‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 96 sur 107 · SA NN · texte numérisé non relu

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tinée sans doute à la nourriture des animaux domestiques. Les plus curieuses prétendent imiter le corps d’une femme; la partie antérieure renflée forme une sorte de ventre saillant, surmonté d’un étroit goulot renversé en arrière et portant deux mamelons colorés en brun et entourés d'un cercle figurant l’aréole du sein ; autour du col des points rappellent un collier, des pendants d'oreille enfin sont représentés par des bandes elliptiques tracées en couleur. Nous reviendrons sur ces curieuses représentations, en parlant des découvertes faites à Troie ; ajoutons seulement 1iei que les vases trouvés à Santorin diffèrent, complètement par leur forme et leur genre d’ornementation, des poteries grecques, phéniciennes ou étrusques qui remplissent nos musées. [ls ne sont donc pas d'importation étrangère, mais fabriqués dans l’île même. Quelques doutes subsistaient cependant, à raison de l’absence de toute espèce d'argile sur le territoire de Santorin. Les savantes recherches de M. Fouqué les ont levés, en montrant qu'une grande vallée existait jadis au pied du cône central et aboutissait à la mer près de l’île d’Aspromisi ; c'est dans cette vallée sans doute que s'était déposée l'argile que les potiers avaient rapidement appris à utiliser.

Avec ces vases, on a découvert des augets destinés à recevoir le grain que l’on broyait, des disques en lave assez semblables à ceux dont se servent encore aujourd’hui les tisserands de l’Archipel pour tendre la trame de leurs tissus, des poids aussi en lave savamment gradués ‘, une pointe de flèche et une scie en silex à dents régulières, puis de nombreux instruments de toute espèce, principalement des flèches et des couteaux en obsidienne qui rappellent par leur forme ceux qui caractérisent l’âge de pierre dans nos pays.

Deux anneaux en or très fin obtenus par le martelage et une petite scie en cuivre sans trace d’alliage sont jusqu’à présent les seuls objets en métal que les fouilles aient donnés. Encore l’origine des premiers est-elle fort incertaine et leur provenance

1. La corrélation entre ces poids est manifeste; ils pèsent 250, 750 et 3000 grammes.

très contestée. Malgré cette lacune dans leurs connaissances, les habitants de Santorin étaient certainement plus avancés que les lacustres de la Suisse, les constructeurs des terremares de l'Italie, ou les Ibères du sud de l'Espagne, très probablement leurs contemporains ; et ce n’est pas sans une véritable admiration que nous constatons les progrès qu'ils avaient su réaliser.

Avant le cataclysme dont ils furent les victimes, l’île entière était couverte d'habitations commodes et solidement construites. Les hommes connaissaient la culture, ils récoltaient des céréales parmi lesquelles l’orge était la plus abondante, puis le millet, les lentilles, les pois, la coriandre, l’anis; ils avaient appris à domestiquer les animaux, les nombreux ossements de chèvres et de moutons le prouvent sans réplique ; ils possédaient des chiens pour la garde de leurs troupeaux, des chevaux pour leurs travaux agricoles; ils savaient tisser les étoffes, moudre le grain, extraire l'huile des olives, peut-être fabriquer du fromage, si l’on doit donner ce nom à une matière blanche et pâteuse, trouvée au fond d’un vase par le docteur Nomicos. Ils construisaient des voûtes, ils employaient des couleurs durables et brillantes. La scie en cuivre montre les premiers essais de la métallurgie indigène, l'or et l’obsidienne étrangers à l’île les rapports commerciaux avec des peuples éloignés. [ls aimaient les arts, la forme de leurs vases, les ornements qui les décorent sont souvent dignes des plus beaux jours de la Grèce. Une civilisation dont on ignore les débuts et dont on ne soupçonne pas les attaches surgit tout à coup devant nous.

On n’a retrouvé jusqu’à présent qu’un seul squelette humain, celui d’un habitant surpris sans doute dans sa fuite et écrasé sous les scories brülantes du volcan. Il était de taille moyenne et, autant que l’on peut en juger sur les débris retrouvés, âgé de 40 à 45 ans. Les os du bassin sont fortement soudés et les dents usées par la mastication.

Si nous cherchons à nous rendre compte de l’époque où vivait cette population, M. de Longpérier nous apprend que les vases de Santorin figurent sur le tombeau de Rekmara, parmi

les présents offerts à Thoutmès II, qui vivait au vin‘ siècle avant notre ère; et cependant les habitants de l'ile paraissent n'avoir rien emprunté à leur commerce avec l'Égypte. On rapporte au xv° siècle les premières invasions des Phéniciens en Grèce, mais la poterie, les constructions, les instruments divers de Therasia et d’'Acrotiri différent essentiellement de ceux des Phéniciens. Ces derniers, dès les époques les plus reculées, utilisaient les métaux, les habitants de Santorin en étaient encore à la pierre. Ne doit-on pas conclure de ces faits que la catastrophe qui atteignit l’île est antérieure au xv° siècle avant l’ère chrétienne ? M. Fouqué, en s'appuyant sur des considérations géologiques, la reporte même au xx° et le silence absolu de l’histoire semble confirmer cette supposition. Mais si des conjectures sur le moment de la catastrophe sont possibles, il n’en est pas de mème pour celles qui touchent soil à l’origine de la population, soit à l’époque de la première occupation de l’île par des êtres humains. Là, tout est encore doute et confusion et de nouvelles découvertes sont nécessaires avant que l’on puisse hasarder une conclusion.

Nous avons pris l’homme à son berceau, nous l’avons montré contemporain du mammouth et du rhinocéros, du grand lion et du grand ours, blotti au fond de sa caverne, ne possédant pour toute arme et pour tout outil que quelques silex à peine appointés, plus misérable cent fois que les animaux qui l’entouraient. Ce n'est pas sans émotion que l’on suit nos vieux ancêtres dans leurs luttes incessantes, ce n’est pas sans émotion qu'on les voit s’élevant peu à peu par leur intelligence et leur énergie à une civilisation relative. Santorin prouve avec éclat leur marche progressive ; nous l'apprécierons mieux encore, quand nous aurons raconté les ruines amoncelées sur la colline d'Hissarlik. Là se terminera cette partie de notre tâche ; les métaux, le cuivre, Le bronze, l'or, l'argent, le fer qui marquent la grande division des âges, vont se répandre parmi les hommes et devenir d’un usage général. L'histoire commence, c'est à elle désormais qu'il appartient de nous dire les migrations des races, les débuts des peuples, la formation des empires.

- Il y a bien des années, je naviguais sur l'antique Hellespont. Groupés sur le pont, les passagers prétendaient reconnaître la côte affaissée d'Asie, Les lieux où fut Troie, les tumuli que l’on croyait encore à cette époque les tombeaux d'Achille, de Patrocle ou d'Hector !, les ruisseaux qui portent Les noms à jamais

fameux du Simoïs et du Scamandre.

Le nautonnier voguant sur les flots du Bosphore Des yeux cherchait encore Le palais de Priam et les tours d’Ilium ?.

Par un admirable privilège, le génie immortalise tout ce qu'il touche, car il faut bien le dire, Troie ne fut jamais une ville importante et la guerre où elle disparut n’était qu'une de ces luttes qui se renouvelaient sans cesse entre les petits princes grecs et asiatiques.

Quand je visitai l'Orient, on n'était guère d'accord sur l’emplacement de la ville si longtemps assiégée par les Grecs ; certains esprits sceptiques prétendaient même nier toute l'épopée homérique. Cependant une tradition constante venue des anciens avait désigné la colline d’Hissarlik, comme le lieu où s'élevait Troie. Par exception, Strabon reléguait la ville au fond de la baie, là où nous voyons aujourd'hui le misérable village turc d’'Atchikeui. En 1788, une troisième version se faisait jour. Lechevalier, dans son voyage de la Troade, voulut voir le site de Troie à Bounar-Bachi. À cette époque, l’érudition était facile, et la critique peu sérieuse; la version de Lechevalier fut acceptée, elle s’est longtemps maintenue, et récemment encore M. Perrot s’en faisait Le défenseur. Le xix° siècle est plus exigent; les hypothèses même les plus plausibles ne suffisent pas, il faut des faits pour les appuyer et les travaux entrepris à Atchikeui, à Bounar-Bachi, sur d’autres points encore, montrent que jamais une ville n'avait existé sur ces emplacements.

1. Ces tumuli, d'après les dernières recherches du Dr Schliemann, remontent à une époque relativement moderne.

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