia fecit.
LA MÉTIDJA.
Je commence celte histoire ; vous qui comprenez, à moi! ' Que n'est-il pas arrivé dans ce monde
Et dans cette vilaine époque?
vous qui comprenez, à moi !
Les révolutions ont augmenté ;
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Le trouble a précédé la misère, Et puis ils se sont mêlés.
Des malheurs de la Mélidja , La nouvelle est venue vite :
Mer débordant avec ses flots Et se noyant dans elle-même.
Lorsque les signes en ont paru • « Déménagez, partez, Nous criait- on de tous côtés ; Peut-être respirerez-vous. »
Nous ne pouvons nous en aller,
Nous ne pouvons quitter notre pays;
Ses biens, nous ne les trouverons nulle part,
Ils nous rendaient prospères.
La Métidja commence à bourdonner ; Les goums ne font qu'y voltiger ; La raz:iia paraît dans la soirée, Et tout le monde fuit avec ses biens.
La poudre parle, les femmes gémissent,
Les chevaux piétinent, les enfants pleurent,
L'incendie détruit, consume ,
Et la fumée fait vers le ciel des vêtements.
Les créatures ont beau se plaindre.
Leur rempart n'est plus qu'une ruine;
L'amilié est sortie du cœur
Et les frères même ont dû se séparer.
Où es-tu, belle Métidja, ïoi qu'on nommait la mère du pauvre ?
Tes troupeaux se comparaient à des degrés On les voyait défiler vers le soir, 114 i
Tes moutons étaient nombreux, Ils faisaient des bêtes de choix ; On n'en voyait point de maigres :
Ils étaient tous bien portants.
Tes vaches bramaient
En folâtrant dans les prairies ;
Elles paissaient aussi dans les sentiers
Et revenaient toujours en paix.
Oui, leur vue plaisait , Quand leur lait tombait; Pour qui venait les voir .
(Vêtait une bénédiction.
Diin-; les montagnes nous les avons traînées,
Ce n'était pas là leur étable :
Nous les avons vues mettre bas ,
Leurs mamelles s'enfler et leurs petits mourir.
Nos fermes étaient pourvues de tout,
Nous avions même du superflu ,
Nos cœurs s'amollissaient
De ces biens abondants.
Mais chassons ces souvenirs!
Notre pays , ne l'avons-nous pas quitté, Poursuivis par des Arabes de trahison, Qui sont la cause de nos chagrins?
Nous n'avions fait de tort à personne; On s'est mis à nous rendre nus.
Où es-tu, la chérie du malheureux?
On préférait ton séjour à celui des villes les plus belles. . J
Tes biens coulaient comme des rivières, ■
Et ton orgueil consistait
A nourrir qui avait faim. ,
LA MÉTIDJA. 131
Tous ceux dont l'esprit était dans la peine Et tous ceux que la misère forçait à la nudité, Tous t'ont habitée avec bonheur.
On vantait ta clémence, ta douceur ; Ta sécurité datait des temps anciens.
Un an chez toi, et l'on était rassasié.
Ah! quand j'y pense, mes pleurs coulent Et forment un voile à mes paupières.
Où es-tu , célèbre Métidja?
Toi qui redressais les choses tortueuses Et qui contenais de si beaux troupeaux.
Tes biens sont devenus peu nombreux.
Où sont tes chevaux blancs Habitués aux exercices?
Leurs bouches étaient tendres Et leur vue réjouissait le cœur.
Où sont tes chevaux gris?
Leurs hennissements s'entendaient au loin ; Le bruit de leurs étriers faisait tressaillir ; Dans leurs foulées ils se dépassaient.
Où sont tes chevaux verts Comme une eau qui tombe en cascade ?
Leurs tresses étaient ondoyantes ; Les riches seuls les montaient.
Où sont tes chevaux rouges Réputés pour leur vitesse?
Celui qui savait les faire courir Semblait voler comme l'épervier.
Où sont tes chevaux noirs ?
C'était la nuit sans lune et sans étoiles.
Chez toi les juments réussissaient Et les mules devenaient belles.
Où sont aussi tes chameaux robustes, Qui pouvaient porter les fardeaux?
Nous nous reposions sur tes richesses :
Le temps nous a trahis , Et les Arabes nous ont tout pris.
Ils nous accusaient, dans leurs ruses , D'avoir fréquenté les chrétiens; Ils se disaient, eux , guerriers de l'Islamisme, Et dépouillaient des musulmans !
Ils ne nous ont rien la'ssé!
Patience! ils rendront ce qu'ils ont mangé.
Dieu les rencontrera un jour ;
lisse lèveront à leur tour misérables.
Où es-tu , charmante Métidja ,
Toi la meilleure des plaines?
De la mer allez à la Medjana,
Vantez-nous Fas et Baghdad ,
Citez même la Syrie fertile;
Suivant nous elle est préférable.
Celui qui l'habitait , ou y passait ,
Voyait augmenter ses richesses ;
(rétait un véritable paradis ;
On n'y connaissait plus le chagrin ;
On y trouvait un commandement sévère ,
Et le vol en était banni.
vous qui mettez du noir à vos yeux ,
Avez-vous remarqué qu'elle est tendre comme une
Qui tend son sein à ses enfants? [mère
Ils teltent et savourent le bon goût ;
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Elle s'attendrit pour eux dans son foie Et , sennblables à une pluie d"liiver, Ses trésors coulent en averses.
Mezeghenna ' n'était belle que p:irelle,
Elle-y ôtait la gène et la misère.
De son côté , Alger nous était prospère :
Chaque jour nous nous y rendions en trottant .
Et chaque jour nous y portions nos produits ;
Les uns allaient, les autres revenaient ,
On y courait de loin , de près ,
Et notre heure était bien belle alors:
Nous étions bien velus et glorifiant Dieu!
Oui , les gens de la Métidja
Étaient accomplis en toules choses :
Ils aimaient la musique ,
Ils aimaient la vérité ,
Ils aimaient les grandeurs.
Dans ces temps fortunés,
Nous ne parlions que de noces
Et ne pensions qu'à comnierct r.
Nous cultivions nos terres ;
On nous voyait dans les cafés.
Et nous aimions les chansons.
Ne dites pas que j'ai menti ;
Ce qui précède est une chose sûre.
Mais le temps a fait banqueroute:
Les misères se sont accumulées,
Et la Métidja n'est plus qu'un champ de mort
Qui attend le jour de la résurrection !