CHAPITRE VII
CAMPS, FORTIFICATIONS, FORTS VITRIFIÉS, SANTORIN, LES VILLES DE LA COLLINE D’HISSARLIK.
La combativité, pour emprunter la langue de la phrénologie, est un des instincts les plus vivaces chez l’homme. La Bible montre la lutte s'engageant entre les fils de notre premier père et, dès cette époque, la force primant le droit. L'histoire n'est qu'un long récit de guerres et de conquêtes, de victoires ou de défaites, et le progrès serésume en des inventions quirendent les combats plus meurtriers et les hécatombes plus sanglantes. Dès l’aube de l'humanité, l’homme avait appris à fabriquer des armes ; bientôt les armes lui parurent insuffisantes et la première fortification fut sans doute la caverne, dont le troglodyte obstruait l'entrée avec des blocs de pierre, des quartiers de rocs amoncelés et de larges fossés.
La population s’accroissant rapidement, Les luttes s’établirent de tribu à tribu, de peuple à peuple, de race à race. Elles durent ètre terribles entre les envahisseurs et les possesseurs du sol. Les moyens de défense s’accrurent avec les moyens d'attaque et nos ancêtres de l’âge de pierre étaient assez intelligents pour comprendre l'avantage qu'ils auraient à se créer des lieux de refuge, où ils pouvaient au besoin mettre à l’abri leurs femmes et leurs enfants, puis, devenus sédentaires, leurs récoltes et leurs troupeaux. Nous trouvons sur bien des points les vestiges de camps, de fortifications, de simples enclos, si l’on veut éviter des mots trop ambitieux.
Ces enceintes primitives, dit M. A. Bertrand’, pourraient bien être plus nombreuses qu’on ne le suppose si, comme cela paraît démontré, on doit restreindre considérablement le nombre des camps romains, c’est-à-dire des enceintes que l’on attribue uniformément à l'ère romaine.
La destination de ces camps ne peut être douteuse, mais nous serons moins affirmatifs que M. Bertrand sur leur origine. Les difficultés grandissent singulièrement à raison de leur occupation à des époques différentes et par des peuples différents, elles expliquent nos hésitations. Sous le bénéfice de ces réserves, nous allons résumer ce qui est connu sur les plus importants parmi ceux étudiés Jusqu'iei.
Le séjour des hommes dans la riche contrée qui s'étend entre la Sambre et la Meuse est attesté par des silex taillés, par des fragments de poterie, par des ossements humains qui remontent aux premiers âges. Les stations successivement habitées étaient situées auprès de cours d’eau ou de sources abondantes, autant que possible sur des plateaux isolés, escarpés, entourés de ravins. Hastedon, à deux kilomètres de Namur, est un des meilleurs exemples que nous puissions donner *. Le camp, reconnu pour la première fois en 1865, forme un carré long d’une superficie de treize hectares environ. Il est situé sur un mame- ‘lon isolé, relié au plateau par un isthme de soixante-dix mètres de longueur; au sud et à l’ouest, 1l est défendu par un ravin profond. A ces défenses naturelles, les hommes avaientajouté des travaux importants sur les points restés accessibles. Des tranchées creusées, il y a quelques années, ont permis de reconnaître desmurs d’une épaisseur moyenne de plus de trois mètres, formés de quartiers de roches, de sable, de rondins de bois, recouverts d’un revêtement en pierres sèches, et surmontés d’une palissade composée de trois pièces de bois parallèles aux murailles et de sept traverses perpendiculaires aux premières. Tous ces bois étaient carbonisés, le feu avait eu raison des assiégés.
1. Archéologie celtique et gauloise, p. 160, 2. Congrès préh. Bruxelles, 1872, p. 318.
Les fouilles avaient donné des monnaies des empereurs romains ; cette découverte, les palissades en tout semblables à celles décrites par César * , le nom mème d’'Hastedon, la tradition constante du pays faisaient croire à un camp gallo-romain. L’empereur NapoléonIlT avait même ordonné des fouilles sur son emplacement, espérant retrouver les traces des Atuatuques, une des tribus les plus belliqueuses du nord de la Gaule. Mais à côté des reliques romaines on recueillait plus de dix mille silex. Ce sont de simples éclats, des nuclei ayant servi de percuteurs, des lames minces et allongées, des pointes de lance ou de flèche souvent taillées avec art, des haches polies, des scies finement dentelées. Presque tous sont ébréchés et usés, ce qui exclut la pensée d’un de ces ateliers dont j'ai parlé. Avec les pierres, on trouvait des fragments d’une poterie grossière, impossible à confondre avec la poterie romaine ou gauloise. Les silex, la poterie, peut-être aussi les murs construits sans ciment font croire que si le camp de Hastedon fut sûrement occupé par les Gallo-Romains, peut-être aussi par les légions romaines, 1l avait été habité avant eux par des populations néolithiques ne connaissant pour toute arme que la pierre.
Le camp de Pont-de-Bonn, dans la commune de Modave (province de Namur), présente des dispositions à peu près semblables à celles de Hastedon*. Un mamelon s’avance dans la plaine; il est défendu au nord et à l’ouest par des rochers d’un accès difficile et relié vers l’est au plateau par une langue de terre fort étroite. Les escarpements sont protégés par des murs en pierres sèches, la gorge est fermée par des amoncellements de roches. A l'extérieur, on peut encore voir des excavations disposées en lignes régulières et reliées par un mur en maconnerie ; au pied de ce mur on a recueilli un certain nombre de clous en fer. Dans l’intérieur même de l’enceinte, des silex taillés sont associés à des monnaies romaines. Ne sont-ce pas là les preuves d’une longue occupation par les néolithiques d’abord,