LIVRE VII. — LES VOYAGES
Péninsule, Pouzzoies et Brindes; mais celte belle route, pleine d'animation, servait aussi beaucoup aux amateurs des parties de plaisir plus courtes.
On y voyait Thomme riche, fatigué de la ville, rouler vers sa villa, dans les monts albains, avec une hâte qui eût pu faire croire qu'il courait à un incendie, et cela pour s*ennuyer de même à la campagne, y bâiller à son aise, ou retourner bientôt à Rome*. C'est là que l'affranchi parvenu faisait parade de ses ponies, qui lui avaient coûté si cher^, et que les beautés hardies et en vogue se mettaient en évidence avec leur cortège d'hommes^; là roulait aussi Cynthie, au dire de Pro perce, sous le prétexte d'aller adorer Junon à Lanuvium, mais en vérité pour se donner en spectacle, et faire admirer son adresse à guider ses chevaux. La belle, au grand dépit du poète, était accompagnée d'un rival dans une voiture tendue de soie, à côté de laquelle couraient deux chiens molosses, portant de grands colliers*.
Le temple de Diane près du bois sacré d'Aricie, où se célébrait une fête, dans la saison des plus fortes chaleurs, était aussi un but de pèlerinage pour les femmes, qui venaient, en grand nombre, faire à la déesse l'hommage de leurs vœux , avec des couronnes dans les cheveux et des torches à la main*. Il ne devait pas manquer non plus de jeunes hommes qui, suivant le conseil d'Ovide, profitaient de cette occasion pour former de tendres liai-
1 Lucrèce, III, 1063.
^ Horace, Épodes, 4, 14 (et Appiam mannis terit).
3 CicéroD, Pro Cœlio, 14, 34, etc.
* Properce, IV, 8, 15-26; Toir aussi H, 32, 9.
* Ovide, Fastes, III, 269.
sons^ Le fait que, vers la fin du premier siècle au plus tard, toute une colonie de mendiants s'y était établie, prouve assez combien ce lieu était fréquenté^. Aujourd'hui, cette vie brillante et animée, dont les tableaux, si variés jadis, se succédaient rapidement sur la « reine des voies )», comme on l'appelait, est remplacée par la plus profonde solitude. Des deux côtés de la route on voit s'étendre, sans fin, les surfaces onduleuses de la Campagna, sur la verdure de laquelle se dessinent les arches à demi ruinées des aqueducs. Par -ci par -là une maison à teinte grise borde le chemin. Quelquefois aussi, mais rarement, une voiture à deux roues , chargée de barriques de vin empilées les unes sur les autres, roule sur le pavé antique. On n'y voit que des p&tres de la Campagna à cheval^ poussant des troupeaux de moutons et de gros bétail devant eux, et on n'entend, de loin, que le chant mélancolique de quelque laboureur.
L'animation de la voie Appienne persistait jusqu'au delà d'Albe et de Lanuvium, car le flot principal des voyageurs se roulait vers la Campanie, les uns pour chercher dans ce paradis, en quelque sorte destiné par la nature à défrayer l'oisiveté de jouissances , mais surtout sur les bords du ravissant golfe de Naples^, de la récréation ou le recouvrement de la santé, les autres pour s'y abandonnera toute sorte d'orgies et de débauches. Celte contrée était.
1 Ovide, Art d'aimer, I, 259.
3 Juvénal, IV, 117. — Le scoliaste de cet auteur dit qu'elle se composait surtout de Juifs. — La colonie existait près de Genzano, d'après Preller.
3 Cicéron, ad Atticum, 2, 8, 2, dit : Crater ille delicatus ; puis, 5, 17 : Locus.... animos ad consolandos accommodatus. — Ovide, Meta" morph., XV, 711 : Urbem in otia natam.