LIVRE Yl. — LES SPECTACLES
genre qui, au théâtre captivait le mieux l'intérêt et passionnait le plus , sous Tempire. Déjà ce fait que l'acception du mot histrion , qui s'appliquait autrefois à tous les acteurs, fut particulièrement restreinte , dans le langage du temps, à cette classe de danseurs, montre combien il relégua les autres genres à l'ombre. Bien que la passion pour les pantomimes fût répandue dans toutes les régions de la société S les classes inférieures la partageaient beaucoup moins. Celles-ci trouvaient certainement plus de plaisir aux obscénités et aux farces grossières des mimes , sur lesquelles les partisans des pantomimes n'abaissaient leurs regards qu'avec dédain^. Ces dernières, en raison de leur canevas mythologique^ supposaient déjà une certaine instruction, bien plus nécessaire encore pour l'intelligence des finesses du jeu. Il n'y avait pas, du reste, de spectacle scénique aussi propre à ranimer l'excitation des nerfs, blasés par l'excès des jouissances. La passion pour les pantomimes (histrionalis favor), que Tacite appelle un des fléaux endémiques de Rome*, ne tarda pas à se répandre, comme une contagion, dans la haute société^. Elle s'y empara surtout des femmes. Les spectacles publics ne suffisaient plus pour satisfaire à tous les désirs des amateurs de ces représentations; il y eut, dès les premiers temps de l'empire, des pantomimes et des danseuses parmi les esclaves et les affranchis des grandes maisons de Rome et de la cour impériale. Les danseuses, exclues de la scène, au théâtre, possédèrent quelquefois la faveur de leurs maîtres à un si haut degré que plus
1 Voyez, par exemple, Pline le Jeune, Panégyrique, chap. xlvi.
2 Libanius {l. c, p. 350) reproche à son adversaire de confondre les deux genres.
3 Dialogue des orateurs, 39.
^ Sénéque {Conirov. epit.j ni, praef.) l'appelle sa maladie {morbus).
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d'une reçut du sien un million de sesterces en dot*.
En Fan 15 de notre ère, il est vrai , le sénat arrêta que les pantomimes ne seraient admis, désormais, à se produire que dans les spectacles publics^; mais cette résolulion n'est certainement pas restée longtemps en vigueur ^
Domiticn, qui leur défendit au contraire de jouer en public, leur permit expressément de montrer leur talent dans les maisons particulières. Un goût aussi passionné pour l'art de la danse devait, nécessairement, aussi conduire au dilettantisme actif, malgré tout ce que celuici avait de choquant pour les idées romaines sur les convenances.
Déjà sous Auguste, les hommes bien élevés* et tous ceux qui voulaient se donner les airs de gens comme il faut, s'appliquaient à devenir de bons danseurs, ce genre de talent étant déjà compté parmi les avantages que devait posséder tout homme de bonne compagnie^
. . . Nam quîs me scribere plures
Aut citius possit versus, qui membra movere
MoUius?
dit un personnage d'Horace, dans une de ses satires^. Bientôt, on se lamenta de voir des exercices si efféminanls, si contraires à la bienséance, faire tort, chez la jeunesse
1 Sénèque, ConsoLad Helviam, 12. -
2 Tacite, Annales., I, 77.
3 Suétone, Domitien, chap. vn. — Voir aussi Pline le Jeune, Lettres, vn, 24.
* Ovide, Am., I, 595 :
Si vox est, canta, si mollia brachia, salta.
5 Manilius, IV, 525, etc.