LE PHILANTHE AP1V0RE
veli sous la masse des débris qui s'abîment de toutes parts? Nullement. Loin d'abandonner pour cela l'emplacement choisi, il opère lui-même son sauvetage, relève les parties éboulées, se fraye un passage à travers les décombres, et retrouve bientôt le fil de sa galerie. Son opiniâtreté au travail tient du prodige. Rien ne le rebute. Il creuse aussi bien dans un terrain fréquenté que dans un sol désert ; la présence de l'homme ne lui cause pas le moindre souci : ce philosophe croit fermement qu'il y a place ici-bas pour tous les travailleurs de bonne volonté ; il n'a peur de personne , résolu qu'il est à défendre ses foyers. Au courage il sait joindre la prudence, cette mère de la sûreté ; quand il s'éloigne de son trou , il le fait avec circonspection. La tête à l'entrée, il observe ce qui se passe aux environs ; aperçoit-il un ennemi plus fort que lui , il recule, bat en retraite au fond de son terrier, et attend de pied ferme que l'adversaire vienne l'y attaquer; le danger passé, il remonte au bord de son trou et prend son essor dans la campagne. La guerre va commencer. Tout à l'heure, le Philanthe bâtissait en vue de sa postérité, maintenant il doit chasser pour elle; fuyez à tired'aile, abeilles butineuses ! le corsaire vous guette, il sera sans pitié pour vous. Mais l'abeille n'entend pas ce charitable conseil ; tout occupée des besoins de sa ruche, elle vole de fleur en fleur, récoltant miel et pollen ; tandis qu'elle étend sa trompe sur les corolles sucrées, le Philanthe fond sur elle, l'enserrera tourne et retourne, jusqu'à ce qu'il l'ait renversée sur le dos. Surprise par cette attaque subite, l'abeille cherche à percer l'agresseur de son dard, mais celui-ci, défendu par une forte cuirasse, n'a garde de
se laisser poignarder ; comme elle, d'ailleurs, il est armé d'un instrument de mort. Quand le Philanthe a mis sa victime hors d'état de résistance, il lui enfonce son dard à la. jointure de la tête et du corselet, l'abeille, aussitôt, de tomber en convulsions; elle darde encore un aiguillon impuissant , mais c'est son dernier effort ; au bout de quelques instants d'agonie, un tremblement final agite ses ailes, elle étend sa trompe et meurt. Une fois maître de sa proie, le Philanthe se dirige vers son souterrain. Il n'y entre pas d'emblée. Il vient de faire acte de brigand ; un instinct secret l'avertit, qu'en son absence, un autre ravisseur aurait bien pu envahir son domicile, et que lui, voleur, est exposé à être volé. Sans lâcher l'abeille qu'il tient entre ses pattes, il plane d'abord au-dessus du nid préparé pour ses petits ; il se pose ensuite à distance de l'entrée , s'éloigne de quelques pas, puis s'arrête par intervalle comme pour explorer le terrain; la reconnaissance opérée, si tout respire la sécurité, il plonge dans son trou, y dépose sa victime et pond auprès d'elle un œuf : la larve qui en sortira trouvera la table toute dressée, sans avoir à s'inquiéter de ses provisions de bouche.
LA FORFICULE AURICULAIRE 173
LA FORFICULE AURICULAIRE
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