‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 70 sur 107 · LP IL PTS CAR · texte numérisé non relu

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Fig. 70. — Dolmen auprès de Trie (Oise).

Honorine primitivement érigée au confluent de la Seine et de l'Oise et reconstituée aujourd'hui dans les fossés du château de Saint-Germain présente cette même disposition. Par une exception dont Je ne connais pas d'autre exemple, une pierre était préparée, pour fermer au besoin l'ouverture.

En Angleterre, nous voyons les dolmens de Rodmarten et d’Avening ; Mérimée cite plusieurs mégalithes dans Le Wiltshire et, selon Sir J. Simpson, Atfs Coty House ne serait qu’un dolmen à ouverture. Les Holed stones, tel est le nom qu'ils portent, se rencontrent fréquemment dans le Cornwall ; les proportions de

l'ouverture varient considérablement; au Men-An-Tol, elle est de plus d’un pied, ailleurs elle dépasse à peine quelques centimètres. À Orry’s-Grave dans l’ile de Man, deux grandes pierres sont placées de manière à laisser entre elles un espace circulaire qui rappelle le même usage ou la même superstition. En laissant de côté les interminables légendes quise rattachent aux dolmens à ouverture, cette disposition remarquable qui se retrouve dans l’Inde et dans la Scandinavie, au Caucase et en France, en Angleterre et en Algérie, montre assurément chez les constructeurs une pensée commune. Les ouvertures sont trop petites pour permettre l'introduction de nouveaux cadavres ou pour offrir dans l'asile de la mort un refuge au vivant; elles ne pouvaient servir pour renouveler les aliments si souvent déposés dans la tombe; une seule hypothèse est probable, elles étaient préparées pour que l’âme, l’esprit, si l’on aime mieux ce nom, püt quitter sa prison terrestre et s’élancer vers ces régions heureuses admises par les croyances de tous Les peuples, et dont ces pierres portent jusqu'à nous l’impérissable témoignage.

Cest en Bretagne probablement que l’industrie dolmenique a atteint son plus grand développement. C'est là que le mobilier funéraire est Le plus important ; nulle part les armes ne sont plus soignées, plus finement travaillées, les ornements plus remarquables. Le Musée de Vannes, où sont réunies les principales richesses que les fouilles ont données, possède des haches en quartzite, en fibrolithe, en diorite et aussi en néphrite et en jadéite, dont les gisements sont étrangers à l’Europe, des grains d’ambre, un collier en calaïs, cette pierre précieuse décrite par Pline et qui depuis lui était restée inconnue.

Ce sont principalement les haches ou celts que l’on rencontre sous les dolmens de la Bretagne. Un rapport de M. R. Galles, lu à la Société polymathique du Morbihan, fait connaître les objets enfouis avec le mort sous le dolmen de Saint-Michel. C’est un véritable inventaire, où figurent onze celts en jade d’une grande élégance de formes variant de neuf à quarante centimètres de longueur, deux grands celts d'un travail plus grossier, brisés l’un

et l’autre, vingt-six très petits celts en fibrolithe au tranchant affilé, neuf pendeloques, plus de cent grains en jaspe ayant appartenu à un collier, enfin un anneau en ivoire. D’autres mégalithes n'étaient pas moins riches. Il a été recueilli trente haches à Tumiac, plus de cent, presque toutes en tremolite, au Manéer-H'roek; elles sont remarquables par leur poli, leur régularité, la variété de leurs couleurs. Rarement elles présentent des traces d'usure ; souvent elles ont été intentionnellement brisées, en conformité sans doute d’un rite funéraire. Le Finistère moins riche que le Morbihan fournit un contingent moins important. Les fouilles du tumulus de Kerhué-Bras ont fait connaître une chambre sépulcrale qui renfermait trente-trois pointes de flèche. Sous d’autres dolmens, il a été recueilli de petites plaques en ardoise percées d’un trou; une d'elles, de forme oblongue, portait un soleil rayonnant, entouré d’ornements assez peu distincts. Les mégalithes bretons ont aussi donné de nombreux fragments de poterie. Quelques-uns appartiennent à des vases apodes semblables à ceux trouvés à Santorin ou à Troie.

Sur d’autres points de la France, nous voyons les mêmes découvertes, des coquilles apportées souvent de rivages lointains, des grains de verre, des boules d'ambre, des haches, des celts en roches étrangères au pays. Le D' Prunières présentait à l'Association française réunie à Bordeaux, une collection d'armes et d’ornements provenant des mégalithes de la Lozère. M. Cartailhac faisait connaître au Congrès préhistorique de Copenhague le dolmen de Grailhe (Gard). Le squelette était accroupi dans un coin, autour de lui, gisaient un couteau, une pointe de lance en silex, un vase en poterie grossière, puis dans les terres qui formaient le tumulus, vingt pointes de flèche, une hache en chloromélanite, de nombreuses perles et des fragments de poterie. Etaient-ce là des offrandes au mort ou aux divinités infernales que l’on voulait rendre propices? Les tumuli des Pyrénées ont donné des grains de calaïs taillés en forme de petits cylindres et perforés selon leur axe; le dolmen de Bretou (Tarn-et-Garonne) 832 grains de collier, quel-

ques-uns en forme de cœur. Sous le dolmen de Vauréal, on a trouvé cinq crânes alignés et auprès de l’un d’eux, celui d’une femme, un collier en rondelles d'os et d’ardoise auquel pendait en guise d’amulette une petite hache en jadéite. Ces débris humains étaient accompagnés d’un celt en fibrolithe, de nombreux petits silex taillés et des tessons de poterie. Cette disposition des crânes est fort rare et je ne vois à lui comparer que les têtes de chevaux, aussi au nombre de cinq, placées à l’une des extrémités de la galerie d'accès du Mané-Lud.

Continuons une énumération que le défaut de place nous contraint d’abréger.

À Alt-Sammit (Mecklembourg), on a trouvé des haches en pierre, des couteaux en silex, des fragments de poterie couverts de stries et d’ornements ; à Tenarlo (Hollande), des urnes et des grains d’'ambre. À l’Aricress, dans l'ile de Jersey, nous sommes en présence d’une véritable nécropole des temps néolithiques ; on y a recueilli cent vases ou urnes de formes différentes. Le Long Barrow de West-Kennet a également livré de nombreux fragments de poterie et, avec ces fragments, des défenses de sanglier plus longues que les défenses dé nos sangliers actuels, des ossements de mouton, de chèvre, de chevreuil, de pore et aussi d’un grand bœuf; tous avaient probablement servi au festin funéraire. À une petite distance de Kennet, le révérend Doyen Merewether découvrait de nombreux instruments en silex. Là aussi, l'habitation du vivant s'élevait à côté de la demeure du mort.

Les dolmens de la Westrogothie ont donné des armes ou des outils en pierre polie, associés à des ossements d'animaux domestiques souvent travaillés par l’homme. À Olleria, dans le royaume de Valence, à Xerès de la Frontera, nous voyons des haches en diorite, en Algérie des vases remplis de mollusques terrestres. Dans tous les pays éclate Le respect de la mort.

. Ce respect est bien remarquable. Les constructeurs des dolmens n’hésitaient pas à sacrifier leurs objets les plus précieux, leurs ornements les plus riches, les haches, les pierres venues

de régions lointaines, transportées sans doute par la tribu dans ses longues migrations. Nul ne songeait à dérober ce précieux dépôt. Nos contemporains, si civilisés qu'il nous plaît de les supposer, ne seraient assurément pas aussi désintéressés.

Ce ne sont pas seulement des haches, des poteries, des ornements de toute espèce que les mégalithes recèlent. Les métaux font leur apparition; M. Piette à trouve dans ses fouilles une lame formée de feuilles d'or très minces soudées par le martelage. Le dolmen de Carnouët en Bretagne, de misérable apparence, comprenait une petite chambre sépulcrale sans galerie d'accès, sans cryptes latérales et recouverte d’un tumulus qui mesurait quatre mètres environ de hauteur sur vingt-six mètres de diamètre; ce dolmen inviolé jusqu'à nous à donné un collier en or du poids de 225 grammes, la crypte du Castellet une plaque et une perle en or, le dolmen d’Ors dans l’île d'Oléron une perle formée par l’enroulement d’une pépite préalablement aminceie par le battage. À Plouharnel, on a découvert sous un triple dolmen deux brassards en or. M. du Chatellier, en fouillant un mégalithe du Finistère, a trouvé un magnifique torque. On cite un torque à peu près semblable provenant du dolmen de Leys auprès d’Inverness et, dès 1842, Lord Albert Conyngham avait recueilli à New-Grange (Irlande) deux colliers, une broche et un anneau en or.

Il existe en France plus de cent mégalithes renfermant des objets en bronze ‘. Un cinquième environ des armes, principalement les épées et les poignards trouvés sous les dolmens du midi, sont en bronze. À Kerhué dans le Finistère, des épées en bronze étaient rangées en cercle autour d’un petitamoncellement de cendres et de terre noire, débris de l’incinération du mort, en l'honneur de qui le tumulus avait été élevé.

Les monuments de Roknia (Algérie) ont donné treize orne-

1. Encore ne tient-on compte dans ce chiffre que des mégalithes, d'où ont été retirés des objets d’une certaine importance. Le nombre dépasserait certainement le double, si l’on faisait entrer en ligne de compte les sépultures qui, comme

celles de l'Aveyron ou de la Lozère, renferment quelques grains de bronze mêlés à de nombreux objets en pierre.

ments en bronze et deux en argent doré d’un travail très médiocre, les dolmens du Caucase des perles en verre bleu, des pointes de flèche et des anneaux en bronze; mais M. Chantre, qui fait autorité sur la question, croit que ces objets datent d’inhumations postérieures à l'érection des dolmens.

Le fer a été longtemps plus rare que le bronze dans une très grande partie de l'Europe. Il n’a guère été connu en Scandinavie avant l’ère chrétienne. Dans la Germannie, dans la Pannonie, dans la Norique, 1l date du vn° ou du vi° siècle avant Jésus-Christ. Sous les mounds de l'Amérique centrale, nous voyons seulement quelques fragments de fer météorite que leur rareté rendait infiniment précieux et cependant, au xiv° siècle avant notre ère, le fer était déjà connu dans le monde hellénique et dès cette époque il était employé depuis plusieurs siècles en Égypte. Les plus anciennes sépultures du Malabar renferment des tridents en fer et la Genèse fait remonter son usage à des temps antérieurs au déluge. On s'étonne donc à bon droit de voir des peuples entiers ignorer pendant des temps illimités le moyen de se procurer ce métal utile entre tous.

Le fer n'a paru en Bretagne que vers les derniers temps de l'érection des mégalithes. On a constaté l’association de la pierre, du bronze et du fer dans la tombe de Nignol en Carnac, qui date de l’époque où l’incinération était déjà en usage. Cette même association se voit au dolmen du Rocher.

En Angleterre, mais surtout en Écosse et en Irlande, Les objets en bronze et en fer sont plus nombreux qu’en France. À Aspatria, il a été découvert un cist, où reposait un homme dont la taille dépassait 2°,10. Le mobilier funéraire était des plus riches; on cite une épée en fer avec une poignée incrustée d'argent, une boucle en or, les fragments d'un bouclier, d’une hache d'armes et d’un mors de cheval en fer. A Dowth, en Irlande, des couteaux et des anneaux en fer sont mêlés à des aiguilles en os, à des épingles en cuivre, à des grains en verre ou en ambre qui témoignent des rapides progrès de l’industrie. Un des cairns de Lough-Crew, vierge de tout remaniement, a donné avec de nom-

breux fragments d’ossements humains des tessons de poterie, des coquilles marines, 4,884 instruments en os, enfin sept morceaux de fer très oxydés. Les tumuli du grand-duché de Posen et ceux de la Prusse recouvrent des kistvaëns, où gisent des vases funéraires, des armes, des ornements en argent et en fer.

Nous sommes dans la plus complète ignorance sur l’époque et sur la provenance de ces divers objets. Les médailles avec leur date certaine pourront-elles mieux nous éclairer ? Au Mané-er- Hroek, il a été recueilli dans une couche extérieure au galgal onze médailles d'empereurs romains allant de Tibère à Trajan; sous le tumulus de Rosmeur, à la pointe de Pen-March (Finistère), différentes monnaies romaines ; à Bergous en Lockmariaker, au Mané- Rutual, sur d’autres points de la Bretagne, des monnaies des premiers empereurs chrétiens; à Uley (Gloucestershire), des monnaies des fils de Constantin; à Mining-Low (Derbyshire), sous un kistvaën entouré d’un cromlech, des médailles de Valentinien; à Galley-Low, avec un magnifique torque orné de grenats, une médaille d'Honorius ; à New Grange, des monnaies d'or de Valentinien et de Théodose. Celles-ci étaient à fleur de terre, quelques doutes pouvaient exister sur leur origine; ils ont été levés par la découverte d’une médaille de Geta trouvée sous le mégalithe même. Il serait facile de multiplier ces exemples, je ne veux en ajouter qu'un seul : sous Les barrows écossais, 1l à été trouvé des torques en argent et des monnaies des califes de Bagdad allant de 887 à 945 après Jésus-Christ.

Cette dernière découverte montre bien que les médailles ont été déposées après l'érection du mégalithe. Un autre fait vient à l'appui de cette conclusion : les plus anciennes monnaies gauloises datent de trois siècles environ avant notre ère; les monnaies anglaises leur sont postérieures d’un siècle à peu près. Comment se fait-il que les fouilles n’aient mis au jour ni les unes ni les autres? Les Romains ont successivement occupé les pays dont nous venons de parler; les tombes elles-mêmes témoignent de leur conquête et c’est par des violations de sépultures, des remaniements et des inhumations secondaires que l’on doit

expliquer la présence de médailles, de poteries, de briques appartenant incontestablement à la période romaine et que les légionnaires avaient sans doute déposées auprès de leurs morts. Quelles que soient les difficultés, ilest déjà possible d'arriver à certaines conclusions. On ne saurait associer les mégalithes à aucun des cultes connus de l'antiquité. Ils n’ont jamais été élevés en l'honneur d'Odin ni d'Osiris, d’'Astarté ni d’Athéné, des dieux phéniciens ou égyptiens, grecs ou romains ; leur érection semble n'avoir eu qu'un but, celui d’honorer les morts. Nous pouvons aussi renfermer la période de leur construction entre deux limites extrèmes. Nous ne rencontrons sous aucun d’entre eux les débris du grand ours ou du renne, encore moins ceux du mammouth ou du rhinocéros ; on y trouve au contraire les ossements des animaux caractéristiques de l’époque néolithique. C’est donc à cette période qu'il faut faire remonter les plus anciens parmi ces mystérieux monuments. Leur érection s’est poursuivie durant les temps intermédiaires entre la pierre et le bronze, durant l’âge de bronze et durant l’âge de fer ; elle s’est même continuée exceptionnellement pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne *. Des inscriptions en ogham montrent que des mégalithes ont été élevés en Irlande après la venue de saint Patrice; des croix, nous l'avons dit, surmontent quelques-uns des menhirs de la Bretagne et nous retrouvons dans l’'Hindoustan ce même signe de la foi du chrétien *. Il est probable que la construction des

mégalithes n’a cessé en Angleterre et en France que vers le

vin ou le 1x° siècle de notre ère et les menhirs érigés plus tard

1. On pourrait à la rigueur dire que l’érection des mégalithes continue de nos jours. Les Khassias élèvent dans l'Inde des cromlechs avec de grandes pierres plates mesurant six à sept pieds de hauteur et ne portant aucune trace de taille. Les Angamis, qui vivent à l'extrémité nord-est des possessions anglaises, érigent d'immenses alignements de menhirs semblables aux nôtres. Il serait facile de citer d’autres exemples.

2. On a découvert, en 1867, sur les bords du Godavery, entre Hyderabad et Nagpore, un certain nombre de dolmens formés de quatre pierres levées et surmontées d’une ou deux dalles en grès. Au milieu de ces dolmens, se dressent plusieurs croix en pierre que l'on prétend dater de la même époque que les dolmens. Or, au dire des archéologues les plus compétents, cette forme de croix ne fut introduite dans l’Inde qu'entre le vie et le vire siècle de notre ère.

encore, en Écosse et en Scandinavie, attestent l'attachement des populations pour leurs vieilles traditions. Ces rudes monuments se sont transmis d’une race à l’autre, des envahis aux envahisseurs, des vaincus aux vainqueurs.

Nous ne pouvons cependant omettre une objection sérieuse. Les historiens romains si exacts dans leur description des Gaules, de la Grande-Bretagne, de la Germanie, sont muets sur les monuments de pierre. Tacite ne fait aucune mention ni de Stonehenge, ni d’Avebury. César assista au combat de sa flotte contre celle des Vénètes dans la mer du Morbihan; si les pierres de Carnac avaient été debout, comment n’auraient-elles pas frappé le grand capitaine ? Ce silence est d'autant plus inexplicable qu'un des plus vieux géographes cite la pierre de Tapygie; Ptolémée parle d’une pierre semblable sur les bords de l'Océan, Strabon de dolmens groupés auprès du cap Cuneus, Quinte-Curce d'un grand alignement dans la Bactriane. Pline, qui cite une pierre branlante dans l'Asie Mineure, ne dit rien des mégalithes de la Gaule quil avait traversée à plusieurs reprises. Mais Ausone, Sidoine-Apollinaire, Fortunat si empressés à célébrer leur patrie, gardent sur ces monuments le même silence. Sulpice- Sévère, Grégoire de Tours, nos vieux chroniqueurs, sont également muets. Bien plus, au mois de juillet 1689, madame de Sévigné vint résider à Auray et visiter les environs. Dans les lettres où elle raconte à sa fille tout ce qu'elle faisait et tout ce qu'elle voyait, elle ne dit pas un mot des alignements de Carnac ou d'Erdeven, alors sans doute bien plus complets qu'ils ne le sont aujourd’hui et nous les trouvons mentionnés pour la première fois par la Sauvagère, dans son Recueil des Antiquités de la Gaule, où il attribue leur érection aux Romains. Il est donc permis de croire que ces monuments frustes et grossiers étaient dédaignés par des générations qui ne savaient n1 pénétrer leurs secrets, ni comprendre leur importance.

Au besoin, nous avons d’autres preuves de leur ancienneté. En fouillant un alignement dans la région occupée par le groupe de Kermario, on découvrait un campement romain. L’enceinte

est représentée par une longue muraille épaisse de deux mètres; accolées à cette muraille, on voit des pierres plates noiïrcies par la fumée, sur lesquelles cuisait sans doute la nourriture des légionnaires. Ces foyers sont quelquefois établis sur un menhir renversé et des menhirs appartenant aux alignements sont encastrés dans le mur. Une voie romaine passe auprès d’Avebury; contrairement à l’usage habituel de ces fiers conquérants, elle se détournait pour éviter le tumulus. Ces preuves sont décisives; elles permettent d'affirmer qu'en France et en Angleterre tout au moins, le plus grand nombre des mégalithes existait avant la venue des Romains.

Si nous parvenons à aboutir à quelques conclusions sur l’âge des mégalithes, la tâche est bien autrement difficile, quand nous cherchons à connaître la race à laquelle appartenaient les constructeurs. Une première question se pose : ces monuments sontils dus à une race unique ? L'hypothèse contraire, vivement soutenue par M.de Mortillet, a été longtemps fort à la mode. M. Worsaae déclarait au congrès de Bruxelles‘ que Les dolmens avaient | été élevés par des peuples différents; M. Cazalis de Fondouce ?, M. Broca*, M. Cartailhac * se rangeaient à cette opinion. « Les monuments en grandes pierres, disait le premier, ne sont-ils pas le produit du développement progressif d’une civilisation s’étendant de proche en proche, plutôt que l’œuvre d’un peuple unique, voyageant à travers les vieilles populations primitives et conservant partout ses mœurs, ses habitudes propres, sans rien emprunter à ses hôtes? » Pour Broca, la similitude des dolmens de l’Europe, de l'Afrique et même de l'Amérique ne prouve qu'une chose, la similitude des aspirations et des facultés de l’homme. Dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cherché pour leurs monuments non seulement la durée, mais aussi l'expression de la force et de la puissance. C’est dans

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