‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 104 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Épouse, père et mère, à la mort tous me vouent ^ .

Ces mots, dans le texte original, sont grecs, et il est probable que les textes des tragédiens à Rome étaient souvent alors en cette langue, qui ne devait probablement pas être plus choquante, même pour les personnes qui ne la comprenaient pas, que ne le sont hors d'Italie, aujourd'hui, les paroles d'un opéra italien. En général, il paraît que l'usage non-seulement de la langue grecque, mais aussi d'autres langues'étrangères, n'était plus une rareté sur la scène romaine, sous l'empire; car, déjà Jules César et Auguste y avaient fait jouer des acteurs de toutes les langues 2. Mais il n'y a plus moyen de déterminer si on y représentait des drames grecs entiers, ce qui est très-possible, ou si ces textes grecs ne s'appliquaient qu'à des représentations semi-dramatiques, à des morceaux comme ceux qu'on joue dans nos concerts et à des tirades déclamatoires ^.

Comme nous l'avons déjà dit, les représentations de pantomimes parvinrent à prendre, sur la scène, une importance bien autrement grande que ces chants de tragédiens. Le fait que l'action pantomime passait, de tout temps, pour un moyen de théâtre plus important que la déclamation et le chant, ressort assez de ce que, dans le drame proprement dit, l'acteur, obligé de renoncer à Tune de ces deux formes du jeu, abandonnait précisément la dernière au chanteur, placé en dehors de l'action, et ex-

1 Suétone, Néron, chap. xlvi.

2 Le même, César, chap. xxxix ; Auguste, chap. xlul

3 Mommsen, H. R., lU, 1, 581. — Tacite, Annales, XIV, 15 : Non Dobilitas cuiquam, non œtas* aut acti honores impedimento, quominus Grœci Latin ive histrionis artem exercèrent.

primait lui-même , par la déclamation, les paroles propres du poète. L'action devait aider à suppléer au jeu de physionomie, exclu par l'usage des masques, et nous pouvons nous représenter, approximativement du moins, d'après de nombreuses indications comme par l'activité significative du geste, qui ajoute , encore de nos jours, tant à l'expression du langage des méridionaux, la supériorité de la mimique des pantomimes d'alors sur celle de leurs confrères d'aujourd'hui, sous le rapport de l'ampleur, de la finesse, de la perfection et de la vivacité. Le caractère généralement intelligible de ces représentations, même pour ceux qui ne connaissaient ni le latin ni le grec, ne fut peut-être pas précisément à Rome, avec sa population formée d'un ramassis de gens de tous les pays , ce qui contribua le moins à procurer à ce genre l'accès de la scène et bientôt la domination de celle-ci.

Ce furent Pylade et Bathylle qui, sous le règne d'Auguste, perfectionnèrent la danse mimique et en firent un genre distinct de l'art théâtral. Il se bornait, dans les commencements, à la tragédie et au jeu des satyres, mais il paraît que ce dernier ne tarda pas à tomber en désuétude, de sorte que l'on peut considérer tout bonnement la pantomime comme le genre auquel échut la place de la tragédie, qui se mourait. On s'appliquait, dans l'arrangement de la pantomime, à renfermer les moments les plus importants de l'action, et y prêtant le plus à l'effet, dans une suite de solos lyriques exécutés par un seul pantomime, obligé, par conséquent, de remplir successivement plusieurs rôles, tant d'hommes que de femmes, tandis que le texte relatif à chaque solo n'était pas chanté par un seul chanteur, comme dans le drame proprement dit, mais par tout un chœur. Il se peut que les livrets du texte des

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