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LE MÉGACHILE DES MURS

La tribu des Apiaires est une tribu d'artistes ; elle renferme d'habiles coupeuses de feuilles, des tapissières éméritçs, et surtout des maçonnes de premier ordre; parmi ces dernières , deux se distinguent particulièrement, ce sont l'Anthophore et le Mégachile des murs.

L'Anthophore bâtit son nid dans les vieux murs et les terrains à pic, exposés au soleil. Trouve-t-elle un trou tout fait, elle s'en empare, en vertu du droit du premier occupant ; si cette bonne fortune lui manque, elle se met à creuser, construit, avec des parcelles de terre, une ou deux cellules dont l'intérieur est poli et présente la figure d'un dé à coudre. Les visites courtes et empressées qu'elle fait aux fleurs, ne sont pas tout à fait désintéressées ; en échange de ses coquetteries, elle leur demande la provision de pollen et de miel destinée à ses petits : heureux larcin qui favorise en même temps le mariage des plantes; la plupart des insectes ne s'en font pas scrupule.

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La cellule préparée, approvisionnée, l'Anthophore y dépose un œuf; sa tâche principale est accomplie, il ne reste plus qu'à défendre le berceau de ses petits contre les ennemis du dehors. Une porte circulaire, à surface extérieure inégale, fabriquée avec de petits grains déterre, clôt la cellule; si le nid doit renfermer deux larves, l'insecte construit une seconde loge, et établit un fond spécial pour la cellule supérieure; il est lustré d'un vernis blanchâtre.

L'Anthophore paraît au printemps et ne se montre plus, dans nos climats, après le solstice d'été; elle pond en mai et juin; les œufs n'éclosent que neuf mois après.

LeMégachile des murs se livre à des travaux plus compliqués que ceux de PAnthophore. Leur but est également d'assurer l'existence des jeunes insectes appelés à continuer l'espèce ; mais une simple cellule ne suffira plus pour abriter les petits de cette nouvelle mère ; ses loges seront nombreuses, elles exigeront l'emploi du mortier, et devront, en outre, être protégées par une enveloppe commune, trèsrésistante ; cette œuvre est la grande affaire de notre insecte.

Chez lui, point de palais comme chez les abeilles; ni frises, ni corniches, ni chapiteaux ; rien qui ressemble aux caprices d'une élégante architecture; son nid est des plus modestes, et tellement simple, à l'extérieur, qu'on n'y devinerait pas l'art avec lequel il est bâti ; tout au plus, y soupçonnerait- on le logis d'un insecte : il mérite, pourtant, attention. Plusieurs cellules posées les unes près des autres, cachées sous une calotte générale de môme matière, et semblables à des plaques de boue projetées

contre un mur et s'y confondant par leur couleur terreuse, disent, tout d'abord, peu de chose à l'imagination ; mais, pour peu qu'on ait l'habitude d'observer, on s'aperçoit bien vite qu'elles sont l'ouvrage d'un insecte industrieux.

Les murs tournés au nord n'en présentent jamais de vestiges; les murs exposés au midi sont ceux où l'on en voit le plus , et si l'on en trouve à l'est et à l'ouest, ce n'est qu'aux endroits que le soleil échauffe pendant plusieurs heures. Ces plaques, d'un aspect grossier, renferment les nids du Mégachile ; pour que les larves puissent se développer et arriver à l'état de nymphes, il faut que le soleil les pénètre, les mûrisse ; sans cela, elles avortent : ainsi s'explique l'orientation spéciale du nid.

Les femelles seules sont chargées de tout ce qui concerne la conservation de la postérité; les mâles se contentent de butiner et de folâtrer.

Les nids sont faits de matériaux auxquels le temps donne presque la dureté de la pierre. Le Mégachile se garde bien de les attacher sur des murs enduits de crépi, l'appui de la base serait, dans ce cas, moins solide que le corps du bâtiment; jamais pareille bévue de la part de nos insectes. Les pierres de taille sont ce qu'ils préfèrent pour y attacher leur nid, ils le suspendent aux endroits les plus solides. Des plinthes, des entablements sont-ils en saillie, forment-ils des angles avec le plan du bâtiment, c'est là que les Mégachiles travaillent le plus volontiers; le nid, logé dans un angle, s'y trouve bien mieux assis que s'il était appliqué contre le plat du mur ; on en rencontre cependant dans cette dernière position, mais la science des maçonnes n'est pas pour cela en

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défaut : il suffit de détacher un de leurs nids ainsi placés, pour voir que la pierre qui lui sert de base est hérissée d'inégalités, et olïre, en conséquence, des points d'attache équivalant à ceux d'un angle.

La manière dont le Mégachile bâtit son nid est la partie la plus curieuse de son histoire. Bien choisir remplacement est son premier soin ; il s'occupe ensuite d'aller à la recherche des matériaux deconstruction, de les préparer, de lescharrieret de les mettre en œuvre. Le nid qu'il s'agit de bâtir réclame un mortier dont le sable formera la base ; mais toute espèce de sable n'est pas indifférente ; le gravier et le sablon, par exemple, ne conviennent pas; le Mégachile choisit, grain à grain, le sable qu'il veut employer. Avec ses dents, aussi fortes et aussi larges que celles de l'abeille, il pétrit plusieurs grains les uns après les autres, mais ce n'est pas, un à un, qu'il les transporte, il sait mieux ménager le temps; d'ailleurs, pour composer du mortier, le sable ne suffit pas, il ne prend corps qu'autant qu'il est lié avec de la chaux éteinte; en guise de chaux, le Mégachile fait sortir de sa bouche une liqueur visqueuse dont il mouille un grain de sable ; une fois humecté, celuici se colle contre un deuxième grain , lequel , mouillé à son tour, s'attache à un troisième : de cette agglutination successive résulte une petite motte où il entre toujours un peu déterre pour rendre le tout plus facile à pétrir.

Quand l'insecte a trouvé du sable à son gré, il vient y prendre tout celui dont il a besoin; selon toute probabilité, il le trie avec minutie, car on le voit s'abattre en certains endroits , cherchant les particules les plus fines et les faisant passer sur ses

mandibules ; ailleurs, il répète le même manège , avec cette différence cependant, qu'il ajoute quelques parcelles de gravier à son premier lest ; lorsque la charge est complète , il gagne l'édifice où doit se construire le nid.

On sait déjà qu'il se compose de plusieurs cellules ; toutes sont pareilles et d'égale capacité ; chacune d'elles, avant d'être fermée, présente la figure d'un dé à coudre. Le Mégachile les bâtit les unes après les autres, c'est-à-dire qu'il ne commence la seconde, que lorsque la première est terminée, et ainsi de suite. L'ordre dans lequel le travail est conduit n'offre rien de particulier, dit Réaumur; une plaque circulaire, composée de plusieurs pelotes de mortier appliquées les unes auprès des autres, forme la base sur laquelle doit s'élever une petite tour ronde, en mettant successivement des assises les unes au-dessus des autres. La maçonne qui arrive chargée de mortier, se pose sur le bord même qu'elle veut élever, elle y reste un instant tranquille, la tête tantôt en bas, tantôt en haut ; elle tourne et retourne ensuite, à plusieurs reprises, avec ses premières jambes et ses dents, la petite motte qu'elle a apportée. Son plan est tiré d'avance. Elle s'assure de l'endroit où le mortier doit être appliqué; les dents qui le tiennent sont aussi les instruments qui servent à le mettre en œuvre ; en le pressant , elles le façonnent et le rendent propre à s'ajuster exactement contre le point auquel il doit être attaché ; est-il trop épais, les dents l'amincissent en faisant glisser des grains simplement retenus par une liqueur encore peu consistante. Les jambes aident à soutenir les grains de sable ; les unes se trouvent

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