Museo Moscardo, Padova
Danemark, les Tordenkeile en Norwège, les Thorsogqar en Suède. Thor, chez les nations du Nord était le dieu du tonnerre. Les Menqurun chez les Celtes”, les Y/derim-tachi en Asie Mineure, les Raï-fu-seki-no-rur au Japon, les Pedrus de Lamp dans le Roussillon ont la même signification. Les habitants des îles Mindanao nomment ces pierres les dents de l’animal au tonnerre et Les Javanais les dents de la foudre *. Au Cambodge les pierres travail-
xt | lées, celtes, herminettes, gouges ou couteaux, sont connues sous
! le nom de pierres de la foudre. Un empereur chinois qui vivait ‘au viu* siècle de notre ère reçut d’un prêtre boudhiste des cadeaux précieux que ce prêtre prétendait envoyés par le souverain des cieux; parmi ces objets, étaient deux haches en silex désignées sous Le nom de lowi-kong, pierres du dieu du tonnerre. Dans le même ordre d'idées, les silex taillés portent au Brésil le /nom de corisco, éclairs, et par une exception presque unique celui de linque san Paolo en Italie.
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N'est-ce pas aussi au culte des pierres qu'il faut attribuer certains rites religieux ou funéraires de l'antiquité ? Pythagore, au dire de Porphyre, à son arrivée dans l’île de Crète, se fit purifier avec des pierres de la foudre par les prêtres dactyles du mont Ida. Les Etrusques portaient à leurs colliers des pointes de flèche ensilex. Les Magesles recherchaient pour Les cérémonies mystiques de leur culte et les Indiens les déposaient respectueusement dans leurs temples. Les Arabes, au dire d'Hérodote, pour donner une sanction à leurs engagements, incisaient leurs
.«.é (mains avec une pierre tranchante; en Egypte, le cadavre avant
d'être embaumé était ouvert avec un couteau en silex ; le même { San instrument servait aux Hébreux pour la circoncision, et c'était | & aussi avec des pierres taillées que les prêtres de Cybèle se mutilaient volontairement en souvenir de la mutilation d’'Atys. A
. Rome, la hache en pierre était consacrée à Jupiter Latalis et Les traités solennels étaient ratifiés, après un sacrifice où un porc était
1. Les Bretons, selon M. Pitre de Lisle, croient qu'à chaque coup de tonnerre ces pierres oscillent.
?. Roulin, Acad. des Sciences, 28 décembre 1868.
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égorgé avec un silex tranchant. Les Equicoles, nation antique et rude, dit Virgile, avaient transmis cette coutume aux vieux Romains. Au commencement de l'ère chrétienne, les héros du cycle ossianique portaient encore au centre de leur bouclier une pierre polie consacrée par les Druides et une saga assure que les céraunies donnaient une victoire certaine à leurs possesseurs. De l’autre côté de l'Atlantique, les Aztecs employaient des lames d’obsidienne pour les sacrifices, où des centaines de victimes humaines succombaient misérablement et des lames semblables servent aux Guanches de Ténériffe pour ouvrir le corps de leurs
/ chefs après leur mort. Aujourd’hui encore, les Palikares Alba-
nais dépouillent de ses chairs l’omoplate d'un mouton avec des silex aiguisés pour chercher dans ses fibres les secrets de l’avenir!, et quand le dieu Gimawong visite son temple de Labode, sur la côte occidentale de l’Afrique, ses adorateurs lui offrent un taureau qui devait être immolé avec un couteau en pierre.
Aux premiers siècles du christianisme, on voit des rites étranges en l’honneur des dolmens ou des menhirs. Les conciles les condamnent, les empereurs et les rois appuient de leur autorité Les décrets de l'Église. Childebert en 554, Carloman en 742,
Charlemagne par un édit rendu à Aix-la-Chapelle en 789? in-
terdisent à leurs sujets ces rites empruntés au paganisme. Mais (
papes et empereurs sont également impuissants et les générations continuent à les transmettre aux générations. Au xvu° siècle, un ministre protestant réclamait le bras séculier pour détruire une superstition enracinée chez son peuple; en Angleterre des sorcières étaient poursuivies comme s'étant servi pour leurs prétendus sortilèges de pointes de flèches en silex ; en Suède, on plaçait une hache polie dans le lit des femmes en mal d’enfant ; en Birmanie, les pierres du tonnerre réduites en poudre servaient de remède infaillible contre l’ophtalmie. Mais qu'est-il besoin de remonter si haut ou d'aller si loin? Aux
1. Conciles d'Arles en 452, de Tours en 567, de Nantes en 658, de Tolède en 681 et 692, de Leptines en 743.
2. Baluze, Capitularia regum francorum, t. 1, p. 518, 1234, 1237.
jours où nous vivons et dans notre propre pays, on voit des
hommes se croire invulnérables et leurs bestiaux à l’abri de la
maladie, s'ils sont assez heureux pour posséder un silex poli. On divise généralement les temps préhistoriques en trois épo-
ques : l’âge de pierre, Väge de bronze, l’âge de fer. C’est aux ar-
chéologues du Nord” que nous devons cette division qui n’est ni
bien précise, ni bien rigoureuse et que des découvertes nouvelles
Fig. 2. — Haches en cuivre trouvées en Hongrie et appartenant au musée national de Budapest.
tendent chaque jour à ébranler ?. Il n’est nullement certain que tous les peuples aient parcouru le même cycle. « [peut y avoir, dit M. Alexandre Bertrand *, une loi immuable pour la succession PME np * des terrains sur toute l'écorce du globe; il n'existe pas de loi A LESE 2,2 | semblable applicable aux agglomérations humaines, à la succes-
RO AR | sion des couches de la civilisation. Croire que toutes les races | Brun (xl humaines aient passé par les mêmes phases de développement et ‘À # + LA fu :
| q 1. Steenstrup, Forchammer, Thomsen, Worsaae et Nilsson. La commission
nommée par l'académie des sciences de Copenhague présenta six rapports sur la question entre les années 1850 et 1856.
2. Je préfère la division en période paléothique où l'homme ne connaît encore DCE IS faue la pierre taillée à grands éclats, et période néolithique où elle est polie avec soin.
NXRi — 3. Archéologie celtique et gauloise, p. 46.
L'AGE DE PIERRE A TRAVERS LE TEMPS. di
parcouru toute la série des états sociaux que la théorie veut leur imposer serait une très grave erreur. »
Peut-être même conviendrait-il d'introduire un quatrième âge où le cuivre seul étaitemployé et où nos ancêtres ignoraient encore l’alliage nécessaire pour produire le bronze. Hésiode parle de la troisième génération parmi les hommes, comme ne possédant encore que le cuivre, et bien qu'il ne faille pas attacher une importance exagérée à des faits isolés, des découvertes récentes dans les Cévennes, en Espagne, en Hongrie, sur d’autres points encore, semblent confirmer l'existence d’un âge de cuivre (fig. 2). Ajoutons que les mounds de l'Amérique du Nord ne renferment que des instruments ou des ornements en cuivre, témoins d’un temps où ce métal seul était connu sur Îles rives de l’Atlantique comme sur celles du Pacifique” (fig. 3). +
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Fig. 3.— Grains de cuivre, Connett’s Mound (Ohio) (grandeur naturelle). + Le
Il est impossible de fixer la durée de l’âge de pierre; il a commencé avec l’homme, il a continué durant des siècles . Rs . J innombrables et aujourd'hui encore nous le constatons chez des races rebelles à tout progrès. Les scènes gravées sur les
. . ; . . LS monuments égyptiens qui datent de l’ancien empire montrent ( UT er
l'emploi d'armes de pierre; leur usage se conserve sous les Lagides et jusque sous la domination romaine. Je voyais, 1l y a quelques années, sur les bords du Nil, les gens du peuple
1. Dr Much, l’Age de cuivre en Europe et son rapport avec la civilisation des Indo-Germains, Vienne, 1886. — Pulsky, Die Küpfer Zeit im Ungarn, Budapest, 1884. — Cartailhac, Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portugal, p.211. —E. Chantre, Mat., juin 1887.
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Re: 0 Ce faire raser leur tête avec un couteau en pierre et les Bédouins yes An tea
de Gournah porter des lances armées de silex pointus. Les Éthiopiens à la suite de Xercès ne possédaient que des armes de pierre et cependant leur civilisation avait précédé de plusieurs siècles celle des Perses. Les tranchées ouvertes sur l’emplacement d’Alésia ont donné de nombreuses armes en pierre, glorieuses reliques des soldats de Vercingétorix. Au mont Beuvray, sur l'emplacement de Bibracte, on a découvert des haches et des outils en silex associés à des monnaies gauloises; M. de Rossi avait recueilli à Rome des objets semblables confondus avec l’Æs rude. Il est question de haches en silex dans la vie de saint Éloi écrite par saint Ouen et les tombes mérovingiennes livrent souvent des centaines de petits silex taillés, suprême offrande au mort. Guillaume de Poitiers raconte que les Anglais se servaient d’armes de pierre à la bataille de Hastings, en 1066, et les Écossais de Wallace les portaient encore en 1298. Ce n’est que bien des siècles après notre ère, que les Sarmates | ont connu les métaux, et au xIV° siècle, nous voyons aux Canaries une race, probablement d origine africaine, tailler dans la pierre des haches, des couteaux, des flèches et armer leurs javelots de pointes en corne. Les Japonais enfin ont continué à se servir d'armes ou d'outils en pierre jusqu’au x° et même jusqu’au x° siècle après J.-C.
Il n’est pas besoin de chercher des exemples dans le passé. Les Mexicains emploient encore aujourd'hui des lancettes en}
«ln 67 vaux obsidienne, comme leurs pères le faisaient avant eux ; les Eskimos (e «lfss €eX possèdent à la fois des armes en néphrite ou en jadéite et des rend aktss + fusils Remington. Nordenskiüld rapporte que les Tchoutchis ne
connaissent que des outils en pierre et que le sentiment artistique se révèle chez eux par des gravures sur os assez semblables à celles que l’on recueille dans les cavernes du midi de la France. En 1854, les Mqhavi, tribu indienne du Rio-Colorado (Californie), ne possédaient aucun objet en métal; et récemment encore, il en était de même pour les habitants des rives du Shingu (Brésil), pour les Oyacoulets de la Guyane française
et pour bien d’autres races nomades et barbares. Il a été dit avec
raison : « L'âge de pierre n’est pas une époque déterminée dans |
le temps, mais une phase du développement humain dont la durée varie selon les milieux et selon les races‘. »
En ramenant à ces limites la conception de l’âge de pierre, on peut conclure que dans l’Europe entière il a existé un âge où tout métal était inconnu, où la pierre était la seule arme, le seul outil de l’homme, où la caverne qu'il lui fallait disputer aux ours et aux grands fauves devenait sa précaire demeure et où des pierres grossièrement amoncelées étaient les temples de ses dieux et les sépultures de ses chefs.
Il n’est pas un seul de nos départements, où les fouilles n'aient donné des milliers de silex travaillés et rien n’est plus intéressant à étudier que la carte murale du Musée de Saint-Germain où l’on a relevé avec une scrupuleuse exactitude les stations de nos plus vieux ancêtres et les mégalithes qui restent leurs éternels témoins. |
On a recueilli en Crimée de nombreux petits silex taillés en forme de croissant, absolument semblables aux silex de même forme trouvés aux Indes ou en Tunisie et la Société d’Anthropoa logie de Moscou nous fait connaître l’âge de pierre dans les tumuli de la Grande Russie. [la été trouvé sur les rives du lac Lagoda des instruments en schiste argileux, dans la Carélie et dans la Finlande des outils en ardoise ou en schiste, souvent accompagnés de grossières figures d'hommes ou d'animaux. La rigueur du climat n’arrêtait point l'essor de notre race; dès les temps les plus reculés, la Laplande, la Nordlande, les provinces les plus septentrionales de la Scandinavie, la froide Islande elle-même étaient peuplées et, en 1878, l'Exposition de Paris renfermait des armes de pierre recueillies sur les bords de la mer Blanche.
Sur plusieurs points de la côte du Danemark, on rencontre des monticules surbaissés, atteignant jusqu’à trois mètres de
1. Irenée Cochut, Thèse présentée à la faculté de théologie protestante de Montauban.
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hauteur et portant au centre une dépression qui marquait le site de l'habitation. C'est vers 1850, qu'on s’est assuré pour la première fois de leur nature. Les fouilles ont mis au jour des couteaux, des haches, des outils de toute sorte en pierre, en corne, en os, des fragments de poterie, du bois carbonisé, puis des ossements de mammifères et d'oiseaux, des arêtes de poisson, des coquilles d'huitres et de cardium enfouis parmi les cendres du foyer. Ces accumulations ont reçu le nom caractéristique de Kjükkenmüddings *.
Plusieurs cavernes ont été Mn fouillées en Pologne; une d'elles située auprès de Cracovie paraît dater des temps paléolithiques. Déjà le comte Zawisza avait rendu compte au congrès préhistorique de Stockholm, puis à celui de Paris, de ses intéressantes découvertes. Il avait relevé dans la caverne de Wirzchow sept foyers différents et retiré des cendres accumulées, des amulettes, de grossières représentations de poissons en ivoire, des os fendus, des dents d'ours, d’élan, de loup, percées d’un trou de suspension et plus de quatre mille objets en pierre se rapprochant comme types de ceux trouvés en Russie, en Scandinavie ou en Allemagne. Nous voyons ces mêmes traces d'habitations successives dans une grotte auprès d’Ojcow; le mobilier assez riche comprenait de beaux outils en silex, des alènes, des spatules en os, des ornements en or mêlés dans les foyers inférieurs aux ossements d'animaux disparus, dans les couches supérieures aux ossements d'animaux contemporains.
Les découvertes faites dans l’Attersee et dans les lacs de Salzbourg, celles des grottes de la Moravie montrent dans ces pays l'existence de races fort anciennes, existence Jusqu'ici fortement contestée.
Les plus anciennes populations de la Hongrie ne remontent guère qu’à la période néolithique; avec des instruments en pierre polie, on a trouvé par milliers des objets en bois de cerf ou en os, presque toujours finement travaillés. Des outils, des