LIVRE VI. — LES SPECTACLES
que , dans le choix d'une profession , ils pourraient être tentés de donner à l'athlétique sur des arts et des sciences utiles, préférence à laquelle on se laissait si facilement entraîner par le prestige de la renommée qu'on pouvait acquérir chez la multitude, en se faisant athlète. Depuis que la vie hellénique avait perdu ce qui en faisait autrefois le sens réel, on en remplissait le vide en jouant avec les fantômes d'une grandeur passée. Ces descendants des héros de l'ancien temps avaient un attachement facile à comprendre, quelquefois même une tendresse vraiment touchante pour les vieux souvenirs. Ils appliquaient toute leur sollicitude à la conservation des débris et des vestiges, en partie déjà rendus méconnaissables par le temps, de tout ce qui avait formé les bases de la culture et de la gloire helléniques. La gymnastique figurait en première ligne parmi ces bases; aussi les gymnastes et les combats d'athlètes gagnèrent-ils d'aulant plus d'importance^ que le cercle des intérêts d'un ordre supérieur et plus noble s'était resserré davantage. Non-seulement on pouvait exercer avec honneur, en Grèce, ces arls qui n'étaient plus qu'un jeu^; mais des athlètes marquants y apparaissaient encore, même à certains hommes d'une haute instruction cherchant un idéal, comme des types de virilité, de vigueur et de courage, de beauté et de continence, prêtant à la comparaison avec les héros de l'antiquité ^ Un prix aux jeux olympiques avait encore son auréole de gloire, même pour les meilleurs des hommes du temps de l'em-
* Trajan dans Pline le Jeune, Lettres, X, 29 (34 éd. Gierig) : Gymnasiis indulgent Grœculi.
3 Tacite, Dialogue des orateurs, chap. x.
s Dion Ghrysostome, Orat., XXIX (M elancomas , II), p. 538 et p. 542 R.
pires et les noms du petit nombre des vainqueurs tels que ce Nicostrate qui avait, dans la 204' olympiade, en Tan 37 avant Jésus-Christ, remporté le môme jour une double victoire dans la lutte corps à corps et les exercices du pancration, étaient répétés avec admiration, dans le monde entier, par les petits-fils et arrière-petits-fils de la génération contemporaine du héros ^. De plus, les athlètes, les lauréats notamment, jouissaient de maints privilèges, qu'Auguste confirma et étendit même en leur faveur^. Telle était problablement, dès lors, l'exemption de la charge importune et dispendieuse des offices communaux*. Les vainqueurs, aux concours principaux, recevaient des pensions d'honneur^, et les villes dans desquelles paraissaient des célébrités de l'espèce rivalisaient dans leur empressement à les honorer de statues, de décrets, du droit de cité honoraire et de la dignité de conseillers®. Que pouvait-il dès lors y avoir de bien choquant, dans les provinces de langue grecque, à voir se produire en public, comme athlètes, des hommes issus de bonnes familles, très-considérées même^?
1 Épictète, Manuel, chap. xiii.
2 Tacite, Dialogue des orateurs, chap. x. — Quintilien, H, 8, 14 (quem adolescentes senem vidimus). — Pausanias, V, 21, 5.
3 Suétone, Auguste, chap. xlv.
* Code de Juslinien, X, 53 : Imperatores Diocletianus et Idaximianus AA et ce Hermeti : Athletis ita demum si per omnem aetatem certasse, coronis quoque non minus tribus certaminis sacri (in quibus vel semel Romœ seu antiquae Grœciae) merito coronati, non semulis corruptis ac redemtis, probentur, civilium munerum tribui solet vacatio.
* Voir, sur ces pensions (obsonia certaminum Iselacticorum), Pline le Jeune, Lettres, X, 119, etc.
6 Voir, par exemple, C. I. G., 5913.
7 Ibid., 5910, inscription sur l'athlète Cl. Rufus Apollonius. — Pausanias, V, 20, 4. — Dion Chrysostome, Or., XXVIII, p. 539, et XXIX, p. 538 R., sur le pugiliste Mélancomas.