‹ Murs et coutumes de l'AlgérieChapitre 31 sur 34 · Du point du jour au coucher du soleil · texte numérisé non relu

Du point du jour au coucher du soleil

sur elle son slougui, et la courut où Dieu voulait qu'elle allât. En un instant, tous disparurent dans l'espace , imprudemment éparpillés et séparés les uns des autres par les sinuosités du terrain.

Vingt cavaliers des Aït-Dczdegue chassaient euxmêmes dans les dernières ramitications du Djebel- Mouydir, et le malheur emporta Chïkh-Badda sur leur passage. En un instant il fut entouré.

" Où sont tes troupeaux ? lui demanda le chef des Berbères.

— Mes troupeaux sont autour de ma tente, à deux journées d'ici , dans la montagne.

— Et tes compagnons?

— .Te suis seul avec ma tête.

— Tu mens , chien ; mais le bâton fera parler (a langue; descends de ton chameau.

— Je ne suis point un menteur, je suis seul avec ma tête, » reprit le généreux chïkh; car il ne voulait point livrer ses amis aux dangers. Et, sans que son calme visage trahit son àme , il fit accroupir son chameau et en descendit. « Me connais-tu? demanda-t-il ensuite au Berbère.

— Tu es un chien des Soukemaren et notre ennemi ; c'est tout ce que je veux savoir.

— Ce que tu ne sais pas , c'est que je ne suis point de ceux que l'on bàtonne. As-tu entendu parlei' du Chddi-Badda? Tue-le, car il est dans ta main, mais ne le t^'aile pas comme un esclave.

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— C'est toi, maudit, qui, l'été dernier, nous as fait tuer cinq hommes à Bir-el-Arib' ; que leur sang retombe sur ta tète!

— Un instant, seigneur, dit un des cavaliers en relevant précipitamment l'arme de son chef appuyée déjà sur la poitrine du vieux Touareug; ne vaudrait-il pas mieux retenir cet homme avec nous et imposer sa tête , plutôt que d'émouvoir par sa mort la vengeance de sa tribu ? »

Cet avis , approuvé par les uns , débattu par les autres , fit hésiter un moment le chef de la bande. « Les Aït-Dczdegue sont assez forts pour ne point craindre les Soukemaren! » s'écria-t-il enfin. Et, d'un coup de fusil, il étendit Chïkh-Badda sur le sable.

Les amis du malheureux chïkh le cherchèrent et l'appelèrent vainement ce jour-là et le lendemain ; quand ils revinrent à sa tente , son slougui , depuis longtemps déjà, y avait apporté l'inquiétude.

Le dernier espoir était que le chien aurait perdu son maître , et que le maître se serait égaré.

Toute la jeunesse en armes, guidée par les six chasseurs, se mit en quête dans la plaine et dans les broussailles, et le corps de Chïkh-Badda fut enfin trouvé à l'endroit où il avait été tué. Les

1. Le puits des Aribs. La tribu des Aribs campe à l'exirémité sud du désert marocain. Le puits dont il est parlé doit être siliie assez loin de leur territoire en revenant vers l'est.

hyènes et les chacals l'avaient à moitié rongé , mais on le reconnut à sa barbe blanche; car les Berbères ne coupent point la tète aux morts. Les traces des chameaux, dirigées vers l'ouest, indiquaient assez quels étaient les meurtriers.

Un mois après, à force de recherches , le tils de Chikh-Badda connut tous les détails de cette scène et quel était celui qui avait tué son père.

'c Tu as trouvé dans la plaine, lui écrivit-i) , un chïkh à barbe blanche , qui ne songeait qu'à la chasse et qui n'était pas armé en guerre ; pourquoi l'as-tu tué ? Celui qui chez nous n'est pas trouvé l'arme à la main ne doit point mourir; mais, puisque tu as oublié tous les usages de nos ancêtres , je serai plus noble que toi : je t'en préviens , si grand que soit ton ventre', toi vivant, je le remplirai de pierres. Je l'ai juré par le péché de ma femme. >

Le courrier qui porta celte lettre au chef des Aïl- Desdegue put donner une indication précise du Heu de campement de la tribu , et le llls de Badda partit aussitôt avec trente cavaliers , vêtus connne les femmes des Berbères et montés sur leurs meilleurs chameaux. Arrivés à une certaine distance du douar, ils firent coucher leurs mahara dans un ravin, se dispersèrent sur un petit espace , et,

1 . On dit proverbialement des voleurs qu'ils ont le ventre large, pour désigner leur insatiabilité.

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courbés en terre, comiriedes femmes qui ramassent de l'herbe et du bois, ils s'avancèrent lentement vers la tente isolée de l'assassin; leur déguisement était si fidèle , qu'il leur cria lui-même plusieurs fois : « Hé ! les femmes , ne coupez donc pas l'herbe si près de mes chameaux! ••

Peu à peu les fausses travailleuses l'entourèrent et, à un signal donné, se jetèrent sur lui. L'heure était bonne; presque tous les hommes du douar étaient à leurs travaux, et, avant que les cris de guerre les eussent rappelés , leur chef était bâillonné, attaché comme un sac sur un mahari, derrière unSoukemaren, et emporté dans la direction du Ujebel-Mouydir.

La nuit venue, ou (it une halte de quelques heul'es; et, quand la lune se leva, on reprit la route pour ne plus s'arrêter qu'à l'endroit où Chïkh- Badda était enterré. Le prisonnier fut alors mis à terre, couché sur le dos, les jambes et les bras attachés à quatre piquets; on lui fit avaler ensuite une eau dans laquelle avait bouilli du sikhrane, et cette boisson l'endormit si profondément, qu'on put, sans l'éveiller, lui fendre le ventre avec un couteau, le remplir de cailloux, et le recoudre avec une aiguille à raccommoder les outres.

La douleur, enfin l'éveilla, il se tordait sur le sable comme un serpent à qui on a cassé les reins.

« Je t'ai rempli le ventre , ainsi que je te l'avais prorais, lui dit le fils de Chïkh-Badda ; vat'en maintenant si tu veux. Mes serviteurs, détachez-le. »

Le malheureux, m'a-t-on assuré, eut la force de s'en aller assez loin pour qu'on le perdît de vue ; mais on le retrouva, le lendemain , mort auprès d'un buisson. Il avait été assez courageux pour couper la lanière de cuir dont on avait cousu son ventre, ainsi que l'attestaient son couteau sanglant, ses mains ensanglantées et ses entrailles répandues sur les deux lèvres de sa plaie béante.

Il suffît de ce trait pour donner une juste idée des passions farouches qui distinguent les Soukemaren et tous leurs frères les Touareug.

Tel est le respect du khreddim pour le djieud, du serviteur pour le seigneur , que , pour manger en présence des gens notables , un targui se cache derrière son bouclier. Dans les ghrazia , les chameaux sont pour les chefs, les moutons pour les simples cavaliers, et les autres prises, étoffes et marchandises, sont partagées dans la même proportion.

Il ne faut pas demander si le Targui aime son genre de vie.

Écoutons-le parler de ses armes et de son pays :

« Toutes les armes sont à craindre ; mais la meilleure c'est le sabre , le large sabre de Rdaniès ou du Maroc ;

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« Les balles et le fusil trompent souvent ;

" La lance est la sœur du cavalier; mais elle peut trahir;

" Le bouclier, c'est autour de lui que se groupent les malheureux ;

« Le sabre ! le sabre ! c'est l'arme du Targui , quand le c(Eur est aussi fort que le bras.

" Qui jamais voudrait quitter le Djebel- Hoggar? La vie y est bonne et libre , et c'est un beau pays ! L'eau, Dieu en a mis dans toutes les vallées; les montagnes sont couvertes d'arbres ; les vignes et les figuiers y donnent assez de fruits pour l'été et pour l'hiver ; le gibier y fourmille , la chasse y est facile; les chèvres, les brebis et les chamelles y sont des sources de lait, et ces moutons {ademan^) qui n'ont point de laine et dont l'énorme queue traîne à terre sont bien plus gras et bien meilleurs que les autres. Beau pays, aijné de Dieu et loin des sultans!

«« Des chevaux? Les Touareug en auraient s'ils voulaient; mais qu'en ont-ils -besoin ? ils ont les vaisseaux de la terre (gouareb el beurr), ces infatigables mahara qui viennent d'Aouraouan et de Bou-Djebeaà. C'est avec le mahari qu'ils font ces immenses ghrazia jusque chez les Chambas, à cent cinquante ou deux cents lieues du Djebel-Hoggar; qu'ils sur-

1. On en voit plusieurs individus au Jardin des Plantes. 114 i

veillent la marche des caravanes ; qu'ils vont sur les marchés du Sahara, en regard de leurs montagnes, les uns à Rdamès et à Souf, les autres à Tougourt, à Ouergla et dans le Touat, échanger contre des dattes, du hlé et des vêtements, des peaux tannées du Soudan, des dépouilles d'autruche, de la poudre d'or, des défenses d'éléphant, etc., etc.

« Ce que leur laissent les caravanes, soit qu'elles aillent à Beurr-el-Adjem, soit qu'elles en reviennent , de la farine, de la rouyna, du kouskoussou , de l'huile , du tahac et autres denrées ( présents appelés addet-el-kefoul, l'habitude des caravanes), complètent leurs provisions.

« Car ils sont trop fiers pour cultiver la terre comme des esclaves , et trop divisés pour avoir che^ eux des marchés.

« Les richesses des gens du Tell, ce sont les grains ;

» Les richesses des Sahariens , ce sont les moulons ;

« Les richesses des Touareug, ce sont les maliara.

« C'est une ghrazia qui a donné le commandcjnent du Djehel-Hoggar au chef actuel Mohammedould-Biska. Un parti des Chambas d'Ouergla surprit , d y a quelques années, aux environs du Djebel- Baten , une vingtaine de Touareug qui s'étaient séparés de leurs frères en course pour venir abreuver leurs mahara dans l'Oued-Mia. Il v eut beau-

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coup de mal des deux côtés; car c'était Khreddache. chïkh du Djebcl-Hoggar, qui commandait les Touareug, et Ben-Mansour, chïkh d'Ouargla, qui commandait les Chambas.

« Dans la mêlée, le mahari de Khreddache s'abattit blessé, au pied d'un mamelon de sables; ce tut là le foyer du combat. Dix Touareug y furent tués , et, malgré l'acharnement des dix autres, leur chïkh fut enlevé.

« Quelques jours après , ils retrouvèrent son 'corps dans l'Oued-Mia, et l'on apprit que Ben-Mansour l'avait fait exposer sur les sept portes d'Ouargla, un jour sur l'une, un jour sur l'autre alternativement.

« A cette nouvelle, il y eut deuil dans le Djebcl- Hoggar. Les mariages projetés furent suspendus, les lieux de réunions publiques désertés ; chaque maître de la tente prit ses repas isolément, et les djouad, ainsi qu'ils font quand ils pleurent un parent ou un ami , laissèrent croître leur barbe , se firent veufs de leurs femmes, et jurèrent ce serment en assemblée générale :

« Que ma tente soit détruite si Khreddache n'est «< pas vengé ! »

« Khreddache laissait au monde une femme , nommée Fetomn, et un petit enfant. Fetoum était grande et belle ; sa figure se distinguait par des yeux bleus , beauté de race chez les Touareug , et

son caractère était nol)le. Souvent, montée sur un mahari , elle avait suivi le chïkli en ghrazia , animant du geste et de la voix les combattants , souffrant comme un homme la faim, la fatigue, la soif.

« Selon la loi , elle devait commander avec le conseil des djouad, en attendant que son tils eût l'âge du pouvoir. Deux villes du Sahara de l'est, Tougourt et Tmacin , étaient à la même époque, suivant la même loi , gouvernées par deux femmes.

« La beauté de Fetoum et le rang que devait prendre celui qui l'épouserait la faisaient rechercher par tous les djouad.

« Un jour qu'ils étaient assemblés dans sa tente , car des chouafa (espions) chargés de surveiller les Chambas venaient d'annoncer un mouvement de la tribu : « Mes frères, leur dit-elle, celui de vous « qui me rapportera la tète de Ben-Mansour m'aura « {)Our femme. »

« Le soir môme, toute la jeunesse de la montagne, armée en guerre, vint la saluer en lui disant : « Demain, nous parlons avec nos serviteurs «< pour aller chercher ton présent de noces.

« — Et je pars avec vous, » répondit-elle.

« Ce jour et le jour suivant furent employés en préparatifs ; au fedjer du troisième , trois cents Touareug suivaient avec Fetoum la roule d'Ouargla.

« On était au mois de mai , c'esl-à-diro à l'épo-

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que où les caravanes se mettent en voyage , où les tribus sahariennes se dispersent pour aller faire paître leurs troupeaux, où les Touareug reprennent le désert. Les sables étaient tapissés d'herbes ; tous les oued avaient de l'eau.

« La petite armée, commandée par Ould-Biska, cousin de Khreddache , s'avança rapidement vers le nord-est , campa le huitième jour sur l'Oued-ftJia ; à quinze ou vingt lieues d'Ouargla, on envoya les ■ chouafa à la découverte. Le lendemain au soir ils étaient de retour ; ils avaient appris qu'une forte fraction de Chambas se dirigeait vers l'Oued- Nessa avec des troupeaux considérables.

« De leur côté , les Chambas étaient avertis qu'on avait vu rôder quelques Touareug, et que sans doute un parti nombreux était caché dans les environs. Un Targui à leur solde, la foret ri est jamais brûlée que pur son propre bois , était d'ailleurs parti du Djebel-Hoggar par le droit chemin en même temps que la cfiravane et leur avait dit : « Veillez, car le danger s'approche ! »

« Ben-Mansour avait alors dirigé l'émigration de sa tribu vers les pâturages du nord. « Les Toua- « reug , pensait-il , n'oseront jamais se hasarder au « centre de notre pays, et si loin du leur. »

« Mais son heure était venue , c'était écrit ; et Dieu permit qu'au lieu de camper en force et de faire paître leurs troupeaux en commun, les di-

A'crses fractions des Chambas se fissent chacune nn douar isolé.

•« Par une marche forcée d'un jour et d'une nuit, les Touareug arrivèrent sur l'Oued -Mezab, à dix lieues seulement de l'Oued - Nessa , et s'y cachèrent, du soleil levant au soleil couchant, dans les broussailles et dans les ravins. La nuit suivante , ils reprirent la plaine au trot allongé de leurs chameaux; à minuit, ils entendirent devant eux les aboiements des chiens ; un moment après , enfin , à la clarté des étoiles , quinze ou vingt tentes leur apparurent au pied d'un mamelon.

« Voici le douai' de Ben-Mansour, » dit au chef de la bande le chouaf qui l'avait guidé.

•< Ould-Biska jeta alors le cri du signal, et tous les Touareug , en criant comme lui , s'élancèrent avec lui.

« Le sabre bul du sang pendant une heure.

« De tous les Chambas, cinq ou six seulement, les plus heureux et les plus agiles, s'échappèrent ; encore Ould-Biska, d'un coup de lance, arrétat-il un des fuyards.

« Au jour levé , Fetoum fit fouiller les tentes bouleversées ; sous chacune il y avait des cadavres ; hommes , femmes , enfants , vieillards , elle en compta soixante - six ; par la grâce de Dieu, un pauvre enfant de huit ou dix ans n'avait pas été

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massacré. Un Targui l'avait trouvé sous une tente abattue, blotti entre deux outres en peaux de chèvre; il n'était point blessé, mais il était couvert de sang.

« Connais-tu Ben-Mansour? lui demanda Biska.

« — C'était mon père.

« — Où est-il ?

« — S'il est mort, il est là, derrière ce buisson ; « il m'empoi'tait en fuyant; un de vous l'a frappé, « nous sommes tomliés ensemble. Tout ce sang est « de lui, » ajouta-t-il en pleurant ; et sa main soulevait son burnous ensanglanté.

« — Fetoum, c'est moi qui l'ai tué ! s'écria Biska. n Mes frères, >< ajouta-t-il ensuite en s'adressant aux Touareug qui se pressaient autour de Fetoum , " celle nuit nous a fait de grands ennemis ; épar- « gnons cet enfant; une générosité en appelle une « autre. «

» Au même instant, deux Soukemarcn arrivèrent , portant le corps de Ben-Mansour, l'un par ks pieds, l'autre par la tète; la foule s'ouvi'it devant eux pour leur donner passage , et se lesserra bientôt plus pressée pour voir le cadavre qu'ils avaient déposé sur le sable, devant Fetoum.

« C'était un homme de race, tout à fait blanc ; la lance d'Uuld-Biska l'avait frappé dans le dos et était sortie par la poitrine.

« Fetoum, immobile, mais les lèvres contractées, le regardait avidement.

« Ould-Biska, dit- elle, je suis à toi, comme je « l'ai promis ; mais prends ton poignard , finis « d'ouvrir le corps du maudit , arraches-en le « cœur, et jette-le à nos slouguis. »

« Et il en fut fait comme elle avait ordonné. Les chiens des Touareug ont mangé le cœur du chef des Chambas !

« Depuis ce jour, les gens d'Ouargla ont remplacé la corde en poil de chameaux dont ils ceignaient leur tète, par une corde en alfa (herbe); ils ont juré de ne reprendre la première qu'après la vengeance, et ils ont écrit à leurs frères de Metlily et de Gueléa de se tenir prêts à les suivre ; car, bien que dispersés à de grandes distances , les (rois fractions des Chambas n'ont pas cessé d'être en alliance. Si l'une d'elles est insultée et n'est pas assez forte pour se venger, toutes se réunissent en un lieu désigné , et là , devant Dieu et les marabouts, elles jurent, par le livre de Sidi- Abd-Allah, ce serment consacré :

« Nous mourrons ta mort , nous perdrons tes «« pertes, nous ne renoncerons à ta vengeance « que si nos enfants et nos biens sont perdus et 1- nos têtes frappées. »

Éloge du Sahara par l'émir Abd-el-Kader.

Gloire à Dieu !

toi qui prends la défense du hadar, Et qui condamnes l'amour du bedoui pour ses horizons sans Tunites,

Est - ce la légèreté que tu reproches à nos tentes ?

N'as-tu d'éloges que pour des maisons de pierre et de boue ?

Si tu savais les secrets 'du désert, tu penserais comme moi ;

Mais tu ignores, et l'ignorance est la mère du mal.

Si tu t'étais éveillé au milieu du Sahara, Si tes pieds avaient foulé ce tapis de sable Parsemé de fleurs semblables à des perles, Tu aurais admiré nos plantes.

î?9i LE SAHARA.

L'éfrnngc variété de leurs teintes,

Leur grâce , leur parfum délicieux ;

Tu aurais respiré ce souffle embaumé qui

doub'le la vie, car il n'a pas passé sur l'impureté

<les villes.

Si, sortant d'une nuit splendide Uafraîchie par une abondante rosée, Du baut d'un merkeb^ Tu avais étendu tes regards autour de toi , Tu aurais vu au loin et de toutes parts des lioupes d'animaux sauvages

Broutant les broussailles parfumées.

A cette beure tout cbagrin eût fui devant loi ;

Une joie abondante eût rempli ton âme.

Quel cbarme dans nos cbasses, au lever du «oleil î

Par nous, cbaque jour apporte l'effroi à l'animal fîauvage.

Et le jour du rahlP, quand nos rouges haouadedp sont sanglés sur les chameaux.

Tu dirais un cbamp d'anémones s'animant, sous la liiuie , de leurs plus ricbes couleurs.

Sur nos haouadedj reposent des vierges.

1. Werkch. Dans le Sahara, on donne ce nom aux monticules dont l'aspect rappelle la forme d'un navire.

■i. Ilahil , migration, déplacement des nomades. 3. Huouadedj , litières rouges des chameaux.

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