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NOURRITURE DES FOURMIS \ LEURS RAPPORTS

Trompé par l'aspect extérieur des fourmilières, on a cru pendant longtemps que les fourmis amassaient des provisions de grains ; mais aujourd'hui que leurs mœurs sont mieux connues , on sait que les semences de toute espèce dont la fourmilière est chargée n'y sont rassemblées que comme de simples matériaux destinés à recouvrir le nid. Gomment donc nos insectes vivent-ils pendant l'hiver ? La Providence ne les abandonne pas : dans les grands froids, les fourmis sont engourdies; on les trouve entassées par milliers au fond de leurs nids et accrochées les unes aux autres; elles passent ainsi des mois entiers sans que la moindre nourriture leur soit nécessaire. Toutes les fois que la température ne descend pas au-dessous de deux degrés,, les fourmis sortent de leur léthargie : elles ont besoin de réparer leurs forces ; les pucerons , dont l'engourdissement et le réveil coïncident exactement avec ceux des fournis , leur fournissent leur nourriture.

On sait qu'un grand nombre de plantes sont fréquentées par les pucerons. Ces petits animaux, rassemblés sur les feuilles ou sur les jeunes tiges, insinuent leur trompe entre les fibres de l'écorce et pompent les sucsséveux; une partie de ces aliments transsude bientôt de leur corps sous forme|de gouttelettes : les fourmis s'en emparent à l'aide d'un curieux stratagème. Quelquefois elles attendent pa-

tiemment que la liqueur sorte du corps du puceron, mais le plus souvent elles l'obtiennent à volonté. D'abord, la fourrai jette son dévolu sur certains pucerons et se fixe auprès d'eux. A peine a-t-elle fait choix de son père nourricier , elle le caresse avec ses antennes en touchant rapidement son corps : la gouttelette apparaît, la fourmi la recueille. Son but atteint , elle passe à un autre puceron ; même manège, même résultat; à chaque appel provoqué par une légère pression, le puceron livre le liquide désiré; la fourmi en exploite ainsi un certain nombre jusqu'à ce qu'elle soit rassasiée. Gomme bien on suppose, il suffit d'un petit nombre de gouttelettes pour nourrir nos fourmis ; mais, chose digne de remarque , lorsque ces insectes négligent de recueillir le liquide, les pucerons le rejettent, par'une sorte de ruade, sur les feuilles où; les fourmis le trouvent en butinant.

Il arrive quelquefois que les fourmis , trop nom-* breuses sur la même plante , épuisent les pucerons dont elle est couverte; dans ce cas, elles feraient vainement jouer leurs antennes et leurs pattes, il leur faut attendre que les pucerons aient réparé leurs pertes; cette restauration effectuée, ceux-ci ne résistent plus à leurs sollicitations.

Mais les rapports entre les pucerons et les fourmis, tout singuliers qu'ils sont déjà, vont nous étonner bien davantage. Il est une espèce de fourmi, la fourmi jaune , qui ne sort presque jamais de son trou ; elle ne visite ni les arbres ni les fruits. Cependant la nourriture ne lui manque pas : cette fois encore, les pucerons viennent à son secours ; ils se résignent à vivre avec elle dans le même souter-

rain. Là, les fourmis en prennent le plus grand soin; elles les transportent d'un point à un autre , comme elles feraient à l'égard de leurs propres larves; elles les défendent et ne les perdent jamais de vue, car, comme dit Huber, l'ingénieux historien des fourmis, « les fourmilières sont plus ou moins riches , selon « qu'elles ont plus ou moins de pucerons ; c'est « leur bétail, ce sont leurs vaches , leurs chèvres : € qui se serait douté que les fourmis fussent des « peuples pasteurs ! »

Plusieurs espèces de fourmis possèdent des pucerons, mais jamais on ne trouve ces petits animaux en aussi grand nombre que chez les fourmis jaunes. La fourmi rouge, la Myrmice des gazons, la fourmi brune vont les chercher sur les plantes ; les unes enferment les pucerons par des bâtisses en terre sur les tiges mêmes où ils sont réunis ; d'autres se construisent une galerie qui les conduit de leur retraite à la branche habitée par les pucerons; quelques-unes, enfin, s'attachent aux pucerons du plantain, et comme cette espèce se retire sous les feuilles à 1 mesure que la tige florale se dessèche, les fourmis l'y accompagnent et s'enferment avec elle en bouchant avec de la terre humide tous les vides qui se trouvent entre le sol et le bord des feuilles ; creusant ensuite le terrain,telles agrandissent la prison des pucerons et se ménagent des galeries souterraines qui aboutissent à leur propre domicile.

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