‹ Murs et coutumes de l'AlgérieChapitre 25 sur 34 · La bleue (zerga) veut dire ici la mer · texte numérisé non relu

La bleue (zerga) veut dire ici la mer

2. Que Die^t nous a créées. Ici se révèle dans toute sa force l'orgueil des Arabes. « Avec le produit de nos chevaux, de nos chameaux etdenosmoutons, disent-ils, nous n'avons pas besoin de travailler, et nous pouvons, cependant, nous procurer tout ce que fabriquent avec tant de peine ces misérables chrétiens.»

;{. Grande tribu, d'origine berbère, qui garde les portes du Sahara et du Soudan, prélevant sur les caravanes un droit de sortie, un droit de voyage et un droit d'entrée. Les Touareug font, en outre, la traite des nègres.

4. Ce couplet peint admirablement et les charmes que les Arabes du Saliara trouvent à leur vie nomade et le mépris qu'il» professent pour les Arabes du Tell.

30i LE SAHARA.

D'où s'échappent en boucles ondoyantt^s

Ses noirs cheveux parfumés avec du musc

Ou de l'ambre de Tunis.

Ses dents, vous diriez des perles

Enchâssées dans du corail bien rouge ,

Et ses yeux , infiltrés de sang ,

Blessent comme les flèches

Des sauvages habitants du Bernou'.

Sa salive , je l'ai goûtée;

C'est le sucre des raisins secs ,

Ou le miel des abeilles

Quand fleurit le printemps.

Son cou , c'est le mât d'im vaisseau

Qui fend les mers profon les ,

Avec ses voiles blanches

Pour voguer selon les vents.

Sa gorge ressemlile à hi pèche

Qu'on voit mûrir sur l'arbre;

Ses épaules à livoiie poli ,

Et ses côtes arrondies

Sont les sabres orgueilleux

Que tirent les Djouad

Aux jours fatigués de poudre.

Que de braves cavaliers

Sont morts pour elle en combattant!

Oh ! combien je voudrais posséder

Le meilleur cheval de la teire,

Pour marcher seul et pensif

Auprès de sa chamelle blanche !

1. Royaume nègre; certaines peuplades qui habitent le sud du Bernou combaltenl encore avec des llèches empoisonnées.

Ce cheval ferait bien enrager Les jeunes gens du Sahara !

Je cha-se , je prie, je jeûne El suis les lois du Prophète; Mais (iussé-je aller à la Mecque, Je n'oublierai jamais Meryem.

Oui , Meryem , avec tes cils noirs , Tu seras toujours belle, Agréable comme un cadeau ' .

Au bout de quelques heures, la chaleur se fait sentir; on fait une hahe (ineguil), on dresse les tentes, on prépare le déjeuner, on débride les cbevanx, on les fait paî're : c'est le repos.

Le soleil baisse, la chaleur s'adoucit : il est deux ou trois heures de l'après-midi. En marche! en avant! vous autres, les hardis cavaliers; faites voir dans une brillante fantasia ce que sont vos chevaux et ce que vous êtes vous-mêmes. Les femmes vous regardent; montrez-leur ce que vous savez faire d'un cheval et d'un fusil.

Allez! plus d'un sera payé de ses prouesses.

Voyez-vous ce nègre? il apporte à quelqu'un d'entre vous le prix de son habileté à manier un cheval ou à se servir d'un fusil ; c'est le messager au-

1. Agréable commp. im cadeau. Cet Arabe, disant que sa maîtresse sera toujours agréalile comme un cadeau, fait parfaitement comprendre combien son peuple est encore soumis à l'eutraîneraent et à la corruption des présents.

30i LE SAHARA.

quel une des belles spectatrices a confié son amour : elle l'a chargé de porter au héros de la fantasia ses bracelets de pied {khrolkhrul) ou son collier de clous de girofle {mekhranga).

Mais il ne suffit pas d'être un brave et adroit cavalier, il faut être prudent. Tu as un ami; demain tu lui donneras ton cheval et tes vêtements ; recommande-lui bien (ta sœur' le veut) de se montrer au milieu du goum avec ta monture et vêtu comme toi : que tous les cavaliers s'y trompent. Toi, tu passeras inaperçu, modeste fantassin ; tu marcheras près de la chamelle qui porte ta nouvelle maîtresse. Sois attentif, épie le moment fovorable, et glisse-toi dans Vaàtouche. Va, elle est aussi impatiente que toi : elle te tend la main ; profite de ce secours, et que tes mouvements soient plus rapides que le soupçon.

En amour comme en guerre , la fortune est pour les audacieux , mais les périls aussi sont pour eux. Si ces l'endez-vous sont fréquents et réussissent presque toujours, on y risque sa vie; des amants ainsi surpris seraient sûrs de périr tous les deux.

Mais qui les trahirait ï Tous ceux qui les entourent sont pour eux.. L'amant instruit ses amis de sa !)onne fortun^ ; tous ont voulu aider à son

I. Ta sœur le reul. Sœur, dans cette circonstance, veut (lire : maîtresse, amante.

bonheur, et dix ou douze douros ont été envoyés à l'auianle. Ce n'est pas tout encore : son émissaire a reçu deux ou trois douros; de l'argent enfin a été distribué aux esclaves et aux domestiques de sa lente. Aussi tous ces serviteurs font-ils bonne garde et sauront-ils prévenir l'anioureiix de l'instant où il devra sortir de l'aàtouche, lorsque l'installation du camp, aux approches de la luiit, amènera partout le désordre et la confus j on.

Avant le coucher du soleil, le§i chefs ont fait reconnaître un endroit propice au campement de la nuit. On doit y trouver de l'eau, de l'heibe et les arbustes qui sjrvent à faire le îeu. {yuetof, d oueera et el chiehh). On arrive sur l'emplacement désigné ; chacun dresse ou fait dresser sa tente ; on débride les chevaux, on les entrave ainsi que les chameaux; les nègres vont à l'herbe et au bois, les femmes préparent les aliments ; on soupe. Mille scènes donnent à cet ensemble du camp un aspect plein de charme et d'originalité ; puis une obscurité complète l'enveloppe , à moins qu'il ne fasse clair de lune ; les feux sont éteints ; aucune clarté ne luit dans ces ténèbres. On ne sait pas dans le Sahara ce que c'est que l'huile ou la cire'.

1. Depuis leurs relations fréquentes avec nous, les chefs du désert emploientavec plaisir la bougie qu'ils nous achètent sur le littoral. Il4 (

nOfi LE SAHARA.

hninéclialemciit après le souper, chaque tente désigne un honnnc qui veille autour des bagages et des animaux ; il est chargé de prévenir les vols que ne pourra guère empêcher son active vigilance.

I.es voleurs ne sont pas les seuls à attendre la nuit. A cette heure aussi, et protégé par cette obscurité, l'amant, prévenu par sa maîtresse, s'approche furtivement de la tente où elle repose, en relève les bords, guidé par un esclave dévoué, et prend la place du mari qui, fatigué de la course du jour , dort dans la chambre des hommes {khralfa rntàa redjal); qhv dans les tentes du désert il y a toujours deux compartiments distincts, l'un pour les honunes, l'autre pour les femmes. En outre, un homme ne peut pas sans honte fasseï' toute la nuit avec sa femme. Rien ne gène dès lors les entrevues amoureuseg. Ce n'est pas la présence d'une ou de plusieurs des trois autres femmes que hi loi i)ermel aux nmsulmans qui j mettrait obstacle; à en croire le proverbe arabe, la juive seuh; surpasse le Chitann (S«^fm) en malice, mais aussitôt après Satan vient la musulmane; il est sans exem- ])!e dans le désert que les femmes se soient dénoncées entre elles.

Parfois pourtant ou trouve l'aventure trop péiilleusc; la fennne alors sort de la tente lorsque tout Je monde est endormi, et se rend dans un lieu

qu'elle a désigné à l'avance à son amant par un des intermédiaires obligés, les nègres et les bergers.

C'est aussi à l'beure où les amants heureux se rencontrent que s'accomplissent les projets de vengeance. Un amant repoussé pénètre dans la tente de celle qui l'a dédaigné ; il s'approche d'elle et la tue d'un coup de pistolet. Au bruit de la détonation, on se lève, on court, on pousse des cris; mais le meurtrier a le temps de disparaître, et presque toujours le crime, commis sans témoin?, reste impuni.

Toutes ces aventures sont fréquentes au Sahara, et de gré ou de force une femme arabe a toujours des amants. La jalousie et les précautions des maris surexcitent et poussent à l'excès, en le gênant, le libertinage des femmes. Quelle que soit leur classe, elles passent leur vie à inventer des ruses pour tromper leurs maris quand elles sont jeunes , à faciliter les amours des autres quand elles sont vieilles'. Toutes les intrigues se nouent par l'entremise des pourvoyeuses (âdjouza). Ce sont elles dont la langue dorée et les machinations diaboliques disposent les jeunes femmes à faillir, et qui ménagent les rendez-vous. Elles prennent tons les visages pour s'insinuer , et réussissent surtout en s'attaquant au côté faible, l'amour des présents.

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