ORIGINE DU FEU
qui se trouvèrent dans le voisinage et leur fit prendre la fuite. Bientôt rassurés, ils se rapprochèrent peu à peu et sentirent tout l'avantage qu'ils pourraient tirer pour leurs corps de la douce chaleur du feu. On ajouta du bois, on entretint la flamme, on amena d'autres hommes, auxquels on fit comprendre par signes toute l'utilité de cette découverte. Les hommes ainsi rassemblés articulèrent quelques sons qui, répétés chaque jour, formèrent par hasard certains mots, dont l'expression habituelle servit à désigner les objets, et bientôt ils eurent un langage qui leur permit de parler et de se comprendre. Ce fut donc la découverte du feu qui amena les hommes à se réunir, à former une société entre eux, à vivre ensemble et à habiter aux mêmes lieux. »
Sans nous arrêter aux théories un peu puériles de Vitruve, niaux mythes qui témoignent de l'importance que les premiers hommes attachaient au feu, il est permis de supposer qu'un incendie causé par la foudre, par la lave d'un volcan en iguition, par la combustion spontanée de matières végétales en fermentation, par d’autres faits analogues, fit connaître à l’homme la puissance du feu et l'utilité qu'il pouvait en rer. Le choc accidentel de deux cailloux fait jaillir l’étincelle ; l'esprit d’observation lui apprend à l'obtenir de nouveau par le même procédé ; un grand progrès est accompli et l'avenir de cet homme est assuré. M. Dupont a recueilli au trou de Chaleux un rognon de pyrite de fer échancré d’une manière caractéristique; 1l a dû servir à obtenir cette étincelle précieuse. La collection Christy renferme un galet de granit avec une cavité en forme de godet, destinée sans doute à obtenir le feu par le frottement d'un bâton en bois bien sec tourné rapidement. Les deux modes usités encore de nos jours, étaient donc déjà employés. Il faut cependant maintenir une certaine réserve, en présence d'instruments aussi imparfaits et de faits aussi éloignés.
L'homme des premiers temps, durant la mauvaise saison et les froids rigoureux de l'hiver, se contentait de jeter sur ses épaules la peau des animaux qu'il venait de tuer. Les silex façonnés en
grattoirs servaient à les préparer, les aiguilles en os à les coudre. Durant les chaleurs, cet homme devait aller complètement nu. La pudeur n’est nullement un sentiment inné; l'éducation seule la développe. Fynes Morison écrivant en 1617 rapporte avoir vu à Cork des jeunes filles entièrement nues écrasant du blé sur une pierre. Les femmes Tchoutchis, dit Nordenskiôld, ne portent aucun vêtement sous la tente et cela quelque froid qu'il fasse. Dans les pays tropicaux, les femmes, les hommes, les enfants venaient absolument nus au-devant des navigateurs qui abordaïent dans leur île. Le comte d’Ursel, dans un récent voyage en Bolivie, raconte qu’en passant dans une petite ville du pays, il aperçut auprès de la fontaine publique « quelques demoiselles déjà grandelettes faisant leurs ablutions et prenant leurs ébats en tenue de paradis terrestre ». Les voyageurs qui parcouraient, il y a peu d'années encore, le Japon, disent qu’à leur passage, les habitants sans distinction d'âge n1 de sexe sortaient de l’eau dans un état complet de nudité, curieux qu'ils étaient de contempler les Européens. Le spectacle de ce qui se passe actuellement même chez des peuples comparativement civilisés permet de mieux comprendre ce qui devait exister, alors qu’une barbarie complète s'étendait sur le globe entier.
Ce n’est que bien plus tard, dans les temps auxquels nous avons donné le nom de néolithiques, que l’homme fabrique des étoffes et remplace la peau des animaux par des vêtements plus souples et plus légers. Les habitants des stations lacustres de la Suisse et de l’Ttalie cultivaient le chanvre. On a découvert à Wangen, à Robenhausen, des lambeaux d’une toile à trame grossière ; à Lagozza, des fragments plus primitifs encore. Sur quelques-uns de ces vêtements, on a même cru reconnaître des franges, des essais d’ornementation. Déjà Lartet avait remarqué dans les grottes du Périgord des aiguilles longues et grêles qui ne pouvaient servir pour la couture des peaux; il en avait conclu qu'elles étaient destinées à des travaux plus délicats, à des broderies par exemple. Un art nouveau et certainement inattendu se montre pour la première fois.