I/ODYNÈRE DE LA RONCE
de la moelle quand celle-ci n'est pas détruite jusqu'au bois. On en compte tantôt deux ou trois seulement, tantôt huit ou dix, mais toujours disposées à la file les unes des autres : chacune d'elles, quelques semaines après leur construction, renferme une larve ou une nymphe.
On croirait, au premier coup d'oeil, qu'elles sont contiguës, bout à bout ; mais en les examinant avec attention, on s'aperçoit qu'il existe entre elles un intervalle occupé soit par de la moelle pétrie, soit par des débris; elles sont construites avec une terre soigneusement gâchée, mêlée à des grains de sable et à quelques restes de moelle de ronce : c'est un mortier bien conditionné. L'industrieux ouvrier n'a pas besoin, comme le croyait Réaumur, d'aller chercher de l'eau dans les mares voisines pour détremper ses matériaux et les agglutiner ; le corps môme de l'Odynèrej renferme la source qui doit servir de lien au ciment; ainsi que beaucoup d'hyménoptères, il est pourvu de glandes salivaires dont le liquide sert de liaison aux éléments solides des coques.
Extérieurement, les coques sônt unies, et leur face intérieure, lorsque la larve a pris tout son développement, est tapissée d'une étoffe soyeuse, lustrée, blanchâtre. Le bout supérieur de la coque, ou du moins celui qui regarde l'orifice extérieur de la tige, est tronqué et correspond à la tête de la larve ou de la nymphe ; il est fermé par un diaphragme rond, plan, tendu comme la peau d'un tambour, véritable cloison formée de deux tuniques- dont l'intervalle est garni d'une couche serrée de moelle de ronce : quelle précaution ingénieuse contre la pluie!
C'est dans la première quinzaine de juin que rOdynère commence à bâtir ses nids dans les tiges sèches de la ronce. L'œuf déposé au fond de chaque coque, est jaune, oblong, cylindroïde, légèrement arqué, arrondi aux deux bouts. L'approvisionnement de la larve consiste en une douzaine de petites chenilles vertes, roulées en cercle sur elles-mêmes et empiléeslesunes au-dessus desautres. Lorsque lever a consommé ses victuailles, il a acquis tout son développement ; c'est alors qu'il tapisse de soie l'intérieur de son étroite demeure ; il s'enferme hermétiquement au moyen d'un couvercle et se voue à une inaction et à un jeûne absolus avant de se changer en nymphe : cette vie immobile et passive se continue pendant dix ou onze mois. Dans le courant d'avril ou de mai, la larve se dépouille de sa peau pour subir sa métamorphose. La nymphe est la momie vivante de l'insecte parfait. Ses pattes, ses antennes, ses moignons d'ailes sont ployés en faisceaux sous son corps : dans cet état, tous ses organes sont condamnés à une immobilité complète. Mais quand est venu le moment de sa dernière transformation, l'insecte sort de la torpeur où il languissait depuis près d'un an ; tout à coup, il se remue et s'agite ; suivez avec attention tous ses mouvements, vous allez avoir le spectacle d'un travestissement à vue. Son dos se fend, s'ouvre, et, après quelques évolutions successives, paraît d'abord une tête; le corselet se montre ensuite, puis les pattes, puis l'abdomen ; un être, enfin, apparaît au grand jour, bien différent de ce qu'il était tout à l'heure. L'Odynère a pris la robe virile, il achève de se débarrasser de ses langes, de son domino. Le voilà maintenant sous une forme toute