‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 5 sur 107 · Ossium fossilium Docimasia · texte numérisé non relu

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En 1723, Antoine de Jussieu disait à l’Académie des sciences

que ces pierres avaient été fabriquées sur place ou bien appor-

tées de terres éloignées. Il appuyait ses arguments d’un excellent exemple emprunté aux sauvages qui obtiennent le polissage des pierres par un frottement prolongé contre d’autres pierres. :

Quelques années plus tard, l’Académie des inscriptions était à son tour saisie de la question et Mahudel, un de ses membres, en lui présentant plusieurs pierres, exposa qu’elles avaient évidemment été taillées par des hommes. « Cette recherche, ajou-

tait-1l, fournit les preuves de l’industrie de nos premiers pères | pour subvenir à leurs besoins et pour se procurer les commo- { dités de la vie. » Il disait encore que depuis le renouvellement

du monde par le déluge, les hommes étaient restés longtemps sans connaître les métaux. Le mémoire de Mahudel est accompagné de planches ‘ (fig. 1) qui reproduisent des coins, des marteaux, des haches en pierre, des pointes de flèche en silex, tirés, nous dit-il, du cabinet des curieux.

Écoutons l'évêque Lyttelton : « On ne saurait douter, écrivaitil en 1766, que ces instruments n'aient été fabriqués dès la plus haute antiquité par des barbares ignorant tout métal?. » Depuis longtemps, un antiquaire éminent, Sir W. Dugdale, avait

attribué aux anciens Bretons des haches en silex trouvées dans

Je Warwickshire ; il les datait des temps où ces peuples ne pos-|

sédaient encore que des armes de pierre.

Une communication faite par M. John Frère à la Société Royale de Londres mérite d’être citée avec quelques développements*.

Ce savant distingué annonçait la découverte à Hoxne (Suffolk), à quatre mètres de profondeur, de pierres travaillées, armes naturelles d’un peuple qui n'avait à sa disposition aucun métal.

1. Mém. Acad. des Inscriptions, 1134, t. X, p. 163. 2. Archæologia, t. II, p. 118.

8. The Antiquilies of Warwickhshire, t. 1V, 1656. 4. Archæologia, t. XIII, p. 105.

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Avec ces silex on trouvait des ossements extraord

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hoire colossale d’un animal inconnu

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ignorant leur importance les jetaient sur les chemins pour combler les ornières. Tout faisait supposer que Hoxne était ( l'endroit où ce peuple primitif façonnait les armes et les outils } dont il avait besoin. Ainsi donc, dès la fin du siècle dernier, un membre de la Société Royale formulait ces propositions aujourd’hui prouvées jusqu’à la dernière évidence, qu'à une époque très reculée, les hommes ne se servaient que d'armes ou d'outils en pierre et qu’à côté d’eux vivaient des animaux gigantesques, inconnus dans les temps historiques. Ces faits, si curieux qu'ils nous paraissent, ne frappaient personne. Il semble que le moment de chaque découverte est marqué par une sagesse supérieure et que tant que ce moment n'est pas arrivé, l'évidence passe inaperçue et la science reste

À ve À aveugle.

Complétons notre récit, il est intéressant de connaître les phases par lesquelles la question a passé avant d’atteindre sa solution. M. Jouannet faisait connaître, dès 1819, qu'il avait trouvé auprès de Périgueux des armes en pierre. En 1823, le Rév. Docteur Buckland publiait les Reliquiæ diluviane ; des idées trop préconçues ôtent malheureusement de sa valeur à cet ouvrage d’un incontestable mérite. Peu d'années après, Tournal racontait ses découvertes dans la grotte de Bize auprès de Narbonne. Là gisaient confondus des ossements humains, des débris d'animaux, les uns complètement disparus, les autres vivant encore dans le pays, des silex travaillés et des fragments de poterie. Les résultats des célèbres fouilles de Schmerling dans des grottes auprès de Liège étaient publiés en 1833. Les conclusions de Schmerling sont nettes : « La forme de ces silex, disait-il, est tellement régulière qu'il est impossible de les confondre avec ceux que l’on rencontre dans la craie ou dans le Fran tertiaire. Toute réflexion faite, il faut admettre que ces silex ont été taillés par la main de l’homme et qu'ils ont pu servir pour faire des flèches ou des couteaux‘. » Ce que Schmer-

1. Recherches sur les ossements fossiles de la province de Liège.

ling ne dit pas et ce que Lyell a raconté en termes émus, ce sont les pénibles travaux, les courageux efforts du professeur liégeois pour pénétrer dans les cavernes qu'il voulait explorer et les obstacles plus sérieux encore qu'il dut vaincre, pour pu-( T4 ve un * blier des conclusions en opposition avec Ja science FRE) Ô

entamer

du jour.

M. Joly, en 1835, constatait la contemporanéité de l’homme et du grand ours des cavernes, en s'appuyant sur les fouilles qu'il venait de faire dans la grotte de Nabrigas et, peu de temps après, M. Pomel proclamait que l’homme avait été le témoin des der-

7 { mières éruptions des volcans de l'Auvergne.

Malgré ces découvertes, malgré la vive polémique à laquelle elles donnaient lieu, la question de l'antiquité de l’homme, de sa présence au milieu des grands animaux quaternaires ne faisait que de médiocres progrès. C’est à un Français, à M. Boucher de Perthes, qu’elle doit d’avoir enfin été admise par le public scientifique.

Boucher de Perthes reporte à 1826 ses premières impressions ; mais ce ne fut qu'en 1846 et en 1847 qu'il signala à Menchecourt, auprès d’Abbeville, puis à Saint-Acheul et à Moulin-Quignon, dans des alluvions déposées par la Somme, la découverte de silex taillés en forme de hache associés à des animaux de race éteinte, tels que le mammouth, le grand lion, le rhinocéros à narines cloisonnées, l’hippopotame, d’autres encore dont aucune histoire, aucune tradition n’attestaient l'existence dans nos régions. Il était impossible d'expliquer la constance de formes de ces haches, les retouches fréquentes, les arêtes vives que l’on remarquait sur la plupart d’entre elles, par la force des eaux ou par le frottement contre d'autres pierres, encore moins par l'effet mécanique des glaciers; il fallait donc bien y voir une action | réfléchie, une volonté intelligente, dont l’homme seul était capa-| ble. « J’ai manié pendant plus de vingt ans, écrivait le professeur Ramsay', des pierres façonnées soit par l’homme, soit par la

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