LIVRE VIL — LES VOYAGES
d'éclat et de magnificence que d'ancienneté et de gloire, était aussi, depuis les guerres puniques, de tous les pays étrangers, le plus visité par les Romains. & La plupart d'entre vous, » disent, dans Tite-Live^ les ambassadeurs de Rhodes aux membres du sénat romain, en 191 avant J.-C, « ont vu les villes de la Grèce et de l'Asie. » Paul- Émile fit en automne, dans l'année 169 av. J.-C, un voyage en Grèce, « pour apprendre à bien connaître les choses que le prestige de la renommée, en les amplifiant, fait paraître, à celui qui ne sait que par ouï-dire, plus grandes qu'elles ne se montrent, en réalité; à celui qui les voit de ses propres yeux. » Le ton de cette relation de voyage, empruntée à Polybe, indique assez que ce dernier avait vu lui-même ce qu'il décrivait^. Le général romain visita, en Grèce ^ les temples et les villes les plus célèbres, ainsi que d'autres lieux mémorables par des souvenirs historiques, comme TAulide, ou à divers autres titres, comme Chalcis avec son pont-digue sur TEuripe. Ce qui l'impressionna le plus fut Olympie, où l'aspect du Jupiter de Phidias le saisit et le remua, comme s'il avait été en présence du dieu lui-même.
Parmi les autres lieux célèbres qu'il vit, son historien nomme encore les temples de Delphes, de Lébadée, d'Orope et d'Épidaure, ainsi que les villes d'Athènes, de Corinthe, de Sicyone, d'Argos, de Sparte, de Pallantium et de Mégalopolis.
L'attrait de la Grèce pour les Romains augmenta, plutôt qu'il ne diminua, dans les siècles suivants, malgré les
1 xxxvu, 54.
3 Tite-LiTe, XLV, 27, etc. — Du temple d'Esculape à Épidaure, il dit, par exemple : Quod. . . . nunc Testigiis revulsorum donorum, tum donis dives erat.
progrès de la ruine et de la désolation, que ne purent arrêter quelques effets bienfaisants de Tadministration et de la culture romaines ^ .
L'image du passé si grand de cette contrée ne ressortait que plus imposante, en frappant davantage l'esprit du voyageur, dans le calme profond de la solitude, gagnant de plus en plus la campagne et les villes. Le nombre des villes était très-considérable encore, il est vrai, puisque, dans le Péloponnèse seul, on n'en comptait pas moins de soixante, au temps des Antonins; mais, de ces villes, beaucoup n'étaient plus que l'ombre d'elles-mêmes, comme celle de Panopée en Phocide, grande et superbe jadis, qui, au temps de Pausanias, se trouvait réduite à une agglomération de pauvres huttes, parmi lesquelles il ne restait plus ni palais, ni théâtre^ ni marché, ni gymnase, ni même un puils^. Ailleurs, des moutons broutaient Therbe devant la maison communale, et l'emplacement du gymnase était devenu un champ de blé, au milieu des épis mouvants duquel on apercevait à peine les têtes des anciennes statues de marbre^. De beaucoup de villes il ne restait plus que des ruines; le pays était dépeuplé, s'il faut en croire Plutarque^, affirmant que toute la Grèce n'était plus guère en état de fournir un contingent de plus de 3,000 hoplites. De vastes espaces gisaient en friche^ et, dans les parties solitaires d'un caractère plus sauvage, le voyageur aimant, comme Dion de Pruse, à convereer avec les pâ-
* Voir Curtius, le Péloponnèse, I, 83, etc.
2 Pausanias, IV, 1.
3 Dion Chrysostome, Orat., VU, p. 106 3/ (description qui paraît se rapporter à Chalcis, dans l'Eubée).
* De def. orac, chap. vu, p. 629.
^ Voir Strabon et Pausanias, entre autres.