Les Mingréliens actuels
?. L'homme préhistorique, traduction Barbier, p. 50.
debout dans l’ile de Moussa, une des Shetland, est un des meilleurs exemples que nous puissions citer.
Une tour de quarante et un pieds de hauteur s'élève au bord de la mer; les murs en pierres brutes sans ciment forment deux circonvallations séparées par un passage couvert de quatre pieds de largeur. À chaque étage se trouve une suite d’ouvertures de la plus extrème petitesse, destinées à donner de l'air et de la lumière aux cellules et à une rampe qui conduit au sommet de la tour. Le seul mode d'accès est une porte qui ne mesure guère que sept pieds de hauteur et si étroite que deux personnes n'y sauraient pénétrer de front.
La régularité de cette construction, les connaissances architecturales qu’elle suppose, ne nous permettent de la rattacher ni à l’âge de pierre, ni même à l’âge de bronze; mais nous trouvons en Ecosse de plus anciens spécimens de l’architecture domestique, s'il est permis de lui donner ce nom. Ce sont des demeures souterraines, construites en pierres de grande dimension à peine dégrossies, posées par assises et auxquelles on donne indifféremment le nom d'Earth-Houses, de Pict’s Houses et de Weems. Peu à peu; ces constructions, conservant toujours leur forme ronde, s'élèvent au-dessus du sol, elles renferment de nombreuses petites cellules aboutissant par d’étroits passages à une chambre centrale. Les murs convergent en encorbellement et l’orifice est fermé par de larges pierres plates. Ces habitations sont sûrement antérieures aux burgs et la découverte d’un Pacts House, sous les ruines mêmes d’un burg, donne une complète certitude à cet égard.
Le problème soulevé pour Les burgs se présente aussi pour les nur-aghes, que l’on a si justement appelés une page d'histoire écrite sur toute la surface de l’île de Sardaigne par un peuple inconnu. Le comte Albert de la Marmora en comptait trois mille, il y a déjà quelques années, et au dire d’explorateurs plus récents, ce nombre serait bien dépassé. Comme les burgs avec qui ils offrent une étrange ressemblance, les nur-aghes sont des tours coniques à murailles très épaisses, formées de
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pierres énormes, tantôt taillées, tantôt brutes, disposées sans mortier par assisés régulières. On pénètre à l’intérieur dans une salle voutée en encorbellement et qui figure assez exactement un œuf coupé par la moitié. Aux étages supérieurs, on trouve deux, quelquefois trois chambres superposées auxquelles on accède par des degrés pris dans l'épaisseur du mur. Une
Fig. 53. — Nur-aghe à Santa Barbara (île de Sardaigne).
terrasse enfin couronne le monument (fig. 53). On entre dans le nur-aghes, faut-il ajouter, par une ouverture pratiquée au niveau du sol et si peu élevée que, pour la franchir, on doit parfois ramper à plat ventre.
On s'est souvent demandé quelle pouvait être la destination de ces tours. Sont-ce des temples, des lieux d’adoration, des trophées de victoires? Leur nombre exclut ces hypothèses. Des habitations, des vigies? mais aucun homme n'aurait pu vivre entre des murailles mesurant de cinq à sept mètres d'épaisseur, privé d'air et de lumière. Quelques voyageurs ont voulu y voir des tombeaux ; mais les explorations n’ont donné n1 ossements humains, ni mobilier funéraire. On ne peut les comparer qu'aux tours du silence sur lesquelles les Parsis exposent leurs morts aux oiseaux du ciel toujours prêts à s'acquitter rapidement de leur lugubre besogne.
L'origine des nur-aghes est aussi incertaine que leur destination. Diodore de Sicile les croyait fort anciens et un fait aujourd'hui connu permet une indication plus précise. L'ile de Sardaigne a été conquise par les Romains sur les Carthaginois, 238 ans avant J.-C. Un aqueduc dont les ruines se voient encore fut construit par les vainqueurs sur les fondations d’un ancien nur-aghe; ces constructions seraient donc antérieures au 11° siècle avant notre ère. M. Fergusson, qui parle avec autorité de tout ce qui touche aux monuments de l’âge de pierre, les fait remonter aux temps mythiques de la guerre de Troie! Selon toutes les probabilités, ils ont été élevés par un peuple envahisseur; La Marmora pensait que ces envahisseurs étaient des Lybiens ; M. de Rougemont, dans son histoire du bronze, estime que la voûte en encorbellement est le signe caractéristique de l’architecture des Pélasges,. architecture qui se confond avec celle des Phéniciens. Bien que toute conclusion paraisse prématurée, nous croyons que le peuple des nur-aghes faisait partie du grand courant d’émigration venu de l'Orient, courant dont les mégalithes érigés dans toutes les parties du monde restent le témoignage.
Les terres, les débris amoncelés autour des nur-aghes atteignent deux à trois mètres de hauteur. Les couches inférieures ont donné de la poterie grossière, des fragments de silex et d'obsidienne, des haches en basalte noire où en porphyre du type paléolithique, des bois de cerf, des défenses de sanglier. : On n’a rencontré jusqu'ici aucun ossement appartenant à des animaux soit éteints, soit émigrés. Dans des couches plus récentes, il a été recueilli des haches polies, des pointes de flèches, des couteaux en silex, des pierres de fronde et de nombreuses coquilles; dans les couches supérieures enfin, des tessons de poterie noire et des fragments de bronze qui appartiennent à l’époque de transition entre la pierre et les métaux.
Dans toute l'ile, à côté des nur-aghes, se dressent des tombeaux auxquels on donne le nom de Sepolture dei Giganti. Is mesurent dix à douze mètres de longueur, sur une largeur à
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peu près égale et sont construits tantôt en larges dalles, tantôt en pierres de petit appareil; ils sont toujours surmontés d’un fronton formé d'un seul bloc et souvent couvert de sculptures d’époques différentes. Ces sépultures sont certainement postérieures aux nur-aghes ; leurs fouilles ont donné de nombreux instruments en bronze sans aucun objet en pierre.
Les talayot, dont cent cinquante sont encore debout dans l’île de Minorque, ont la forme d’un cône tronqué à la base, cir-
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Fig. 51. — Talayoti à Trepuco (ile de Minorque).
culaire ou elliptique (fig. 54). Ils sont édifiés en grosses pierres brutes superposées sans ciment. Le plus remarquable de tous, est situé à Torello, auprès de Mahon; il mesure dix mètres de hauteur. Souvent on rencontre, placés devant les talayoti, des bilithes formés de deux larges pierres disposées, l’une horizontalement, l’autre verticalement pour lui servir de support. On ne sait quelle pouvait être leur destination.
Une autre série de monuments cyclopéens porte le nom de nanetas et représente un bateau renversé. Sept de ces nanetas existent encore aujourd'hui dans les îles Baléares. Celui qui est le mieux conservé est construit en grandes pierres brutes de forme rectangulaire; il renferme une chambre intérieure de moins de deux mètres de largeur; le toit s'étant effondré, sa hauteur exacte n’a pu être déterminée; nous savons seulement
que les murs latéraux atteignent quatorze mètres d'élévation.
Nous voyons aussi en Algérie des tourelles construites en pierres sans ciment. Tantôt elles sont carrées (basina) et surmontées d'un petit dolmen, d’autres fois elles sont rondes (chouchet) et la voûte est fermée, comme celles que nous avons cherché à décrire, en encorbellement.
Il est difficile d’omettre les #ruddhu et les specchie de la terre d’Otrante ‘. Le #ruddhu est une tour massive et conique, formée d'un amoncellement de pierres à peine taillées, placées sans ciment et revètues d’un parement extérieur. À l’intérieur est une chambre ronde, dont la voûte est formée d’une succession d'assises circulaires avançant les unes sur les autres. Quelquefois une seconde chambre s'élève sur la première ; on y accède par d'étroits degrés ménagés dans le parement ; ils conduisent également à la plate-forme qui couronne la tour. Les #ruddhi se
comptent par milliers; leur érection est de toutes les époques
et aujourd'hui encore les paysans de Lecce et de Bari continuent à les édifier, comme leurs pères le faisaient avant eux. A côté des #uddhi sont les specchie, massifs coniques en pierres sèches, plus considérables comme élévation et probablement plus anciens comme construction. M. Lenormant les dit des habitations, mais son opinion est très controversée et une grande réserve s'impose.
Les castellieri de l’Istrie, que les paysans slaves appellent séarigrad, sont encore peu connus. Leur étude ferait sans doute mieux ressortir leur analogie avec les nur-aghes et les talayoti. Ce ne sont cependant plus de simples tours, mais de véritables enceintes renfermées entre des murs formés de deux revêtements en pierres sèches, dont l'intervalle est comblé par des pierres plus petites. Quinze de ces castellieri existent sur le seul territoire d’'Albona, petite ville au sud-est de Trieste. On les rapportait à l’époque romaine, mais des renseignements plus récents les font plutôt remonter aux temps préhistoriques et la
1. Nicolucci, Scelse lavorate, bronzi e monumenti di terra d'Otranto. — F.Lenormant, Revue d'Ethnographie, février 1882.
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découverte, auprès des castellieri, de nombreux instruments en pierre apporte à cette opinion une preuve qui n’est cependant pas, il faut bien le reconnaître, décisive.
Peut-être devons-nous rattacher aux premiers âges de l’humanité les stations récemment découvertes par MM. Siret’, en Espagne. Ce sont des centres d'habitations entourés dé murs, d’une architecture très primitive. Nous reviendrons sur ces découvertes ; disons seulement ici que, dans la terre noirâtre qui formait le sol, on trouve des silex taillés, des haches en diorite polie, des coquilles perforées, des poteries variées, des meules à moudre le grain. Dans un grand nombre de ces stations, les explorateurs n’ont relevé aucune trace de métal.
Des temps d’une longue durée, des siècles inconnus se sont écoulés depuis la fin de l’époque paléolithique. Les burgs, les nur-aghes, les castellieri montrent le développement de la eivilisation. Ils témoignent en même temps que ces progrès se sont accomplis dans toute l’Europe, à des époques sensiblement peu éloignées etl’extrème analogie des constructions permet d'affirmer des rapports entre les races qui ont successivement envahi notre continent. L'importance de ces conclusions est considérable, l'étude des mégalithes les fera encore mieux ressortir.
1. Les premiers âges du métal dans le sud-est de l'Espagne. Bruxelles, 1887.