LIVRE VI. — LES SPECTACLES
plus marquants, ce qui les faisait réserver pour le couronnement de toute fête populaire. Vers la lin de la république, les combats de gladiateurs, dans lesquels on déployait, alors déjà, une magnificence et une prodigalité sans bornes, étaient le plus en faveur auprès de la multitude* . Mais quand, au plus tard dans les commencements de Tempire, l'organisation des partis du cirque fut devenue complète, rinlèrêt qu'on prit à leur rivalité acquit la prédominance sur tous les autres. Les jeux de la scène, bien qu*ils eussent également conservé beaucoup d'attrait sous l'empire , ne venaient cependant qu'en troisième ligne , après les précédents et ceux de l'amphithéâtre. De même que le peuple, les empereurs ont, évidemrnent et sans contredit , attaché le plus d'importance aux deux premiers genres de spectacles, dans lesquels on employait des moyens si prodigieux pour le divertissement des masses. On en trouve la preuve dans les médailles, que l'on peut envisager comme une espèce de documents empreints d'un caractère public, lesquels, à défaut d'autres événements dignes d'ôlre enregistrés, perpétuent très-souvent le souvenir de pareils actes de la munificence impériale. On y voit indiqués ou rappelés des travaux de construction et des jeux de l'amphithéâtre et du cirque , jamais des constructions de théâtres , ni des représentations scéniques. Aux jeux séculaires, celles-ci atliraient les spectateurs, au Champ de Mars, pendant trois
1 Cicéron, Pro Sext., 50, 106 : Tribus locis maxime sigQÎficari popull Romani judiciam ac voluntas potest, concione, comitiis ludorum gladiatorumqae consessu. — Ibid., 59 : Ëquidem existimo nallum tempus esse frequentioris populi quam illud gladiatoram, neque concionis uUius, neque vero uUorum comitiorum. — Enfin, Ihid.^ 58, 124 : Id autem spectaculi genus quod omni frequenlia atque omni génère hominum celebratur, quo multitudo maxime delectatur.
jours et trois nuits; cependant les médailles frappées, sous Tcmperear Philippe, en* commémoration du jubilé millénaire de Rome, n'y font pas la moindre allusion, tandis qu'un lion , un hippopotame et diverses espèces de gibier rappellent les chasses qui eurent lieu à celte occasion.
Indépendamment de ces trois principaux genres de spectacles, les luttes d'athlètes et des représentations musicales s'étaient, déjà sous la république, introduites de la Grèce à Rome. Elles étaient tantôt mises en scène dans des fêtes périodiques spéciales, dont il sera question plus loin, tantôt unies à d'autres spectacles. Dans les grandes fêtes magnifiquement dotées, on avait soin de pourvoir encore à plus de variété par divers moyens subsidiaires, tels que des feux d'artifice , les exercices des danseurs de corde , des jongleurs, des équihbristes , et d'autres semblables. Les exemples témoignant de l'usage fait, aux jeux, de ces divertissements accessoires ne manquent pas^ Une célébration des jeux romains, sous Carin et Numérien, fit grande sensation , par la multitude de scèneries toutes nouvelles qui y trouvèrent place et que l'on vit, plus tard, reproduites en image , sous le portique d'une écurie au mont Palatin. Elles peuvent donner une idée de la variété de ces diverlissements extraordinaires offerts au public comme hors d'œuvre. Un baladin dansait, chaussé de cothurnes, sur une corde si fine qu'il n'en paraissait absolument
^ Unde et pueri quos in ludis videmus ea parte qua cernunt stantes, cernui vocantur; ut etiam Varro in ludis theatralibus docet. (Serv. iE„ X, 894.) — Nos quoque^ vidimus Athanatum nomine, prodigiosœ ostentationis , quingenario thorace plumbeo indutum cothurnisque quingentum pondo calciatum per scenam ingredi. (Pline, Hist, nat., VII, 83.)