LES COURSES A PARIS
d'une erreur. Il s'est formé en effet, de l'autre côté du détroit, une école nouvelle, composée surtout de gentilshommes campagnards, et qui traite avec un sing;utier dédain leè courses d'£psom et de Newmarket, bfen déchues de leur ancienne magnificence. L'expérience a parlé : on défère à ses leçons. Plus d'empressemeot , plus d'engouement pour ces fêtes équestres; c'est abandonné désormais aux jockeys; la noblesse s'en éloigne peu à peu. Et en revanche, elle reporte ses soins sur les races dû pays, par exemple , celles du comté de York, que la manie des animaux de luxe menaçait d'anéantir. Au lieu de bétes de parade , elle s'assure ainsi de bons serviteurs , et cela à moins de frais ; l'utilité prend le pas sur la curiosité ; c'est dorénavant la tendance.
Noua pourtant, hous persistons dans des méthodes que désertent à bon droit ceux de qui nom les tenons. Nous croyons encore au cheval de CQurse ; nous voyons en lui la régénération de l'espèce ; nous ne supposons pas qu'il y ait de salut hors de hii* Chaque année, au print^fnps, la curiosité publique y est ramenée bon gré mal gré ; le
n^ lES GOURSKS A PARIS.
Champ-de-Mars ouvre ses fêtes , les courses libres se multiplient aux environs, la spéculation éques* tre se ranime. Joignez*y quelques fanfares de la publicité , du bruit, de la poussière , des équipages élégants, des jockeys en tenue, et vous aurez plus qu'il n'en faut pour maintenir Tengouement chez un peuple athénien comme le nôtre.
Aimer le cheval de course , y avoir foi , est d'ailleurs de bon goût^ et on y cède volontiers. C'est un maintien pour les hommes de loisir et les Jeunes seigneurs qui nous restent encore; c'est en outre une source d*émotlons bien chère i ce monde blasé: c'est un emploi du temps, un titre, une distraction , tout , excepté une poursuite sérieuse. Que nos races y gagnent ou n'y gagnent pas , que les croisements avec ces incomparables coureurs soient loin de donner les résultats qu'on était eu droit d'en attendre , que notre situation empire au lieu de s'améliorer, peu importe, pourvu que les fêtes du printemps aient été belles , les paris nombreux , les bêtes convenablement engagées , la vi^ tasse satisfaisante? Le gouvernement et la ville de Paris ont bien fait les choses ; les poules ont mar-
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çhé , les enjeux ont atteint un beau chiffre : cela suffit. L'honneur des courses est sauvé.
Soyons juste; comme spectacle, c'est curieux, et la foule y va ; surtout aux environs , quand les fils de famille entrent en scène et jouent un jeu à se briser les reins. Il y a dans le cœur de Thomme je ne sais quoi de belliqueux et d'un peu féroce , qui lui fait rechercher les plaisirs où se mêle un certain danger : ainsi s'expliquent Tattrait qu'avaient pour les Romains les divertissements du cirque et le goût qu'ont les Espagnols pour les combats de taureaux. Lorsque, dans un de ces cadres heureux que la nature a multipliés autour de Paris, au sein d'un paysage couronné par les bois et formé d'eaux et de verdure, on voit s'élancer huit ou neuf cavaliers, courant en pleine campagne, franchissant les haies, les murs, les fossés, les ruisseaux, tes marais, ne tenant compte ni des mouvements du terrain, ni des obstacles qu'il présente, lorsqu'on les suit dans cette lutte furieuse , se touchant, se dépassant, tantôt en groupes, tantôt éparpillés, puis essuyant mille mésaventures, celuici à demi noyé dans une mare , celui-là renversé