Littéralement, amas de débris de cuisine
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l'importance des objets découverts. Sur plusieurs points on voit reparaître des foyers en pierres plates chargés de cendres, de fragments de bois et de charbon. Il était désormais prouvé que ces monticules s’élevaient sur Les sites d'anciennes stations, que leurs habitants s’éloignaient rarement des côtes et que les mollusques qui abondent dans la mer du Nord étaient leur principale nourriture.
L'intelligence ne faisait pas défaut à ces races, quelque sauvages qu'elles fussent encore. Les premiers habitants de la Russie plaçaient leurs demeures auprès des rivières, au-dessus des plus hautes crues qu'ils savaient observer et prévoir. Les Scandinaves les orientaient avec précision et M. de Quatrefages montre le Kjo‘kkenmédding de Sœlager adossé à une colline, dans la position la plus avantageuse pour garantir les habitants contre les vents du Nord si difficiles à supporter dans ces contrées, à raison de leur violence. À Havelse, dit sir John Lubbock, le village était situé sur la côte mais sur un point assez élevé, pour être à l’abri de toute atteinte des vagues. Les visiteurs anglais firent faire devant eux une excavation ; au bout de quelques heures de travail, ils avaient recueilli environ cent fragments d'os, nombre d'éclats de silex, plusieurs pierres de fronde et neuf haches d’un travail grossier. Les fouilles de Meilgaard qu'ils entreprirent ensuite furent plus fructueuses encore.
La Scandinavie ne paraît pas avoir été habitée à l'époque paléolithique et les plus anciens faits connus ne datent que des expéditions romaines contre les Germains, encore sont-ils fort incomplets*. Ce qu'avaient pu savoir les Phéniciens ou les Carthaginois reste inconnu pour nous. Il est probable qu'à cette époque les Scandinaves ignoraient toute culture, du moins n’a-t-on retrouvé jusqu'ici aucune céréale, aucun produit agricole et, sauf le chien qui vivait peut-être à l’état sauvage, aucun animal domestique. Parmi les ossements recueillis dans les Kj‘kkenmôüddings, ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier sont de beaucoup les plus
1. À. Maury,-La vieille civilisation scandinave (Revue des Deux Mondes, sept. 1880),
nombreux. On a également trouvé l’ours, l’urus, le renard, le chal sauvage, la loutre, le marsouin, le phoque, parmi les petits mammifères, la martre, le rat d’eau, la souris. À Havelse, on a rassemblé plus de 3,500 ossements de mammifères. Parmi eux on n'a jamais rencontré le bœuf musqué, le renne, l'élan, la marmotte ; leur absence indique un climat plus tempéré que le climat actuel. Les bois des cervidés sont de toutes les époques de l’année, on doit en conclure que ces hommes, comme les troglodytes des Pyrénées, avaient renoncé à l’état nomade et vivaient durant toutes les saisons dans les habitations qu'ils avaient élevées sur les bords de la mer.
Parmi les oiseaux, on a pu reconnaître le grand pingouin aujourd'hui disparu, le coq de bruyère qui se nourrit exclusivement de bourgeons de pins, plusieurs espèces de canards et d’oies ; puis parmi les poissons, le hareng, le cabillaud, la limande et l’anguille. Les nombreux débris de chéloniens enfin attestent l'existence des tortues dans la mer du Nord.
Les objets de toute espèce, d’un type en général très grossier, abondent sous les Kj‘kkenmôddings ; tout métal est absent, 1l est probable que durant plusieurs siècles, après leur arrivée dans le pays, les Scandinaves n’en employaient encore aucun.
Il est facile de citer dans d’autres contrées des faits analogues. En 1877, le comte Ouvarof sigualait, au congrès archéologique de Kazan, des Kjôkkenmôddings auprès de l’Oka, gracieuse rivière qui se jette dans le Volga auprès de Nijni-Novgorod. En fouillant des bougry, petits monticules de sable qui dominent la vallée, 1l découvrait au milieu d’alluvions successivement déposées un lit de cendres et de fragments de charbons paraissant résulter d’un incendie. Un peu plus bas, une autre couche présentait des tessons de poterie, des armes, des instruments en pierre et des coquilles en quantité prodigieuse. Cette population nombreuse, à en Juger par ces témoignages de sa vie journalière, se nourrissait presque exclusivement de poissons et de mollusques ; les fouilles n'ont donné qu'un petit nombre d’ossements de mammiières. Les mollusques appartiennent presque tous à des espèces qui ne
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peuvent exister que dans les eaux de la mer. Alors donc que l'homme vivait déjà dans ces régions, les vagues venaient battre le bougry où 1l avait établi sa demeure et un climat plus doux rendait sans doute sa vie plus supportable.
M. Virchow a reconnu sur les bords du lac Burtneck, en Allemagne, un Kj‘kkenmôüdding appartenant aux premiers temps néolithiques, peut-être même à la fin des temps paléolithiques. Il y a recueilli des objets en pierre et en os et constaté d’une part l'absence du renne, de l’autre, comme en Scandinavie, celle des animaux domestiques. Mais ici l'habitation du vivant était devenue la sépulture du mort et de nombreux squelettes gisaient sur les foyers abandonnés. Le même fait se produit en Portugal ; des amas de coquilles se rencontrent à soixante ou à soixantedix kilomètres des côtes, à vingt ou à vingt-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Les fouilles ont mis au jour plusieurs foyers différents ; un des plus anciens s'élève dans la vallée du Tage ; des squelettes accroupis prouvent que là aussi la demeure du vivant était devenue son tombeau *.
De semblables dépôts ne sont pas rares en France. M. du Chatellier en signale un en Bretagne, dont il estime la contenance à cent mètres cubes. Il en a retiré des pointes de lance ou de flèche, des couteaux, des râcloirs, les uns finement taillés, les autres simplement éclatés, souvent même à peine dégrossis. La population était ichtyophage, à en juger par le nombre de coquilles accumulées, huîtres, patelles, pectens, coquilles de Saint-Jacques, palourdes, d’autres encore ; on ne trouve que quelques rares ossements de cerf, de sanglier et d'oiseaux du genre échassier.
On connait à la Canche, auprès d'Étaples, des séries de buttes s'étendant en demi-cercle sur une longueur de 260 mètres. Ces buttes sont composées de lits alternatifs de coquilles et de charbons, restes d'habitations successives et de foyers différents. Mentionnons enfin un Kj‘kkenmôdding situé à l’embouchure de
1. F. de Olivera, 4s Raças dos Kjoekkenmoeddings de Mugem, Lisboa, 1881.
la Somme. Sa longueur actuelle est de 250 mètres sur une largeur de 30 mètres environ. Il est principalement formé de coquilles adultes, auxquelles étaient mêlés des fragments de poterie grossière de couleur noire et de nombreux ossements de chèvre ou de mouton qui témoignent d’une époque plus récente que celle des Kjôkkenmôddings de la Scandinavie ou de l'Allemagne.
Mais c’est surtout en Amérique que le nombre et l'étendue de ces amoncellements deviennent singulièrement frappants; d’immenses bancs de coquilles, lentement accumulés par l’homme, s'étendent sur les côtes de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Ecosse, du Massachussetts, de la Louisiane, de la Californie, du Nicara- . gua. On les retrouve auprès de l’Orénoque et du Mississipi, dans les îles Aléoutes comme dans les Guyanes, au Brésil comme dans la Patagonie, sur les côtes du Pacifique comme sur celles de l'Atlantique, et les Shell-Mounds de la Terre-de-Feu se signalent de loin au navigateur par la nuance plus foncée de leur végétation. Longtemps on s’est mépris sur l’origine de ces monticules; ils ont été attribués à des causes naturelles, à l’émergement des anciens rivages de la mer par exemple, et ce n’est que dans ces dernières années qu'on a reconnu qu'ils étaient bien l’œuvre de l’homme.
Quelques-uns de ces Kjükkenmôüddings présentent des dimensions considérables. Sir C. Lyell en décrit un situé sur l'ile Saint-Simon, à l’embouchure de l’Allamaha (Géorgie), qui couvrait dix acres' de terrain sur une profondeur variant de cinq à dix pieds ; 1l était presque exclusivement formé d’écailles d'huîtres et, comme en Europe, les fouilles ont donné des haches, des flèches en silex et des fragments de poterie. Un autre de ces monticules situé auprès de la rivière Saint-Jean et formé, comme celui visité par Lyell, d’huitres, d’une dimension extraordinaire, mesure trois cents pieds de longueur sur une largeur qui n’a pu être que partiellement reconnue, mais qui atteint assurément plusieurs centaines de pieds. Les Kjükkenmôüddings
1. Rappelons que les mesures américaines sont les mêmes que les mesures anglaises ; l'acre équivaut à 40 ares, le pied à 30 centimètres, le mille à 1609 mètres.
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de la Floride et de l’Alabama sont plus remarquables encore. Il en est un situé sur l'ile Amélia, qui s'etend sur un quart de mille de longueur, avec une profondeur moyenne de trois pieds et une largeur de près de cinq pieds. Celui de Bear’s Point couvre soixante acres de terrain, celui d’Anercerty-Point cent, celui de Santa Rosa cent cinquante. D’autres s’étagent en hauteur ; Turtle- Mound, auprès de Smyrne, est formé d’un amas de coquilles d'huîtres atteignant une élévation de près de trente pieds; la hauteur de plusieurs autres dépasse quarante pieds ". Dans tous on a recueilli des boisseaux de coquilles et cela bien qu'une grande partie de leur emplatement soit encore inexplorée ; les grands arbres, les racines, les lianes grimpantes, les recouvrént depuis des siècles d’un fourré presque impénétrable.
Si l’homme a vécu dans le bassin du Delaware dès les temps les plus reculés dont nous ayons connaissance, nous le retrouvons dans ces mêmes parages à des époques plus récentes. A Long-Nick-Branch, un Shell-Mound s'étend sur une longueur d'un demi-mille. Un Kjokkenmôdding de la Californie est plus considérable encore. Il mesure un mile de longueur sur un demi-mille de largeur; les fouilles ont donné, comme dans toutes les accumulations de ce genre, des milliers de marteaux en pierre et d'instruments en os (fig. 24).
Les Shell-Mounds dont nous venons de parler sont tous dans le voisinage de la mer; il en est un cependant presque exclusivement formé de coquilles marines, à cinquante milies au delà de Mobile. Ce fait semblerait indiquer un changement considérable dans le relief du sol, depuis les premiers temps de la présence de l’homme dans le pays; il est peu vraisemblable, en effet, que cet homme ait pris tant de peine pour transporter si loin les mollusques nécessaires à sa vie quotidienne, alors qu'il pouvait si facilement établir sa demeure à proximité du rivage.
Je ne puis terminer ce qui est relatif aux Kjôkkenmôddings, sans faire ressortir deux faits intéressants. L'importance de
1. Brinton, Notes onthe Floridian Peninsula, Philadelphia, 1849.
ces amoncellements atteste à la fois le nombre des habitants et la longue durée de leur séjour. Worsaaë reportait à plus de trois mille ans en arrière la date initiale des plus anciens Shell- Mounds du nouveau continent; c’est là un point délicat sur lequel, dans l’état actuel de nos connaissances, il est difficile d’asseoir une opinion sérieuse. D’autres conclusions sont plus faciles ; elles portent sur l’étroite ressemblance des Kjôkkenmüddings de l'Amérique avec ceux de nos régions. Sur les deux continents, nous voyons des populations presque exclusivement ichtyophages ; les armes, les outils, les poteries sont identiques; les animaux caractéristiques des temps quaternaires ont disparu et les métaux sont inconnus. Ces remarquables coïncidences sontelles l'effet du seul hasard et ne doit-on pas plutôt croire que des populations issues de la même souche habitaient aux mêmes époques les deux rives de l'Atlantique ?
L'homme des Kjokkenmôddings avait assurément une demeure fixe. Depuis longtemps, la tente, l'abri momentané du nomade, s'était changée en cabane. Nous avons dit ce que pouvait être cette cabane, mais les données les plus certaines sur les habitations humaines à ces époques encore si peu connues nous sont fournies par les stations lacustres de la Suisse, et c’est aussi à notre génération que sont dues les premières découvertes qui les concernent.
Leur souvenir était complètement effacé et il fallut, à la suite d’une longue sécheresse qui désola la Suisse en 1853 et en 1854, la baisse extraordinaire du lac de Zurich et la vue des pilotis encore debout, pour attirer l’attention des archéologues. Dans l’espace circonscrit par ces pilotis, gisaient pêle-mêle les pierres, les charbons du foyer, les ossements, les marteaux, les pilons, les poteriés, les haches de toute forme, les instruments de toute espèce, les innombrables objets de la vie de chaque jour. Ces débris attestaient la demeure d’un des vieux habitants de la Suisse, l’asile où il se retirait pour éviter ses semblables et les animaux dont il avait également à redouter les attaques. S'il était parvenu à les éloigner, il devait succomber devant un
ennemi plus redoutable, et les pilotis à demi consumés par les flammes ont conservé Jusqu'à nous les traces de l'incendie qui avait détruit l'habitation lacustre.
Cette découverte excita un intérèt général qui redoubla, quand des découvertes semblables vinrent montrer que la Suisse entière était couverte de stations érigées au milieu des eaux. Il fut possible d’en reconnaître vingt sur le lac de Bienne, vingtquatre sur le lac de Genève, trente-deux sur le lac de Constance, quarante-neuf sur celui de Neufchâtel, d’autres, mais en plus petit nombre, sur les lacs de Sempach, de Morat, de Moosseedorf, de Pfæffikon *.
Le fait de constructions s’élevant au milieu des eaux n'avait rien qui püt étonner. On les connaissait dans les temps historiques et nous les trouvons de nos jours, aux Célèbes, dans la Nouvelle-Guinée, à Java, à Mindanao, aux îles Carolines. Le major Burton a vu des palafittes au Dahomey, le capitaine Cameron dans les lacs du centre de l'Afrique, et l’'évèque de Labuan raconte que les habitations des Dayaks sont bâties au bord des rivières, sur des plates-formes élevées. Les récits des historiens et des voyageurs permettent de mieux comprendre le mode de construction des stations lacustres ainsi que le genre de vie de leurs occupants.
On peut faire remonter les villages lacustres de la Suisse à trois époques différentes. Le palafitte de Chavannes, sur le lac de Bienne, est Le type de la première. Les haches sont petites, à peine polies, toujours en roche indigène (serpentine, diorite, saussurite); les céramiques sont grossières, mêlées de grains de sable ou de quartz, les fonds des vases sont épais et on ne voit aucune trace d’ornementation. La seconde période (Locras, Latringen) atteste un progrès sensible; les haches, quelques-unes fort grandes, sont bien travaillées. Plusieurs sont en néphrite, en chloromélanite, en jadéite; le nombre de celles-ci, comparé à celui des haches en minéral suisse, varie de cinq à huit pour
1. On connaît aujourd'hui en Suisse près de deux cents stations lacustres, mais combien en est-il d'autres qui ont complètement disparu ?
cent. On rencontre entre les pilotis, mais exceptionnellement, quelques lamelles de cuivre ou de bronze. La poterie est d’une pâte plus fine, mieux pétrie ; l’ornementation. chevrons, dents de loup, mamelons, est encore commune; l’anse se montre sous la forme de protubérances. La troisième période est largement représentée; on peut la dater de la transition entre la pierre et le bronze; les armes, les outils en cuivre sont déjà nombreux, ceux en bronze commencent à paraître. Les haches, les marteaux en pierre sont habilement perforés; on trouve fréquemment des outils en bois ou en corne. Les vases sont de formes variées, : munis d’anses, chargés d’ornements exécutés tantôt avec les doigts du potier, tantôt au moyen d’une liane ou d’une cordelette. Par contre, les haches en roches étrangères font défaut: le commerce, les rapports avec les peuplades éloignées avaient cessé ou du moins étaient devenus plus rares. Les instruments étaient emmanchés dans des gaînes en bois de cerf, que l’on retrouve à tous les états de fabrication. Le mobilier comprend aussi des grains de collier, des pendeloques, des boutons, des aiguilles, des peignes en corne. Les dents d'animaux servaient d'amulettes, les os présentant une matière plus dense que la corne étaient destinés à des têtes de javelot ou à des pointes de flèche généralement triangulaires et sans aïlerons”.
Les villages lacustres les plus anciens sont à une distance du rivage variant de quarante à quatre-vingt-dix mètres. Peu à peu, les hommes s’'aguerrissent contre le danger et les stations plus récentes sont situées à deux ou à trois cents mètres de la rive. Les pieux de l’âge de pierre mesurent de vingt-huit à trente centimètres de diamètre, ceux des âges suivants sont plus faibles. Leur extrémité était appointée, puis dureie au feu. Quand les pilotis étaient enfoncés, il fallait établir une plate-forme assez solide pour soutenir les cabanes; elle était formée de poutres disposées horizontalement et de branches entrelacées. Il est facile de reconnaître deux systèmes de construction : tantôt les plates-
1. Nous empruntons un grand nombre de ces détails à l'excellent ouvrage du Dr Gross sur les palafiftes suisses.
formes étaient soutenues par de nombreux pilotis ayant jusqu'à neuf mètres de longueur, solidement enfoncés dans la vase. Ce sont les Pfahlbauten où Palafittes situés ordinairement dans les eaux les moins profondes. D'autres fois, il paraissait plus facile d'élever le sol autour des pilotis, que de les enfoncer dans le roc dur qui formait le fond du lac. On prenait soin alors de les assujetüir avec des blocs de pierre, de la terre glaise, et des batteries de pieux qui servaient à consolider et à maintenir la masse. M. Keller donne à ces derniers lenom de Packiwverbauten, d’autres archéologues celui de Steinbergen.
La profondeur moyenne des eaux sur les points autrefois occupés par les bourgades lacustres est de quatre à cinq mètres, et on distingue encore aujourd’hui les pilotis, quand les eaux sont calmes et transparentes ; quelque usés qu'ils soient, leur tête émerge de trente centimètres à un mètre au-dessus du lHimon du lac. Leur nombre était considérable; on a calculé qu'il y en avait quarante mille à Wangen, cent mille à Robenhausen. La superficie des stations variait singulièrement; celle de Wangen mesurait, selon M. Troyon, sept cents pas sur cent vingt. Le baron de Mayenfisch a exploré dix-sept emplacements sur le lac de Constance, leur superficie oscille entre trois et quatre arpents. À Inkwyl, nous voyons une petite île artificielle de quinze mètres environ de diamètre. La bourgade de Morges, encore habitée durant l’âge de bronze, couvrait une étendue de douze cents pieds sur une largeur moyenne de cent cinquante. La population de ces villages ne paraît jamais avoir été bien nombreuse. Il est inutile de répéter les différents calculs qui ont été faits; ils ne reposent que sur des conjectures plus ou moins plausibles.
Les fouilles ont montré que les huttes qui s’élevaient sur les plates-formes étaient construites en roseaux et en branchages. Sur divers points, on a retiré des eaux des fragments calcinés et agglutinés et des morceaux d'argile ayant servi au revêtement. La maison avait été détruite par le feu et l'argile durcie par la flamme avait résisté à l’action dissolvante des eaux. Les morceaux,
lisses d’un côté, conservent sur l’autre l'empreinte des branches entrelacées qui formaient les parois intérieures. Quelques-uns parmi eux sont si réguliers que M. Troyon, se basant sur leur courbure, a pu dire que les cabanes étaient circulaires et pouvalent varier comme diamètre de trois à quatre mètres cinquante.
Une découverte récente à Schussenreid (Wurtemberg) vient compléter nos connaissances. Au milieu. d’un marais tourbeux s'élevait une hutte, un Knüppelbau que l’on fait remonter à l’âge de pierre. Elle est de forme rectangulaire et partagée en deux compartiments qui communiquaient entre eux par une passerelle formée de trois poutres alignées. Les planchers se composaient de rondins, les parois de pieux fendus en deux. Les fouilles ont montré plusieurs planchers superposés et séparés par d’épaisses couches d’argile. La hausse croissante du niveau de la tourbe obligeait sans doute le lacustre à élever progressivement sa demeure.
Si la Suisse par l’importance des découvertes, par le nombre des stations, reste le pays classique des villages lacustres, elle n'est pas le seul où nous les retrouvions. On en a reconnu sur le lac Majeur, sur les lacs de Varèse, de Peschiera, de Garde en Lombardie, sur le lac Salpi dans la Capitanate, sur d’autres points encore de l'Italie. À en juger par les objets retirés des eaux, on peut partager ces stations entre l’époque néolituique et l’âge de bronze.
Le palalitte de Lagozza est un des plus intéressants que nous connaissions. [1 forme un carré long, parfaitement orienté, d’une superficie de deux mille quatre cents mètres aujourd'hui entièrementenvahie par la tourbe qui atteint jusqu’à deux mètres de profondeur. Entre les poteaux encore debout, on aperçoit de nombreuses planches à moitié brûlées, les débris probablement de la plate-forme. Un de ces poteaux était recouvert de son écorce et il était facile de reconnaître le bouleau blanc (Betula alba L.). D'autres appartenaient à des essences résineuses” qui ne vivent