LIVRE VII. — LES VOYAGES
une prairie, tellement couverte de violettes et d'autres fleurs odoriférantes que la* forte senteur faisait complètement perdre aux chiens de chasse la piste du gibier, dans cet endroit curieux. A côté se trouvait un gouffre béant, par lecfuel, disait-on encore, Piuton avait fait une sortie, et, dans la ville même, Tantique, vénérable et fameux temple de Gérés ^ Sénèque^ énumère les agréments d'un voyage en mer à Syracuse, où se rendit aussi Caligula pour son plaisir^. Le voyageur avait l'occasion d'y yoir la fabuleuse Charybdè, inoffensive tant que le vent ne soufflait pas de l'est, mais dont la gueule, large et profonde, s'ouvrait avec ce vent et engloutissait les navires; puis, il voyait la fontaine Aréthuse, tant célébrée par les poètes avec son miroir éblouissant d'eau glaciale, limpide et transparente jusqu'au fond; puis, le plus tranquille de tous les ports naturels et artificiels , protégeant le mieux contre la fureur des tempêtes même les plus, violentes ; ensuite, le lieu où avait été brisée la puissance des Athéniens, les carrières creusées jusqu'à une profondeur énorme, qui servaient de prison naturelle pour des milliers de détenus; enfin, la grande cité même avec son territoire plus étendu que celui de tant d'autres villes. Sénèque aussi se montre enchanté de la douceur d'un climat, où, même en hiver, il ne se passe pas un jour sans soleil*.
* Diodore, V, 3. — Cicéron, Verrines, H, 4, 48, etc.
2 Ad Jtfarc, c. xvu, 2. — Voir aussi le môme, Consol. ad Poly* biurHy 17, 36. — Cicéron {Verr,^ II, 5, 27, 68) dit : Lautumias Syraciw sanas omnes audistis, plerique nostis.
3 Suétone, Caligula, chap. xxiv et u.
^ Au sujet d'une visite faite pendant l'hiver, en Sicile, par Mavortius Lollien, correcteur de la Campanie, à Firmicus Materne, ce dernier (Mathes., I, prœf.j dit : Scrutatus a me es, sicut meministi, totius Siciliae quam incolo situm et omnia quœ veteres fabulae prodiderunt,
402 MGEURS ROMAINES.
2* Grice.
La Grèce est pour les Romains la terre du passé. — Dépopulatioa du pays. — Athènes. — Gorinthe. — Épidaure. — Rhodes. — Edepsus.
Cette illustre contrée était le but le plus rapproché pour rextension ullérieure des voyages. Dans la Grèce les Romains, de bonne heure déjà, révéraient le pays où la civilisation avait pris naissance; ils le révéraient en raison de sa haute célébrité, de son antiquité même; son passé, avec les brillants exploits et les autres grands événements qui s'y rapportent, avec ses fables même, était vénérable à leurs yeux * .
Fama manet, fortuna périt : cinis ipse jacentîs Yisitur, et tumulo est nunc quoque sacra suc ^.
Le pays, où s'atiacliait presque à chaque pouce de terrain un souvenir important, où le voyageur était arrêté à chaque pas par d'innombrables monuments, provenant de ce grand passé, par les chefs-d'œuvre les plus célèbres dans toutes les branches de l'art; le pays dont les villes et les temples étaient encore en partie aussi riches de beauté.
çum TersB rationls explicationem quœsisti. Quid velit ex se Scylla, quidve Charybdis, . . . . qaid faciant ignés qui ex Minad vertice erumpant, qualis sit lacus qui prope alveum Simethi fluroinis ostenditur cui Paliscus (sic) nomeD est,.... cèlera etiam omnia mecum recolens et requirens quœque libi a primo œtatis gradu et Atticœ et Romanse litterœ de admirabilibus provînciœ Siciliœ Iradiderunt.
* Pline le Jeune, Lettres^ Vlll, 24.
2 ÀnthoL lai. de Meyer, III, 876 (t. Il, p. 1), v. 3.