LIVRE .VI. — LES SPECTACLES
d'Alexandre Sévère, portant cette déclaration^ , ne fit probablement que rappeler une loi plus ancienne sur cet
objet. C'était aussi pour se conformer aux mœurs grecques que le gouvernement él les autorités traitaient les athlètes avec certains égards et certaines prévenances. Parmi les nombreuses associations qu'ils formaient et qui, voyageant de place en place, se produisaient aux concours, institués partout dans les villes d'une importance majeure, et aux autres fêtes ^, se distinguait, au deuxième siècle, « la société des athlètes vainqueurs, couronnés dans les jeux sacrés ». Son but était l'adoration d'Hercule; comme toutes les associations du même genre, elle choisissait dans son propre sein ses officiers, ses prêtres et ses préposés. Elle avait une station à Rome, où nous voyons quelquefois son président investi en même temps des fonctions d'inspecteur des bains impériaux^. Adrien et Antonin le Pieux accordèrent à cette société des locaux de réunion pour ses déhbérations , ses sacrifices et la garde de ses archives, surtout à l'occasion des jeux capitolins. Le local que lui affecta le second de ces empereurs était situé près des thermes de Titus*. Les lettres des empereurs à cette corporation d'athlètes , rédigées en langue grecque , sont parvenues jusqu'à nous.
Mais, malgré de telles faveurs, le dédain avec lequel les auteurs latins, Sénèque notamment, parlaient des athlètes, était , comme il y a lieu de le supposer, au premier siècle
ingenui soient certare. — Voir aussi P. E. Muller, De gen. œvi Theodos., II, p. 65 n.
1 Vie d* Alexandre Sévère, cbap. ilii.
3 C. J. G., 5804 (à Rome).
3 Voir C. I. G., 5906 à 5913, elle commentaire de Franz, p. 780.
* C. 1. G., 6907. — Orelli, 2588.
du moins, conforme à une opinion très- répandue. Ce philosophe , les appelle des hommes stupides, passant leur vie à boire et à se mettre en nage alternativement, se bourrant le corps, négligeant toufe culture de Tesprit, abrutis, et dont tout l'art consistait à se frotler d'huile et à se familiariser avec la crasse ^ Mais, dans les provinces grecques, on pensait d'eux tout autrement. 11 y avait bien, là aussi, des hommes instruits méprisant franchement l'athlétique, et Galien s'est complu à fortement accentuer cette opinion. Suivant ce célèbre médecin, leur vie était celle de pourceaux, sinon pire encore, par suite de la violence qu'étaient constamment obligés de se faire des hommes forcés de manger ou de dormir outre mesure , et de se livrer sans cesse avec excès à des exercices corporels. Boire, manger, dormir, rendre, se rouler dans la poussière et dans la boue, voilà, dit-il, le cercle dans lequel tourne toute leur existence. Du reste l'athlétique est destructive de la beauté virile et donne au corps une force surnaturelle mais toute d'apparence, puisque, dans cet état, il résiste beaucoup moins aux maladies que dans ses conditions normales; aussi les athlètes, môme abstraction faite des blessures et des mutilations inévitables dans leur profession , devenaient-ils de bonne heure impropres à l'exercice de celle-ci, et n'avaient-ils même pas la consolation de pouvoir s'enrichir. Mais, ce qui prouve que cette manière de voir, exprimée dans plusieurs passages des écrits de Galien, n'était alors rien moins que généralement partagée, dans les pays de civilisation grecque, ce sont les conseils qu'il crut devoir adresser, sur le ton le plus sérieux, aux jeunes gens, pour les mettre en garde contre la préférence
* Sénh(ine, Lettres^ 15,3; 80, 2; 88, 18, etc.