‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 105 sur 111 · S XX · texte numérisé non relu

S XX

LA ORANDB AVBNTURB DB BABT

Le jour suivant , TofBcier du Star se promit , à son petit lever, que le soleil ne se coucherait pas sans qu'il eût pénétré le secret du jardin et complété sa mystérieuse découverte. L*idée lui en

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souriait, on le voyait à ses allures. Il foulait la terre d'un pied plus fier^ et portait sa tête avec plus d'aplomb; toute sa personne respirait des airs de conquète^ empruntés aux meilleures traditions. Quand vint le moment de sa toilette, il s*y montra d'une exigence à lasser le valet de chambre le plus patient. Rien n'était assez raffiné ^ assez recherché pour lui ; les parfums étaient trop grossiers, les essences trop vulgaires; le peigne, à l'entendre , ne tirait pas de ses cheveux tout le parti qu'il aurait pu en tirer, et les cosmétiques n'adoucissaient pas suffisamment les ardentes couleurs de son visage. Assurément la nature avait beaucoup fait pour lui ; mais il voulait que Tart y ajoutât ses ressources. A tout prix il fallait réussir.

Quand il s'agit du choix d'un costume, cette préoccupation s'éleva au plus haut degré. Il ne trouvait rien à son gré, rien d'assez beau, d'assez riche , d'assez éblouissant ; ses gens de service en perdaient la tète. On alla chercher, dans la garderobe de David , ce qu'il y avait de mieux en feit de coupe et d'étoffes ; cela ne suffit pas. Il fallut mettre en réquisition le tailleur de la cour, qui fournit

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enfin quelque chose de convenable et d'un goût entièrement aouveau. C'était un vêtement qull venait de composer pour un jeune et magnifique seigneur» lequel ne voulait rien porter comme les au* très, et quittait une mode dès qa*il la voyait adop* ter autour de lui. Le fond de la robe était aurore, lamé d'argent ; Técrevisse, brodée au plumetis, se composait d*un mélange d'or et de soie du plus merveilleux effet : jamais la forme et la matière n'avaient été mieux combinées. Si difficile que fût Baby, il se rendit au premier coup d'œil; ses hésH tations cessèrent; il prit le costume aurore, avec l'assortiment. Là-dessous il avait un éclat extraor* (}inaire ; le soleil dut en être jaloux.

Pour que rien ne vînt contrarier l'exécution de ses desseins, Baby avait pris toutes les précautions imaginables. Au dehors il avait fait annoncer que ce jour-là il ne sortirait pas, et à l'intérieur il avait donné l'ordre de ne laisser pénétrer personne jusqu'à lui. Il voulait être seul» avait-il dit, libre, solitaire, afin de se recueillir et de se livrer pendant vingt-quatre heures à la méditation. Les consignes comprenaient tout le monde, les grands personna-

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ges comme le gros des curieux , les fournisseurs, les gens de service et jusqu'à David. Point dlmportun, à quelque titre que ce pût être. Quand il se fut ain^i retranché dans son pavillon, Baby attendit l'heure propice , celle qu'une forme de langage attribue aux bergers , et qui n'est pas l'apanage exclusif de cette classe de citoyens. L'heure propice, c'était midi : par suite d'un usage , commun aux pays chauds , il se faisait alors une sorte de trêve dans le travail de la journée ; maîtres et gens goûtaient un peu de repos et se dérobaient ainsi aux ardeurs de la saison.

Dès que le soleil eut touché au méridien , Baby prêta Toreille; les bruits du dehors, ceux du dedans, s'éteignirent peu à peu ; la ville tomba dans l'assoupissement. Cependant il ne quitta son pavillon qu'avec une précaution extrême , examina de tous côtés s'il ne restait pas du monde sur pied , et ne s'engagea dans le jardin qu'après s'être assuré qu^aucun œil indiscret ne l'avait aperçu. Une fois sons la feuiDée, il choisit de préférence les endroits les plus écartés, les labyrinthes les plus touffus, les fourrés les plus épais , afin de dérober sa marche à

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toute espèce d^Bvestigations. Un criminel n*y eûl pas mis plus de soin , ni apporté plus de prudence. C*est que Baby é(ait déjà criminel dans le Tond de FAme ; c*est que d*a?ance il s*était promis , dans les élans d*nne passion déréglée, de pousser les choses jusqu'au bout, ddt-il violer ce qu'il y a de plus digne de respect ici-bas, les devoirs de Thospitalité.

Le but de ses recherches était cet asile retiré qn*il avait aperçu une première fois. Pour le retrouver, il s'aida des observations et des indices gravés dans sa mémoire ; la forme d*un arbre, d'une pièce d*eau, d'une statue, la qualité des essences « leur port, leur hauteur, les perspectives qui y étaient ménagées , enfin les détails qui frappent et dont Toeil se ressouvient. Faut-il le dire? La science de Baby se trouva en défaut; il n'avait pas assez calculé les effets de lumière. Vus de jour, les objets n'avaient ni les mêmes teintes , ni les mêmes dimensions; ils changeaient d'aspect et de rapports entre eux ; ils étaient tout autres. Par moments , notre héros se sentait maître du terrain , il se reconnaissait à de certains signes ; mais, quelques pas plus loin y il retombait dans le doute et les ta-

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tonnemtsnts. Cette poursuite se prolongea au milieu de ces alternatives de clarté et d'ombre , sans qu'aucun résultat positif vint récompenser un effort si soutenu. Tout ce que Baby y gagna , ce fut de compromettre plus d*une fois son costume aurore en l'exposant aux outrages des arbustes épineuj.

Il est inutile de le dissimuler, les flammes de notre héros s'étaient singulièrement amorties dans cette première déconvenue; il en était arrivé à cette période de découragement qui suit un échec caractérisé. Tant de frais pour rien I cette pensée le navrait. Une toilette si irrésistible I un vêtement si glorieux ! Mais qu'y faire ? La fatalité s'en mêlait. Assis sur un banc de gazon /il en était à se remettre de cette course effarée et songeait même à battre en retraite vers son pavillon, afin d'y goûter un repos dont il avait grand besoin , lorsqu'une circonstance imprévue rendit à son cœur un peu d'espoir et à son corps quelque vigueur. Des sons d*une pureté et d'une douceur extrêmes venaient de frapper l'air ; il prêta l'oreille : c'était une voix

humaine qu'accompagnait un instrument ; l'instru-

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ment et la voix se mariaient si bien qu'à peiaè pouvait-on distinguer Tun de l'autre. Ce que c'est que les impressions I et qu'il faut peu de chose pour les transformer 1 Le ciel se fût ouvert devant Baby, qu'il n'eût pas éprouvé une joie plus grande; il lui semblait renattare ; il respirait avec plus d^ai^ sance y et envoyait un sourire reconnaissant aux objets dont il était environné.

Ce sentiment fut si vif, que notre héros demeura quelque temps immobile afin d'en mieui jouir ; il avait peur qu'au moindre bruit le chant ne cessât , et ne le laissât de nouveau livré à lùi^-méme. EnQn la curiosité reprit le dessus ; il se leva pour aller du côté de la voix y en retenant son soufQe et amortissant te bruit de ses pas. A l'aide d'un sentier sinueux et en gardant l'abri du feuillage , il parvint à un point du parc d'où il pouvait découvrir l'apparition. Ses pressentirhents ne l'avaient pas trompé : c'était une femme ; elle reposait sur un hamac en fil d'aloôs , ayant dans ses mains un instrument qui , par sa forme , rappelait l'accordéon , et s'en servant pour accompagner le chant le plus doux et le plus mélancolique du monde.

Vétne de mousseline blanche, elle ressemblait à une colombe dans son nid; des fleurs naturelles sortaient de ses cheyeux comme d*une corbeille et se répandaient autour d'elle en grappes de mille couleurs.

A cette vue , Baby resta plongé dans une longue extase ; il croyait rêver.

S XXL LBS TiaiifttTis d»vv orrioisa dm MAfttva

L*endroit où reposait cette fenune était des plus discrets et des plus riants que Ton pût voir. On y avait réuni à dessein toute une collection de plantes grimpantes, lierres, chèvrefeuilles, liserons, vignes vierges , lianes d'Amérique , qui s'y enlaçaient et mariaient au hasard > et prenant pour support les branches et les troncs des arbres , élevaient dans les airs et à une grande hauteur, un ddme épais de verdure. A dessein , aucune gêné n'avait été imposée à Fessor de ces tiges ; elles s'étaient développées librement ^ et sans que la main

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de rbomme leur imprimât ane direction. De là nu aspect irrégolier et sauvage qui ajoutait au charme da décor ; les lianes surtoat s*en allaient foUement dans l'espace, décrivant mille courbes de Teffet le plus hardi , des festons , des spirales « des ellipses , ou bien descendant en longues touffes , semblables à une chevelure dénouée , et qui se balançaient mollement au gré de la brise.

C'est à Tombre de ce feuillage vigoureux et sous ces tentures d'un vert d*émeraude qu'était saspendu le hamac. Quelques bancs rustiques dessinaient une enceinte h demi envahie par les liserons , el dans la perspective régnait une volière où les oiseaui les plus rares étalaient leurs plumages éclatants. Aucun site ne pouvait être mieux assorti a la physionomie de celle qui en semblait être la reine. 11 y avait sur ses traits quelque chose de mutin et de Oer qui se mettait eu harmonie avec cette nature agreste^ ses yeux de jais, ses sourcils arqués, son visage d'un teint mat et d'un ovale parfait, ses lèvres où la grâce s'alliait au dédain, touten faisait une de ces créatures piquantes qui captivent et tourmentent les cœurs, et les font

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passer, à leur gré , par toutes les ivresses et toutes les angoisses.

Au moment où Baby arriva à l'endroit d*oà il pouvait la découvrir , cette femme avait dégagé un d^ses pieds, et prenant la terre pour point d'appui, elle imprimait à son hamac un petit balancement semblable à celui d'un berceau. Se croyant seule , elle n*avait pas songé aux perfections que ce mouvement pouvait trahir, et sa jambe était livrée sans défense aux yeux indiscrets. Cette circonstance déjoua les combinaisons de Baby ; son admiration ne put se contenir, et un bruit de feuilles dénonça sa présence. En vain reprit-il une immobilité complète ; c'en était fait, on l'avait apperçu. Non^ rien ne saurait rendre l'expression de colère et de dépit qui éclata alors sur le visage de la beauté surprise. Diane à la vue d'Âctéon ne dut pas prendre des airs plus courroucés, ni jeter sur le coupable un regard plus foudroyant. Et cependant la déesse avait livré à cet infortuné chasseur de bien autres secrets que ceux de sa jambe. Il est vrai qu'en mythologie ces préjugés ne sont pas sérieux, et qu'il faut toujours y faire la part de la fable.

itt lmle des aphones.

Bfats« chez la dame au hamac , ^indignation Ait de bon aloi, ou du moins y en eut-elle les apparences. Rien ne sert d'approfondir ce point. D*un accent qu'nne reine n*eût pas désavoué et qu'accompagnait un geste impérieut ,

-^ Monsieur, s'^cria-t^Ile , qui étes-vous et qae faites-^vous ici ?

Baby , on le sait, était fortement trempé ; il avait m et aflh)nté, sans en être ému, des périls de plus d'un genre ; même sur les colères des femmes, il en saratt aussi long quis qui ce fût. Eh bien, pour la première fois, le coBur loi battit Violemment , fl se sentit troublé.

*^ Qui étes^vous. Monsieur ? répéta la voix.

Sur une interpelkitioB aussi formelle, H était im*possible de reculer; d'ailleurs Baby n'en avait pas le désir ; l'aventure se dessinait trop bien. Recomposant son maintien du mieux qu'il le put, il s'avança vers la fée du lieu , et de l'air le plus contrit et le plus, humble, il répondit :

^ Je suis uu grand coupable , Madame, puisque j'ai eu le malheur de vous déplaire.

— Mais qui encore? qui? Point de faujL-*>fayants.

L* ILS DUS iPHOr^fiSi 4ta

Yoi^s savez bien que ce parc est à nous et qu'ancan homme ne idoit y mettre les pieds.

Le ton, le geste étaient assortis an langage: cependant Baby essuya ce cboc avec pbis ^e fei^ meté ; disons mieux , il y prit goût : ces airs de d4mon étaient adorables»

— En vérité , Madame,! dit-il avec un. parfait « aplomb et une apparente candeur.

— Sous peine d'ttre pendu , Monsieur.

^ Pendu? Mais vous avez le drcntde faire grAce^ Madame*

^ Itou , Monsieur ; tout au plus un droit de^ sursd.

— Je rînvoque pour me défendre : écoutez* moi. Vous me dites que cette portion des jardins est interdite aux hommes. Je Tignorais.

•^ Yous n'êtes donc pas de Thdtel, Monsieur?

~ J*en suis seulement Thôte, Madame, Tbôte indigne» je le vois. Je suis un étranger, arrivé d'hier dans Ttle, et qui met à vos pieds ses hooH mages et ses regrets,

Baby dut se féliciter d'avoir donné à sa pensée une forme aussi heureuse » lorsqWil s'^persut du

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changement que sa dernière phrase opéra sur la physionomie de celle qui l'interrogeait. Un coup de théâtre n*est ni phis prompt ni plus décisif. Le nuage disparut de dessus le front, et la lèvre s'anima d'un sourire.

— Un étranger? dit-elle. Vous êtes un étranger, Monsieur?

— Tout ce qu*il y a de plus étranger, Madame, et en même temps de plus empressé à vous servir, répliqua rofficier qui était en veine de galanterie.

La dame se releva sur son coude, regarda fixement son interlocuteur, l'examina avec attention; et comme si elle eût trouvé le mot de Ténigme qu'elle cherchait :

— Alors, dit-elle, vous êtes le lieutenant Baby. Quel succès pour notre héros ! D'emblée et sans

hésiter, on venait de le nommer sur son seul as* pect. 11 fallait donc que ce fût un visage à bien grand caractère que le sien. Et d*où lui venait cet honneur? de la plus ravissante créature qu*il eût rencontrée dans ses voyages. Rien n'était à lui comparer, ni les beautés de l'Asie, de tout temps célèbres, ni les nymphes d'Amérique et d'Europe

dont H connaissait les dangereuses faveurs, ni les femmes de Tarchipel du Sud, qui mangent au besoin les gens qu'elles ont aimé. Aucune analogie n'était possible, aucun rapprochement permis. Plus il examinait le détail de ses charmes, plus il en était émerveillé et plus il se sentait enhardi : la crise approchait.

— Lui-même , Madame , le lieutenant Baby de Savannah , dit-il en essayant de s'emparer de sa main. D*oà le connaissez-vous ?

— Le lieutenant Baby, reprit-elle en se refusant à cette marque de familiarité, qui né le connaît pas? qui ne Ta pas entendu nommer? Parle-t-on d'autre chose dans ce pays-ci ? Est-il roi, empereur qui fasse autant de bruit? Quelque part qu'on aille^ c'est de lui qu'il s'agit. Baby, par-ci, Baby, par-là, toujours Baby, partout Baby. Âhl c'est vous, Monsieur? ajouta-telle en l'enveloppant de nouveau d*un regard curieux.

— Moi-même, Madame, répliqua TofEcier qui se rengorgea involontairement.

— Eh bien , je ne m*en cache pas, je suis enchantée de vous voir.

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Ces derniers mots eurent on effet désastreux ; 9s forent poor le cœur inflammable de Baby,€e qu*est la mèche soufrée en contact avec une traînée de poadre«

— Décidément je la subjoguOt se dit-il à part lui; oui| je la subjugue ;mon costume aurore lui doope dans l'œil. Il est vrai qu'on n'est pas accoutumé, dans ces parages, à des garçons tournés comme moi. Allons, Baby, un peu de confiance ; die sied aux gens de votre valeur. C'est l'instant de déployer tous vos moyens.

Il ouvrit donc l'assaut, commenta par les petits manèges et essaya de passer aux grands. Mais il put bientôt voir à qui il avait affaire ; a chacune de ses manœuvres on opposa une manœuvre plus savante encore ; ses plus ingénieuses combinaisons furent déjouées avant môme qu'elles eussent atteint un développement complet. Les plaisanteries, passe; mais rien au delà. Le pauvre Baby suait sang et eau» et se retranchait derrière le sentiment après avoir voulu conduire les choses à la houssarde. Alors des rires éclataient, des rires întarissables, à morfondre l'homme le plus entreprçnantt

Décidément la veine n'était pas heureuse, et si tristes qu'eussent été ses campagnes passées, celleci les dépassait toutes en incidents malencontreux. Il était tombé entre les mains d'une luronne qui connaissait Fart de défendre les places, mieux qu'il ne connaissait celui de fès attaquer, avait sur tous les points la riposte prompte, et ne livrait que ce qu'elle voulait livrer. La déroute fut donc générale et sans espoir de revanche.

Quatid Baby en eut acquis la conviction et compris l'inutilité de ses efiforts, il essaya de se rabattre sur un chapitre moins délicat et où la pudeur n'eût pas de motif de s'effaroucher. Ce qui lui importait en l'état des choses, c'était de se ménager une retraité honorable et de sauver l'honneur du drapeau. Il s'en tira en tacticien consommé. Même dans ses poursuites les plus folâtres, il ne perdait pas de vue l'intéressant problème dont il était préoccupé et qu'à tout prix il voulait résoudre. L'un des deux sexes lui avait fait défaut ; il s'agissait de savoir s'il y avait plus à attendre de l'autre. Que les hommes n'eussent pas la parole libre sur un point déterminé, on pouvait le comprendre ; mais que les femmes

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eussent laissé enchaîner leur langue à propos de quoi que ce soit, c*est ce qui ne s'était jamais va ni dans aucun temps, ni dans aucune civilisation. Les chances étaient donc bonnes pour obtenir un édairâssement définitif.

Dès que Baby se fut arrêté à ce dessein, il changea à Finstant de manières. Les airs conquérants seyaient mal à un homme profond. Puis, lorsqu'il crut la transition suffisamment ménagée , il entra hardiment dans le vif des choses , et posa son éternelle question :

— Madame » dit-il , sans être indiscret , peut-on vous demander sous quel gouvernement vous avez le bonheur de vivre?

La phrase n'était pas achevée , que deux coups secs retentissaient sous les voûtes du bois ; Baby venait de recevoir la plus magnifique paire de soufflets que jamais main de femme eût administrée. Il en eut toute sorte d'éblouissemeots. En même temps, un homme déboucha d'une allée voisine et vint se mêler à cette scène, où le lieutenant avait joué un rôle peu avantageux.

— Madame David , madame David , dit-il , est-ce

ainsi que VOUS traitez mes hôtes? Peste 1 comme vous y allez I

Ainsi Baby avait à la fois deux soufflets sur les joues et une grande noirceur sur la conscience. II n'était pas plus avancé dans le problème qu*il poursuivait, et s*était attaqué à la femme même de celui qui l'avait accueilli sous son toit. Quel criminel ! et pour comble d'infortune, il ne Tétait que d'intention.

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