LIVRE VI. — LES SPECTACLES
sachions, des représentations de scènes liées entre elles et formant un ensemble, tandis que les seconds sembleraient plutôt avoir toujours conservé le caractère de rhapsodies. Comme ils ne furent jamais , il s'en faut de beaucoup, goûtés, sur la scène et par le public, au même degré que les pantomimes , nous ne sommes que très-imparfaitement renseignés sur ce qui les concerne. Les tragédiens y paraissaient avec le masque et en plein costume, comme dans le véritable drame , mais leur rôle se bornait essentiellement à une partie de chant. D'après Lucien \ on chantait aussi des morceaux en vers iambiques; telle avait été la partie d'un Œdipe dans l'exil chantée par Néron 2. Le chant du tragédien était naturellement aussi accompagné de gestes, mais cet accompagnement était un moyen subordonné au jeu principal; pour en tirer parti complètement, et selon les convenances du temps, il fallait la coopération d'un second acteur. Celui-ci, dont l'assistance est mentionnée quelquefois, se produisait- il ordinairement à côté du chanteur^? Un chœur venait-il souvent s'adjoindre aux parties de solo, comme doit le faire supposer un passage d'Épictète*? Le même tragédien chantait-il successivement plusieurs rôles de la pièce que l'on jouait? Ces parties.de solo étaient-elles reliées entre elles, et comment? Des comparses muets complétaient-ils la représentation? Des dialogues parlés se rattachaient-ils aux solos de chant, et de quelle manière^? Ce
1 Lucien, De saltat., 27.
2 Suétone, Néron, chap. xlvi.
3 Voyez ibid, chap. xxiv, avec les notes de Casaubon, et Lipsius, Electa, I, 24.
^ Dissert., m, 14.
s Le passage cité plus haut de Dion Chrysostome {Or. XIX, p. 261).
sont là autant de questions sur lesquelles nous sommes dans l'incertitude la plus complète. Il est clair seulement que les solos de chant des tragédiens formaient le noyau de ces représentations et qu'ils captivaient , presque exclusivement, l'intérêt du public. C'était là le genre dramatique dans lequel Néron aimait à se produire, parce qu'il croyait pouvoir briller surtout par sa voix et sa méthode de chant. Il chantait, dit Suétone ^ des scènes de tragédie sous le masque. Dans les rôles de dieux et de héros , ce masque était fait à son image, dans ceux de déesses et d'héroïnes , à l'image des femmes dont il était épris dans le moment. Entre autres rôles, il chanta Canacé ^, l'incestueuse et infortunée fille d'Éole , dans les douleurs de l'enfantement, Oreste, le meurtrier de sa .mère, et Hercule furieux. On raconte qu'un jeune soldat, de faction à l'entrée, en le voyant habiller et charger de chaînes pour le besoin de son rôle, accourut pour le délivrer^. On remarqua que, dans la dernière pièce où il se produisit en public, et qui n'était autre qu'un nouvel arrangement de V Œdipe proscrit, jomssdinislor s d'une grande vogue, son chant finissait par ces mots :
peut se rapporter à des solos en vers iambiques aussi bien qu'à des dialogues.
1 Néron, chap. xxi.
2 * Ayant épousé secrètement son frère Macarée, elle mit au monde un fils. Soie, indigné, fit manger à ses chiens le fruit de cel inceste, et envoya un poignard à sa fille, pour qu'elle se tuât. *
3 n n'est pas à présumer, toutefois, que ce fût pour le rôle d'Hercule furieux. Peut-être faudrait-il lire, au lieu des mots in qua fabula, in aligna. Les rôles indiqués par Juvénal (Vni, 223), Dion Cassius (LXIII, 9 et 22), et à plus forte raison par Philostrate {Apollonius de Tyane, V, 6), comme ayant été joués par Néron, ne sont probablement à considérer que comme des exemples cités au hasard.