Nature, ? janvier
thérapeutique. À Saint-Martin-la-Rivière (Vienne), une sépulture datant des temps néolithiques renfermait cinq crânes trépanés* et une rondelle cränienne perforée, qui avait sans doute servi de pendeloque. Le mobilier funéraire était remarquable ; il comprenait des haches en calcaire corallien, en jadéite, en fibrolithe, en serpentine, des tranchets et des couteaux en silex, des pointes de flèche à ailerons et à pédoncle, des grains de collier, de nombreux vases enfin, les uns apodes, les autres à fond plat, presque toujours les uns et les autres dépourvus d’ornementation. M. Cartailhac a découvert sous un dolmen près de Saint-Affrique un crâne portant une double perforation : l’une située vers le bregma avait été faite durant la vie, l’autre au niveau du lambda n'avait été pratiquée qu'après la mort ?. Nous dirons les conclusions importantes que permet cette double opération, nous ajouterons seulement ici que la sépulture renfermait quatre autres squelettes qui ne portaient aucune marque de trépanation; les tibias étaient platycnémiques, les humérus présentaient la perforation olécränienne; ce sont à des caractères que certains anthropologistes attribuent, à mon avis, sans fondement sérieux à des races inférieures. Citons enfin une dernière découverte qu'il est impossible d’omettre. Un pariétal humain présentant une perte de substance évidemment artificielle a été recueilli sous l'abri d'Entre-Roches auprès d’Angoulême. Le crâne portait les traces très visibles d’une ostéopériostite; l'opération avait-elle eu lieu sur le vivant pour enlever une portion de l’os malade? L'opéré avait-1l succombé durant l'opération ou bien avait-elle été exécutée après la mort dans le but d'obtenir une rondelle crânienne ? L'une et l’autre de ces hypothèses sont plausibles et nous ne pouvons que constater l’absence de tout travail réparateur. C’est là un fait assez fréquent et l'intérêt de la découverte tient à une autre cause. L’abri d'Entre- Roches est regardé comme paléolithique, et si l’on était assuré que le terrain où gisait le pariétal n'avait point subi de rema-
1. Sur l’un de ces cranes la perforation avait été obtenue par le raclage. 2. Bul. Soc. anth. de Lyon, 1883-1884.
niement, il faudrait faire remonter les trépanations à l’époque qua-
ternare, au temps où l’homme vivait encore au milieu des grands
pachydermes, des grands félides disparus. C'est là ce qui est assez difficile à admettre tant que d'autres faits ne seront pas venus corroborer celui d'Entre-Roches. Mais si nous ne pouvons affirmer que la trépanation fut pratiquée dès Les temps paléolithiques, 1l est certain qu'elle s’est continuée dans nos régions jusqu'aux premiers siècles de notre ère. On montrait récemment à la Société d'anthropologie de Paris un crâne trépané trouvé sous une tombe mérovingienne à Jeuilly. L'homme, qui avait longtemps survécu à sa blessure, reposait dans une auge de pierre plus étroite aux pieds qu'à la tête. Le squelette d’un homme de quarante à cinquante ans a été découvert dans un cimetière franc à Limet, auprès de Liège. Il portait à la région pariétale gauche un trou de forme ovale ressemblant assez à un œuf de pigeon. Les traces de réparation sont très visibles et, comme l’homme de Jeuilly, l’homme de Limet avait certainement survécu à l'opération. Sa tombe, semblable à celles qui l’entouraient, était recouverte d’une grande dalle brute ; un autre squelette était couché à côté de lui, quelques clous, quelques fragments de bois furent les seuls objets trouvés dans la tombe *.
Jusqu'ici, nous n'avons parlé que de la France; les mêmes faits sont signalés dans toute l’Europe et nous n'avons guère que l'embarras du choix. Des rondelles crâniennes semblables à celles de la Lozère ont été recueillies dans l’Ombrie * et un cràne portant les traces d’une opération dont le but était l'enlèvement d’un fragment du pariétal gauche, dans la grotte de Casa da Mouva (Portugal). Ce crâne, comme ceux de notre pays, date des temps néolithiques.
M. Goss raconte la découverte dans un palafitte du lac de Bienne d’un crâne trépané; les parois présentent une coupure
1. On peut encore citer le squelette d’un homme de 55 à 65 ans, dont le cräne portait des traces de trépanation. Il a été trouvé par M. Pilloy dans un cimetière de l’arrondissement de Saint-Quentin. C'était un Franc, et le mobilier funéraire
montre qu'il vivait au vie siècle.