LIVRE VI. — LES SPECTACLES
une contrainte exercée, directement ou indirectement, sur des chevaliers ei des sénateurs, pour les forcer à se donner en spectacle. Abstraction faite du désir de quelqges princes de rendre moins choquant leur propre début sur la scène, en poussant, de tout leur pouvoir, à la plus large imitation de leur propre exemple, il est possible aussi qu'un pareil rabaissement des classes supérieures ne fût rien moins que désagréable au césarisme, en raison de sa haine contre l'aristocratie, de sa politique de nivellement et de son faible pour la populace. Or rien ne devait chatouiller plus agréablement l'esprit de celle-ci même, que de voir les descendants des plus nobles races prostituer leur personne, pour son amusement, à Tinstar de criminels, d'esclaves et de vils soudards. Cependant, on peut affirmer de la plupart des empereurs, ou que cette direction était loin d'entret dans leurs vues, ou qu'elle fut tempérée, chez eux, soit par des égards pour la tradition et la loi, soit par ce qu'exigeaient les convenances dans leurs rapports avec les classes supérieures. Jules César, il est vrai, fît, à cet égard aussi, parade de son dédain de maître absolu pour les honneurs rendus à la condition sociale. Aux jeux qu'il fit donner au cirque, de jeunes hommes de la noblesse se disputaient le prix de la course des chars ^ La contrainte et des récompenses déterminèrent le chevalier Labérius à se produire sur la scène ^, et d'autres à paraître dans l'arène^. Mais peu de temps après sa mort, une résolution du sénat, en 38 avant Jésus-Christ, défendit aux chevaliers et aux sénateurs de paraître dans l'arène et sur la
1 Suétone, César, chap. xxxix.
2 Voir surtout Juvénal, VIII, 183, etc.
3 Dion Cassius, XLIII, 23. — Suétone, César^ audit chapitre. — Voir aussi Dirksen, Tab. HeracL, p. 97, etc.
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scène * ; cependant on usa de tolérance pour la transgression de ce sénatus-consulte^ et, en Tan 10 après Jésus- Christ, il fut môme expressément permis aux chevaliers de combattre comme gladiateurs ^.
Tibère, nature profondément aristocratique, méprisait la populace plus encore qu'il ne haïssait la noblesse; toute intention de ravaler les classes supérieures, de quelque manière que ce fût, pour Tamour du bas peuple, était loin de sa pensée; aussi maintint-il rigoureusement le sénatus-consultc et punit-il les contrevenants de Texil *. Des chevaliers ayant paru comme acteurs aux jeux de Drusus, il en manifesta hautement son déplaisir^. Aux spectacles de Caligula, au contraire, on vit des chars conduits par des hommes de rang sénatorial ^, et l'empereur fit combattre, comme gladiateurs, beaucoup de chevaliers^ et même des membres du sénat ^, ne fût-ce que pour les punir de s'être produits antérieurement sur la scène et dans l'arène, ou lorsqu'ils lui étaient dénoncés comme l'ayant fait. Il paraît que Claude eut sérieusement la volonté de faire cesser ce scandale*, et même qu'il y parvint. Mais, sous Néron, le premier empereur qui monta lui-même sur la scène, cette manie reprit et atteignit son apogée. Aucune considération de rang ni de famille, ni la fortune, ni
ï Dion Cassius. XLVIII, 43. — Suétone, Auguste, chap. xliii, et Tibère, chap. XXXV.
=^ Dion Cassius, LI, 22; LUI, 21. — Suétone, ISéron, chap. iv. =^ Dion Cassius, LVI, 25.
*■ Suétone, Tibère, chap. xxxv.
•' Dion CassiuSj LVH, 14.
*5 Suétone, Caligula, chap. xviii. 7 Ibid., chap. xxx. — Dion Cassius, LIX, 10. s Dion Cassius, LIX, 13.
9 Ibid., LX, 7.