LIVRE VII. — LES VOYAGES
de ce côté, la même idée que Tacite, quand il dit de la Germanie, à propos d'émigrations, qu'il était inadmissible que la pensée de quitter l'Italie, pour ces contrées barbares, pût jamais venir à personnel Mais dans les provinces occidentales, il paraît que les voyages entrepris sans autre mobile que la simple curiosité d'aspects nouveaux, n'étaient pas très- rares, car notamment la Gaule et l'Espagne, dans lesquelles la culture et les mœurs romaines avaient gagné beaucoup de terrain, offraient maint attrait. La première de ces deux contrées surtout était devenue un pays tout autre qu'au temps de Cicéron, où rien n'y paraissait digne de fixer l'attention des étrangers : ni l'agrément des paysages, ni la beauté d'aucune ville, ni l'éducation et les manières des habitants 2. En Espagne, Gadès surtout paraît avoir été une place très-fréquentée par les voyageurs^. Le rhéteur P. Annius Florus fut aussi conduit, dans un voyage qu'il fit pour son plaisir, dans les Gaules et en Espagne*, pays dont il décrit fort élogieusement une ville, Tarragone peut-être*. Nous parlerons plus loin des voyages que l'on faisait pour jouir du spectacle de la marée, sur les rivages de l'océan Atlantique.
1 Germanie, chap. 11. — Voir aussi Aristide, Or., XLVHI, p. 345, passage où il paraît être principalement question de gens d'affaires. — Le voyage du grammairien Démétrius de Tarse dans l'île de Bretagne, mentionné par Plutarque {De de/, orac, c. 11, et c. iviii, p. 419 F), fut peut-être une espèce de voyage d'exploration scientifique.
2 Cicéron, Deprov. cons., c. xu.
3 Voir aussi Pausanias, X, 4, 4.
^ Florus, Ëpit.f p. XLii, éd. Jahn : Inde rursus Italiam redii et tsedio maris cum médit erraneam concupissem, secutus Gallicas Alpes en lustro populos Aquilone patientes. Inde sol occidens placuit : flecto cursum. Sed statim par horrore, par vertice, par ille nivibus Alpinis Pyrenaeus excepit.
^ Ibid.y p. xLiii.
Mais la grande majorité des voyageurs, quand ils ne se contentaient pas de parcourir l'Italie et la Sicile , prenaient la direction du Midi ou celle de TOrient. Pour qui connaît, ne fût-ce que très-superficiellement , la littérature de l'époque, il ne peut y avoir de doute que la Grèce, l'Asie Mineure et TÉgypte ne fussent les pays exclusivement visités par la grande masse des touristes du temps. Pline le Jeune ^ les nomme expressément, tous les trois, comme les premiers pays que tout homme ayant reçu de l'éducation avait intérêt à visiter. « Il est, » dit-il, a bien des choses curieuses à Rome et aux environs de cette capitale, que l'on n'a jamais vues et ne connaît pas même par ouï-dire, choses que l'on aurait certainement bien plus de chance de connaître par les livres, par les récits d*autrui, ou pour les avoir vues sur les lieux mêmes, si elles nous étaient offertes par la Grèce, l'Asie Mineure, l'Egypte, ou quelque autre pays riche en curiosités et sachant faire valoir celles qu'il possède. »
Nous allons passer maintenant en revue ces divers pays et les localités qu'on y visitait surtout, dans l'ordre suivant : 1*» Italie et Sicile; ^ Grèce; 3'' Asie Mineure; 4» Egypte. Nous terminerons, ensuite, par quelques généralités sur les divers genres d'intérêt qu'ils offraient aux voyageurs romains.
1 Lettres, Vllf , 20.