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AUTRE FAGOT D'âpINBS
Les deux officiera n*en étaient qu'à la moitié de
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leurs épreuves et mix moins rudes sans contredit. C'est dans l'autre palais que les attendaient les traitements les. plus imprévus et les cérémonies les plus bizarres. Il s^agissait de la surveiUaoce des choses ; rien, dans Ttle des Aphones, n'avait un ca-^ ractëre plus sérieux. Beaucoup de personnages en vivaient, et Dieu sait avec quelle vigilance ils y tenaient la main.
Cette fois rentrée du palais ne fut accompagnée, ni d'ombres, ni de mystères. De morale l'enquête devenait matérielle, et dès lors tout devait se passer au grand jour. Les magistrats qui exerçaient cette surveillance n'étaient pas assis sur des fauteuils ; ils étaient debout, Toeil au guet et armés d'instruments à l'aide desquels ils pénétraient les corps les plusréfractaires. Leurs connaissances embrassaient tous les produits du sol, de l'industrie et des arts ; ils devaient, au premier coup d'œil, discerner de quelle province venait tel et tel objet, et si rien d'étranger ne se glissait au milieu des fruits de Tactivité nationale. Des peines sévères frappaient de semblables infractions, et de loin en loin il s'élevait desbûchers pour faire justice des articles suspects.
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C'est à ce genre de surveillance que le capitaine et le lieutenant allaient être soumis ; on les traitait comme un ballot de café ou un sac de poivre. La loi ne plaisantait pas là-dessus ; bon gré, mal gré, il fallait s'y soumettre. Nos deux officiers réprouvèrent bien,
lis étaient à peine entrés dans la grande salle où la surveillance s'exerçait qu'ils se virent entourés des magistrats chargés de ce service. Comme les autres fonctionnaires, ces messieurs portaient Técrevisse sur la poitrine : seulement elle était en soie et du plus beau jaune ; on les eût pris pour des loriots. Le plus brillant et le plus jaune d'entre eux était le chef de la bande ; dans les grades inférieurs les nuances étaient moins vives et les emblèmes de moindre dimension.
Quand le cercle dans lequel Fox et Baby étaient renfermés n'offrit plus de lacune, le chef frappa dans ses mains, et sii hommes vigoureux se détachèrent de la troupe pour aller se placer auprès des patients, le mot n'est pas exagéré. A un second signal ces hommes tirent un mouvement gymnastique et prirent une pose qui n'avait rien de ras-
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surant ; ils tenaient les deux marins en arrêt et ne semblaient plus attendre qu'un dernier ordre. Le chef le donna :
-^ Qu'on les déshabille^ dit-il en frappant pour la troisième fois dans ses mains.
David, qui assistait à l'opération en sa qualité d'interprète, traduisit cet étrange commandement. . II est facile de comprendre les sentiments qu'éprouvèrent Fox et Baby à la pensée de Taffront qu'on voulait leur faire subir. Ils crurent d'abord qu'il n'y avait là dedans qu'une méprise ou une raillerie; mais quand ils virent que les hommes dont ils étaient entourés s'apprêtaient à exécuter de la façon la plus sérieuse Tordre qu'ils avaient reçu, une colère terrible s'empara d'eux. Jamais plus héroïque résistance ne fut opposée à de plus énergiques assauts ; des deux parts il y eut des prodiges d'accomplis. Baby ressemblait à un lion; il défendait ses vêtements pièce à pièce, et ne rendit sa culotte que par lambeaux. Fox résistait plus gravement, et se contentait de protester, au nom de sa nation et à la face de l'univers, contre l'humiliation infligée à des citoyens d'un État libre.
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Colères ou raeoaces, tout ftit vain , et en moins de cinq minutes le capitaine et le lieutenant se virent réduits au costume que portaient nos premiers parents à leur sortie du Paradis terrestre. Littéralement, ils étaient nus comme des vers.
Ce fut alors que le magistrat investi de rautorité crut devoir adoucir par quelques bons procédés le traitement un peu rude auquel ses justiciables ve-. naient d*être soumis. Il abaissa un regard paternel sur ces deux êtres, qui semblaient sortir des mains de la nature, et se dit que jamais il ne trouverait une occasion plus favorable de leur tenir le petit discours que voici :
a Messieurs, dit^il, je commence par voua poser une question à laquelle j'attends une réponse péremptoire. Point de déclaration mensongère sur^ tout; nos lois les punissent très-sévèrement. Je vous adjure de descendre dans vos consciences et de vous épancher à cœur ouvert.
a N'auriez'YQUS rien sur vous de probibé ?
« Parlez sincèrement* »
A ces paroles , Fox ne répondit que par un soà* rire de dédain ; mais Bàby se montra moips rési-
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gné. Son irritation s'en accrut , et il l'exhala en jurons qui auraient troublé un magistrat moiûs flegmatique et moins à cheval sur ses devoirs. Celui-ci ne s'en émut guère et continua :
a Vous vous fâchez , dit-il, tant mieux! c'est bon signe : les fraudeurs de profession ne se fâchent pas. J'aime donc à croire que vous ne celez rien d'interdit par les lois. Maintenant j'ai à vous expliquer pourquoi nous en agissons ainsi et pourquoi mes collaborateurs vous ont lois dans Tétat où vous êtes. C'est tout uq système , et je vous invite à en faire votre proGt ; l'imagination humaine ne saurait aller au delà.
a On vous a dit peut-être que File des Aphones possède cet avantage inappréciable de ne donner accès , sur aucun point de ses côtes , aux bâtiments étrangers, et qu'ainsi une barrière puissante sépare ses produits des produits des autres peuples. Â cette conformation particidière , elle a gagné de pouvoir garantir facilement son industrie du plus grand fléau qui puisse la menacer, c'est-à-dire de l'industrie des autres. La nature a beaucoup fait pour ce\a ^ et ce que nous y ajoutons n'est que
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le complément de ses faveurs. En temps ordU noire , nous n'avons qu*à nous croiser les bras et à laisser aux récifs le soin de nous défendre; ils s'en acquittent merveilleusement. Mais quand la circonstance l'exige, nous sonbmes là; le conseil s'assemble à l'extraordinaire 6t applique la loi. Or, la circonstance extraordinaire, c'est vous, Messieurs , et la loi , c'est Tétat où vous êtes.
« Mon Dieu ! ne vous récriez pas ; chaque peuple gouverne ses intérêts comme il Tentend I nous , c'est notre manière. Nous ne voulons rien recevoir de l'étranger, pas un brin de fil , pas un brin de coton , pas un grain de blé , pas une once de quoi que ce soit. On nous dit à cela : (( Mais ce que vous n'avez pas? » Nous nous en passons, c( Ce qui est de médiocre qualité? » Nous nous en contentons. «Ce qui est d'un prix trop élevé? » Nous n'en prenons que pour notre argent. Aucune objection ne reste sans réponse : nous sommes une nation de logiciens. Vingt fois nous avons prouvé que ce qui vient de l'étranger est une peste, et qu'il n'y a de bon, de beau , de sain , d'utile que ce que Tile des Apho-
nés produit. Sortir de là , c'est vouloir périr. Ce quMl y a de certain , c'est que nous y péririons, nous 'chargés de ce service, et cette considération nous suffit. Les auxiliaires d'ailleui*s ne nous manquent pas; nous avons à ce titre tous les fabricants de camelotte du pays , et le nombre en est grand.
(c Maintenant, Messieurs , tout s^expltque , notre rôle 9 notre manière d*agir, votre présence ici et le simple appareil dans lequel vous vous trouvez. G*est la loi , TinDexible loi ; elle ne transige pas et n'affranchit personne. Rien de ce qui est étranger n'est admis sur notre sol. Par une mesure récente, on a excepté la créature humaine et tout ce qui y est inhérent : les cheveux , la barbe, les ongles, les cils. Encore quelques bons esprits trouvaientils que c'était pousser bien loin la mesure des con* cessions. Mais cette exception même n'a fait que confirmer la règle et lui donner une plus grande vigueur. Vos vêtements étaient une insulte à nos institutions; voilà pourquoi nous vous en avons dépouillés : c'est déjà trop de la courte apparition qu'ils y ont faite. Pour expier ce scan-
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dale, ils figureront sur le premier bûcher qui sera allumé en Thonneur de la nationalité de nos produits.
a A Dieu ne plaise néanmoins que nous vous laissions dans la toilette légère où vous figurez; les devoirs de Thospitalité s*y opposent. Pour remplacer les bardes que condamnent nos lois, vous aurez un costume complet , comme en portent les habitants de Tile , et composé d'étoffes du pays. Allez-vous être heureux et brillants là-dessous! Quant à moi , je me réjouis d'avance à Tidée de vous voir ainsi troussés , et je me propose de rester ici jusqu'au bout afin de m'en donner le spectacle.
a Agents, babillez ces Messieurs, » ajouta-t-il en s'adressant aux estafiers qui avaient déployé un si beau zèle dans le cours de celte opération^