Il a accepté : Kebel, Kabyle. Voy. page
Les Zouaouas.
Nous voici parvenus au but que nous nous étions proposé. Peindre l'état de la société kabyle , suivre ses phases historiques depuis l'arrivée des Français en Algérie jusqu'aux jours oîi nous sommes , telle était notre tâche; et, si imparfaite qu'en soit l'exécution, nous devons la considérer comme finie. Pouvons-nous cependant borner là cet essai? L'étude attentive du passé n'entraîne-t-elle pas impérieusement après elle quelques réflexions sur l'avenir ?
Notre conquête de la Grande-Kabylie n'est ni absolument complète ni encore tout à fait inébranlable.
Nos armes n'ont point encore pesé sur les Zouaouas , non plus sur une confédération voisine qui s'étend jusqu'au bord de la mer ; toute cette région reste insoumise et ignorée. D'autres points nous sont seulement inconnus; mais leur situation retirée les désignant comme des foyers
naturels de révolte, il est bon de s'accoutumer à l'idée d'opérer contre eux. Nous nous efforcerons de donner ici sur les Zouaouas ious les renseignements propres à en faciliter au besoin l'attaque.
D'une autre part, s'il est vrai de dire que l'ensemble de la Kabylie nous appartient dès à présent, ne doit-on pas ajouter aussi qu'elle sera prospère ou misérable , se complaira dans une soumission paisible ou nous fatiguera de ses révoltes incessantes, selon les principes de gouvernement dont nous lui ferons l'application? Quelques avis d'hommes pratiques sur celte matière délicate ne manqueraient donc pas d'utilité.
Le pays des Zouaouas embrasse la portion la plus haute , la plus aride des montagnes. Les terres cultivables y sont très-rares : on les travaille à la pioche, et il s'en faut de beaucoup qu'elles fournissent le grain nécessaire à l'alimentation des habitants. Ceux-ci mêmes les consacrent de préférence au jardinage; ils en tirent des artichauts, des lentilles, des fèves, des pois, des haricots, des navets, du poivre rouge ; ils ont aussi des plantations de lin et de tabac; ils ent;etiennent des ruches à miel. Les fruits ne manquent pas : on trouve des caroubes, des olives, des ligues, du raisin, des grenades, des coings, des abricots, des pêches, des poires et des pommes. Le gland doux abonde surtout : il est un des principaux élénients de la nourriture des
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Zouaouas, qui le mangent grillé ou en font une espèce de kouskoussou par le mélange de sa farine avec celle de l'orge.
La chasse leur vient en aide , surtout à certaines époques. Ils se sirvent de petit plomb qu'ils fabriquent ou qu'ils nous achètent, ou bien ils remplacent le plomb par du gravier fin ; ils poursuivent le lièvre, le lapin, la perdrix, la caille, la colombe, le pigeon, la grive, l'étourneau. S'ils diffèrent en cela des Arabes , qui ne font ces chasses qu'au piège , comme eux ils sont accoutumés à tiaquer la grosse bète. Le lion est très-rare dans le pays, parce que la grande population est nombreuse : la panthère y est plus répandue. On la détiuit souvent au moyen d'une espèce de machine infernale, composée de plusieurs fusils dont les canons entre-croisés abritent un morceau de viande correspondant à leurs batteries par des fils propres à en déterminer le jeu. L'animal, se plaçant en face pour tirer sa proie, produit lui-même l'explosion qui le tue.
Les montagnes des Zouaouas renferment en outre beaucoup d'hyènes, de sangliers, de chacals, de renards et de hérissons ; le singe y est particulièrement répandu en quantité prodigieuse, et y exerce des dégâts notables. Des troupes de singes, en quelque sorte disciplinées, détachant à distance des sentinelles qui les avertissent du danger, viennent
s'abattre à l'improviste sur les jardins et les dépouillent , à moins que , surprises à leur tour, elles n'y soient égorgées en masse.
Toutefois, les ressources en fruits, en légumes, en produits de chasse, seraient loin de suffire aux besoins de la population ; mais elle cultive en outre l'industrie , dont elle a grand besoin pour vivre.
Les Zouaouas fabriquent de la poudre , des bois et des batteries de fusil (mais non pas les canons), des pioches, des haches, des socs de charrue, des faucilles, des mors; ils confectionnent des habayas (chemises en laine), des burnous, des cliachias blanches, des cardes pour la laine, des chapeaux de paille, des nattes, des paniers {kouffa), des cordes en laine, en paille, en palmier nain, en poil de chèvre ou de chameau, des sacs en cuir, des peaux de bouc, des bâts de mulets. Leurs ouvriers en bois livrent des portes, des coffres, des plats d'une seule rondelle , des sabots , de grandes plaques en chêne-liége pour couvrir les maisons. On trouve encore chez eux des tanneurs , des teinturiers, des maçons, des tuiliers, des potiers et même des cordonniers. La plupart de tous leurs produits se vendent au dehors. Deux industries dominent toutes les précédentes par leur extension : la fabrication de l'huile au moyen de pressoirs grossiers , et celle de la fausse monnaie , que nous avons fait connaître en détail. On cite aussi quel-
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ques fractions de tribus, fort peu considérées par ce motif, dont la seule industrie consiste à fournir des musiciens dans toute l'Algérie. Leurs instruments sont : deux sortes de flûtes; l'une ayant quelque analogie avec la clarinette, l'autre faite avec un roseau et d'une dimension très -courte; ensuite plusieurs espèces de tambours : le rfew/", qui est le plus petit de tous; le derbouka, où la peau est tendue sur un vase en terre cuite; puis un troisième, qui ressemble beaucoup à notre tambour de basque.
Mais de tous les moyens qu'emploient les Zouaouas pom' lutter contre la misère de leur pays natal, le plus commun, comme le plus infaillible, est l'émigration temporaire. Ils sont les Auvergnats de la grande Kabylie. Leurs pérégrinations s'exercent même sur une échelle plus étendue que celles de nos besoigneux montagnards. En effet, non-seulement on les voit, en tournée lointaine, s'engager comme domestiques , comme maçons , comme moissonneurs ou comme soldats , amasser un petit pécule et revenir alors au pays pour s'y marier; non-seulement chaque famille compte presque toujours un de ses fds en excursion prolongée de ce genre; mais encore beaucoup d'autres exercent, à proprement parler, le métier de colporteurs entre la montagne et la plaine. Ils partent avec un chargement d'épicerie {atria) et quelques articles
de loilelte , de verroterie ; par exemple , ils emportent du piment, du poivre rouge el noir, du henné pour teindre les ongles , du musc , du fil et des aiguilles, des couteaux, des ciseaux, du sulfure d'antimoine, du soufre, etc. Ils brocantent ces articles de marchés en marchés ai'ahes , et finissent par rentrer chez eux après les avoir transformés en laine, en ânes, en bœufs et en argent.
Il règne au pays des Zouaouas une multitude de dissensions politiques. On s'attendrait facilement à ce qu'il en fût ainsi de tribus à tribus , ou de fractions à au'rcs ; mais quelquefois ces germes d'implacable hostili'é subsistent dans l'intérieur d'un même village. Il n'est pas rare alors de voir bâtir un mur qui le sépare en deux parfies, de voir s'élever des tours d'où chacun observe les mouvements de son ennemi , et peut saisir, pour lui faire du mal , l'instant où ses troupeaux vont paître, où l'on fait la provision d'eau , etc.
Les Zouaouas ne sauraient rester longtemps encore en dehors de notre autorité . il faudra que, bon gré mal gré, ces intrépides montagnards courbent la tête devant la puissance de nos baïonnelles. Or, les Zouaouas soumis, on peut considérer la Kabylie comme conquise; on peut l'affirmer, aujourd'hui que presque toute la contrée nous est connue. A part quelques mois rigoureux , nos colonnes sont en état d'opérer dans ces montagnes
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en lonle saison ; elles y rencontreront toujours de beaux villaires qui ne peuvent nous fuir comme des camps arabes, le matériel, les produits industriels, les jardins et les arbres; au printemps, elles y trouveront de plus les vallées garnies à perte de vue d'abondantes récoltes. Une région si vulnérable n'est qu'à vingt lieues d'Alger; nous l'abordons eu outre directement par ses quatre angles : Dellys, Bougie, Sétif, Aumale ; ne sommes-nous pas en droit de dire qu'elle est dans notre main ?
La conquête achevée, que devienrlra la Kabylie?
La consolidation de notre œuvre dépendra évidennnent de l'organisation administrative donnée au peuple vaincu; la meilleure sera celle qui tiendra compte des instincts nationaux.
Maintien des formes républicaines de la tribu , délégation de l'exercice du pouvoir à ses aminés, à ses marabouts ; emploi judicieux des soffs et des grandes familles qui les dominent pour appuyer notre centralisation sur celle même que les tribus acceptent, et investir de notre autorité précisément les hommes dont l'influence personnelle est déjà reconnue; respect des lois antiques du pays, de ces kanôuns traditionnels qui d'aiUeurs ne froissent en rien nos grands principes de droit public ; ces bases une fois posées , notre édifice n'aura plus de secousse à craindre que sur le terrain des impôts.
La politique intéressée des marabouts a déve-
loppé chez les Kabjles une profonde horreur du tribut envers l'étranger. Cela se conçoit sans peine : les marabouts sont les premières victimes de l'impôt , puisque tout le superflu du peuple leur revient hnmanquablement. Toutefois, si nos exigences restent légères, si nous les compensons par des travaux d'utilité publique, tels que des routes, des ponts, des viaducs, des barrages, des dessèchements; avec l'impulsion nouvelle donnée à l'industrie et au commerce , la richesse du pays augmentera , et ceux qui en bènélicieront le plus nous seront attachés par l'intérêt; ils deviendront nos alliés contre ces chérifs turbulents, leurs rivaux naturels, dont le métier consiste à parcourir la terre musulmane en y prêchant la guerre sainte. Notre domination ne court aucun péril à s'associer les marabouts, sûre qu'elle est de les absorber tôt ou tard; leur influence repose sur un besoin d'ordre et non sur un instinct de fanatisme. Qu'arrivera-t-il à la longue? les Kabyles s'habitueront à reconnaître peu à jjeu qu'en nous réside tout principe de force et de stabilité; cependant leur foi religieuse n'aura pas acquis plus d'ardeur. Ainsi , le temps fera perdre aux marabouts une partie de leur utilité terrestre, et n'ajoutera rien à leur, autorité divine. Sous notre domination habilement exercée , connue il vient d'être dit , la Kabvlie atteindrait, c'est notre conviction in-
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îime, un haut degré de prospérité. La richesse intérieure , se développant par le concours d'agents el de capitaux fi'ançais , viendrait affluer largement aux deux ports de Bougie et de Dellys , et offrir des échanges considérables à nos produits nationaux.
L'instinct connuercial du peuple conquérant a si bien partagé cette conviction , qu'il s'est précipité au-devant d'un tel avenir avec une incrojable ardeur. Depuis que la Kabylie nous est ouverte , Bougie , qui ne possédait naguère qu'un pauvre moulin à huile, qui ne vivait que sur la récolte minime des oliviers compris dans la ligne de nos avant-postes, est devenu un vaste entrepôt des huiles de la contrée. Ce sont là d'heureux présages pour l'avenir.
Le mouvement commercial se développe égalejnent dans de notables proportions à Dellys.
Au point de vue maritime, la nature a fait quelque chose pour l'une de ces localités, beaucoup pour l'autre. Toutes deux obtiendront, moyennant une dépense modique, un port de commerce assez vaste; Bougie conservera de plus un des meilleurs mouillages de la côte algérienne , celui de Sidi-Yahia , qui peut abriter une escadre.
Ces deux comptoirs deviendront rationnellement des centres de populations européennes adonnées à l'industrie et au commerce , tandis que la i)io- 114 p
duclioli agricole restera confiée aux mains des indigènes, moins dispendieuses que les noires. Il y aurait de la sorte , à l'intérieur, une nation kabyle en voie de progrès, et sur la côte une colonie française en pleine |)rospérité. Ainsi, la force liante du gouvernement et la vive attraction des intérêts privés associeraient deux races dont la destinée, jusqu'ici, semblait être de s'entre -détruire'.
1. Voy. la Grande-Kahijlie, par le colonel Daumas et le cajiitaiûe Fabar. 1847, chez HacheUe et Cie.)
Le Sahara algérien.
Nous avons consulté beaucoup de livi'es et beaucoup de tolbas (lettrés) pour trouver la définition et l'étymologie du mot Sabara.
Les livres nous ont donné cette définition : « Le Saliara est une contrée plate et très-vaste, où il n'y a que peu d'habitants, et dont la plus grande partie est improductive et sablonneuse. »
Les tolbas nous ont donné cette étymologie :
« On appelle sehaur ce- moment presque insaisissable qui précède le point du jour [fedjer) , et pendant lequel nous pouvons encore , en temps de jeûne, manger, boire , fumer. L'absfinence la plus rigoureuse doit conunencer dès qu'on peut distinguer un fil blanc d'un fil noir.
« Le sehaur est donc entre la nuit et le point du jour une nuance qu'il nous est important de saisir, de préciser, et sur laquelle a dû se porter l'alten-
lion de nos marabouts. Un d'entre eux , Ben-el- Djirami , en partant de ce principe que le sehaur est plus facilement et plus tôt appréciable pour les habitants des plaines , dont rien ne borne l'horizon , que pour les habitants des montagnes , enveloppés qu'ils sont dans les plis du terrain , en a conclu que du nom du phénomène on avait formé celui du pays oîi il était plus particulièrement apparent , et qu'on l'avait nommé Sahara , le pays du sehaur. »
Celte étymologie , si elle n'est pas sévèrement grammaticale , car l'un des deux mots commence par un çàd et l'autre par un sln , n'en est pas moins ingénieuse , et nous la donnons à défaut d'autre.
Elle serait confirmée par celle du mot Tell, qu'on s'accorde généralement à faire dériver de tellns , terre cultivable, mais qui, selon le même savant, serait tout simplement un dérivé du mot arabe tali, qui signifie dernier , et désignerait ainsi le pays en arrière du Sahara , où le sehaur n'apparaîtrait qu'en dernier. Cette phrase : Enta Tellia ou Saharaoui? qui, vulgairement , veut dire : Es-tu des gens du Tell ou des gens du désert ? représenterait celle-ci : Es-tu des premiers ou des derniers à voir le sehaur ?
Un autre laleb, Fekbreus-el-Ghrazi , dit la même chose dans un opuscule estimé , et il ajoute que
tali el Ml , le dernier après le dernier , signilie la mei", à cause de sa position en arrière du Tell.
Quoi qu'il en soit, le mot Sahara n'entraîne point nécessairement l'idée d'une immensité déserte. Habité sur certains points, il s'appelle Fiafi ; habitable sur certains autres , il prend le nom de Kifar, mot dont la signilication est la même que celle du mot vulgaire Khrela , abandonné ; inhabité et inhabitable sur d'autres points encore, on le nomme Falat.
Ces trois mots représentent chacun un des caractères du Sahara.
Fiafi , c'est l'oasis où la vie s'est retirée autour des sources et des puits , sous les palmiers et les arbres fruitiers , à l'abri du soleil et du chouh (simoun).
Kifar , c'est la plaine sablonneuse et vide , mais qui , fécondée un moment par les pluies de l'hiver, se couvre d'herbes {àacheb) au printemps , et où les tribus nomades , campées ordinairement autour des oasis, vont alors faire paître leurs troupeaux.
Falat , enfin , c'est l'immensité stérile et nue , la mer de sable , dont les vagues éternelles , agitées aujourd'hui par le choub , demain seront amoncelées , immobiles , et que sillonnent lentement ces Hottes appelées caravanes.
D'après les observations de M. Fournel, la lisière
du Sahara, contrairement à toutes les opinions jusqu'à présent acceptées , ne serait que très-peu élevée au-dessus du niveau de la mer.
« J'ai fait à la lisière du désert , dit le savant ingénieur, une soixantaine d'observations barométriques qui, comparées à celles qui se faisaient simultanément à Constantine , me donnent soixantequinze mètres pour la hauteur de Biskra au-dessus du niveau de la mer.
« A partir du littoral, le terrain s'élève successivement jusqu'à un point qui est à une ou deux lieues de Bathna, et que j'ai trouvé être de mille quatre-vingt-trois mètres. Par ce point passe la ligne de partage des eaux ; à partir de là, on redescend vers le Sahara , dont la lisière est assez peu élevée (soixante -quinze mètres) pour qu'on puisse supposer que les grands lacs de l'intérieur sont , comme la mer Caspienne , au-dessous du niveau de la Méditerranée. »
Ajoutons que le sol du désert se relève dans la région placée au sud d'Oran et de Tlcmsen , entre le 32° et le 29'' de latitude , sous le nom de Djehel-Batten. La ligne de partage des eaux suit cette arête , et présente alors deux grandes pentes , l'une de l'est à l'ouest , vers l'Océan ; l'autre de l'ouest à l'est , vers l'intérieur du Sahara.
Selon Strabon , Cnéius Pison comparait le désert
à une peau de léopard. 11 y a longtemps que l'on vit sur cette comparaison , moins exacte que poétique. Celui qui, le premier, l'a comparé à un océan parsemé d'îles, et nous ne savons à qui en revient l'honneur, a été plus heureux. Disons , toutefois , en continuant la métaphore , que ces îles , pressées en archipels dans la zone nord , entre 36" et 19" de latitude , ne sont plus , en partant de là , que des points égarés dans l'espace , et disparaissent enfin tout à fait jusqu'aux archipels inconnus du Soudan.
A partir de 29" de latitude , nous sommes dans le désert proprement dit, El Falat. La vie semhle cesser jusqu'au vingt-septième degré , où elle reparaît un moment dans les montagnes des Touareg , et disparaît enfin tout à fait jusqu'au pays des nègres. Les Touareg , ces géants pillards , se hasardent seuls dans ces vastes solitudes , où ils guettent les caravanes et les protègent ou, les pillent, selon qu'elles payent un droit de passage et de protection ou qu'elles cherchent à passer en contrehande.
Nous n'avons à nous occuper ici que de cette partie du Sahara qui fait face à nos possessions , et qui , comprise , à l'est et à l'ouest , entre deux lignes qui prolongeraient les frontières de Tunis et du Maroc , est hornée au sud par une ligne hrisée sur laquelle se trouvent Nefta , Çouf , Ouargla et Inçalah, Nous ne l'esquisserons qu'à grands traits :
les détails de sa phjsionomie ressortiront du cadre de cet ouvrage.
Dans sou ensemble , le Sahara présente sur un fond de sable , ici des montagnes , là des ravins ; ici des marais, là des mamelons ; ici des villes et des bourgades, là des tribus nomades dont les lentes en poil de chameau sont groupées comme des points noirs dans l'espace fauve.
Les montagnes , toujours parallèles à la mer , sont, dans la zone nord , élevées et rocheuses, accidentées à l'est ; mais elles s'abaissent graduellement en courant à l'ouest , et se fondent entin par une sucression de mamelons et de dunes mouvantes que les Arabes appellent arouq (veines) ou chebka (filet) , selon que le système en est simple ou composé. Presque toutes sont abruptes sur le versant qui fait face au Tell ; et , du côté, du sud , toutes, ai)rès plus ou moins de convulsions , vont mourir de langueur dans les sables.
De ces montagnes descendent , à la saison des pluies, d'innombrables cours d'eau , dont les hts , desséchés au premier soleil , usurpent , huit mois de l'année, le nom de rivière [oued). L'hiver, c'est un réseau de torrents ; l'été , c'est un réseau de ravins. Tous ces oued , à l'exception de l'Oued Djedi et de l'Oued Mïa, qui sont encaissés entre des montagnes parallèles à la mer , offrent celte particula-
rite qu'ils coulent du nord au sud , et qu'ils se perdent dans les sables.
L'hiver laisse inégalement réparties, dans le Sahara, des flaques d'eau que les chaleurs de l'été dessèchent ; quelques-unes sont des marais salants bordés de végétation marine.
Dans la première zone du Sahara, les centres de population , quoique beaucoup plus nombreux que dans le Tell, sont quelquefois séparés entre eux par des espaces complètement nus , complètement stériles et distants de plusieurs journées de marche. Cependant, sur toutes les lignes, dans toutes les directions, des puits échelonnés servent à la fois de lieu de station et d'indication pour les routes. Il est rare qu'on voyage trois jours sans en trouver un ; et d'ailleurs l'eau ne manquera jamais avec deux outres pleines pendues aux flancs du chameau, qui fait trente lieues par jour et peut rester trois jours sans boire.
Chaque grande oasis du Sahara a sa ville principale, autour de laquelle rayonnent les ksours (villages) de sa dépendance et les tentes des tribus ses alliées, errantes au printemps pour faire paître leurs troupeaux, émigrant pendant l'été pour aller acheter des grains dans le Tell , toujours de retour en novembre pour les emmagasiner, pour cueillir les dattes ou s'en approvisionner, et passer l'hiver en famifle sous la maison de poil.
Une observation frappe tout d'abord : comment trouvons-nous dans le Sahara tant de populations sédentaires? Pourquoi les hommes s'y sont-ils pour la plupart groupés dans des enceintes? Pourquoi tous n'y vivent-ils pas de la vie nomade ?
Un double motif a concouru, selon nous, à établir cet ordre de choses.
D'abord , c'est que les soins incessants à donner aux palmiers ont dû grouper les populations autour du pied de l'arbre qui les nourrit. Il est remarquable ensuite que celles-ci ne sont point de race arabe : leurs pères vivaient autrefois, sur le littoral, dans des villes et des villages ; chassés par les invasions successives, refoulés dans l'intérieur, ils y ont porté leurs instincts sédentaires, et se sont étabhs oîi nous retrouvons leurs enfants, là seulement où la vie leur devenait possible. Après ces premiers occupants sont arrivés les Arabes, apportant, eux aussi, leurs instincts éminenment vagabonds , comme ceux de tous les peuples pasteurs, et auxquels se prêtait merveilleusement la configuration du sol qui pour eux allait devenir une patrie nouvelle. Dédaigneux de la vie sédentaire et même agricole, ce qu'il fallait à leur indépendance, c'était l'espace sans limites : que leur importait une étroite oasis où leurs troupeaux n'eussent pu tenir? où, pour vivre, il leur eût fallu descendre au travail du jardinier ? « Nos
LE SAHARA ALGÉRIEN. -2o3
pères n'ont jamais touché la ;eire, nous leiuus coiiime eux. »
Aussi tous tiennent-ils en mépris, non-seulement leurs voisins les sédentaires , mais leurs frères dégénérés du Tell. Les gens du Tell disent des Sahririens :
« les Arabes malpropres, buveurs de lait caillé, vous êtes toujours en marche comme ks sauterelles; votre métier est celui de pillards, vous ne mangez que des dattes ; si nous vous fermions nos marchés, >ous mourriez de faim : nous vous tenons par le ventre. Vous n'avez pas de bains, pas de mosquées , pas de bois. Vous faites des dieux de vos moutons et de vos chameaux ; ils vous font oublier vos prières et les ablutions. Comment les feriez-vous ? vous avez à peine assez d'eau pour boire.
« Nous, au contraire, nous avons de l'orge, du blé, du miel, du bois et de l'eau ; des bains et des mosquées, des marchés et des fondouks, des draps, des cotonnades, du sucre, du café, du savon, des parfums, du fer et de l'acier, tout en abondance. Nous sommes heureux. Campés à la tète de la source, nous y vivons tranquilles, sans être obligés de courir chaque jour après chacun de nos besoins. »
Cette querelle est vieille entre les gens du Tell et ceux du Sahara, et ceux-ci leur répondent :
«< les nus, les mendiants ! toujours on quête de la laine, du poil de chameau et des dattes! Quelle vie que voire vie ! Le Sahara vous fournit et vos vêtejnents et vos tentes. Vous campez toujours au même endroit, au milieu des ordures et mangés par les puces. Votre métier est celui de domestiques ; vous travaillez sans cesse : l'hiver vous labourez, l'été vous moissonnez.
« Presque tous vous allez à pied sur un terrain qu'il faut toujours ou monter ou descendre, en se heurtant aux arbres , en s'écorchant aux buissons. Votre pays est le pays des crimes, des lions, de la peste , de la grande maladie et des sultans , qui vous mènent en esclaves et vous font dévorer par le makhzcn. les dégénérés! notre père Ismaël ne voudrait pas vous reconnaître pour ses enfants !
« Les gens du Tell, il est vrai, n'ont de bon chez eux que leur orge, leur blé, leurs eaux ; mais si, dans le Sahara, nous sommes loin de noire pain et près de notre soif, parce que les grains et les pluies sont rares. Dieu nous a pourvus d'autres biens :
« Sa main nous a donné ces vaisseaux de la terre, gouareb el beurr, ces nombreux chameaux qui peuvent, en un soleil, nous transporter du pays de l'Injustice au pays de l'Indépendance.
« D'iimombrablcs moutons, d'innombrables brebis, qui sont nos silos ambulants, metamores ra-
liala, car nous vivons de leur dos, de leurs côtes, de leurs mamelles.
« Des juments belles et bonnes, dont nous vendons cher les poulains aux habitants du Tell; plus sobres que les chevaux , elles supportent mieux la chaleur, la soif et la fatigue, et, ne hennissant point comme eux, elles ne trahissent pas la gin-azia.
• Nos tentes sont vastes, bien garnies et toujours neuves ; la laine et le poil de chameau ne nous manquent point pour les renouveler ou les réparer tous les ans.
« Nos femmes, toutes jolies, ont le cou long et les dents blanches, et n'ont point de gros ventres comme les gourmandes du Tell. Montées sur des chameaux dans les aàtatiches , ehes assistent à nos fantasia qu'elles embellissent, à nos c(>nibats qu'elles animent.
» Chaque jour nous apporte une joie, une émotion, une fête : c'est une noce oi^i l'on brûle de la poudre; c'est une caravane qui part, qui passe, qui revient; ce sont des hôtes bienvenus, et jamais un invité de Dieu n'a couché dehors ; c'est le conseil qui s'assemble , c'est la tribu qui change de campement; c'est la chasse à l'autruche, au lerouy, à l'antilope, à la gazelle, avec des slouguis en relais; au lièvre, à la perdrix, à l'outarde, avec l'oiseau de race (le faucon). »
2u6 LE SAHARA.
L'Arabe de la tente croirait déchoir s'il donnait sa fille en mariajje au plus riche habitant des ksours.
Toutefois, forcés de vivre cote à côte et d'une vie qui se complète par l'association, il est arrivé de leurs relations habituelles que les uns et les autres sont devenus propriétaiies sur le même sol, dans la même enceinte ; mais le nomade qui [)Ossède ne cultive pas : il est seigneur; le citadin est son fermier. Par contre, celui-ci s'est donné des troupeaux qu'il a confiés aux bergers de la tribu. Pendant que le nomade les conduira dans les pâturages, l'habitant de la ville ou du ksar veillera sur les grains en dépôt et cultivera les palmiers.
11 y d'ailleurs entre eux une double solidarité d'intérêt; car les dattes ne peuvent pas suffire à la nourriture commune, non qu'il ne s'en récolle pas assez, mais parce que, mangées sans mélange, elles deviennent nuisibles.
Or, nous l'avons dit déjà, les céréales manquent presque absolument aux habitants du Sahara ; de là, nécessité de venir en demander au Tell.
Ces approvisionnements périodiques se font chaque année à l'époque des moissons. Les tribus arabes campées autour des villes quittent alors leurs campements pour se rapprocher du nord, où leurs troupeaux qui, avec le soleil, ont dévoré toutes les herbes du sud, trouveront des pâturages, et,
moyennant un impôt, {Lazma, Eussa), qu'il nous importe de régulariser, elles se rendent sur les marchés du Tell , pour y échanger conti'c des crains les produits de leur sol ou de leur industrie : dattes, haiks fins, bernons, plumes d'autruche et objets venus du Soudan.
Les nomades ne sont pas seuls cependant à ac- CDinplir ces périgrinations : les marchands des villes se mettent sous leur protection et les suivent. Pendant que leurs frères de la tente font leurs achats, ils vont, eux, dans les villes du littoral, se fournir d'objels manufacturés en Europe, et tous ensemble ils reprendront la route de leur . oasis, de leurs villages, de leurs ksours, où les blés achetés par les nomades seront ennnagasinés , d'où les blés achetés par les marchands s'écouleront, soit en détail, soit par caravanes, sur toute la surface du Sahara et jusque dans le Soudan.
Le Tell est le grenier du Sahara , dont nous tenons les habitants par la famine ; ils le savent si bien, ils l'ont si bien compris, qu'ils s'en expriment franchement par cette phrase , devenue proverbiale : «< Nous ne pouvons être ni musulmans, ni juifs, ni chrétiens ; nous sommes forcément les amis de notre ventre. »
De toutes ces observations, maintenant acquises à l'histoire, résulte cette conséquence importante :
Que les habitants du Sahara sont forcément sou- 114 q
mis au peuple qui tient le Tell, de quelque religion qu'il soit : « La terre du Tell est notre mère , disent les Sahariens ; celui qui l'a épousée est notre père. »
Si donc la sûreté des routes , si la protection et la justice leur assurent chez nous des garanties qu'elles ne trouvent ni à Tunis ni à Fês (Fas', le prix de nos marchandises n'étant pas d'ailleurs plus élevé que dans les États musulmans , ces populations viendront à nous; non point que nous puissions espérer en faire de longtemps encore nos alhées de cœur; mais, soumises d'abord, elles payeront l'impôt, et, en cas de querelle entre nous ei leurs voisins, elles resteront neutres par intérêt; plus tard, et à mesure qu'une politique intelligente nous les attachera, elles deviendront nos auxiliaires '.
I.Voy. le Saliara algérien, études statistiques et his'oriques,
par le lieutenant-colonel Dauraas, directeur central des affaires arabes. (.1846, chez Hachette et Cie.)
Généralités du désert.
Dans les études qui m'ont occupé, une chose surtout m'a frappé : c'est l'analogie de la vie du désert avec la vie du moyen âge ; c'est la ressemblance qui existe entre le cavalier du Sahara et le chevalier de nos légendes, de nos romans et de nos chroniques.
L'observation des caractères accessoires que je veux rapidement esquisser rendra cette analogie peut-être plus réelle encore, cette ressemblance plus frappante.
Sous le nom d'Arabe du Sahara, je ne veux pas désigner l'habitant des ksours. Celui-là, les nomades le raillent autant que l'habitant du Tell, et ils lui prodiguent les épithètes moqueuses. Engraissé qu'il est par les habitudes casanières et la vie mercantile, ils l'appellent « le père du ventre, l'épicier, le marchand de poivre , Sekakri. »
Cet éleveur de poules (celui qui s'abrite sous la tente ne possède point de poules), ce boutiquier
ressemble an bourgeois de tons les pays, de tous les temps ; c'est , au fond , le vilain , le manant du moyen âge, c'est le Maure citadin d'Alger : même physionomie placide, apathique et rusée. , J'entends parler du maître de la tente , de celui qui ne reste pas quinze ou vingt jours sans changer de place, du vrai nomade, de cehii qui ne \a dans le Tell ennmjeux qu'une fois par an pour acheter des grains.
Mon cavaher, mon chasseur, mon guerrier, est cet homme à la constitution sèche et nerveuse, au visage bruni par le soleil , aux membres bien proportionnés, grand plut(M que petit, faisant bon marché toutefois de cet avantage d'une haute taille, « de celte peau de lion sur le dos d'une vache, (Ijeld sebaa ala clohor el beugra, » lorsqu'on n'y joint pas l'adresse, l'agilité, la santé, la vigueur et le courage surtout.
S'il estime le courage , il plaint el ne méprise pas , n'outrage jamais ceux à qui manque le foie , keubda. Ce n'est pas leur faute. Dieu ne l'a pas voulu.
11 est d'une extrême sobriété; mais, se pliant à toutes les circonstances , il ne négligera pas l'occasion de manger bien et beaucoup. Sa nourriture de tous les jours est simple et peu variée , mais il sait, quand il le faut, dignement fétoyer ses hôtes. Vienne el ouada, la fête patronale d'une
GÉNÉRALITÉS DU DÉSERT. 2b 1
tribu, d'un douar, où se trouvent ses amis, il ne leur fera pas l'injure d'y manquer; et, fùt-cc à trente ou quarante lieues , il faut qu'il aille y rassasier son ventre. D'ailleurs ils savent bien qu'il est tout prêt à leur rendre la pareille, qu'ils n'ont pas affaire à l'un de ces ladres mercanti des villes , dont tout l'effort d'hospitalité va jusqu'à l'offre de quatre pieds carrés pour s'asseoir, d'une pipe de tabac et d'une tasse de café sans sucre ou sucré, après maintes paroles préliminaires soigneusement débitées sur le café sans sucre.
Tout chez l'Arabe concourt à la puissance de la manifestation de la vie extérieure; nerveux, endurci , sobre , quoique à l'occasion de vigoureux appétit, il a l'œil perçant et sûr : à deux ou trois lieues , il se vante de distinguer un homme d'une femme; à cinq ou six lieues, un troupeau de chameaux d'un troupeau de moutons. Est-ce fanfaronnade? Non certes; l'étendue et la netteté de la vue ne lui peuvent-elles venir, comme à nos marins, de l'incessante habitude de regarder au loin dans des espaces immenses et dénudés? Puis, fait aux objets et aux scènes qui , toujours les mêmes , l'entourent dans un certain rayon , il sera difficile qu'il ne les puisse pas reconnaître par tous les temps.
Néanmoins, les maladies d'yeux sont fréquentes; la réfraction du soleil, la poussière, la sueur.
causent une foule d'accidents, des taies et des ophthalniies, par exemple, et les aveugles et les borgnes sont nombreux dans beaucoup de localités du désert, chez les Beni-Mzab, à El-Ghrassoul , à Ouargla et à Gourara'.
L'homme du désert a , dans son enfance et dans sa jeunesse encore, les dents belles, blanches et bien rangées; mais les dattes, sa nourriture habituelle et presque exclusive , les lui gâtent à mesure qu'il avance en âge.
Quand une dent est gâtée tout à fait, c'est aux armuriers et aux maréchaux qu'il faut avoir recours ; ce sont eux qui sont en possession de martyriser le patient, de lui briser la mâchoire avec une pince , et d'enlever les gencives en même temps que la dent douloureuse.
Le véritable grand seigneur, le chef important, quitte rarement la selle , et ne va presque jamais à pied; il met des bottes {temag) et des savates; mais l'homme du peuple est un infatigable marcheur; il parcourt en une journée des distances incroyables ; son pas ordinaire est ce que nous appelons le pas gymnastique ; il l'appelle , lui , le trot du chien. Généralement, en pays plat, il Ole ses chaussures, quand il en a, pour aller
1. J'ai, plus haut, indiqué l'usage que les Arabes font du koheul; c'est, avec les saignées aux pieds et à la tête, le seul moyen curatif employé pour les maladies d'yeux.
plus vite et plus commodénient, et aussi pour ne pas les user; par suite, tous ont le pied des statues antiques, large, bien posé à [)lat, l'orteil nettement écarté. Ils ne connaissent pas les cors, et plus d'une fois un chrétien qui s'était introduit dans une caiavane s'en est va expulsé, dénoncé par ce signe infaillible. La plante des pieds acquiert une telle dureté que le sable ou les pierres ne les blessent plus; une épine pénètre quelquefois de plusieurs lignes sans qu'ils s'en aperçoivent.
Néanmoins, dans le désert proprement dit, pendant les grandes chaleurs de l'été, le sable est si brûlant qu'il est impossible de marcher pieds nus , et qu'on est contraint de ferrer les chevaux si on ne veut voir leurs pieds promptement endoloris et en mauvais état. La crainte de la piqûre du lefd, vipère qui donne la mort, contraint également à porter des brodequins qui montent jusque au-dessus de la cheville du pied.
Les maladies des pieds les plus communes sont les cheggag , gerçures qu'on guérit en oignant la partie malade de graisse et en la cautérisant avec un fer rouge. Quelquefois ces gerçures sont tellement larges et pi'ofondes qu'on est obhgé de les coudre. Les fds sont des nerfs de chameau desséchés au soleil et divisés en parties aussi tines que la soie, ou bien encore des poils de chameau filés.
Tous les habilaiits du désert se servent de ces fils, appelés el aâgueiib, pour réparer leurs selles, leurs brides, leurs plats de bois; chacun d'eux porte toujours sa trousse, un couteau, et une aiguille à passer.
Cette qualité d'admirables marcheurs est mise à profit par quelques-uns pour qui elle devient une profession; elle produit les coureurs, porteurs de messages, qui se sanglent étroitement d'une ceinture de course. Ceux qu'on appelle rekass se chargent des affaires pressées; ils font en quatre jours la course que les coureurs ordinaires font en dix ; ils ne s'arrêtent presque jamais ; quand ils éprouvent le besoin de se reposer, ils co.nptent soixante aspirations et repartent aussitôt. Un rekass qui a (ait soixante lieues et a reçu quatre francs se croit largement récompensé.
Dans le désert, un courrier extraordinaire ^ oyage nuit et jour, il ne dort que deux heures sur vingtquatre ; lorsqu'il se couche , il attache à son pied un morceau de corde d'une certaine longueur, auquel il met le feu ; lorsque la corde est sur le point d'être consumée , le feu le réveille.
Au reste, on comprend ce salaire modeste du moment où il est payé en valeur monnayée ; le numéraire est rare , et c'est la portion la moins considérable de la fortune arabe ; la circulation Irèsrestreinte, la facilité de pourvoir à la plus grande partie des besoins de la vie sans acheter ni vendre,
en recourant seulement aux échanges , et ce dans des cas très-peu fréquents, sont loin d'abaisser la valeur des espèces monétaires.
Pour peu qu'un Saharien soit à son aise , il ne fait absolument rien ; travailler, c'est une honte. Il se rend aux réunions , aux assemblées de la djemàa ; il chasse , se promène à cheval , surveille ses troupeaux, prie, etc.... Il n'a que les occupations politiques, guerrières, religieuses.
Labourer, moissonner, cultiver les jardins, c'est l'affaire des gens des ksours.
Sous une grande tente, les travaux d'intérieur sont confiés aux nègres esclaves , qui sont à bon marché et nombreux ; les négresses vont à l'eau , vont au bois , préparent les repas.
Sous une tente à demi-fortune , les travaux sont laissés aux femmes :
Elles ont à traire les brebis ;
A faire le beurre ;
A moudre les grains ;
A seller et desseller le 'cheval ;
A lui mettre la couverture ;
A le faire boire , à lui donner l'orge ;
A tenir l'étrier quand l'homme descend ou monte ;
A faire le bois et l'eau ;
A ])réparer les aliments ;
A traire les chamelles, avec l'aide du berger.
Elles tissent les lits , les coussins , les sacs à fardeaux , les étoffes de laine teinte en rouge, en bleu, en jaune , dont on voile les aâtatiches ; les rideaux qui séparent les hommes des femmes, les bats des chameaux, la musette, la besace, la couverture du cheval , les entraves , les filets qui servent à préserver de l'agneau la brebis dont on veut conserver le lait ; elles font des cordes en laine , en poil de chèvre et de chameau , en feuilles de palmier , en aàlfâ.
Elles préparent les peaux de bouc où seront mis le lait, le beurre, l'eau.
Elles fabriquent , avec de la terre glaise , de la poterie, des vases à boire, des fourneaux, des plats à faire cuire le pain , le kouskoussou , la viande.
Pour les déménagements , elles lèvent la tente , la roulent en paquet, la chargent sur un chameau. Dans la migration, elles marchent à pied, souvent (conduisant à la main la jument que suit un poulain, toujours fagotant du bois en route et ramassant de l'herbe pour le bivouac du soir. A l'arrivée, elles dressent les tentes.
Li ma ikhedein ousifa, Celui qui n'a pas une négresse, Ou la iergoud fi guétifa, Et qui ne dort pas sur un lit , /sa/ou cheurr hasifa , La misère lui réclame une vengeance.
Encore, celui-là même est-il moins malheureux
qu'un malheureux du Tell. Il se met serviteur d'une grande famille ; il répare les sacs , les harnachements; il fait griller les moutons des diffa, et, dans ses longs loisirs, il va détentes en tentes, partout oîi sont des hôtes , échangeant ses services contre les déhris des repas.
On demandait à un Arahe saharien qui voyageait à la grâce de Dieu : '■ Comment fais-tu pour vivre?
— Celui qui a créé ce mouUn, répondit -il en montrant ses dents blanches, n'est pas embarrassé pour lui fournir la mouture. »
Un marabout a fait ces vers :
L'Arabe nomade est campé dans une vaste plaine;
Autour de lui rien ne trouble le silence ,
Le jour, que le beuglement des chameaux ,
La nuit, que le cri des chacals et de l'ange de la mort.
Sa maison est une pièce d'étoiOFe tendue
Avec des os piqués dans le sable.
Est-il malade, son remède e^t le mouvement.
Veut-il se régaler et régaler ses hôtes,
Il va chasser l'autruche et la gazelle.
Les herbages que Dieu fait croître dans les champs
Sont les herbages de ses troupeaux.
Sous sa tente , il a près de lui son chien
Qui l'avertit si le voleur approche.
Il a sa femme , dont toute la parure
Est un collier de pièces de monnaie,
De grains de corail et de clous de girofle.
Il n'a pas d'autres parfums que celui du goudron
El de la fiente musquée de la gazelle ; Et cependant ce musulman est heureux ; Il glorifie son sort et bénit le Créateur.
Le soleil est le foyer où je me chauffe ; Le clair de lune est mon flambeau, Les herbes de la terre sont mes richesses, le lait de mes chamelles e-l mon aliment , La laine de mes moutons mon vêtement.
Je me couche où me surprend la nuit ; Ma maison ne peut pas crouler, Et je suis à l'abri du caprice du sultan.
Les sultans ont les caprices des enfants Et les griffes du lion : défiez vous-en.
Je suis l'oiseau aux traces passagères; Il ne porte avec lui nulle provision ; Il n'ensemence pas, il ne récolte pas:
Dieu pourvoit à sa subsistance.
C'est bien à D'eu qu'ils s'en remettent en effet du soin de pourvoir à leur subsistance.
Les maréchaux sont dans le Sahara des artistes, et non des artisans. Les privilèges dont ils jouissent en font une corporation à part.
Quant à ce qu'on pourrait appeler des armuriers, ce sont des ouvriers qui ne fabriquent pas, mais seulement réparent les armes. Les Arabes du désert sont en général plus mal armés que ceux du Tell , quoique leurs chefs ne le cèdent à personne en faste et en luxe. Cela se conçoit : ils font venir leurs armes de Tunis par Tougourt, et du Maroc par le pays de Gourara; la longue distance à par-
courir empêche que ces armes ne soient réparées à temps, et i'inhabileté de ceux (jui sont chargés de ce soin ne permet pas que ces réparations soient convenables. Beaucoup de Sahariens sont encore armés de lances qu'ils n'emploient guère qu'en poursuivant les fuyards. Cette lance est un morceau de bois de six pieds avec un fer plat et tranchant des deux côtés; elle se porte ordinairement en bandoulière.
L'Arabe du Sahara est très-lîer de cette vie, qui, pour être exempte du travail monotone auquel est soumis l'habitant du Tell, n'en est pas moins active et agitée, pleine de variété et d'imprévu. Si la barbe blanchit vite au désert , la cause n'en est pas à la chaleur, à la fatigue, aux voyages et aux combats , mais aux peines , aux soucis , aux chagrins. Celui-là seul ne blanchit point qui « a le cœur large, » sait se résigner et dit : « Dieu l'a voulu. »
Cette fierté pour son pays et pour son genre de vie va jusqu'au dédain pour le Tell et pour celui qui l'habite. Je n'ai pas besoin de rappeler ici les sarcasmes qu'échangent les habitants du désert et ceux du Tell, et que j'ai cités plus haut; mais ce dont s'enorgueillit surtout l'homme du désert, c'est de son indépendance; car dans son pays la terre est vaste et il n'y a pas de sultan. Le chef de la (ri bu administre et rend la justice. Tâche peu comiili-
quée, car les délits sont peu nombreux et tous prévus , et les pénalités sont fixées d'avance.
Celui qui vole une brebis paye dix boudjous d'amende.
Celui qui entre dans une tente pour voir la femme de son voisin paye dix brebis.
Celui qui tue est puni de mort; s'il s'est enfui, on confisque tout ce qui lui appartient, moins la lente, qu'on laisse à sa femme et à ses enfants.
Les amendes sont conservées par la djemàa pour défrayer les voyageurs, les marabouts, et faire des présents aux étrangers.
Les vols dans l'intérieur de la tribu sont sévèrement punis; commis sur une autre tribu, ils sont tolérés; sur une tribu ennemie, ils sont encouragés.
Les femmes, nous l'avons déjà dit, font la cuisine, lissent des tapis appelés ferache, des tags, tapis pour faire les séparations dans les tenles, des hamal , des (jhrer(ujres, sacs pour les grains, el feldja, étoffe dont se font les lentes, eldjellale, des couvertures de chevaux, el haoïiya, des bats de chameau, el aamaijre, des musettes; les négresses vont au bois, à l'eau; les bernouss, les haïcks et les habaya se font dans les ksours.
Riche, l'Arabe est généreux; riche ou pauvre, j1 est hospitalier et charitable ; rarement il prête son cheval , mais ce serait une injure de le lui ren-
voyer. A tout cadeau il répond par un cadeau de bien plus grande valeur. Il est des hommes qu'on cite comme n'ayant jamais refusé. Un proverbe dit :
Kasod el djouad ma'ïrodouchy kraib.
Celui qui s'adresse aux nobles ne revient jamais la main vide.
Je n'ai pas besoin de parler des aumônes : tout le monde sait qu'après la guerre sainte , et sur la même ligne que le pèlerinage, l'aumône est l'acte le plus agréable à Dieu. Quand un Arabe est en train de manger, s'il passe un mendiant qui s'écrie : 3Itâ rebi ia el moumenin (de ce qui appartient à Dieu , ô croyants) , le croyant partage son repas , s'il est suffisant pour deux, ou l'abandonne tout entier.
Un étrangei' se présente devant un douar; il s'arrête à quelque distance et prononce ces paroles : Dif rebi (hôte envoyé par Dieu); l'effet est magique : quelle que soit sa condition , on se précipite, on s'arrache l'étranger, on lui tient l'étrier pour qu'il descende , les domestiques s'emparent de sa monture dont il ne doit plus se préoccuper, s'il est bien élevé; on l'entraîne lui-môme dans la tente, on lui sert immédiatement à manger ce qui peut être prêt, en attendant le festin.
Les attentions ne sont pas moindres pour l'homme à pied.
Le maître de la tente tient compagnie à son hôte
loiite la journée, et ne le quille que lorsque vienl le sommeil.
Jamais une question indiscrète , celle-ci surtout : " D'où es-tu? où vas-tu? »
Il est sans exemple qu'il soit arrivé un accident à un homme recevant ainsi l'hospitalité, fût-ce un ennemi mortel; mais en parlant le maître de la tente dit : « Suis ton bonheur. •> Lorsque l'hôte est éloigné, celui qui l'a reçu n'est plus responsable de rien.
En sortant du repas de l'hospilalilé, si l'on passe devant un douar et qu'on soit aperçu , on est forcé de se rendre aux offres réitérées qui sont faites.
Doux tribus sont cependant signalées pour leur inhospitalité : les Arbaa et les Said.
Quelques hommes vivent toute leur vie de ces aumônes et de cette hospitalité ; ce sont les derviches. Toujours en prière , ces pieux personnages sont l'objet de la vénération de tous. « Prenez garde de leur faire injure, Dieu vous punirait. » Jamais une demande faite par eux n'est repoussée.
A côté de ces moines mendiants qui retracent si au vif certains côtés de notre moyen âge , il convient, ce me semble, de placer ces tolbas (savants), ces femmes expérimentées qui renq)lissenl dans le Sahara le rôle qu'avaient à l'époque dont je parle les magiciens , les alchimistes , les sorciers , tous
GENERALITES DU DESERT. 273
ces personnages qu'ont chantés le Tasse et l'Arioste, et dont s'est moqué Cervantes. C'est à ces tolbas et à ces vieilles femmes qu'hommes et femmes vont demander le philtre , composé d'herbes diverses préparées avec des invocations et des pratiques effrayantes et grotesques , qu'on mêle aux aliments de celui ou de celle dont on veut se faire aimer.
Ce sont eux qui , sur un papier et sui' un os de mort pris au cimetière , écriront avec le nom de votre ennemi des formules magiques , puis enterreront os et papier qu'ira rejoindre votre ennemi « le ventre rempli de vers. »
Ils vous enseigneront les formules qu'il faut prononcer en fermant un couteau pour trancher la vie de voire ennemi ; celles qu'il faut jeter dans le fourneau où cuisent les aliments du ménage où vous voulez porter le trouble ; celles qu'il faut écrire sur une plaque de cuivre ou sur une balle aplatie que vous irez jeter dans le ruisseau où va boire la femme dont vous voulez vous venger; piise d'une dyssenterie aussi rapide que le ruisseau , elle mourra ou se donnera à vous ; mais pour la guérir il faudra contrarier le premier sort par un autre sort.
Puis vient tout le cortège des spectres, des fantômes de ceux qui sont morts de mort violente , tergov. A celui qui te poursuit, hâte-toi de dire : « Allons, rentre dans ton trou, tu ne me fîùs pas 114 r
peur; tu ne m'as pas fait peur quand tu avais tes armes. » Il te suit un peu , mais se lasse. Si la terreur te prend et si tu fuis, tu entendras en l'air des cliquetis d'armes , derrière toi un cheval qui te poursuivra, des cris, un épouvantable fracas, jusqu'à ce que tu tombes épuisé de fatigue.
Allez dans le Maroc , sur les bords de l'ouad Noun , à vingt jours de marche à l'ouest de Souss , vous trouverez les plus célèbres sorciers, une écolo d'alchimistes et de nécromanciens, de sciences occultes , une montagne qui parle , enfin toutes les merveilles du monde magique.
C'est à ces superstitions qu'est arrivé le bas peuple; les gens riches, les marabouts, les tolbas des zaouïas , les cheurfaa suivent très-exactement les préceptes religieux et lisent les livres saints , mais la foule est plongée dans l'ignorance. On y connaît à peine deux ou trois prières et le témoignage du Prophète ; on y prie rarement et on ne fait les ablutions que lorsqu'on trouve de l'eau.
Les chefs s'efforcent de remédier à cette ignorance; ils font exactement, même en voyage, proclamer l'heure de la prière par des moudden ; ils établissent des écoles sous la lente; mais la vie de fatigues, de migrations et de voyages fait pronq)temenl oublier aux Arabes les enseignements de leur enfance.
Tous se plaisent cependant à les entendre rap-
peler sous une forme poétique par les weâdah , bardes, trouvères religieux qui vont dans les tètes chanter les louanges des saints et de Dieu, la guerre sainte, et qui s'accompagnent du tambourin et de la flûte. On leur donne de nombreux cadeaux.
Les chevaux du Sahara.
A la nage, les jeunes gens, à la nage; l.es balles ne tuent pas ; Il n'y a que la destinée qui tue:
A la nage, les jeunes gens, à la nage!
Chant des Angades.
Chez un peuple pasteur et nomade , qui rayonne sur de vastes pâturages, et dont la population n'est pas en rapport avec l'étendue de son territoire , le cheval est une nécessité de la vie. Avec son cheval, l'Arabe commerce et voyage ; il surveille ses nombreux troupeaux, il brille aux combats, aux noces, aux fêtes de ses marabouts ; il fait l'amour, il fait la guerre; l'espace n'est plus rien pour lui.
Aussi les Arabes du Sahara se livrent-ils encore avec passion à l'élève des chevaux ; ils savent ce que vaut le sang , ils soignent leurs croisements , ils améliorent leurs espèces. L'état d'anarchie dans lequel ils ont vécu dans ces derniers temps a bien pu modifier quelques-unes de leurs habitudes; mais il n'a rien changé à cette condition de leur
existence : l'élève , le perfectionnement et l'éducation des chevaux.
L'amour du cheval est passé dans le sang arahe. Ce noble animal est le compagnon d'armes et l'ami du chef de la tente , c'est un des serviteurs de la famille ; on étudie ses mœurs , ses besoins ; on le chante dans des chansons , on l'exalte dans les causeries. Chaque jour, dans ces réunions en dehors du douar , où le privilège de la parole est au plus âgé seul , et qui se distinguent par la décence des auditeurs assis en cercle sur le sable ou sur le gazon, les jeunes gens ajoutent à leurs connaissances pratiques les conseils et les traditions des anciens. La religion, la guerre, la chasse, l'amour et les chevaux , sujets inépuisables d'observations , font de ces causeries en plein air de véritables écoles où se forment les guerriers, et où ils développent leur intelligence en recueillant une foule de faits , de préceptes , de proverbes et de sentences , dont ils ne trouveront que trop l'application dans le cours de la vie pleine de périls qu'ils ont à mener. C'est là qu'ils acquièrent celte expérience hippique que l'on est étonné de trouver chez le dernier cavalier d'une tribu du désert. Il ne sait ni lire ni écrire, et pourtant chaque phrase de sa conversation s'appuiera sur l'autorité des savants commentateurs du Koran ou du Prophète lui-même. Notre seigneur Mo/iam mec? a dit.... Sidi-Ahmed-ben-Youssef a.
ajouté.... Si-ben-Dyab a raconté.... El croyez-le sur parole, ce savant ignorant; car tous ces textes, toutes ces anecdotes , qu'on ne trouve le plus souvent que dans les livres, il les tient, lui, des lolbas ou de ses chefs , qui s'entendent ainsi , sans le savoir , pour développer ou maintenir chez le peuple l'amour du cheval, les préceptes utiles, les saines doctrines ou les meilleures règles hygiéniques. Le tout est bien quelquefois entaché de préjugés grossiers , de superstitions ridicules : c'est une ombre au tableau. Soyons indulgents; il n'y a pas si longtemps qu'en France on proclamait à peu près les mêmes absurdités comme des vérités incontestables. Je causais un jour avec un marabout de la tribu des Oulad-Sidi-Chïkh des chevaux de son pays; et, comme j'affectais de révoquer en doute les opinions qu'il avait émises : c. Vous ne pouvez comprendre cela, vous autres chrétiens, me dit-il en se levant brusquement, les chevaux sont nos richesses, nos joies, notre vie , notre religion. Le Prophète n'a-t-il pas dit :
€ Les biens de re monde, jusqu'au jour du jugement dernier , seront pendus aux crins qui sont entre les yeux de vos elle vaux. »
— J'ai lu le Koran, lui répondis-je, et je n'y ai point trouvé ces paroles.
— Vous ne les trouverez pas dans le Koran, qui est la voix de Dieu, mais bien dans les conversa-
lions de notre seigneur Mohammed ( Hadite sidna Mohammed).
— Et vous y croyez ? repris-je.
— Avant de vous quitter, je veux vous faire voir ce qui peut arriver à ceux qui croient. «
Et mon interlocuteur me raconta gravement l'histoire suivante :
« Un homme pauvre , confiant dans les paroles du Prophète que je viens de vous citer , trouva un jour une jument morte ; il lui coupa la tète et l'enterra sous le seuil de sa porte, en disant : « Je deviendrai " riche, s'il plaît à Dieu (Anchallah). » Cependant les jours se suivaient et les richesses n'arrivaient pas; mais le croyant ne douta point. Le sultan de son pays, étant sorti pour visiter un lieu saint, vint à passer par hasard devant la modeste demeure du pauvre Arahe; elle était située à l'extrémité d'une petite plaine hordée de grands arbres et fécondée par un joli ruisseau. Le lieu lui plut; il lit faire halte à sa brillante escorte , et mit pied à terre pour se reposer à l'ombre. Au moment où il allait donner le signal du départ, son cheval, qu'un esclave était chargé de surveiller, impatient de dévorer l'espace, se mit à hennir d'abord, à piaffer ensuite, et lit si bien enfin qu'il s'échappa. Tous les efforts des sais * pour le rattraper furent long-