‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 203 sur 258 · LIVKE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVKE VII. — LES VOYAGES

depuis longtemps, le lieu de rendez- vous du beau mondée Sur ce golfe, auquel une suite continue de bourgs, de villes et de brillantes villas prêtait une bordure comparable à un collier de perles, depuis Misène jusqu'au gracieux bourg de Sorrente^, se trouvait Baïes, la plus luxueuse ville d'eau du monde ancien, assise sur la plage même, dans l'encadrement d'une guirlande de vertes montagnes. Cette petite ville était richement pourvue d'établissements grandioses pour le traitement des malades, de magnifiques habitations et de somptueux édifices pour l'amusement des visiteurs bien portants^; elle resplendissait de nombre de palais impériaux, dans la construction desquels chaque souverain avait mis son amour-propre à éclipser ses prédécesseurs par sa magnificence. Des villas s'y élevaient partout, les unes dominant sur des hauteurs d'où la vue s'étendait au loin, les autres bâties sur le bord de la mer^, ou y formant saillie^. Tous ces bâtiments somptueux formaient entre eux comme une ville à part®, dont l'étendue allait probablement toujours en croissant; du moins distinguait -on, déjà au commencement du deuxième siècle, entre l'ancienne Baïes, où mourut Adrien ^, et la nouvelle. Il paraît qu'elle continua à s'agrandir même dans les siècles suivants, puisqu'on sait, par la biographie d'Alexandre Sévère (chap. XXVI), que ce prince y fit élever de magnifiques palais, ainsi que d'autres constructions,

1 Cicéron, Pro Plancio , chap. xxvi, 65 : Quum plurimi et lautissimî în iis locis soleant esse.

2 Horace, Épitres, I, 17, 52.

3 Dion Cassius, XLYIII, 51.

* Pline le Jeane, Lettres, IX, 7.

^ Horace, Odes, II, 18, 20. —Virgile, Enéide, IX, 709, etc.

« Strabon, V, 4, 7, p. 246 C.

7 D'après le Catal. Imp.

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et établir des étangs alimentés par la mer. Pendant cinq siècles au moins, Baies resta la ville de plaisir la plus renommée et la plus fréquentée du monde ancien ^ C'est plus tard seulement que la malaria, dont l'influence parait d'ailleurs s'y être un peu fait sentir en tout temps', s'appesantit sur ses plages, de plus en plus abandonnées^. Mais auparavant, la merveilleuse beauté de la nature, l'admirable transparence et la douce sérénité de l'air, l'azur du ciel et de la mer, tout y conviait à jouir du présent et à oublier le reste du monde, dans la béatitude. Des fêtes splendides^ auxquelles un pareil cadre prétait un double charme, s'y succédaient sans interruption. Sur les vagues de la. plus douce des mers se balançaient d'innombrables barques et gondoles, peintes de toutes couleurs. Par moments, on voyait majestueusement voguer au milieu d'elles une superbe galère impériale^, ou bien les barques lutter

1 Déjà Varron composa une satire sous le titre de Bajae {Recueil des fragments de satires, d'OehIer, X, 1), dans laquelle il dit, au sujet de la Tie qu'on y menait, sans doute : Quod non solum innubae fiunt communes, sed etiam veteres puellascunt (puerascunt ?) et multi puerl puellascunt.

Voir, à cet égard, pour les derniers temps de l'empire : Vie de Vempereur Tacite, chap. vu; Florien, chap. vi; Symmaque, Lettres, I, 7, 8; V, 93; VII, 24; VlII, 23; Ausone, Mosella, 346; Ammien, XXVm, 4, 18; Muller, Gen. aevi Theod., H, p. 34.

2 Cicéron, Ad fam., IX, 12, 1 : Gratulor Baiis nostris, si quidem ut scribis, salubres repente factœ sunt, etc.

3 Andréa, Dell* aria di Baja, dans le Bull. Nap., N. S., II, p. 74, etc. — Voir aussi Cassiodore, Var,, IX, chap. u. — Pétrarque , Ep, fam*, V, 4 : Vidimus illum hybernis mensibus peramœnum sinum, quem sol œstivus, nisi fallor, infestât. — Les bains de Baies attiraient encore du monde au temps de Pétrarque, et même jusqu'au conmiencement du dix-septième siècle.

* A comparer avec le récit de la tentative faite pour noyer Agrippine dans Tacite, Annales, XIV, 6.

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